Procédure de rupture conventionnelle 2026 : étapes, indemnité et homologation
La rupture conventionnelle impose un enchaînement précis : entretien, convention signée, 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables d'homologation DREETS. Le calcul de l'indemnité minimum suit un barème légal souvent mal appliqué. Ce guide 2026 reprend chaque étape, le calcul au centime et les erreurs qui coûtent le plus cher.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
À jour au 25 mai 2026 — Relu par Samuel Hayot, expert-comptable inscrit à l'OEC Paris Île-de-France.
La rupture conventionnelle est encadrée par les articles L1237-11 et suivants du Code du travail. Son principe est clair : employeur et salarié mettent fin d'un commun accord au contrat à durée indéterminée, sans que l'un ou l'autre ne soit en position de force. En pratique, c'est précisément ce « commun accord » qui génère le plus de contentieux — et le plus d'erreurs.
Réponse directe : la procédure comporte cinq étapes non compressibles — cadrage, entretien, convention, délai de rétractation de 15 jours calendaires, homologation sous 15 jours ouvrables. L'indemnité minimum est calculée selon un barème légal. Si l'une de ces étapes est court-circuitée, la convention est nulle ou l'homologation est refusée.
Pourquoi la procédure est plus exigeante qu'elle n'y paraît#
La rupture conventionnelle n'est ni un licenciement à l'amiable ni une démission déguisée. C'est une procédure autonome, protectrice du salarié, dont le contrôle a été renforcé par la jurisprudence depuis 2009. La Cour de cassation annule régulièrement des conventions signées sous pression, obtenues pendant un arrêt maladie ou conclues sans entretien réel traçable.
Ce n'est pas l'accord lui-même qui est le plus souvent contesté : c'est la preuve que cet accord était libre et éclairé. Une chronologie floue, un entretien non daté ou une indemnité sous le minimum légal suffisent à faire basculer le dossier.
Les cinq étapes de la procédure#
1. Initier la démarche et cadrer les échanges préalables#
La loi n'impose aucune forme particulière pour entamer la discussion. Mais dès que le sujet est abordé, il faut construire une trace : date, initiateur, points évoqués. Un échange oral non documenté ne protège personne.
Ce que nous voyons en cabinet : les dossiers les plus fragiles sont ceux où la rupture a été proposée verbalement lors d'un entretien annuel, sans aucun suivi écrit. En cas de contestation, aucun des deux partis ne peut prouver que le consentement était libre.
2. Tenir un ou plusieurs entretiens#
Au moins un entretien doit être organisé. L'article L1237-12 du Code du travail prévoit la possibilité pour chaque partie de se faire assister :
- côté salarié : par un représentant du personnel ou, à défaut d'institution représentative, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale ;
- côté employeur : par un membre de l'entreprise ou, si l'entreprise dispose d'un représentant du personnel, par un employeur d'une organisation professionnelle.
L'entretien doit aborder trois points concrets : les raisons de la rupture, les conditions financières et la date de fin envisageable. Un compte rendu interne, même succinct, est recommandé.
3. Rédiger et signer la convention (formulaire Cerfa 14598*01)#
La convention est rédigée sur le formulaire Cerfa officiel. Elle doit mentionner :
- l'identité complète des parties ;
- la date envisagée de la rupture du contrat (postérieure à l'homologation) ;
- le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle.
Le formulaire est disponible sur le site formulaires.service-public.fr. Un exemplaire est remis à chaque partie le jour de la signature.
4. Le délai de rétractation de 15 jours calendaires#
C'est l'étape la plus fréquemment mal exécutée.
Règle légale (art. L1237-13 C. trav.) : à compter du lendemain de la signature, chaque partie dispose de 15 jours calendaires pour se rétracter. Ce délai court week-ends et jours fériés inclus. La rétractation doit être notifiée à l'autre partie par tout moyen permettant d'en attester la date de réception.
| Jour | Action |
|---|---|
| J | Signature de la convention |
| J+1 | Début du délai de rétractation |
| J+15 | Dernier jour de rétractation possible |
| J+16 | Premier jour où la demande d'homologation peut être transmise |
Erreur classique : compter 15 jours à partir du jour de signature (J) au lieu du lendemain (J+1). Cela raccourcit le délai d'une journée et expose l'homologation à un refus.
