Rémunération de gérant de SELARL en 2026 : TNS, BNC et dividendes
Gérant majoritaire de SELARL : statut TNS, cotisations sociales, règle des dividendes à 10 %, rémunération technique en BNC depuis 2024 et arbitrage concret. Ce que le cabinet recommande avant de fixer un montant.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
La rémunération d'un gérant de SELARL ne se résume pas à un montant mensuel à inscrire en charges de la société. Elle mobilise simultanément le droit social des indépendants, la fiscalité des professions libérales, le régime des dividendes en société à l'IS et, depuis 2024, les nouvelles règles d'imposition de la rémunération technique en BNC. Ce cumul de régimes fait de la SELARL l'une des structures où les erreurs de pilotage sont les plus coûteuses — et les moins visibles jusqu'au contrôle.
Ce qu'il faut retenir d'emblée : la position du gérant au capital détermine le régime social applicable, mais ne suffit pas à elle seule pour arbitrer entre rémunération, dividendes et charges de la structure. Un dossier bien construit intègre la trésorerie prévisionnelle, le résultat attendu, la protection sociale souhaitée et la fiscalité personnelle du foyer — avant de fixer le moindre montant.
La SELARL est une société d'exercice libéral à responsabilité limitée. Elle combine la forme juridique de la SARL avec les contraintes spécifiques des professions libérales réglementées : médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, avocats, notaires, vétérinaires, experts-comptables. Cette double nature impose une lecture à plusieurs niveaux pour toute décision de rémunération.
Qu'est-ce que le statut TNS du gérant majoritaire de SELARL ?#
Un gérant est considéré comme majoritaire lorsqu'il détient, seul ou avec son conjoint et ses enfants mineurs, plus de la moitié des parts sociales de la SELARL. Dans cette configuration, il relève du régime des travailleurs non salariés (TNS) géré par l'URSSAF pour son mandat social — et non du régime général des salariés.
Ce statut change concrètement la mécanique des cotisations. Il n'y a pas de bulletin de paie au sens strict, pas de charges patronales calculées sur un salaire brut. Les cotisations sont appelées sur la base du revenu professionnel net déclaré, avec des acomptes provisionnels régularisés l'année suivante après la déclaration de revenus. Pour 2026, la déclaration des revenus 2025 donnera lieu à l'application de la nouvelle assiette issue de la réforme de l'assiette sociale (loi de financement de la sécurité sociale), qui substitue une assiette nette fiscale à l'ancien mécanisme.
Le gérant minoritaire ou égalitaire — celui qui détient 50 % ou moins du capital — relève du régime général. Sa rémunération fait l'objet d'un bulletin de paie, avec cotisations salariales et patronales calculées mensuellement. Le coût employeur est immédiat et lisible, mais le niveau de charges sur le revenu brut est structurellement différent de celui du TNS.
Quels sont les taux de cotisations TNS applicables en 2026 ?#
Le PASS 2026 est fixé à 48 060 € (PMSS : 4 005 € par mois, arrêté du 22 décembre 2025). C'est la référence pour calculer les plafonds et les tranches de cotisations TNS.
Les principaux taux applicables à un gérant majoritaire de SELARL relevant du régime TNS des professions libérales non réglementées ou des professions libérales réglementées (selon le cas) comprennent :
| Cotisation | Assiette de référence | Taux indicatif 2026 |
|---|---|---|
| Maladie-maternité (revenu élevé) | Revenus nets | 6,5 % environ au-delà d'un seuil (à vérifier URSSAF) |
| Retraite de base | Jusqu'à 1 PASS | ~17,75 % |
| Retraite de base | Au-delà de 1 PASS | ~0,60 % |
| Retraite complémentaire (CIPAV ou section professionnelle) | Tranches variables | À vérifier selon caisse |
| Invalidité-décès | Selon caisse | Variable |
| Allocations familiales | Revenus nets | 0 % à 3,10 % selon revenu |
| CSG-CRDS | Revenus + cotisations | 9,7 % |
Ces taux sont indicatifs. La réforme de l'assiette sociale, applicable à la déclaration des revenus 2025 (campagne 2026), modifie le mode de calcul de l'assiette en supprimant la réintégration des cotisations sociales dans l'assiette CSG-CRDS. Les taux définitifs et les modalités d'appel sont à vérifier sur urssaf.fr ou via votre simulateur de revenus indépendants.
Comment les dividendes de SELARL sont-ils traités socialement ?#
C'est le point qui génère le plus de malentendus. Dans une SELARL dont le gérant est majoritaire, les dividendes ne sont pas automatiquement exonérés de cotisations sociales.
La règle, issue de l'article L131-6 du Code de la sécurité sociale, est la suivante : la fraction des dividendes distribués qui excède 10 % du montant cumulé du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est intégrée dans l'assiette des cotisations sociales TNS du gérant majoritaire.
