Chirurgien : SELARL ou exercice individuel, la structure fiscale optimale
Exercice individuel en BNC ou SELARL a l'IS : comparez les deux structures sur l'impot, les dividendes, la TVA des actes et l'amortissement du materiel chirurgical.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Pour un chirurgien, la structure fiscale optimale se joue entre l'exercice individuel en BNC et la SELARL à l'impôt sur les sociétés. L'exercice individuel est simple mais impose tout le bénéfice à votre tranche marginale. La SELARL permet de piloter rémunération et dividendes, d'amortir le matériel et de lisser l'impôt, au prix d'un formalisme accru.
Vous êtes chirurgien et vos honoraires progressent : la question de la structure revient à chaque clôture. Faut-il rester en exercice individuel, plus simple, ou créer une SELARL pour piloter votre fiscalité ? Ce choix engage votre impôt courant, vos cotisations sociales, l'amortissement de votre plateau technique et, à terme, la transmission de votre patrimoine professionnel. Comparons les deux voies sur des critères concrets.
Deux structures, deux logiques fiscales#
Le chirurgien libéral a le choix entre deux grandes voies, qui répondent à des objectifs différents.
L'exercice individuel consiste à exercer en nom propre, sous le régime des bénéfices non commerciaux (BNC). Le bénéfice est imposé chaque année à l'impôt sur le revenu, à votre tranche marginale, que vous l'ayez prélevé ou laissé sur le compte professionnel.
La SELARL (société d'exercice libéral à responsabilité limitée) loge votre activité dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés. Vous devenez gérant et associé : vous percevez une rémunération et, le cas échéant, des dividendes. Cette structure dissocie le résultat de la société de ce que vous percevez réellement, ce qui ouvre un pilotage de l'impôt impossible en exercice individuel.
Exercice individuel en BNC : la simplicité, mais l'impôt plein#
En nom propre, le chirurgien tient une comptabilité de trésorerie et dépose une déclaration 2035. Le bénéfice net est ajouté à ses autres revenus et imposé au barème progressif de l'impôt sur le revenu, jusqu'à 45 % dans la tranche la plus haute, auxquels s'ajoutent les cotisations sociales obligatoires à la CARMF et à l'URSSAF.
L'avantage est la lisibilité : pas de société à gérer, pas d'assemblée, des obligations comptables allégées. L'inconvénient est qu'il n'existe aucun levier pour différer l'impôt. Si vous dégagez 200 000 € de bénéfice mais n'en consommez que 120 000 €, vous êtes tout de même imposé sur 200 000 €. Pour un chirurgien à hauts honoraires, cette absence de pilotage devient vite coûteuse, comme nous le constatons dans nos dossiers d'optimisation fiscale d'entreprise.
La SELARL à l'IS : piloter rémunération et dividendes#
La SELARL change la donne. La société est imposée sur son bénéfice à l'impôt sur les sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà (CGI art. 219 I-b). Votre rémunération de gérant est déductible du résultat de la société, ce qui réduit la base imposable à l'IS.
Vous arbitrez alors entre deux canaux pour vous rémunérer. La rémunération supporte les cotisations sociales de travailleur non salarié, mais ouvre des droits à la retraite et à la prévoyance. Les dividendes, eux, sont distribués après IS et supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026).
Un point de vigilance propre aux SEL : la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé est assujettie aux cotisations sociales de travailleur non salarié, et non aux seuls prélèvements sociaux. L'arbitrage entre rémunération et dividendes se prépare donc finement, comme nous le détaillons pour toute distribution de dividendes.
SEL et rémunération technique : la bascule en BNC depuis 2024#
Une évolution majeure concerne tous les associés de SEL, chirurgiens compris. Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération perçue au titre de l'activité libérale (l'activité technique de soin) n'est plus imposée comme un salaire, mais dans la catégorie des BNC. Seule la rémunération du mandat social de gérance reste imposée en traitements et salaires.
Concrètement, le chirurgien associé d'une SELARL déclare désormais sa rémunération technique en BNC, avec la possibilité de déduire ses frais professionnels réels, mais sans l'abattement de 10 % des salariés. Cette requalification, issue de la doctrine fiscale, impose de revoir la répartition entre rémunération technique et rémunération de gérance, et de tenir une comptabilité adaptée. C'est un sujet que nous sécurisons systématiquement dans notre travail de fiscalité d'entreprise.