5. Demander l'homologation à la DREETS#
La demande est transmise à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) territorialement compétente, via le formulaire Cerfa ou le téléservice TéléRC.
L'administration dispose de 15 jours ouvrables pour instruire. Elle vérifie :
- la liberté du consentement ;
- le respect de la procédure ;
- le montant de l'indemnité (pas inférieur au minimum légal) ;
- l'absence de fraude aux droits du salarié.
À l'issue des 15 jours ouvrables, le silence vaut homologation, à condition que le dossier soit complet. Un dossier incomplet interrompt le délai.
Calendrier type d'une rupture conventionnelle sécurisée#
| Semaine | Étape |
|---|---|
| S1 | Premier entretien — discussion des conditions |
| S2 | Deuxième entretien (optionnel mais recommandé) — finalisation des termes |
| S2-S3 | Signature de la convention Cerfa |
| S3-S5 | Délai de rétractation de 15 jours calendaires |
| S5 | Transmission à la DREETS |
| S5-S8 | Délai d'homologation de 15 jours ouvrables |
| S8+ | Rupture effective (postérieure à l'homologation) |
Durée totale réaliste : 6 à 8 semaines entre le premier entretien et la rupture effective.
Calcul de l'indemnité spécifique : le barème légal#
L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, calculée selon le barème prévu à l'article R1234-2 du Code du travail.
Barème légal minimum :
| Ancienneté | Base de calcul |
|---|---|
| Jusqu'à 10 ans | 1/4 de mois de salaire par année complète |
| Au-delà de 10 ans | 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans |
Le salaire de référence est le plus avantageux entre :
- la moyenne des 12 derniers mois de salaire brut ;
- la moyenne des 3 derniers mois (avec proratisation des primes et éléments variables).
Exemple chiffré : salarié avec 8 ans d'ancienneté#
Un salarié est entré en poste le 1er juin 2018. La rupture est effective au 1er juin 2026, soit 8 années complètes. Son salaire de référence est de 3 500 € brut/mois (moyenne retenue).
Calcul :
- 8 ans × 1/4 × 3 500 € = 8 × 875 € = 7 000 €
L'indemnité minimum légale est donc de 7 000 € brut.
Les parties peuvent convenir d'une indemnité supérieure. En pratique, une indemnité légèrement supérieure au minimum réduit le risque de contestation ultérieure sur le caractère libre du consentement.
Fiscalité de l'indemnité : exonérations et limites#
La fiscalité de l'indemnité de rupture conventionnelle est encadrée par l'article 80 duodecies du Code général des impôts (CGI).
Régime général (salarié non en droit à une pension de retraite) :
- Exonération d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé entre :
- 2 fois la rémunération annuelle brute de l'année précédente ;
- 50 % de l'indemnité versée ;
- le plafond légal applicable (à vérifier au moment de la rupture).
- Exonération de cotisations sociales dans la même limite.
- CSG/CRDS : exonération partielle — seule la fraction exonérée d'impôt sur le revenu est exonérée de CSG/CRDS, dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). La fraction excédant ce seuil est soumise à la CSG au taux de 9,2 % et à la CRDS au taux de 0,5 % (taux à vérifier).
Attention : un salarié pouvant liquider sa retraite à taux plein au moment de la rupture est imposé intégralement sur l'indemnité, sans aucune exonération. C'est un point régulièrement omis dans les négociations.
Notre analyse : ce que l'administration regarde vraiment#
L'instruction DREETS ne porte pas seulement sur le formulaire. Trois points concentrent la majorité des refus ou des observations :
-
L'indemnité inférieure au minimum légal. C'est le motif de refus le plus courant, souvent parce que le salaire de référence a été sous-évalué ou que l'ancienneté a été mal comptée (oubli d'une période de CDD antérieure, par exemple).
