Passer en SELARL quand on est dentiste : le vrai calcul
Aucun seuil de bénéfice ne déclenche mécaniquement le passage en société. Ce qui décide, c'est l'écart entre ce que le cabinet dégage et ce dont le praticien a besoin pour vivre, plus trois paramètres que les simulateurs oublient.
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Création d'entreprise à Paris : statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide : à partir de quand passer en SELARL ?#
Aucun seuil de bénéfice ne déclenche mécaniquement le passage. Ce qui décide, c'est la part du résultat que le praticien peut durablement laisser dans la société sans la prélever. Tant que tout le bénéfice sert à vivre, la société n'apporte pas d'économie et ajoute des obligations. Elle devient utile quand une capacité d'épargne ou d'investissement apparaît.
On lit partout qu'il faudrait franchir 70 000 €, 80 000 € ou 100 000 € de bénéfice. Ces montants circulent d'un site à l'autre sans qu'aucun texte ni aucune étude ne les étaye. Ils ne sont pas faux par hasard : ils sont simplement hors sujet, parce que le paramètre déterminant n'est pas le bénéfice.
Quel est le vrai critère : ce que vous ne prélevez pas ?#
En exercice individuel, le bénéfice est imposé à l'impôt sur le revenu et soumis aux cotisations, que vous le preniez ou non. Un praticien qui dégage 150 000 € et n'en consomme que 90 000 € est imposé sur 150 000 €.
En SELARL, le résultat est imposé à l'impôt sur les sociétés. La rémunération versée au praticien est déduite du résultat de la société et imposée chez lui. Ce qui reste dans la structure supporte l'impôt sur les sociétés, au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les sociétés qui en remplissent les conditions, puis au taux normal de 25 % au-delà. Le taux réduit suppose notamment un chiffre d'affaires d'au plus 10 millions d'euros et un capital entièrement libéré, détenu pour au moins 75 % par des personnes physiques ou par une société qui remplit elle-même cette condition.
D'où le critère : l'écart entre ce que le cabinet dégage et ce dont vous avez besoin pour vivre. Si cet écart est nul, la société n'apporte rien. S'il est significatif et durable, elle permet de financer un investissement, de rembourser une dette d'acquisition ou de constituer une trésorerie à un coût fiscal inférieur.
| Situation | Intérêt de la société |
|---|---|
| Tout le bénéfice est consommé | faible, obligations en plus |
| Écart durable entre résultat et train de vie | réel, l'impôt sur les sociétés s'applique à la part conservée |
| Projet d'investissement lourd à financer | réel, la capacité de remboursement est logée dans la structure |
| Entrée d'un associé envisagée | déterminant, la société organise la détention |
| Transmission à préparer | déterminant, la cession de titres se pilote |
Exercice individuel, SELARL ou SELAS : que change chaque structure ?#
| Critère | Exercice individuel (BNC) | SELARL, gérant majoritaire | SELAS, président |
|---|---|---|---|
| Imposition du résultat | Impôt sur le revenu sur tout le bénéfice, prélevé ou non | IS sur la part conservée (15 % puis 25 %) | IS sur la part conservée (15 % puis 25 %) |
| Statut social du praticien | Travailleur non salarié | Travailleur non salarié | Assimilé salarié |
| Coût des cotisations | Référence | Proche de l'exercice individuel | Nettement plus élevé à rémunération égale |
| Dividendes | Sans objet | Fraction au-delà de 10 % du capital, des primes et des comptes courants soumise aux cotisations | Prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis 2026, sans cotisations sociales |
| Comptabilité | Trésorerie, déclaration 2035 | Engagement, bilan, liasse IS, plus 2035 personnelle pour la rémunération | Engagement, bilan, liasse IS, bulletins de paie |
| Sortie | Simple | Dissolution, liquidation, imposition des réserves | Idem |
Ce tableau résume des règles générales : le coût exact des cotisations dépend de votre niveau de rémunération, de votre caisse et de vos contrats de prévoyance, et doit être simulé sur votre dossier.