TVA du chirurgien : exonération des soins, piège de l'esthétique#
Les actes de soin du chirurgien sont en principe exonérés de TVA. Le 1° du 4 de l'article 261 du CGI exonère les prestations de soins à la personne dispensées par les membres des professions médicales réglementées, dès lors qu'elles poursuivent une finalité thérapeutique.
Le piège concerne la chirurgie esthétique. Selon la doctrine fiscale, seuls les actes esthétiques poursuivant une finalité thérapeutique reconnue restent exonérés. Les actes de chirurgie esthétique non remboursés par la sécurité sociale, dont l'usage thérapeutique n'est pas reconnu par la Haute Autorité de santé, sont soumis à la TVA au taux normal de 20 %. Un chirurgien plasticien qui réalise une part significative d'actes purement esthétiques peut donc dépasser le seuil de franchise et devenir redevable de la TVA sur cette part de son activité, tout en restant exonéré sur ses actes thérapeutiques.
Tableau comparatif des deux structures#
| Critère | Exercice individuel (BNC) | SELARL (IS) |
|---|---|---|
| Imposition du bénéfice | Barème IR, jusqu'à 45 % | IS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % |
| Pilotage de l'impôt | Aucun, tout le bénéfice est imposé | Rémunération et dividendes arbitrables |
| Rémunération technique | BNC, déclaration 2035 | BNC depuis 2024 (hors mandat) |
| Dividendes | Sans objet | PFU 31,4 %, cotis. SSI au-delà de 10 % du capital |
| Amortissement du matériel | Oui, sur la 2035 | Oui, au bilan de la société |
| Formalisme | Léger | Société, assemblée, comptes annuels |
| Protection sociale | CARMF, URSSAF | CARMF, URSSAF (gérant TNS) |
Amortir le matériel chirurgical#
Quelle que soit la structure, le matériel chirurgical s'amortit. Un bloc d'instrumentation, un microscope opératoire, un appareil d'imagerie ou un équipement de stérilisation représentent des investissements lourds qui se déduisent sur leur durée d'usage, souvent de 5 à 10 ans selon le matériel.
En exercice individuel, ces amortissements réduisent le bénéfice BNC de la 2035. En SELARL, ils diminuent le résultat soumis à l'IS. Dans les deux cas, le pilotage de l'investissement et de son financement (achat, crédit, crédit-bail) influe directement sur l'impôt. C'est un point que nous chiffrons avec le chirurgien dans le cadre de notre accompagnement des professions de santé et libérales.
Notre lecture#
Dans la majorité des dossiers de chirurgiens, le basculement vers la SELARL se justifie dès que le bénéfice dépasse durablement la rémunération réellement consommée. Tant que vous prélevez l'intégralité de votre bénéfice pour vivre, l'exercice individuel reste pertinent : il évite un formalisme inutile.
Le vrai déclencheur de la SELARL est la capacité d'épargne. Si vous laissez chaque année une part significative de votre bénéfice dans l'outil professionnel, l'exercice individuel vous fait payer l'impôt plein sur des sommes que vous ne consommez pas. La SELARL permet alors d'imposer cette part à 15 % ou 25 % à l'IS, puis de la distribuer plus tard, au moment choisi. La bascule en BNC de la rémunération technique depuis 2024 réduit un avantage historique de la SEL, mais ne renverse pas l'arbitrage : le pilotage du résultat reste le cœur du sujet.
Cas fréquent#
Un chirurgien que nous accompagnons dégageait 230 000 € de bénéfice annuel en exercice individuel, alors qu'il n'en consommait que 140 000 € pour son train de vie. Les 90 000 € d'épargne annuelle étaient imposés à sa tranche marginale de 41 %, soit près de 37 000 € d'impôt sur une somme laissée sur le compte. Après création d'une SELARL, cette épargne a été imposée à l'IS, à 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 % au-delà, soit un coût immédiat très inférieur. La trésorerie ainsi conservée a financé sur 3 ans le renouvellement de son plateau technique, amorti au bilan. L'arbitrage rémunération-dividendes a été calibré pour rester sous le seuil de 10 % du capital, afin de limiter les cotisations sociales sur les distributions.