-
La cohérence des dates. Une date de rupture antérieure ou identique à la date d'homologation est incompatible avec la procédure. Un dossier renvoyé pour cette raison retarde tout le calendrier de 3 à 4 semaines.
-
La situation du salarié au moment de la signature. Une convention signée pendant un arrêt maladie, une procédure disciplinaire en cours ou une inaptitude constatée peut entraîner une requalification. La jurisprudence est ferme : la rupture conventionnelle n'est pas interdite pendant un arrêt maladie ordinaire, mais le consentement doit être démontré de manière renforcée.
Le risque sous-estimé : la requalification en licenciement sans cause réelle#
Un salarié peut contester la convention dans les 12 mois suivant l'homologation devant le Conseil de prud'hommes (art. L1237-14 C. trav.). Les motifs les plus fréquents : vice du consentement, pression morale, non-respect du délai de rétractation, indemnité insuffisante.
En cas de requalification, l'employeur s'expose à devoir verser l'indemnité de licenciement sans cause réelle et sérieuse, les salaires dus pendant le préavis non effectué et les dommages et intérêts du barème Macron. Pour les PME, le coût peut être multiplié par deux à trois par rapport à une rupture correctement menée.
En pratique : documents à rassembler avant l'homologation#
- Formulaire Cerfa 14598*01 complété et signé en deux exemplaires
- Preuve de la remise d'un exemplaire au salarié le jour de la signature
- Calcul détaillé de l'indemnité (avec le salaire de référence retenu)
- Relevé de carrière ou justificatif d'ancienneté si CDD antérieur
- Chronologie des entretiens (dates, participants, points discutés)
- Accusé de réception ou preuve d'envoi à la DREETS
Liens avec la paie de sortie#
La rupture conventionnelle génère plusieurs éléments de paie à anticiper avant la date effective :
- solde de tout compte (congés payés acquis et non pris, prorata de prime, heures supplémentaires) ;
- indemnité spécifique de rupture conventionnelle ;
- attestation employeur pour France Travail (ouverture des droits au chômage) ;
- certificat de travail et reçu pour solde de tout compte.
Le bulletin de salaire du mois de sortie doit être cohérent avec la convention signée. Un écart — même minime — peut relancer un contentieux.
Pour aller plus loin sur le régime fiscal des primes et compléments de rémunération, consultez notre article est-ce que les primes sont imposables. Sur l'obligation d'entretien préalable dans le cadre RH, voyez notre dossier entretien professionnel obligatoire. Pour les dirigeants qui envisagent une rupture avant la retraite, notre analyse sur le cumul emploi-retraite 2026 est directement complémentaire.
Cas terrain : une date mal calée, trois semaines perdues#
Un client gérant une PME de 12 salariés nous sollicite après que sa demande d'homologation a été retournée par la DREETS. La convention avait été transmise deux jours avant la fin du délai de rétractation : le calendrier avait été calculé à partir du jour de signature et non du lendemain. L'administration a retourné le dossier avec une demande de régularisation. Résultat : trois semaines de décalage sur la date de sortie, un bulletin de salaire à corriger et une attestation France Travail à réémettre. Le coût direct était faible ; le temps de gestion, beaucoup moins.
Ce qu'il faut surveiller en 2026#
- Le forfait social sur l'indemnité de rupture conventionnelle reste applicable pour la part exonérée de cotisations sociales : le taux est de 20 % (à vérifier selon les évolutions législatives en cours).
- La taxe sur les salaires peut s'appliquer à certaines entreprises non soumises à la TVA : l'indemnité de rupture conventionnelle entre dans l'assiette — point souvent omis.
- La contribution patronale spécifique sur les indemnités de rupture conventionnelle (taux à vérifier au moment de la rupture) reste due dès lors que le salarié n'est pas en droit à pension de retraite.