Exemple chiffré :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Capital social de la SELARL | 20 000 € |
| Primes d'émission | 0 € |
| Compte courant d'associé | 30 000 € |
| Base de calcul du seuil 10 % | 50 000 € |
| Seuil d'exonération (10 %) | 5 000 € |
| Dividendes distribués | 40 000 € |
| Fraction soumise à cotisations TNS | 35 000 € (40 000 - 5 000) |
| Fraction restante (soumise au PFU 31,4 %) | 5 000 € |
Dans cet exemple, 35 000 € de dividendes rejoignent l'assiette TNS et subissent les cotisations sociales comme s'ils étaient de la rémunération. Seuls 5 000 € restent soumis au seul prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. Beaucoup de gérants découvrent cette règle trop tard, après avoir distribué en pensant "sortir en dividendes" à moindre coût social.
Qu'est-ce que la rémunération technique en BNC ?#
La rémunération technique est ce que la SELARL verse à l'associé en contrepartie de l'exercice effectif de l'activité libérale — consultations médicales, actes, honoraires, prestations de la profession. Elle est distincte de la rémunération du mandat social, qui rémunère la fonction de gérant.
Depuis la doctrine fiscale publiée par l'administration en avril 2024 (BOFiP, BOI-RES-BNC-000136), applicable à compter de l'imposition des revenus 2024, cette rémunération technique est imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), et non plus en traitements et salaires (sauf lien de subordination établi). L'associé personne physique déclare ainsi ses revenus libéraux en BNC, potentiellement au régime de la déclaration contrôlée ou en micro-BNC selon le seuil (à vérifier au cas par cas).
Ce changement a des conséquences pratiques importantes :
- Les charges déductibles sont celles admises en BNC (et non les frais réels salariaux).
- La cotisation sociale TNS s'applique à l'assiette BNC.
- Le mandat social conserve son propre régime (TNS ou régime général selon la position au capital).
- La comptabilité de la SELARL doit refléter correctement la séparation entre les deux flux.
Arbitrage rémunération vs dividendes : quelle logique retenir ?#
Le choix entre rémunération et dividendes dans une SELARL ne se réduit pas à une équation fiscale. Il dépend de plusieurs variables simultanées.
| Critère | Rémunération (mandat social) | Dividendes |
|---|---|---|
| Déductibilité IS | Oui, charge de la société | Non, distribution du bénéfice après IS |
| Cotisations sociales TNS | Oui, sur assiette TNS | Oui, pour la fraction > 10 % (capital + CC + PE) |
| Protection sociale | Ouvre des droits (retraite, maladie) | N'ouvre aucun droit social |
| Fiscalité personnelle | IR (TMI) | PFU 31,4 % ou barème sur option |
| Trésorerie de la société | Impact immédiat | Différé à l'approbation des comptes |
| Lisibilité bancaire | Revenus réguliers — meilleure lecture | Revenus variables — moins favorable pour crédit |
La règle de base : une rémunération du mandat social bien calibrée préserve la couverture sociale et génère des droits. Les dividendes complètent lorsque la trésorerie le permet et que le seuil des 10 % laisse une marge réelle d'exonération sociale. Choisir les dividendes pour éviter les cotisations sans regarder la règle des 10 % revient à prendre un risque de redressement.
Sur nos dossiers : les erreurs les plus fréquentes en SELARL#
Dans les dossiers de SELARL que nous accompagnons, les difficultés ne viennent pas d'une ignorance totale des règles. Elles viennent d'approximations sur trois points précis.
Le premier est la confusion entre rémunération technique et rémunération de mandat social. Beaucoup de gérants-associés perçoivent un seul flux et ne font pas la distinction. Or les deux n'ont pas le même régime fiscal ni la même base sociale — et depuis 2024, la confusion peut coûter cher en redressement BNC.
Le deuxième est le calcul du seuil des 10 % pour les dividendes. Les gérants qui connaissent la règle l'appliquent souvent uniquement au capital social, en oubliant d'intégrer les sommes en compte courant. C'est pourtant ces sommes qui, dans les SELARL avec des comptes courants importants, réduisent le plus la fraction exonérée de cotisations.
Le troisième est l'absence de simulation annuelle. La rémunération est fixée en janvier sur la foi du résultat espéré, sans tenir compte des acomptes de cotisations TNS ni des besoins de trésorerie de la société. En milieu d'année, la caisse est trop tendue pour maintenir le niveau prévu.
Comment construire un schéma de rémunération robuste en SELARL ?#
Une approche structurée passe par quatre étapes.
- Identifier précisément le statut : gérant majoritaire (TNS) ou minoritaire/égalitaire (régime général), et vérifier si des parts sont détenues par des proches.
- Séparer les flux : rémunération de mandat social, rémunération technique (BNC), dividendes — chaque flux a son propre régime.
- Simuler le coût complet : cotisations TNS sur la rémunération + cotisations éventuelles sur la fraction des dividendes > 10 %, IS sur le résultat avant distribution, PFU sur la fraction non soumise aux cotisations. Ne raisonner que sur le "net perçu" sans voir le coût global pour la structure est la principale source d'erreur.
