Racheter une patientèle dentaire : prix, financement et amortissement
Une patientèle dentaire acquise jusqu'au 31 décembre 2029 s'amortit, généralement sur dix ans. Mais l'apport à sa propre société est exclu du dispositif. Prix, financement, montage et pièges du rachat de cabinet dentaire.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide : peut-on amortir une patientèle dentaire ?#
Oui. Une patientèle acquise à titre onéreux jusqu'au 31 décembre 2029 ouvre droit à un amortissement déductible, généralement sur dix ans. Le dispositif, ouvert par l'article 23 de la loi de finances pour 2022 puis prorogé par l'article 13 de la loi de finances pour 2026, exclut en revanche les acquisitions réalisées auprès d'une entreprise liée ou contrôlée par le même praticien.
L'achat d'une patientèle est l'opération la plus structurante de la carrière d'un chirurgien-dentiste. C'est aussi celle où l'écart entre un montage préparé et un montage improvisé se chiffre le plus vite, parce que la fiscalité de l'opération se décide avant la signature, pas au moment de l'écriture comptable.
L'amortissement, prorogé jusqu'en 2029#
Le principe général est simple : l'amortissement d'un fonds n'est pas déductible du résultat imposable. Une valeur incorporelle acquise ne se déduit pas, elle reste au bilan.
Une dérogation temporaire a été ouverte par l'article 23 de la loi n° 2021-1900 du 30 décembre 2021 de finances pour 2022, pour les fonds acquis à compter du 1er janvier 2022. Elle visait d'abord les fonds commerciaux, mais l'administration l'a étendue aux titulaires de bénéfices non commerciaux en déclaration contrôlée. Entrent alors dans l'assiette les éléments incorporels qui ne peuvent pas être évalués séparément et qui concourent au maintien de l'activité : la patientèle, la clientèle et le nom professionnel.
Le dispositif devait s'éteindre le 31 décembre 2025. L'article 13 de la loi de finances pour 2026 l'a prorogé aux acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2029.
La durée retenue est celle de l'utilisation, lorsqu'elle est limitée et peut être justifiée. À défaut, l'amortissement se pratique sur dix ans, durée que les petites entreprises peuvent retenir sans avoir à la démontrer. Un cabinet dentaire en relève toujours : le test porte sur deux des trois critères de 12 M€ de chiffre d'affaires net, 6 M€ de total de bilan et 50 salariés.
Le piège qui annule l'avantage#
C'est le point que nous voyons le plus souvent manqué, et il coûte cher.
Des aménagements anti-abus ont fermé la porte aux opérations internes. Sont exclues du dispositif les acquisitions réalisées auprès d'une entreprise liée au sens du 12 de l'article 39 du code général des impôts, et auprès d'une entreprise placée sous le contrôle de la même personne physique que l'acquéreur.
Traduit en langage de cabinet : le praticien qui apporte sa patientèle à la SELARL qu'il contrôle, ou qui la lui vend, n'ouvre aucun droit à amortissement. C'est pourtant exactement le schéma que l'on voit proposer lors d'un passage en société, souvent présenté comme un levier d'optimisation. L'opération peut rester pertinente pour d'autres raisons, gouvernance, transmission, entrée d'un associé, mais elle ne produira pas l'économie d'impôt annoncée.
| Situation | Amortissement déductible |
|---|---|
| Rachat de la patientèle d'un confrère | oui, si acquise avant le 31/12/2029 |
| Rachat des parts d'une SELARL existante | non, on acquiert des titres et non un fonds |
| Apport de sa propre patientèle à sa SELARL | non, entreprise sous le même contrôle |
| Reprise à un praticien lié ou au conjoint associé | à analyser, risque d'exclusion |
| Acquisition à titre gratuit, donation | non |
Ce qui fait le prix#
Il n'existe aucun barème. Les pourcentages du chiffre d'affaires que l'on entend circuler ne reposent sur aucune source opposable, et une transaction se négocie sur des éléments concrets.
Ce qui pèse réellement :
- la localisation et la concurrence immédiate, très différente entre un centre-ville dense et une zone sous-dotée ;
- la structure des actes : un cabinet à forte composante prothétique ou implantaire n'a pas le même profil de marge qu'un cabinet d'omnipratique conventionnée ;
- la fidélité de la patientèle et son âge moyen, qui conditionne le renouvellement des besoins ;
- l'état et l'âge du plateau technique, sachant qu'un fauteuil ou une imagerie à remplacer dans les deux ans est un investissement à ajouter au prix ;
- le bail : durée restante, loyer, clauses, possibilité de céder ;
- la présence d'une assistante formée qui reste en poste, souvent sous-évaluée dans les négociations alors qu'elle conditionne la continuité ;
- la durée d'accompagnement acceptée par le cédant, qui sécurise le transfert de confiance des patients.
Notre lecture : dans les dossiers que nous instruisons, l'écart entre le prix demandé et le prix payé s'explique presque toujours par deux postes, l'état réel du plateau technique et la durée d'accompagnement. Ce sont les deux points sur lesquels il faut chiffrer avant de discuter.
Patientèle ou parts sociales : le choix de montage#
Deux opérations très différentes se cachent derrière l'expression "racheter un cabinet".
Racheter la patientèle revient à acquérir un actif. L'acquéreur ne reprend pas le passif du cédant, et il ouvre droit à amortissement si les conditions sont réunies. C'est le montage le plus lisible pour une première installation.
