Dentiste : amortir fauteuil, cone beam et CFAO en SELARL
Durées d'usage, mode linéaire, base TTC et écritures : comment amortir le plateau technique d'un cabinet dentaire en SELARL, du fauteuil au cone beam et à la CFAO.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Dans une SELARL de dentiste, le plateau technique s'amortit en linéaire sur sa durée d'usage : env. 5 à 10 ans pour un fauteuil, env. 5 ans pour un cone beam, 3 à 5 ans pour la CFAO. Comme les soins sont exonérés de TVA, la base d'amortissement est le montant TTC.
Vous installez un nouveau fauteuil, un cone beam (CBCT) ou une chaîne CFAO, et la facture pèse plusieurs dizaines de milliers d'euros. La question n'est pas seulement comptable : la façon dont vous amortissez ce matériel détermine le résultat imposable de votre SELARL et le rythme auquel la charge vient soulager votre impôt sur les sociétés.
Cet article se concentre sur un seul sujet, l'amortissement du plateau technique : durées, mode, base de calcul et écritures. Pour la structure juridique, l'arbitrage SELARL et la holding SPFPL, reportez-vous à notre guide dédié sur la comptabilité d'un cabinet dentaire en SELARL et SPFPL.
Pourquoi l'amortissement n'est pas un détail comptable#
L'amortissement répartit le coût d'une immobilisation sur sa durée réelle d'utilisation. Cette définition figure au Plan comptable général et au BOFiP (BOI-BIC-AMT-10-40). Concrètement, vous ne déduisez pas le fauteuil l'année de l'achat : vous étalez sa charge sur la période pendant laquelle il sert votre activité.
Dans une SELARL soumise à l'impôt sur les sociétés, chaque dotation aux amortissements réduit le bénéfice imposable de l'exercice. Le taux réduit d'IS de 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions, puis 25 % au-delà (CGI art. 219). Un plan d'amortissement bien construit lisse donc le résultat et la trésorerie fiscale sur plusieurs années.
Notre lecture. Le réflexe consiste souvent à raisonner « combien je déduis cette année ». Le bon réflexe est de raisonner sur le cycle : un cone beam amorti sur cinq ans alimente une charge régulière, alors qu'un passage en charges erroné fausse à la fois le résultat et la valeur de votre outil de travail. La cohérence du plan compte plus que la déduction immédiate.
La spécificité dentaire : pas de TVA récupérable, donc une base TTC#
Les soins dentaires sont exonérés de TVA au titre du CGI art. 261, 4-1°. Conséquence directe : votre cabinet ne récupère pas la TVA sur ses achats de matériel. Le bien est donc inscrit à l'actif et amorti sur son montant TTC, et non sur le montant hors taxes.
Cette mécanique change la base d'amortissement de manière non négligeable. À titre d'exemple, un fauteuil facturé 30 000 € HT s'inscrit pour 36 000 € TTC avec une TVA à 20 %, et c'est ce montant TTC qui sera étalé sur la durée d'usage. Confondre HT et TTC sous-évalue l'actif et minore la charge déductible chaque année.
La même logique s'applique au seuil du petit matériel. Le BOFiP (BOI-BIC-CHG-20-10-10) tolère de passer directement en charges le petit matériel, l'outillage et le mobilier dont la valeur unitaire n'excède pas 500 € HT. Pour un dentiste qui ne récupère pas la TVA, ce seuil s'apprécie en TTC. Le matériel de transport en est toujours exclu : il reste immobilisé.
Le risque sous-estimé. Nous voyons régulièrement des plans d'amortissement bâtis sur le HT par habitude, comme pour une activité taxable. Sur un plateau technique de plusieurs centaines de milliers d'euros, l'écart de base entre HT et TTC se traduit par une charge annuelle minorée et un actif net mal valorisé au bilan. C'est une erreur silencieuse, jamais signalée par un logiciel, qui se corrige uniquement à la révision des comptes.
Linéaire ou dégressif : pour un cabinet libéral, la réponse est tranchée#
L'amortissement dégressif (CGI art. 39 A) est réservé à des biens limitativement énumérés (CGI annexe II art. 22), utilisés dans des opérations à caractère industriel. Le matériel d'un cabinet dentaire, profession libérale de santé, relève en pratique du linéaire.
Arbitrage. La tentation du dégressif vient de sa charge plus forte les premières années. Mais pour un cabinet libéral, il est en pratique exclu : le matériel n'entre pas dans la liste des biens éligibles. Si, par exception, un bien éligible était concerné, les coefficients dégressifs seraient de 1,25 pour une durée de 3 à 4 ans, 1,75 pour 5 à 6 ans et 2,25 au-delà de 6 ans. Pour la quasi-totalité des plateaux dentaires, le linéaire reste la seule voie, et il a le mérite d'être simple à défendre en cas de contrôle.
