Réforme SELARL 2024-2026 : BNC, mandat social et arbitrage fiscal pour professions libérales
Depuis le 1er septembre 2024, la réforme des sociétés d'exercice libéral (ordonnance du 8 février 2023) change concrètement la fiscalité des associés de SELARL : rémunération technique en BNC, mandat social en traitements et salaires. Voici ce que cela implique pour médecins, avocats, kinésithérapeutes et experts-comptables en 2026, avec un exemple chiffré et les points de vigilance à ne pas rater.
Ce sujet relève de notre mission
Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessionsNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Mis à jour le 25 mai 2026 — Rédigé par Samuel Hayot, expert-comptable inscrit à l'OEC Paris Île-de-France.
L'ordonnance du 8 février 2023 (n° 2023-77), entrée en vigueur le 1er septembre 2024, a profondément remanié le cadre juridique des sociétés d'exercice libéral (SEL). Pour les associés de SELARL, le changement le plus concret est fiscal : la rémunération liée à l'activité technique libérale n'est plus traitée comme un salaire. Elle relève désormais des bénéfices non commerciaux (BNC), conformément à la doctrine BOFiP publiée le 27 décembre 2023. Ce réalignement produit des effets directs sur la déclaration personnelle, les cotisations sociales et l'arbitrage entre statut TNS et assimilé salarié.
En résumé : depuis le 1er janvier 2024, un associé de SELARL qui exerce son activité libérale au sein de la société déclare cette rémunération technique en BNC (art. 92 CGI), tandis que sa rémunération de gérant au titre du mandat social relève des traitements et salaires (art. 62 CGI). Ces deux flux ne s'additionnent pas : ils obéissent à des régimes différents, avec des cotisations, des déductions et des obligations déclaratives distinctes.
Pourquoi l'ordonnance du 8 février 2023 change la donne#
Avant la réforme, les SEL étaient régies par la loi du 31 décembre 1990. Le texte avait vieilli : il ne couvrait pas certaines professions, rendait difficile la pluriactivité entre structures et laissait des zones grises sur la qualification des revenus. L'ordonnance de 2023, prise sur habilitation législative, a modernisé l'ensemble du régime.
Les effets principaux pour les SELARL :
- Clarification des règles relatives au capital social : les associés extérieurs (non-professionnels) peuvent désormais détenir jusqu'à 49 % du capital, sous réserve de la réglementation propre à chaque profession.
- Assouplissement des conditions d'associés : certaines SEL peuvent associer des personnes morales issues d'autres professions réglementées.
- Entrée en vigueur différée : 1er septembre 2024, laissant aux structures existantes le temps de se mettre en conformité.
- Conséquence fiscale directe : la requalification des revenus techniques en BNC, actée par le BOFiP dès fin 2023 pour anticiper l'entrée en vigueur.
La distinction décisive : rémunération technique vs mandat social#
La clarification BOFiP du 27 décembre 2023 (actualité BNC-SEL) pose une grille de lecture que tout associé de SELARL doit maîtriser.
| Nature du revenu | Catégorie fiscale | Régime social | Base légale |
|---|---|---|---|
| Rémunération au titre de l'activité libérale exercée dans la SEL | BNC | TNS (SSI) | Art. 92 CGI |
| Rémunération au titre du mandat social (gérance) | Traitements et salaires | Selon statut (TNS si gérant majoritaire SARL) | Art. 62 CGI |
| Dividendes distribués par la SELARL | Revenus de capitaux mobiliers | Pas de cotisations sociales (sauf dépassement seuil TNS) | Art. 13 CGI |
Cette distinction n'est pas optionnelle. Traiter la rémunération technique comme un salaire conduit à une déclaration erronée, des cotisations mal calibrées et un risque de redressement. À l'inverse, inclure la rémunération de gérance dans les BNC crée une double erreur sur le régime social et le régime fiscal.
Avant / après réforme : ce qui change concrètement#
| Point de comparaison | Avant 1er sept. 2024 | Depuis 1er sept. 2024 |
|---|---|---|
| Qualification de la rémunération technique | Pratique hétérogène selon les structures | BNC obligatoire (doctrine BOFiP actée) |
| Régime déclaratif | Ambiguïté fréquente, certains traitaient en salaire | Déclaration 2035 (BNC) + 2042 (TS pour mandat) |
| Régime social de la rémunération technique | Variable | TNS / SSI sur les BNC |
| Capital social : associés extérieurs | Plafond strict (souvent 25 %) | Jusqu'à 49 % possible selon profession |
| Risque de contrôle | Faible si tolérance administrative | Accru : doctrine claire, écarts sanctionnables |
Exemple chiffré : médecin en SELARL, 200 000 € de revenus annuels#
Prenons le cas d'un médecin généraliste associé unique et gérant de sa SELARL. Son activité génère 200 000 € de recettes nettes à répartir.
Ventilation recommandée (à titre illustratif — à adapter à chaque situation) :
- Rémunération technique (BNC) : 140 000 € — rémunère l'activité médicale proprement dite, déclarée en 2035, soumise aux cotisations SSI (à vérifier selon le montant exact auprès de l'URSSAF et de la CARMF).