Checklist procédure : les 8 points à valider avant l'envoi#
- La convention est rédigée sur le formulaire Cerfa officiel en vigueur
- La date de rupture est postérieure à l'homologation
- Le délai de rétractation de 15 jours calendaires est entièrement écoulé
- L'indemnité n'est pas inférieure au minimum légal calculé sur le bon salaire de référence
- Un exemplaire de la convention a été remis au salarié le jour de la signature
- La situation du salarié a été vérifiée (arrêt maladie, procédure en cours, droit à retraite)
- Le dossier d'homologation est complet avant transmission à la DREETS
- Les documents de sortie (attestation France Travail, certificat de travail, STC) sont préparés en parallèle
Cet article est rédigé à titre informatif. Il ne remplace pas une analyse de votre situation concrète, de vos documents et du droit en vigueur au moment de la rupture. Consultez un expert avant toute décision.
Questions fréquentes
Peut-on signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ?
Oui, la Cour de cassation admet la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ordinaire (non professionnel). Mais l'employeur doit être en mesure de démontrer que le consentement du salarié était libre et éclairé malgré l'état de santé. En pratique, nous recommandons de différer la signature, ou de tenir un second entretien après la reprise, pour sécuriser la preuve du consentement. Une convention signée dans les jours suivant un arrêt long reste exposée à une contestation devant les prud'hommes.
Comment compte-t-on exactement le délai de rétractation de 15 jours ?
Le délai commence le lendemain du jour de signature et court en jours calendaires — week-ends et jours fériés inclus. Le jour J+15 est le dernier jour de rétractation possible. La demande d'homologation ne peut être transmise qu'à partir de J+16. Compter depuis le jour de signature est l'erreur la plus courante : elle avance d'un jour la transmission et entraîne systématiquement le retour du dossier par la DREETS. Un tableau de calendrier partagé entre RH et cabinet est le moyen le plus simple d'éviter cet écueil.
Quel est le montant minimum de l'indemnité pour un salarié ayant 12 ans d'ancienneté et un salaire de 4 000 € ?
Pour 12 ans d'ancienneté, le calcul se décompose ainsi : 10 premières années × 1/4 × 4 000 € = 10 000 €, puis 2 années au-delà de 10 ans × 1/3 × 4 000 € = 2 666,67 €. Indemnité minimum légale : 12 666,67 € brut. Le salaire de référence retenu doit être le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois (avec intégration des éléments variables au prorata annuel). Une erreur sur ce point est le premier motif de refus d'homologation.
Un salarié éligible à la retraite peut-il bénéficier des exonérations fiscales sur l'indemnité ?
Non. L'article 80 duodecies du CGI prévoit explicitement que l'indemnité de rupture conventionnelle versée à un salarié en droit de bénéficier d'une pension de retraite est intégralement imposable à l'impôt sur le revenu et soumise aux cotisations sociales. Ce point est souvent omis lors de la négociation. Il modifie sensiblement le coût net pour le salarié et peut conduire à revoir le montant brut proposé ou à décaler la date de rupture si la situation le permet.
Combien de temps l'employeur risque-t-il une contestation après l'homologation ?
Le salarié dispose de 12 mois à compter de la date d'homologation pour saisir le Conseil de prud'hommes (art. L1237-14 C. trav.). Passé ce délai, la convention n'est plus contestable sur les motifs liés à la procédure ou au consentement. En revanche, les erreurs sur le solde de tout compte, les congés payés ou la paie finale peuvent faire l'objet de demandes distinctes dans les délais de droit commun. Un dossier bien documenté — chronologie, calculs, preuves de remise — est la meilleure protection contre une action prud'homale dans cette fenêtre d'un an.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Code du travail - Articles L1237-11 à L1237-16 (rupture conventionnelle)
- Service-Public - Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé
- Service-Public - Homologation d'une rupture conventionnelle (silence vaut accord)
- Formulaire Cerfa 14598*01 - Rupture conventionnelle d'un CDI
- Ministère du Travail - TéléRC, service de dépôt dématérialisé
- Code général des impôts - Article 80 duodecies (régime fiscal des indemnités de rupture)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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