Cardiologue libéral : BNC, dépassements et passage en SELARL
Cadre BNC et déclaration 2035, plateau technique à amortir, arbitrage secteur 1 / secteur 2 / OPTAM, bon moment pour passer en SELARL et retraite CARMF à provisionner : les décisions de gestion propres au cardiologue libéral, et quand consulter un expert-comptable spécialisé.
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Optimisation rémunération dirigeant | Salaire vs dividendesNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Avec un revenu net moyen de 170 766 € en 2024 selon les statistiques CARMF, et des honoraires bruts qui atteignent 394 403 € en moyenne au niveau national (jusqu'à 488 270 € à Paris), le cardiologue libéral figure parmi les praticiens pour lesquels les décisions de gestion pèsent le plus lourd. À ce niveau de revenu, une erreur de structuration ou un conventionnement mal arbitré ne coûte pas quelques centaines d'euros : elle se chiffre en milliers d'euros chaque année. Trois décisions structurent votre revenu réellement disponible : le choix du conventionnement (secteur 1, secteur 2, OPTAM), la politique d'investissement dans le plateau technique et la forme juridique de l'exercice. Cet article les passe en revue, du cadre BNC de départ jusqu'au passage en SELARL.
Le socle : BNC et déclaration 2035#
En exercice individuel, vos honoraires relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC) et de la déclaration 2035, sous le régime de la déclaration contrôlée. Au niveau de recettes d'un cardiologue, le micro-BNC est presque toujours écarté : la déclaration contrôlée permet de déduire vos charges réelles (loyer, matériel, personnel, cotisations, frais de véhicule, redevances) et de piloter votre résultat au lieu de le subir.
Deux points méritent une attention particulière dès ce stade :
- Les honoraires rétrocédés. Si vous travaillez avec un remplaçant ou un collaborateur, les rétrocessions sont déductibles sous condition de déclaration au titre de l'article 240 du CGI. Une omission déclarative peut remettre en cause la déduction.
- La TVA. Vos actes de soins sont exonérés en application de l'article 261, 4, 1° du CGI, mais l'exonération est réservée aux actes à finalité thérapeutique. Les expertises médicales et les redevances de collaboration perçues d'un confrère sont taxables. Tant que ces recettes accessoires restent sous 37 500 € (seuil 2026 des prestations de services), la franchise en base vous évite de facturer la TVA, mais la frontière doit être surveillée.
Enfin, la vraie difficulté du BNC à haut revenu n'est pas la liasse elle-même : c'est le décalage entre l'année où vous encaissez et l'année où l'impôt et les cotisations sont appelés. Sans lecture de gestion en cours d'année, la trésorerie se tend précisément quand l'activité progresse.
Échographe, épreuve d'effort, Holter : un plateau technique à piloter#
Le modèle économique du cardiologue se distingue de celui du médecin généraliste par la part des actes techniques. À la consultation s'ajoutent l'électrocardiogramme, l'échocardiographie, l'épreuve d'effort et le Holter, qui mobilisent un plateau technique : échographe, tapis d'effort, systèmes d'enregistrement. Ce matériel a deux conséquences comptables directes.
D'abord, il s'amortit. Chaque équipement est immobilisé et déduit sur sa durée d'utilisation, ce qui lisse la charge dans le temps mais impose un suivi rigoureux des immobilisations : dates de mise en service, durées retenues, sorties d'actif lors des renouvellements. Un amortissement mal calé fausse à la fois votre résultat fiscal et votre vision de rentabilité.
Ensuite, il impose une lecture du chiffre d'affaires par ligne d'activité. Les actes techniques cotés à la CCAM version 83, applicable depuis le 1er juillet 2026, ont des tarifs opposables très différents : 14,77 € pour l'ECG de repos (DEQP003), 94,28 € pour l'échocardiographie transthoracique (DZQM006), 76,80 € pour l'épreuve d'effort (DKRP004), 77,01 € pour le Holter ECG (DEQP005). S'y ajoutent les forfaits de télésurveillance, par exemple 11 € par mois et par patient pour le suivi d'une arythmie et 28 € pour l'insuffisance cardiaque.
La question de gestion n'est donc pas « combien ai-je encaissé ? » mais « que rapporte chaque famille d'actes une fois le matériel, les logiciels et le temps machine pris en compte ? ». C'est cette ventilation qui permet de décider rationnellement d'un renouvellement d'échographe ou de l'ouverture d'une nouvelle ligne d'activité comme le télésuivi, plutôt que d'investir au ressenti.
Secteur 1, secteur 2 et dépassements : une décision comptable autant que médicale#
Le conventionnement est la décision la plus structurante de votre exercice. En secteur 1, vous appliquez les tarifs opposables : la consultation spécifique du cardiologue (CSC) est fixée à 47,73 € au 1er janvier 2026, portée à 52,50 € avec la majoration de coordination (MCC) de 4,77 €. En secteur 2, vos honoraires sont libres : en 2024, 30,6 % des cardiologues exerçaient en secteur 2, avec un taux de dépassement moyen de 21,6 % au niveau national, et jusqu'à 143 393 € de dépassements moyens par praticien à Paris.