- Formaliser la décision : l'assemblée générale approuve les comptes et décide la distribution. La rémunération du mandat doit être décidée selon les modalités prévues par les statuts ou une décision de gérance. Ces formalités ne sont pas des détails — elles conditionnent l'opposabilité des versements en cas de contrôle.
Pour aller plus loin sur la gestion sociale et la paie des dirigeants, consultez Social, paie et rémunération et Externalisation des paies. Sur la question du choix entre formes sociales, voyez SASU vs EURL et Dividendes vs salaire.
Notre analyse#
La SELARL est une structure utile, mais elle n'est pas neutre en termes de complexité de rémunération. Les professionnels libéraux qui passent d'un exercice individuel à une SELARL transposent souvent leurs réflexes d'indépendant sans intégrer la dimension IS et la règle des dividendes.
Ce que nous recommandons systématiquement : une simulation annuelle de rémunération avant le début de l'exercice, révisée en milieu d'année sur la base des encaissements réels. Cette simulation doit intégrer les cotisations TNS provisionnelles, l'IS attendu, la capacité de distribution, et la situation fiscale personnelle du gérant. Sans elle, le dossier SELARL est piloté à vue.
À jour au 2026-05-26. Cet article informe et ne se substitue pas à un conseil personnalisé. Les taux de cotisations TNS sont donnés à titre indicatif et doivent être vérifiés sur urssaf.fr pour votre situation. La règle d'assiette des dividendes est issue de l'article L131-6 CSS — son application dépend de la structure du capital et des comptes courants. Pour votre situation, contactez un expert-comptable inscrit à l'Ordre.
Questions fréquentes
Le gérant majoritaire de SELARL est-il toujours TNS ?
Oui, dès lors qu'il détient plus de 50 % des parts sociales — seul ou avec son conjoint et ses enfants mineurs — le gérant relève du régime TNS pour son mandat social. Cette position au capital détermine l'ensemble de la mécanique des cotisations. Le gérant minoritaire ou égalitaire (50 % ou moins) relève en revanche du régime général. La vérification du seuil doit tenir compte de toutes les parts détenues par le foyer, pas seulement celles du gérant à titre personnel.
Comment fonctionne la règle des 10 % sur les dividendes de SELARL ?
Pour un gérant majoritaire (TNS), la fraction des dividendes distribués qui excède 10 % du total capital social + primes d'émission + sommes en compte courant d'associé est soumise aux cotisations sociales TNS, comme s'il s'agissait d'une rémunération. Seule la fraction inférieure ou égale à ce seuil échappe aux cotisations TNS et reste soumise au seul PFU de 31,4 %. L'erreur classique : calculer le seuil uniquement sur le capital social en oubliant les comptes courants, ce qui surestime la part exonérée.
Qu'est-ce que la rémunération technique en BNC dans une SELARL ?
C'est la somme versée par la SELARL à l'associé en contrepartie de l'exercice effectif de l'activité libérale (consultations, actes, honoraires). Depuis la doctrine BOFiP d'avril 2024, applicable aux revenus 2024, cette rémunération est imposée dans la catégorie des BNC — et non plus en traitements et salaires. L'associé la déclare sur une déclaration BNC (contrôlée ou micro-BNC), avec les charges déductibles admises en BNC. Le mandat social conserve son propre régime.
Peut-on se verser uniquement des dividendes dans une SELARL pour réduire les charges ?
Non, sans risque. La règle des 10 % (article L131-6 CSS) soumet la fraction des dividendes excédant le seuil aux cotisations sociales TNS — souvent une portion significative dans les SELARL à capital faible et comptes courants élevés. Par ailleurs, se verser exclusivement des dividendes sans rémunération de mandat peut fragiliser la couverture sociale et interpeller l'URSSAF sur la cohérence du schéma. Une simulation globale est indispensable avant de décider.
Pourquoi la réforme de l'assiette sociale de 2026 change-t-elle les calculs pour les gérants de SELARL ?
La réforme, applicable à la déclaration des revenus 2025 en 2026, modifie l'assiette de calcul des cotisations TNS : l'ancienne méthode réintégrait les cotisations sociales dans la base CSG-CRDS, ce qui produisait un effet circulaire. La nouvelle assiette correspond aux revenus professionnels nets fiscaux. Cela change le niveau effectif de cotisations pour beaucoup de gérants, et rend obsolètes les estimations fondées sur les anciennes règles. Une simulation mise à jour s'impose pour fixer la rémunération 2026.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- URSSAF — Cas particulier du gérant de SARL ou de SELARL
- URSSAF — Réforme de l'assiette sociale et du barème des cotisations sociales
- Mon-entreprise URSSAF — Assiette des dividendes soumis aux cotisations TNS
- BOFiP — Régime fiscal des associés de SEL : rémunération technique en BNC (BOI-RES-BNC-000136, avril 2024)
- Impots.gouv.fr — Nouveau régime fiscal des associés de société d'exercice libéral
- Légifrance — Arrêté du 22 décembre 2025 fixant le PASS 2026 (PMSS 4 005 €)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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