Prélèvement à la source : moduler ses acomptes de dirigeant en 2026
Gérant, président de SAS ou indépendant : comment moduler son prélèvement à la source en 2026, la condition d'écart de plus de 5 %, la majoration de l'article 1729 G du CGI et les règles de report des acomptes.
Ce sujet relève de notre mission
Optimisation rémunération dirigeant : salaire ou dividendesNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Le nouveau taux de prélèvement à la source, issu de la déclaration des revenus 2025, s'applique depuis septembre 2026. Pour un dirigeant dont les revenus varient fortement d'une année à l'autre (gérant majoritaire, président de SAS, indépendant, associé qui se verse des dividendes), ce taux reflète une situation déjà ancienne. Moduler permet de réaligner la trésorerie personnelle sur la réalité de l'année, à condition de respecter les règles.
Réponse rapide. La modulation du prélèvement à la source d'un dirigeant se fait dans l'espace Finances publiques. La hausse est libre. La baisse exige un prélèvement estimé inférieur de plus de 5 % à celui supporté sans modulation, et une sous-estimation de plus de 10 % expose à une majoration (article 1729 G du CGI).
Qui est concerné par la modulation des acomptes de dirigeant ?#
La modulation concerne tout contribuable, mais elle pèse davantage chez le dirigeant parce que ses revenus passent par des canaux différents. Le prélèvement à la source prend deux formes : la retenue opérée par un tiers collecteur (employeur, caisse de retraite) et l'acompte prélevé directement par l'administration sur le compte bancaire.
| Profil de dirigeant | Revenu concerné | Mode de prélèvement | Qui ajuste ? |
|---|---|---|---|
| Président ou directeur général de SAS, SASU | Rémunération imposée comme un salaire | Retenue à la source par la société | Le dirigeant module son taux ; la société applique le taux transmis |
| Gérant majoritaire de SARL (article 62 du CGI) | Rémunération de gérance | Acompte prélevé par l'administration | Le dirigeant module son acompte |
| Entrepreneur individuel, profession libérale | BIC ou BNC | Acompte mensuel ou trimestriel | Le dirigeant module son acompte |
| Associé qui perçoit des dividendes | Revenus de capitaux mobiliers | Hors prélèvement à la source : acompte de 12,8 % au versement | Pas de modulation ; dispense possible sous conditions de revenu |
| Dirigeant qui loue un bien | Revenus fonciers | Acompte prélevé par l'administration | Le dirigeant module ou supprime son acompte |
Les rémunérations des gérants relevant de l'article 62 du CGI ne sont pas soumises à la retenue à la source : elles sont prises en compte dans l'assiette de l'acompte, calculé sur leur montant net imposable. Le rôle de la société comme collecteur, pour les dirigeants assimilés salariés, est traité dans notre article sur le prélèvement à la source côté employeur.
Pourquoi les dividendes ne se modulent pas#
Les dividendes sont hors du champ du prélèvement à la source : ils supportent, au moment du versement, un prélèvement forfaitaire non libératoire de 12,8 % qui constitue un acompte d'impôt sur le revenu. Les personnes dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année est inférieur à 50 000 € (personne seule) ou à 75 000 € (couple soumis à imposition commune) peuvent demander à en être dispensées, par une attestation sur l'honneur remise à l'établissement payeur dans les délais prévus.
Moduler son taux de prélèvement à la source n'a donc aucun effet sur l'imposition d'un dividende. En revanche, un arbitrage entre rémunération et dividendes modifie l'assiette des acomptes et doit être anticipé : voir notre analyse sur le mix salaire et dividendes du fondateur. Ne confondez pas non plus ce sujet avec les acomptes sur dividendes, qui relèvent du droit des sociétés.
Comment baisser ses acomptes de prélèvement à la source ?#
La baisse se demande dans l'espace Finances publiques, service « Gérer mon prélèvement à la source », en déclarant une estimation des revenus de l'année en cours. Le nouveau taux est calculé immédiatement, puis transmis aux collecteurs pour une prise en compte dans un délai de un à trois mois.