Racheter les parts de la société revient à acquérir la structure avec son historique : contrats, dettes, contentieux éventuels, engagements de crédit-bail. Le prix des titres ne s'amortit pas. En contrepartie, la continuité juridique est totale, ce qui simplifie la reprise du bail, des contrats de travail et des financements en cours.
Le choix se décide avant la signature, en fonction du prix, du passif éventuel révélé par un audit, et de la structure de financement retenue. Il ne se rattrape pas après.
Le financement, et ce que la banque regarde#
Un rachat de patientèle se finance presque toujours par emprunt. Deux points méritent d'être anticipés.
Le remboursement du capital n'est pas déductible. Seuls les intérêts le sont, ainsi que l'amortissement de la patientèle lorsqu'il est admis. C'est précisément pour cela que l'éligibilité au dispositif change l'équilibre de trésorerie du montage : sans amortissement déductible, le praticien rembourse un capital avec un revenu déjà imposé.
Le décalage de trésorerie de la première année est le second point. Les cotisations CARCDSF et URSSAF de début d'activité sont provisionnelles, puis régularisées, alors que l'échéance d'emprunt tombe dès le premier mois. Un plan de trésorerie sur 24 mois vaut mieux qu'une projection de résultat sur cinq ans.
Du côté du cédant#
La cession dégage une plus-value professionnelle. Plusieurs régimes de faveur existent pour les professionnels libéraux, sous conditions tenant notamment à la durée d'exercice et au niveau des recettes ou à la valeur des éléments cédés. Ils ne se cumulent pas librement et supposent d'être vérifiés au cas par cas.
Le point à retenir est de calendrier : ces régimes s'apprécient à la date de la cession, en fonction d'une situation qui se construit sur les exercices précédents. Un cédant qui découvre les conditions le jour de la signature n'a plus de marge de manoeuvre. Notre article sur la façon de céder un cabinet libéral détaille cette préparation.
Checklist avant de signer#
- audit des trois derniers exercices, avec ventilation des actes et des honoraires ;
- état du plateau technique, âge de chaque équipement et budget de renouvellement à deux ans ;
- bail : durée restante, loyer, clauses de cession et de destination ;
- contrats de travail en cours et convention collective applicable ;
- contrats de collaboration ou de remplacement à reprendre ou à renégocier ;
- vérification de l'éligibilité à l'amortissement, notamment de l'absence de lien avec le cédant ;
- montage arbitré entre rachat de patientèle et rachat de titres, avant l'offre ;
- plan de trésorerie sur 24 mois intégrant les cotisations provisionnelles ;
- durée et modalités de l'accompagnement du cédant, écrites.
Pour l'amortissement du matériel proprement dit, distinct de celui de la patientèle, voir notre article sur la façon d'amortir le plateau technique. Et pour l'ensemble de la gestion du cabinet, notre page expert-comptable dentiste.
À jour au 24 juillet 2026. Contenu informatif relu par un expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Il ne se substitue pas à une analyse de votre situation.
Questions fréquentes
Peut-on amortir une patientèle dentaire achetée ?
Oui, sous conditions. Le principe est que l'amortissement d'un fonds n'est pas déductible, mais une dérogation temporaire ouverte par l'article 23 de la loi de finances pour 2022 l'autorise, et l'administration l'a étendue aux titulaires de bénéfices non commerciaux en déclaration contrôlée. La patientèle, la clientèle et le nom professionnel entrent dans l'assiette dès lors qu'ils ne peuvent pas être évalués séparément. L'article 13 de la loi de finances pour 2026 a prorogé le dispositif aux acquisitions réalisées jusqu'au 31 décembre 2029.
Sur combien d'années amortir une patientèle dentaire ?
Sur la durée d'utilisation si elle est limitée et peut être justifiée. À défaut, l'amortissement se pratique sur dix ans, durée que les petites entreprises peuvent retenir sans avoir à la démontrer. Un cabinet dentaire relève toujours de cette catégorie : le test porte sur deux des trois critères que sont 12 millions d'euros de chiffre d'affaires net, 6 millions d'euros de total de bilan et 50 salariés.
Puis-je apporter ma patientèle à ma propre SELARL et l'amortir ?
Non. Sont expressément exclues du dispositif les acquisitions réalisées auprès d'une entreprise liée au sens du 12 de l'article 39 du code général des impôts, et auprès d'une entreprise placée sous le contrôle de la même personne physique que l'acquéreur. L'apport de sa propre patientèle à une société que l'on contrôle entre dans ce cas : l'opération peut rester pertinente pour d'autres raisons, mais elle n'ouvre aucun droit à amortissement déductible.
Combien vaut une patientèle dentaire ?
Il n'existe aucun barème officiel, ni ordinal ni conventionnel. La valeur dépend de la localisation, de la structure des actes, de la part de patientèle fidélisée et de son âge moyen, de l'état et de l'âge du plateau technique, des conditions du bail, de la présence d'une assistante formée qui reste en poste, et de la durée d'accompagnement acceptée par le cédant. Méfiez-vous des pourcentages du chiffre d'affaires présentés comme des normes : ils ne reposent sur aucune source opposable.
Vaut-il mieux racheter la patientèle ou les parts de la société ?
Les deux opérations n'ont ni le même objet, ni les mêmes conséquences. Racheter la patientèle, c'est acquérir un actif, avec un droit à amortissement si les conditions sont réunies, et sans reprendre le passif du cédant. Racheter les parts, c'est acquérir la société avec son historique, ses contrats et ses dettes, sans droit à amortissement sur le prix des titres. Le choix se décide avant la signature, en fonction du prix, du passif éventuel et de la structure de financement.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.