Entre les deux, l'OPTAM (option de pratique tarifaire maîtrisée) vous engage sur un taux de dépassement plafonné et un taux minimal d'activité à tarif opposable, en échange d'une meilleure base de remboursement pour vos patients et d'une prise en charge d'une partie de vos cotisations par l'Assurance Maladie.
L'arbitrage ne se résume pas à comparer des tarifs faciaux. Il faut intégrer l'effet sur votre patientèle (le reste à charge influence le recrutement et la fidélisation), sur votre base de charges sociales et sur votre revenu net final. Un dépassement plus élevé en secteur 2 pur peut être partiellement absorbé par des cotisations moins bien prises en charge ; à l'inverse, l'OPTAM peut sécuriser un volume d'activité au prix d'un plafond de dépassement. Cette décision se chiffre sur simulation, pas au ressenti, et se réexamine quand votre activité ou votre patientèle évolue.
Quand le passage en SELARL devient-il pertinent ?#
À partir d'un certain niveau de bénéfice, l'exercice en société d'exercice libéral (SELARL ou SELAS) devient un vrai levier. Le principe : la société est soumise à l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà), vous vous versez une rémunération calibrée et vous pilotez la distribution de dividendes, au lieu d'être imposé personnellement, à votre taux marginal, sur la totalité du résultat.
Le bon indicateur n'est pas un seuil magique de chiffre d'affaires : c'est l'écart durable entre votre bénéfice et vos besoins de vie. Tant que vous consommez l'essentiel de ce que vous gagnez, la société apporte peu. Dès que vous dégagez chaque année un excédent significatif que vous n'utilisez pas, la SELARL permet de le capitaliser à l'IS plutôt que de le voir absorbé par le barème de l'impôt sur le revenu.
Deux points de vigilance, souvent mal traités :
- Depuis l'imposition des revenus 2024, les rémunérations techniques perçues par les associés de SEL au titre de leur activité libérale sont imposées en BNC, et non plus en traitements et salaires, avec dépôt d'une déclaration 2035 propre à l'associé. Le passage en société ne vous fait donc pas sortir du BNC : il ajoute une couche déclarative qui doit être organisée dès la première année.
- Le gérant majoritaire de SELARL relève du statut de travailleur non salarié (TNS). La part des dividendes dépassant 10 % du capital social (primes et compte courant inclus) est soumise à cotisations sociales TNS, ce qui change l'arbitrage rémunération / dividendes.
En aval, pour le cardiologue déjà en SEL, la SPFPL (encadrée par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023) permet de faire remonter les dividendes sous le régime des sociétés mères de l'article 145 du CGI, avec une quote-part de frais et charges de 5 % seulement, soit une exonération à 95 %. La trésorerie ainsi accumulée peut financer les murs du cabinet via une SCI ou préparer la transmission. Mais la SPFPL est une brique de deuxième étape : elle n'a de sens qu'une fois la SEL en place et l'excédent de trésorerie avéré.
La retraite CARMF : une charge à provisionner, pas à subir#
Le cardiologue cotise à la CARMF, la caisse de retraite des médecins libéraux, et la charge est lourde : à pleine charge, les cotisations retraite d'un médecin peuvent dépasser 30 000 € par an. Surtout, elles sont appelées avec un décalage de deux ans par rapport aux revenus. Concrètement, l'année où votre activité progresse fortement, vous payez encore des cotisations assises sur des revenus antérieurs plus faibles ; deux ans plus tard, le rattrapage arrive, souvent au moment où vous ne l'attendez plus.
La réponse est comptable avant d'être fiscale : provisionner la CARMF dans le plan de trésorerie dès l'année de perception des revenus, et non l'année de l'appel. C'est particulièrement vrai dans les phases de transition (installation, changement de secteur, passage en SEL), où les bases de cotisation se déforment. Le conventionnement joue aussi sur ce poste : une partie des cotisations du médecin de secteur 1 est prise en charge par l'Assurance Maladie, ce qui doit entrer dans l'arbitrage secteur 1 / secteur 2 / OPTAM évoqué plus haut.
Quand consulter un expert-comptable spécialisé ?#
Certaines situations justifient de ne pas rester seul face à ces décisions : une installation ou une association, un changement de conventionnement envisagé, un investissement lourd dans le plateau technique, un bénéfice qui dépasse durablement vos besoins de vie, un projet d'achat des murs ou une transmission à préparer. Dans chacun de ces cas, la bonne réponse dépend de votre situation chiffrée, pas d'une règle générale.
Un expert-comptable pour cardiologue apporte précisément cela : la ventilation de vos recettes par acte, l'arbitrage documenté du conventionnement, la simulation du passage en SELARL et le provisionnement des cotisations dans un plan de trésorerie. Le cabinet Hayot Expertise, installé à Paris 8e et travaillant sur Pennylane, accompagne les cardiologues libéraux sur l'ensemble de cette chaîne, avec une réponse sous 24 à 48 heures. Le bon moment pour poser ces questions n'est pas la clôture de l'exercice : c'est maintenant, pendant que les décisions sont encore ouvertes.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
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