La condition d'écart est fixée par l'article 204 J du CGI : le prélèvement estimé doit être inférieur de plus de 5 % au prélèvement que vous supporteriez sans modulation. Ce seuil a été ramené de 10 % à 5 % par l'article 3 de la loi de finances pour 2023, pour les revenus perçus depuis le 1er janvier 2023.
L'ancienne condition complémentaire d'un écart de plus de 200 € a été supprimée par la loi de finances pour 2020. Les guides qui mentionnent encore « plus de 10 % et plus de 200 € » décrivent donc une règle qui ne s'applique plus.
La documentation officielle donne un exemple simple : un prélèvement estimé de 750 € contre 1 000 € sans modulation représente un écart de 250 €, soit 25 %. L'écart dépasse 5 %, la modulation à la baisse est permise.
Pour les acomptes (BIC, BNC, gérance article 62, revenus fonciers), une modification effectuée au plus tard le 22 du mois s'applique au prélèvement du 15 du mois suivant.
Le risque sous-estimé. Le calcul porte sur l'ensemble des revenus du foyer soumis au prélèvement, pas sur la seule rémunération de dirigeant. Un gérant qui réduit sa rémunération mais dont le conjoint voit ses revenus augmenter peut ne pas remplir la condition d'écart, ou la remplir de justesse. Faites l'estimation au niveau du foyer, en intégrant les revenus fonciers et les éventuels revenus exceptionnels.
Quand faut-il moduler à la hausse ?#
La modulation à la hausse est libre : elle n'est soumise à aucune condition d'écart. Le taux ou l'acompte augmenté s'applique en principe jusqu'au 31 décembre de l'année de la demande.
Moduler à la hausse est pertinent quand l'année en cours sera nettement meilleure que celle qui a servi au calcul du taux : forte hausse du bénéfice d'une activité libérale, augmentation de la rémunération de gérance, première année pleine après une création. Sans hausse volontaire, l'écart se paie en solde à l'automne suivant, en une fois ou en quatre prélèvements.
Notre lecture. Chez un dirigeant, la modulation est un outil de trésorerie personnelle, pas un levier fiscal : elle ne change pas l'impôt final, seulement son calendrier. Au cabinet, nous conseillons de caler la décision sur la situation intermédiaire de la société (ou sur le prévisionnel de l'entreprise individuelle) plutôt que sur une intuition. Une hausse volontaire évite un solde lourd en septembre ; une baisse prudente ne se justifie que si la baisse de revenus est documentée.
Quelle pénalité en cas de modulation à la baisse excessive ?#
L'article 1729 G du CGI prévoit une majoration de 10 % lorsque le dernier prélèvement estimé à la suite d'une modulation à la baisse est inférieur de plus de 10 % au montant qui aurait dû être prélevé au vu des revenus réels de l'année. La base de la majoration est la différence entre le prélèvement qui aurait dû être supporté et celui effectivement supporté.
Lorsque l'écart dépasse 30 %, le taux de la majoration devient égal à la moitié de l'écart, exprimé en pourcentage. Un écart de 50 % conduirait ainsi à une majoration au taux de 25 % de la différence, selon le mécanisme décrit par le texte.
La majoration n'est pas appliquée lorsque le contribuable démontre que l'estimation erronée a été faite de bonne foi à la date de la demande, ou qu'elle résulte d'éléments difficilement prévisibles à cette date. Conservez donc les éléments qui fondaient votre estimation : situation comptable, prévisionnel, courriels sur une perte de client, décision d'assemblée sur la rémunération.
| Écart entre prélèvement estimé et prélèvement dû | Conséquence au regard de l'article 1729 G |
|---|---|
| Écart inférieur ou égal à 10 % | Pas de majoration spécifique |
| Écart supérieur à 10 % et jusqu'à 30 % | Majoration de 10 % de la différence |
| Écart supérieur à 30 % | Majoration au taux de la moitié de l'écart |
| Bonne foi démontrée ou élément difficilement prévisible | Pas de majoration |
Un TNS peut-il suspendre ses acomptes ?#
Un indépendant peut reporter certaines échéances de son acompte, sous conditions, mais pas le suspendre librement. Le report est réservé aux titulaires de BIC, BNC et BA ; les autres bénéficiaires d'acomptes, notamment pour les revenus fonciers, ne peuvent pas en bénéficier et paient mensuellement ou trimestriellement.