Combien la SELARL fait-elle réellement gagner ? Un exemple chiffré#
Prenons un chirurgien-dentiste dont l'activité permet, une fois sa rémunération et les cotisations correspondantes payées, de laisser 40 000 € de résultat dans une SELARL. Son foyer est imposé dans la tranche marginale de 41 % du barème de l'impôt sur le revenu. L'exemple est volontairement simplifié : il isole la seule part non prélevée et ne chiffre pas les cotisations sociales.
Si ces 40 000 € restent dans la société, ils supportent l'impôt sur les sociétés au taux réduit : 40 000 × 15 % = 6 000 €. Il reste 34 000 € pour rembourser un emprunt, financer un équipement ou constituer une réserve.
En exercice individuel, les mêmes 40 000 € s'ajoutent au revenu imposable : à 41 %, cela représente 16 400 € d'impôt sur le revenu, avant même les cotisations sociales qui s'appliquent aussi sur cette somme. L'écart annuel, d'au moins 10 400 €, correspond à l'avantage réel de la structure, à une condition : que l'argent reste dans la société.
Si les 34 000 € sont ensuite distribués, l'avantage fond. En SELARL, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant est soumise aux cotisations des indépendants, en plus de l'impôt sur le revenu : avec un capital de 10 000 €, la quasi-totalité serait concernée. En SELAS, les dividendes supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 10 676 € sur 34 000 € ; l'imposition totale de la somme atteint alors 16 676 €, proche des 16 400 € d'impôt sur le revenu de l'exercice individuel ; l'écart qui subsiste tient aux cotisations sociales, à chiffrer au cas par cas.
| Scénario pour 40 000 € non consommés | Impôt principal | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| Exercice individuel, TMI 41 % | 16 400 € d'IR, plus cotisations | Imposé même si l'argent n'est pas utilisé |
| SELARL ou SELAS, résultat conservé | 6 000 € d'IS | Capacité de 34 000 € pour investir ou rembourser |
| SELAS, résultat distribué | 6 000 € d'IS + 10 676 € de PFU | Avantage fiscal fortement réduit |
| SELARL, résultat distribué | 6 000 € d'IS + IR et cotisations sur l'essentiel des dividendes | Souvent défavorable |
La leçon est nette : la société ne fait pas baisser l'impôt sur l'argent que vous consommez, elle fait baisser l'impôt sur l'argent que vous laissez travailler dans le cabinet. C'est pourquoi la question de départ n'est jamais "combien je gagne ?" mais "combien je peux ne pas prélever ?".
Quels paramètres les simulateurs oublient-ils ?#
La protection sociale. Le gérant majoritaire de SELARL est travailleur non salarié : les cotisations sont plus faibles, mais les droits aussi. Le président de SELAS est assimilé salarié, mieux couvert et nettement plus coûteux. La bonne question n'est pas laquelle coûte le moins, mais quel niveau de couverture correspond à votre situation familiale et patrimoniale.
La complexité réelle. Passer en société, c'est quitter une comptabilité de trésorerie et une 2035 pour une comptabilité d'engagement, un bilan, une liasse à l'impôt sur les sociétés, des assemblées et un dépôt des comptes. Depuis la fin de la tolérance des 5 %, il faut en outre documenter la ventilation de la rémunération du gérant, ce qui suppose de tenir aussi une comptabilité BNC personnelle et de déposer une 2035. Ce n'est pas rédhibitoire, mais cela a un coût qui doit figurer dans le calcul.
Le coût de sortie. Une société se crée facilement et se défait beaucoup moins. Repasser en exercice individuel suppose une dissolution, une liquidation, une imposition des réserves. Le passage en société doit donc s'apprécier sur un horizon de plusieurs années, pas sur un exercice exceptionnel.
La TVA ne change pas. L'exonération des soins tient à la nature de la prestation, pas à la forme juridique : une SELARL de chirurgiens-dentistes reste exonérée sur les soins, et les activités annexes restent taxables comme avant.
SELARL ou SELAS : comment trancher ?#
Une fois la décision de passer en société prise, le choix de la forme se joue sur deux points.
Le statut social du dirigeant, décrit plus haut, qui détermine à la fois le coût des cotisations et le niveau de protection.
Le traitement des dividendes. En SELARL, les dividendes perçus par le gérant majoritaire au-delà du seuil de 10 % sont soumis à cotisations sociales. En SELAS, ils échappent aux cotisations et supportent le prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % au 1er janvier 2026. Une politique de distribution significative pousse donc vers la SELAS, un besoin de protection sociale renforcé aussi, mais à un coût de cotisations plus élevé sur la rémunération.