Questions fréquentes
Un chirurgien a-t-il intérêt à créer une SELARL ?+
La SELARL devient intéressante dès que votre bénéfice dépasse durablement ce que vous prélevez pour vivre. Elle permet d'imposer l'épargne professionnelle à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %) plutôt qu'au barème de l'impôt sur le revenu, et de piloter le moment de la distribution. Si vous consommez tout votre bénéfice, l'exercice individuel reste plus simple et tout aussi efficace.
Comment sont imposés les dividendes d'une SELARL de chirurgien ?+
Les dividendes sont distribués après impôt sur les sociétés et supportent le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux). Attention : la part de dividendes qui excède 10 % du capital social, des primes et du compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales de travailleur non salarié, et non aux seuls prélèvements sociaux.
La rémunération d'un chirurgien en SELARL est-elle un salaire ?+
Plus exactement, depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération perçue au titre de l'activité technique de soin est imposée en BNC, et non en traitements et salaires. Seule la rémunération du mandat social de gérance reste imposée comme un salaire. Cette distinction impose de revoir la répartition et la comptabilité de l'associé.
Les actes d'un chirurgien sont-ils soumis à la TVA ?+
Les actes de soin à finalité thérapeutique sont exonérés de TVA (CGI art. 261, 4-1°). En revanche, les actes de chirurgie esthétique sans finalité thérapeutique reconnue, non remboursés, sont soumis à la TVA au taux de 20 %. Un chirurgien réalisant une part importante d'actes esthétiques peut donc devenir redevable de la TVA sur cette activité.
Peut-on amortir le matériel chirurgical ?+
Oui, dans les deux structures. Le matériel chirurgical (instrumentation, microscope, imagerie, stérilisation) s'amortit sur sa durée d'usage, souvent de 5 à 10 ans. En exercice individuel, l'amortissement réduit le bénéfice de la 2035 ; en SELARL, il réduit le résultat soumis à l'IS. Le mode de financement influe aussi sur le résultat.
Quel taux d'impôt sur les sociétés pour une SELARL ?+
Le taux réduit de 15 % s'applique sur la fraction de bénéfice jusqu'à 42 500 €, sous conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital. Au-delà, le taux normal de 25 % s'applique (CGI art. 219). Ce taux se compare au barème progressif de l'impôt sur le revenu, qui peut atteindre 45 % en exercice individuel.
Faut-il une SPFPL en plus de la SELARL ?+
La société de participations financières de professions libérales (SPFPL) est un étage de détention placé au-dessus de la SELARL. Elle prend du sens pour le rachat de parts, l'acquisition d'une seconde structure ou la transmission, mais ne se justifie pas pour une simple optimisation de l'impôt courant. C'est un montage patrimonial à étudier au cas par cas avec un accompagnement en gestion de patrimoine du dirigeant.
À retenir#
- Le choix se joue entre l'exercice individuel en BNC, simple mais sans pilotage, et la SELARL à l'IS, qui dissocie résultat et rémunération.
- La SELARL devient pertinente dès que votre bénéfice dépasse durablement ce que vous consommez : l'épargne est imposée à l'IS (15 % puis 25 %) plutôt qu'au barème de l'IR.
- Depuis 2024, la rémunération technique de l'associé de SEL est imposée en BNC, seule la rémunération de gérance restant en salaires.
- Les dividendes supportent le PFU de 31,4 %, avec cotisations sociales au-delà de 10 % du capital.
- Les actes de soin sont exonérés de TVA, mais la chirurgie esthétique non thérapeutique est taxée à 20 %.
- L'arbitrage de structure se décide avec un chiffrage personnalisé, jamais sur un principe général.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Mis à jour pour 2026. Cet article a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation propre.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - CGI art. 219 (taux de l'impot sur les societes)
- BOFiP - Exoneration de TVA des actes de medecine et de chirurgie esthetique (CGI 261-4-1)
- Legifrance - CGI art. 261 (exonerations de TVA, professions medicales)
- impots.gouv.fr - Remuneration des associes de SEL imposee en BNC depuis 2024
- BOFiP - Prelevement forfaitaire unique sur les revenus de capitaux mobiliers
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
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