La suppression de l'acompte est possible en cas de cessation, c'est-à-dire l'abandon de toutes les activités relevant d'une même catégorie de revenus. Une cession partielle ou un changement d'activité ne constitue pas une cessation. Pour les revenus fonciers, la suppression intervient en cas d'arrêt de toutes les locations.
Le report décale la charge sans l'effacer : l'échéance reportée s'ajoute à la suivante. Il répond à un creux de trésorerie ponctuel, pas à une baisse durable de revenus, pour laquelle la modulation à la baisse est l'outil adapté.
En pratique. Les acomptes sont prélevés le 15 de chaque mois, ou trimestriellement les 15 février, 15 mai, 15 août et 15 novembre. L'option pour le rythme trimestriel vaut pour l'année entière et prend effet au 1er janvier de l'année suivante si elle est exercée avant le 30 septembre : une demande faite avant le 30 septembre 2026 s'appliquera à compter de janvier 2027.
Comment moduler ses acomptes de dirigeant, étape par étape ?#
La modulation se prépare en quatre temps, avant toute saisie en ligne.
- Estimer les revenus de l'année. Partez de la situation comptable à date et de la rémunération votée pour 2026, puis ajoutez les revenus fonciers et ceux du conjoint.
- Comparer avec l'assiette des acomptes. De janvier à août, l'acompte repose sur les revenus de l'avant-dernière année ; de septembre à décembre, sur ceux de l'année précédente. Mesurez l'écart en pourcentage.
- Moduler dans l'espace particulier. Dans « Gérer mon prélèvement à la source », saisissez l'estimation ; vérifiez que l'écart dépasse 5 % pour une baisse, et notez le nouveau taux ou le nouvel acompte.
- Surveiller l'écart pour éviter la pénalité. Actualisez l'estimation à chaque événement significatif (nouveau contrat, distribution, cession) et conservez les pièces qui fondent la demande.
Checklist avant de moduler#
- La situation intermédiaire ou le prévisionnel 2026 est disponible.
- La rémunération du dirigeant pour 2026 a été décidée par l'organe compétent.
- Les revenus du conjoint et les revenus fonciers sont intégrés à l'estimation.
- L'écart calculé dépasse 5 % pour une baisse.
- Une marge de sécurité est conservée par rapport au seuil de 10 % de l'article 1729 G.
- Les dividendes prévus sont traités à part (acompte de 12,8 % ou dispense).
- Les pièces justificatives de l'estimation sont archivées.
Cas particuliers#
Le taux modulé à la baisse s'applique en principe jusqu'au 31 décembre 2026 ; au 1er janvier 2027, c'est le taux issu de votre dernière déclaration de revenus qui reprend. Si la baisse de revenus se prolonge, il faut donc renouveler la démarche en début d'année.
Un couple peut opter pour un taux individualisé, qui répartit le prélèvement selon les revenus de chacun sans changer l'impôt total du foyer. C'est une option distincte de la modulation, utile quand les revenus des conjoints sont très différents, par exemple lorsqu'un seul des deux est dirigeant avec des revenus variables.
L'impôt sur les sociétés suit une logique d'acomptes totalement différente, propre à la société : voir les acomptes d'impôt sur les sociétés. Et si vous hésitez encore sur votre statut social, notre comparatif TNS ou assimilé salarié détaille les effets sur le mode de prélèvement.
À retenir#
- La modulation à la hausse est libre ; la baisse exige un écart de plus de 5 % (article 204 J du CGI, depuis 2023).