- Rémunération de gérance (TS, art. 62 CGI) : 20 000 € — rémunère le mandat social, déclarée en traitements et salaires avec abattement de 10 % ou frais réels.
- Dividendes : 40 000 € — distribués après impôt sur les sociétés, soumis à la flat tax (PFU 31,4 %) ou au barème progressif sur option.
Ce que change cette ventilation par rapport à une déclaration entièrement en salaire :
- Les cotisations sociales portent sur 140 000 € de BNC (et non sur un salaire brut supérieur qui inclurait des charges patronales fictives).
- La base imposable à l'IR est calculée différemment selon chaque catégorie.
- Le choix entre micro-BNC (seuil à vérifier selon l'année) et déclaration contrôlée (2035) conditionne la déductibilité des frais professionnels.
Notre lecture : dans les dossiers de médecins ou de kinésithérapeutes en SELARL que nous accompagnons, la principale friction post-réforme n'est pas la compréhension de la règle — c'est l'alignement entre la décision AG, la fiche de paie du gérant, la déclaration 2035 et la 2042. Ces quatre documents doivent raconter la même histoire. Quand l'un d'eux est décalé, le risque de redressement est réel.
L'arbitrage TNS vs assimilé salarié en SELARL : ce que la réforme rebat#
La réforme n'efface pas la question de l'arbitrage entre statut TNS (gérant majoritaire de SELARL) et assimilé salarié (gérant minoritaire ou égalitaire). Elle le repose sur des bases plus claires.
Gérant majoritaire de SELARL (TNS) :
- Rémunération de gérance : art. 62 CGI (TS).
- Rémunération technique : BNC (art. 92 CGI).
- Cotisations sociales : SSI sur les BNC + cotisations sur la rémunération de gérance (régime TNS).
- Avantage principal : coût social global souvent inférieur à celui d'un assimilé salarié.
- Risque principal : couverture prévoyance et retraite à construire activement.
Gérant minoritaire ou égalitaire de SELARL (assimilé salarié) :
- Rémunération de gérance : assimilée salarié (régime général).
- Rémunération technique : BNC (même règle post-réforme).
- Cotisations sociales : régime général sur la gérance + SSI sur les BNC.
- Avantage principal : meilleure couverture sociale intégrée.
- Risque principal : coût global plus élevé, gestion de deux régimes simultanément.
Pour approfondir l'articulation entre choix de structure et optimisation de rémunération, voyez notre article sur la création d'entreprise et le choix de formule juridique et notre guide sur le PER dirigeant 2026.
Le risque sous-estimé : l'incohérence documentaire entre les quatre niveaux du dossier#
La plupart des erreurs que nous rencontrons dans les dossiers SELARL post-2024 ne viennent pas d'une méconnaissance de la règle. Elles viennent d'une incohérence entre :
- La décision AG qui fixe les montants.
- La comptabilité de la SELARL qui enregistre les flux.
- La déclaration 2035 (BNC) de l'associé.
- La déclaration 2042 (IR global) avec la case traitements et salaires.
Si ces quatre niveaux ne sont pas alignés, l'administration dispose d'une base de travail pour un redressement. La charge de la preuve pèse sur l'associé.
Points de vigilance 2026 :
- Vérifier que la décision d'assemblée fixe explicitement la répartition entre rémunération technique et mandat social.
- S'assurer que le logiciel comptable de la SELARL ne génère pas automatiquement une fiche de paie pour la rémunération technique.
- Confirmer avec le cabinet la qualification du régime BNC (micro ou déclaration contrôlée 2035).
- Anticiper l'impact sur les acomptes de CFE et d'IR si la ventilation change d'une année sur l'autre.
Ce que l'administration regarde en cas de contrôle#
La doctrine BOFiP de décembre 2023 est désormais opposable. En cas de vérification de comptabilité ou de contrôle sur pièces, les éléments examinés incluent :
- La cohérence entre les montants déclarés en BNC et ceux enregistrés dans la comptabilité de la SELARL.
- L'existence d'une décision formelle des associés ou de l'AG.
- La présence ou l'absence d'un contrat de travail (incompatible avec le mandat social d'un gérant majoritaire de SELARL dans la quasi-totalité des cas).
- Le calcul des cotisations sociales : un BNC non déclaré au SSI peut générer un redressement URSSAF.
Cas terrain : avocat en SELARL qui n'a pas mis à jour son schéma après septembre 2024#
Situation fréquemment rencontrée : un avocat associé unique et gérant de SELARL avait, jusqu'en 2023, tout traité en salaire via une fiche de paie unique. Son cabinet comptable précédent n'avait pas anticipé le basculement BNC. Résultat en 2025 :
- Déclaration 2042 avec uniquement des traitements et salaires → incohérente avec la réalité de l'exercice libéral.
- Aucune déclaration 2035 → obligation méconnue.
- Cotisations SSI non calculées sur la rémunération technique → régularisation potentielle.
La reprise du dossier a nécessité une revue complète des flux depuis le 1er janvier 2024, une mise à plat avec le SIE et une régularisation déclarative. Délai : environ quatre mois. Coût évitable si le sujet avait été traité dès l'entrée en vigueur.