Le choix se fait rarement sur le seul chiffrage. Un praticien qui compte distribuer régulièrement et qui a une couverture prévoyance personnelle solide n'a pas les mêmes priorités qu'un praticien jeune, endetté, avec des enfants à charge.
SCM, SPFPL : faut-il les confondre avec la SELARL ?#
Non. Deux structures sont régulièrement confondues avec la SELARL.
La SCM ne sert pas à exercer. Elle met des moyens en commun, locaux, matériel, personnel, entre praticiens qui conservent chacun leur patientèle et leur propre comptabilité. Elle répond à une question d'organisation et de partage des charges, pas à une question fiscale.
La SPFPL est une holding : elle détient des parts de SELARL. Elle intervient donc après, quand il s'agit d'organiser une acquisition, de faire remonter des dividendes ou de préparer une transmission. Elle ne remplace pas la société d'exercice. Notre article sur la SPFPL du chirurgien-dentiste détaille ce que cette structure permet et ce qu'elle ne permet pas.
Peut-on apporter sa patientèle et l'amortir ?#
C'est le montage le plus souvent proposé lors d'un passage en société, et le plus souvent mal compris.
L'apport d'une patientèle à une société contrôlée par le même praticien est expressément exclu du dispositif temporaire d'amortissement déductible. L'opération peut rester pertinente, par exemple pour préparer l'entrée d'un associé ou pour valoriser l'apport au capital, mais elle ne produira pas l'économie d'impôt annoncée. Il faut la décider sur ses vrais motifs. Le cas du rachat d'une patientèle à un confrère obéit à d'autres règles, que nous détaillons dans notre article sur le rachat de patientèle dentaire.
Notre lecture. Nous voyons le passage en SELARL comme une décision d'investissement plus que comme une décision fiscale. Elle a du sens quand un projet concret absorbe le résultat conservé : remboursement d'un emprunt d'installation, renouvellement d'un plateau technique, entrée d'un associé, préparation d'une cession. Sans projet, la société conserve une trésorerie qui finira distribuée, et l'exemple chiffré montre que l'avantage se réduit alors fortement. Nous déconseillons aussi de décider sur l'année la plus haute : c'est la moyenne des trois derniers exercices, et la stabilité de l'écart entre résultat et train de vie, qui doivent guider le choix.
Quelle méthode appliquer avant de décider ?#
- Établir le résultat réel des deux derniers exercices, retraité des éléments non récurrents.
- Chiffrer le train de vie nécessaire, net, avant de parler de structure.
- Mesurer l'écart entre les deux, et sa stabilité dans le temps.
- Simuler les deux scénarios sur cinq ans, cotisations et protection sociale comprises, et non sur le seul impôt de l'année.
- Ajouter au calcul le coût de fonctionnement de la société et le coût de sortie.
- Vérifier les projets : investissement, association, transmission. Ce sont eux qui tranchent le plus souvent.
Un simulateur de rémunération du dirigeant permet de dégrossir l'arbitrage, à condition de le lire comme un ordre de grandeur et non comme une décision. Les mêmes questions se posent, avec des paramètres voisins, pour d'autres professions de santé : notre article sur le passage de BNC à SELARL pour un médecin en donne un point de comparaison.
Quelle checklist avant de créer la SELARL ?#
- Résultats des trois derniers exercices et projection du prochain, retraités.
- Budget personnel net et besoins de trésorerie du foyer.
- Contrats de prévoyance et de retraite en cours, et niveau de couverture souhaité.
- Projets à cinq ans : investissement, associé, acquisition, cession.
- Sort de la patientèle, du bail et des contrats (matériel, personnel) lors du transfert.
- Formalités ordinales et statuts adaptés à l'exercice de la profession.
Une fois la SELARL en place, la question suivante est celle de la ventilation de la rémunération, devenue obligatoire depuis la fin de la tolérance des 5 %. Pour l'ensemble de la gestion du cabinet, voir notre page expert-comptable dentiste.