- La condition de 200 € a été supprimée par la loi de finances pour 2020 et le seuil de 10 % abaissé à 5 % par celle pour 2023.
- Une sous-estimation de plus de 10 % expose à une majoration de 10 %, portée à la moitié de l'écart au-delà de 30 % (article 1729 G du CGI), sauf bonne foi.
- Les dividendes sont hors prélèvement à la source : ils supportent un acompte de 12,8 % au versement.
- Un indépendant peut reporter certaines échéances sous conditions ; les revenus fonciers ne peuvent pas être reportés.
- L'option trimestrielle demandée avant le 30 septembre 2026 prend effet en janvier 2027.
Questions fréquentes
Comment baisser ses acomptes de prélèvement à la source ?+
Connectez-vous à votre espace Finances publiques, ouvrez « Gérer mon prélèvement à la source » et déclarez une estimation de vos revenus de l'année. La baisse n'est acceptée que si le prélèvement estimé est inférieur de plus de 5 % à celui supporté sans modulation. Une modification faite au plus tard le 22 s'applique au prélèvement du mois suivant.
Quelle pénalité en cas de modulation à la baisse excessive ?+
L'article 1729 G du CGI prévoit une majoration de 10 % de la différence lorsque le prélèvement estimé est inférieur de plus de 10 % au prélèvement réellement dû. Au-delà de 30 % d'écart, le taux devient la moitié de l'écart. La majoration est écartée en cas de bonne foi démontrée ou d'éléments difficilement prévisibles.
Un TNS peut-il suspendre ses acomptes ?+
Un indépendant ne peut pas suspendre librement ses acomptes. Il peut, sous conditions, reporter certaines échéances, qui s'ajoutent alors aux suivantes, et moduler à la baisse si ses revenus diminuent. La suppression n'est possible qu'en cas de cessation de toutes les activités d'une même catégorie de revenus.
La condition de 10 % et de 200 € s'applique-t-elle encore ?+
Non. La condition de 200 € a été supprimée par la loi de finances pour 2020, et le seuil de 10 % a été ramené à 5 % par la loi de finances pour 2023, pour les revenus perçus depuis le 1er janvier 2023. Le seuil de 10 % subsiste seulement comme seuil de déclenchement de la majoration de l'article 1729 G.
Les dividendes entrent-ils dans le calcul de la modulation ?+
Non. Les dividendes sont hors du champ du prélèvement à la source et supportent un prélèvement forfaitaire non libératoire de 12,8 % lors du versement. Une dispense est possible si le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année est inférieur à 50 000 € pour une personne seule ou 75 000 € pour un couple.
Jusqu'à quand s'applique un taux modulé ?+
Un taux modulé en 2026 s'applique en principe jusqu'au 31 décembre 2026. Au 1er janvier 2027, c'est le taux issu de la dernière déclaration de revenus qui s'applique de nouveau. Si votre situation n'a pas changé, il faut refaire la démarche de modulation en début d'année. Pour caler votre taux de prélèvement sur votre rémunération 2026 et vos distributions prévues, échangez avec nous sur l'optimisation de la rémunération du dirigeant, en lien avec notre accompagnement en fiscalité personnelle et d'entreprise.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- impots.gouv.fr : comment diminuer mon taux de prélèvement à la source ?
- impots.gouv.fr : comment augmenter mon taux de prélèvement à la source ?
- impots.gouv.fr : les acomptes de prélèvement à la source
- impots.gouv.fr : le versement trimestriel des acomptes
- BOFiP : condition de modulation du taux à la baisse (ACTU-2023-00096, loi de finances pour 2023)
- BOFiP : conditions d'application du droit à modulation (BOI-IR-PAS-20-30-20-10)
- BOFiP : échelonnement infra-annuel pour les titulaires de BIC, BNC et BA (BOI-IR-PAS-30-20-20)
- impots.gouv.fr : dispense du prélèvement forfaitaire non libératoire
Ce sujet relève de notre mission Optimisation rémunération dirigeant : salaire ou dividendes
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