Pour les structures qui combinent SELARL et structures de détention (holding ou SCI), l'articulation avec un groupement d'intérêt économique peut également mériter un examen dédié.
Ce qu'il faut faire avant votre prochaine déclaration#
Checklist de sécurisation 2026 :
- Identifier le montant exact de la rémunération technique versée depuis le 1er janvier 2024.
- Vérifier que ce montant est distinct de la rémunération de gérance dans la comptabilité de la SELARL.
- Confirmer que la déclaration 2035 a bien été souscrite (ou que le micro-BNC s'applique — seuil à vérifier).
- Contrôler la case 2042 : la rémunération de gérance figure en traitements et salaires, la rémunération technique n'y figure pas.
- S'assurer que les cotisations SSI ont été calculées sur la bonne assiette.
- Documenter la décision AG qui fonde la ventilation des rémunérations.
- Vérifier la cohérence avec la liasse fiscale IS de la SELARL (charges déductibles correctement imputées).
Notre accompagnement#
Hayot Expertise accompagne les professions libérales en SELARL — médecins, avocats, experts-comptables, kinésithérapeutes, infirmiers, architectes — pour revoir leur schéma de rémunération, fiabiliser leur traitement fiscal post-réforme et anticiper les contrôles.
Notre intervention couvre : la revue du schéma de rémunération, la mise en conformité déclarative (2035 + 2042), le dialogue avec le SIE et l'URSSAF, et l'arbitrage entre les différentes options de rémunération disponibles dans votre situation.
Cet article a une vocation informative. Il ne se substitue pas à une analyse personnalisée de votre dossier. Les règles fiscales et sociales applicables à votre situation dépendent de votre statut précis, de la structure de votre SELARL et des choix effectués lors de sa constitution. Consultez un professionnel avant toute décision.
Sources : Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (Légifrance) ; BOFiP — Actualité du 27 décembre 2023, régime BNC des associés de SEL ; art. 62 et 92 du Code général des impôts ; Entreprendre.Service-Public.fr — SELARL.
Questions fréquentes
La rémunération technique d'un associé de SELARL est-elle encore un salaire depuis 2024 ?
Non. Depuis le 1er janvier 2024, la rémunération versée à l'associé personne physique au titre de son activité libérale exercée dans la SELARL relève des bénéfices non commerciaux (BNC, art. 92 CGI). Elle est déclarée sur le formulaire 2035 et soumise aux cotisations du régime SSI. Seule la rémunération du mandat social (gérance) reste dans la catégorie des traitements et salaires (art. 62 CGI).
Qu'est-ce que l'ordonnance du 8 février 2023 a changé pour les SELARL ?
L'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024, a modernisé le régime des sociétés d'exercice libéral (SEL). Elle a notamment assoupli les règles relatives au capital social (associés extérieurs jusqu'à 49 % dans certains cas), facilité les participations croisées entre professions réglementées et clarifié le cadre des SEL pluriprofessionnelles. Sur le plan fiscal, elle a confirmé la requalification en BNC de la rémunération technique des associés.
Faut-il encore distinguer dividendes et rémunération technique dans une SELARL ?
Oui, et c'est essentiel. Les dividendes relèvent des revenus de capitaux mobiliers (soumis à la flat tax à 31,4 % ou au barème progressif sur option) et n'entrent pas dans la base de calcul des cotisations sociales dans la plupart des cas. La rémunération technique est du BNC soumis aux cotisations SSI. Confondre les deux catégories peut générer un redressement fiscal et une régularisation de cotisations.
Un associé de SELARL gérant majoritaire relève-t-il du régime TNS ou du régime général ?
Un gérant majoritaire de SELARL relève du régime des travailleurs non-salariés (TNS / SSI) pour sa rémunération de gérance. Sa rémunération technique au titre de l'activité libérale relève également du SSI (en tant que BNC). Il ne bénéficie donc pas du régime général de la sécurité sociale, contrairement à un gérant minoritaire ou égalitaire assimilé salarié.
La réforme SELARL s'applique-t-elle à toutes les professions libérales réglementées ?
Oui, dans son principe. L'ordonnance du 8 février 2023 s'applique aux sociétés d'exercice libéral en général : médecins, avocats, experts-comptables, kinésithérapeutes, infirmiers, architectes, notaires et autres professions réglementées. Les modalités pratiques (capital social, conditions d'associés) varient selon les règles propres à chaque profession. Une vérification avec un expert-comptable et, le cas échéant, un avocat spécialisé reste indispensable.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 relative à l'exercice en société des professions libérales réglementées
- BOFiP — Actualité du 27 décembre 2023 : régime BNC des associés de SEL (BNC-SECT-10)
- Code général des impôts — Article 62 (rémunération des gérants et associés)
- Code général des impôts — Article 92 (bénéfices non commerciaux)
- Entreprendre.Service-Public.fr — Créer une SELARL : ce qu'il faut savoir
- URSSAF — Cotisations des travailleurs indépendants exerçant une profession libérale réglementée
Ce sujet relève de notre mission Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessions
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.