| Critère | Amortissement linéaire | Amortissement dégressif |
|---|---|---|
| Charge dans le temps | Constante chaque année | Plus forte au début |
| Base juridique | Régime de droit commun | CGI art. 39 A, biens énumérés |
| Cabinet dentaire libéral | Applicable | Exclu en pratique |
| Coefficients | Sans objet | 1,25 / 1,75 / 2,25 selon durée |
| Simplicité de gestion | Élevée | Moindre |
Durées d'usage couramment admises pour le plateau technique#
Les durées ci-dessous sont des durées d'usage couramment retenues, indicatives, à ajuster à votre usage réel. Elles ne constituent pas une obligation légale chiffrée : c'est la durée réelle d'utilisation qui fonde le plan d'amortissement.
| Équipement | Durée d'usage couramment admise |
|---|---|
| Fauteuil / unit dentaire | de 5 à 10 ans |
| Imagerie 3D / cone beam (CBCT) | env. 5 ans |
| CFAO (caméra d'empreinte, usineuse, imprimante 3D) | de 3 à 5 ans |
| Matériel de stérilisation (autoclave) | de 5 à 7 ans |
| Matériel informatique | env. 3 ans |
| Agencements et installations | de 8 à 10 ans |
Le Plan comptable général autorise par ailleurs l'amortissement par composants : un équipement comportant des éléments à durées de vie différentes peut être ventilé et amorti séparément. Une chaîne CFAO complète, par exemple, peut mêler une partie matérielle plus durable et des modules à renouvellement plus rapide.
Ce que l'administration regarde. Une durée d'usage doit être cohérente avec votre rythme réel de renouvellement et avec les pratiques de la profession. Amortir un fauteuil sur trois ans alors qu'il reste en service dix ans, ou retenir une base HT pour un cabinet non assujetti, sont des points qui appellent une explication. La cohérence entre la facture, la mise en service et le plan d'amortissement est le premier élément examiné.
En pratique : du carton de livraison au plan d'amortissement#
En pratique. Voici la séquence que nous suivons dans les dossiers de cabinets dentaires, à chaque acquisition de matériel.
- Réunir la facture, le bon de livraison et la date de mise en service de l'équipement.
- Vérifier le caractère immobilisable : au-delà de 500 € TTC unitaire (seuil apprécié TTC pour un dentiste), le bien est immobilisé.
- Déterminer la base : montant TTC, frais d'installation et de mise en service inclus.
- Fixer la durée d'usage selon le tableau ci-dessus, ajustée à votre rythme de renouvellement.
- Établir le plan d'amortissement linéaire, avec prorata temporis la première année à compter de la mise en service.
- Enregistrer l'immobilisation à l'actif et constater la dotation à chaque clôture.
Nous tenons et révisons ces plans dans le cadre de la tenue et révision de votre comptabilité, avec un suivi des immobilisations dans un outil comme Pennylane pour garder une trace claire de chaque équipement, de sa base et de son cumul d'amortissement.
Cas fréquent : un cabinet qui investit dans une chaîne CFAO#
Un cabinet que nous accompagnons a investi dans une chaîne CFAO (caméra d'empreinte, usineuse, imprimante 3D) en cours d'exercice. Trois réflexes ont guidé le traitement : retenir la base TTC puisque les soins sont exonérés de TVA, fixer une durée d'usage de 3 à 5 ans cohérente avec l'obsolescence rapide de ces matériels, et appliquer un prorata temporis sur la première année. Les petits accessoires sous 500 € TTC ont été passés en charges, le reste immobilisé. Le résultat : une charge déductible étalée et un actif correctement valorisé au bilan, sans surprise à la révision.
Achat ou crédit-bail : deux écritures, deux logiques#
Le crédit-bail (leasing) est une alternative à l'achat. Le bien n'est pas inscrit à l'actif de votre SELARL : vous ne l'amortissez pas, mais les loyers sont déductibles à mesure qu'ils sont payés. La charge suit alors le calendrier du contrat, et non un plan d'amortissement.
| Situation | Traitement comptable | Effet sur le résultat |
|---|---|---|
| Achat du matériel | Immobilisation + amortissement linéaire | Dotation étalée sur la durée d'usage |
| Crédit-bail (leasing) | Pas d'immobilisation chez l'utilisateur | Loyers déductibles selon le contrat |
| Petit matériel ≤ 500 € TTC | Charge directe | Déduction immédiate l'année de l'achat |
Arbitrage. L'achat construit un actif et préserve votre capacité d'endettement, mais immobilise de la trésorerie. Le crédit-bail préserve la trésorerie et offre une charge régulière, parfois assortie d'une option d'achat finale, mais le bien ne figure pas à votre bilan tant que l'option n'est pas levée. Le choix se raisonne au cas par cas, en lien avec votre situation patrimoniale : nous l'examinons avec vous dans le cadre de notre mission d'aide à arbitrer achat, crédit-bail et patrimoine du praticien.
À la sortie : céder le matériel sans mauvaise surprise#
La cession d'un équipement génère une plus ou moins-value. Dans une SELARL à l'IS, cette plus ou moins-value est comprise dans le résultat imposable de l'exercice de cession. Il faut donc sortir le bien de l'actif, solder ses amortissements et constater le résultat de cession.
Points de vigilance 2026.