À jour au 25 septembre 2026. Taux de l'impôt sur les sociétés : article 219 du CGI et fiche Service-Public Entreprendre ; prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 : Service-Public Entreprendre ; assiette sociale des dividendes : article L131-6 du Code de la sécurité sociale. L'exemple chiffré est illustratif et ne chiffre pas les cotisations sociales. Contenu informatif relu par un expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Il ne se substitue pas à une analyse de votre situation.
Questions fréquentes
À partir de quel bénéfice un dentiste a-t-il intérêt à passer en SELARL ?
Il n'existe pas de seuil universel, et les montants annoncés sur beaucoup de sites ne reposent sur aucune source. Le critère décisif n'est pas le bénéfice mais l'écart entre ce que le cabinet dégage et ce dont le praticien a besoin pour vivre. Tant que la totalité du bénéfice est consommée en train de vie, la société n'apporte pas d'économie. Elle devient intéressante quand une part durable du résultat peut rester dans la structure.
Quelle est la différence entre SELARL et SELAS pour un dentiste ?
Elle porte d'abord sur le statut social du dirigeant. Le gérant majoritaire de SELARL est travailleur non salarié : ses cotisations sont plus faibles mais sa protection sociale l'est aussi, et les dividendes qu'il perçoit au-delà d'un certain seuil sont soumis à cotisations. Le président de SELAS est assimilé salarié : la couverture est meilleure, le coût des cotisations sensiblement plus élevé, et les dividendes échappent aux cotisations sociales. Le choix se fait sur le besoin de protection et sur la politique de distribution envisagée.
Le passage en SELARL fait-il perdre l'exonération de TVA sur les soins ?
Non. L'exonération porte sur la nature de la prestation, les soins dispensés aux personnes, et non sur la forme juridique de la structure qui les facture. Une SELARL de chirurgiens-dentistes reste exonérée sur son activité de soins. Restent taxables, comme en exercice individuel, les activités annexes telles que la vente d'aligneurs, les actes à finalité purement esthétique et la redevance encaissée d'un collaborateur.
Faut-il apporter sa patientèle à la SELARL ?
C'est une possibilité, mais elle ne produit pas l'avantage fiscal souvent annoncé. L'apport d'une patientèle à une société contrôlée par le même praticien est expressément exclu du dispositif d'amortissement déductible. L'apport peut rester pertinent pour d'autres raisons, notamment pour préparer l'entrée d'un associé, mais il doit être décidé sur ces motifs et non sur une économie d'impôt qui n'existera pas.
Le passage en société complique-t-il la comptabilité ?
Oui, et il faut l'intégrer au calcul. L'exercice individuel repose sur une comptabilité de trésorerie et une déclaration 2035. La SELARL tient une comptabilité d'engagement, établit un bilan et un compte de résultat, dépose une liasse à l'impôt sur les sociétés, tient des assemblées et publie ses comptes. S'y ajoute, depuis la fin de la tolérance des 5 %, la nécessité de documenter la ventilation de la rémunération du gérant, ce qui suppose une déclaration 2035 personnelle en plus de la liasse.
La SELARL fait-elle vraiment baisser l'impôt si je distribue tout le résultat ?
Rarement. L'avantage vient de l'impôt sur les sociétés à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sur la part conservée dans la société. Si cette part est ensuite distribuée, elle supporte en SELARL les cotisations sociales sur la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes et des comptes courants, et en SELAS le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026. L'économie se réduit alors fortement : la société est surtout utile pour l'argent qui reste investi dans le cabinet.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable basé à Paris 8, dont le fondateur est aussi commissaire aux comptes, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Légifrance - Code général des impôts, article 219 (taux de l'impôt sur les sociétés)
- Légifrance - Code général des impôts, article 62 (rémunérations allouées aux gérants et associés)
- CARCDSF - Cotisations du praticien
- Conseil d'État, 8 avril 2025, n° 492154
- Service-Public Entreprendre - Taux de l'impôt sur les sociétés
- Service-Public Entreprendre - Évolution du taux du prélèvement forfaitaire unique (31,4 % au 1er janvier 2026)
- Légifrance - Code de la sécurité sociale, article L131-6 (assiette des cotisations des travailleurs indépendants)
Ce sujet relève de notre mission Création d'entreprise à Paris : statut, INPI, fiscalité
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