- Conservez la base TTC retenue à l'origine : c'est elle qui sert de référence pour le calcul du résultat de cession.
- Ne mélangez pas les durées d'usage entre équipements : un plan par bien (ou par composant) évite les régularisations.
- Documentez la date de mise en service : elle conditionne le prorata temporis de la première année.
- Rapprochez chaque équipement de sa facture dans le suivi des immobilisations, pour fiabiliser cessions et révisions.
La cohérence du traitement fiscal d'ensemble (IS, durées, base TTC) se sécurise dans le cadre de la fiscalité de votre SELARL.
Notre accompagnement des chirurgiens-dentistes#
Le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, accompagne des chirurgiens-dentistes exerçant en société. Au-delà de l'amortissement du plateau technique, nous traitons l'ensemble des spécificités du secteur, comme détaillé dans notre accompagnement comptable des chirurgiens-dentistes et notre offre dédiée d'expert-comptable des SELARL de dentistes. Pour le détail du matériel, des prothèses et de la TVA, voir aussi notre article sur le matériel, prothèses et TVA en cabinet dentaire.
Questions fréquentes
Faut-il amortir le matériel dentaire en HT ou en TTC ?+
En TTC. Les soins dentaires sont exonérés de TVA (CGI art. 261, 4-1°), donc votre cabinet ne récupère pas la TVA sur ses achats. L'immobilisation est inscrite et amortie sur son montant toutes taxes comprises, frais d'installation inclus, et non sur le montant hors taxes.
Peut-on utiliser l'amortissement dégressif pour un fauteuil dentaire ?+
En pratique non. Le dégressif (CGI art. 39 A) est réservé à des biens limitativement énumérés utilisés dans des opérations industrielles. Le matériel d'un cabinet libéral de santé s'amortit en linéaire, avec une charge constante sur la durée d'usage retenue pour chaque équipement.
Combien de temps amortir un cone beam ou une chaîne CFAO ?+
Un cone beam s'amortit couramment sur env. 5 ans, une chaîne CFAO (caméra, usineuse, imprimante 3D) sur 3 à 5 ans. Ces durées d'usage sont indicatives : elles doivent refléter votre rythme réel de renouvellement et l'obsolescence rapide de ces matériels.
Le petit matériel doit-il être immobilisé ?+
Non, sous condition de seuil. La tolérance BOFiP permet de passer en charges le petit matériel, l'outillage et le mobilier dont la valeur unitaire n'excède pas 500 € HT, apprécié en TTC pour un dentiste. Le matériel de transport reste toujours immobilisé, quel que soit son montant.
Quel est l'effet de l'amortissement sur l'impôt de la SELARL ?+
Chaque dotation aux amortissements réduit le bénéfice imposable. Une SELARL relève de l'impôt sur les sociétés : taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions, puis 25 % au-delà (CGI art. 219). L'amortissement étale la charge et lisse la trésorerie fiscale sur plusieurs exercices.
Vaut-il mieux acheter ou prendre le matériel en crédit-bail ?+
Cela dépend de votre trésorerie et de votre stratégie patrimoniale. L'achat crée un actif amortissable mais immobilise de la trésorerie. Le crédit-bail ne donne pas lieu à amortissement chez l'utilisateur : les loyers sont déductibles à mesure qu'ils sont payés, ce qui préserve la trésorerie.
Que se passe-t-il quand je revends un équipement dentaire ?+
La cession génère une plus ou moins-value. Dans une SELARL à l'IS, ce résultat de cession est compris dans le bénéfice imposable de l'exercice. Vous sortez le bien de l'actif, soldez ses amortissements cumulés et constatez l'écart entre prix de cession et valeur nette comptable.
À retenir#
- Le plateau technique d'un cabinet dentaire en SELARL s'amortit en linéaire ; le dégressif est en pratique exclu.
- Les soins étant exonérés de TVA, la base d'amortissement est le montant TTC, et le seuil du petit matériel (500 €) s'apprécie aussi en TTC.
- Les durées d'usage (fauteuil 5 à 10 ans, cone beam env. 5 ans, CFAO 3 à 5 ans) sont indicatives et s'ajustent à l'usage réel.
- Chaque dotation réduit le résultat imposable à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).
- Le crédit-bail est une alternative : pas d'amortissement chez l'utilisateur, mais des loyers déductibles.
- À la cession, la plus ou moins-value entre dans le résultat imposable de l'exercice.
Cet article informe sur des principes généraux : une décision propre à votre cabinet suppose l'examen de votre situation, de vos factures et de la réglementation en vigueur. À jour au 17 juin 2026.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOFiP - BIC, amortissements (BOI-BIC-AMT-10-40)
- BOFiP - Petit matériel et outillage, tolérance 500 € (BOI-BIC-CHG-20-10-10)
- CGI art. 39 A - amortissement dégressif (Légifrance)
- CGI art. 261, 4-1° - exonération de TVA des soins (Légifrance)
- CGI art. 219 - taux de l'impôt sur les sociétés (Légifrance)
- Impôts - taux et calcul de l'impôt sur les sociétés
- Service-public - société d'exercice libéral (SEL)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
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