Valorisation des parts de SCI : méthode, décotes et usufruit
La valeur des parts d'une SCI de gestion repose d'abord sur l'actif immobilier réévalué, diminué du passif et des comptes courants d'associés, puis corrigé d'une décote d'illiquidité justifiée.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide#
La valeur des parts d'une SCI de gestion repose d'abord sur la méthode mathématique : on réévalue l'actif immobilier à sa valeur vénale, on retranche l'intégralité du passif (emprunt restant dû, comptes courants d'associés, dettes diverses), on divise par le nombre de parts, puis on applique une décote justifiée (illiquidité, minorité). Les comptes courants d'associés ne s'ajoutent jamais à la valeur des parts : ce sont des créances distinctes.
Une SCI ne se valorise pas comme une société d'exploitation. Les trois grandes familles de méthodes (patrimoniale, multiples de résultat, flux futurs actualisés) sont détaillées dans notre guide des barèmes et méthodes d'évaluation. Pour une SCI de gestion, qui détient un ou plusieurs immeubles sans activité commerciale, l'approche patrimoniale est centrale. Le guide de la DGFiP (édition 2026, fiche n° 4, p. 76-77) ne recherche que la valeur mathématique lorsque la société ne perçoit pas de revenus ; lorsqu'elle en perçoit, d'autres méthodes peuvent s'y ajouter, mais pour un paquet majoritaire la pondération retenue doit privilégier largement la valeur patrimoniale. Tout se joue alors sur trois points : la valeur vénale de l'actif, la lecture exacte du passif, la justification des décotes.
Étape 1 : comment réévaluer l'actif immobilier ?#
Le bilan d'une SCI ne dit presque rien de la valeur de ses parts. L'immeuble y figure à son coût historique, diminué des amortissements si la SCI est à l'impôt sur les sociétés. Un bien acquis il y a quinze ans peut être inscrit pour une fraction de ce qu'il vaut aujourd'hui. Le point de départ n'est donc pas la valeur nette comptable, mais la valeur vénale.
Cette valeur vénale se construit et se documente :
- comparables de marché récents, même secteur, même typologie, même état ;
- capitalisation du revenu locatif pour un immeuble loué, en cohérence avec les rendements constatés localement ;
- état locatif réel : baux en cours, loyers en dessous du marché, impayés, congés donnés, vacance ;
- correction pour travaux à engager, performance énergétique, contraintes d'urbanisme ou de copropriété.
À la différence d'une société d'exploitation, dont la valeur dépend d'abord de sa rentabilité (voir notre article sur la valorisation des parts sociales de SARL), une SCI de gestion vaut d'abord ce que vaut son actif, corrigé de ce qu'elle doit. L'estimation d'une agence est une pièce utile du dossier, jamais la conclusion : c'est une valeur d'immeuble, pas une valeur de parts.
Deux points techniques doivent être tranchés et écrits. D'abord la fiscalité latente : lorsque la SCI est à l'impôt sur les sociétés et que l'immeuble est amorti, une plus-value latente existe. Le guide de la DGFiP (fiche n° 4, p. 77) indique toutefois que la décote pour fiscalité latente n'est pas reconnue par la jurisprudence dans le cadre de la gestion d'un patrimoine immobilier pour en retirer des revenus ou pour en assurer une jouissance personnelle, eu égard au caractère hypothétique d'une cession future. Ensuite les postes annexes : trésorerie, dépôts de garantie reçus, loyers d'avance, travaux facturés non réglés.
Étape 2 : le passif et le piège des comptes courants d'associés#
Le passif se retranche intégralement : capital restant dû de l'emprunt au jour de l'évaluation (pas le tableau d'amortissement de l'an dernier), dettes fournisseurs, impôts dus, dépôts de garantie. Le guide de la DGFiP vise expressément le « passif exigible constitué par les emprunts bancaires et les comptes courants d'associés » (fiche n° 4, p. 76).
Vient ensuite le piège annoncé : le traitement des comptes courants d'associés. Un compte courant n'est pas du capital, c'est une dette de la SCI envers l'associé qui a avancé les fonds. Il produit donc deux effets, et non un seul :
- il diminue la valeur des parts, exactement comme l'emprunt bancaire ;
- il constitue, pour l'associé qui le détient, une créance distincte, valorisée à part, cédée ou transmise séparément.
Ignorer ce mécanisme conduit à deux erreurs symétriques. Soit on oublie de déduire le compte courant, et les parts sont surévaluées. Soit on le déduit puis on rattache la créance à un associé qui n'en est pas le titulaire, et la répartition entre associés est fausse.
Un cas particulièrement sensible est la SCI familiale où un seul associé a financé les travaux par apport en compte courant. Il détient alors des parts, dévalorisées par sa propre avance, et une créance sur la société. Une donation de parts qui ne règle pas le sort du compte courant laisse le donateur créancier de ses enfants, ce qui n'est jamais neutre. La valeur de cette créance n'est d'ailleurs pas toujours le nominal : si la SCI n'a pas la capacité de la rembourser, cela s'écrit et se justifie.
Étape 3 : quelles décotes peut-on appliquer ?#
Une part de SCI n'est pas un immeuble découpé en tranches égales. Elle ne se vend pas facilement, elle ne donne pas seule le pouvoir de vendre l'immeuble, et les statuts en verrouillent souvent la cession. C'est ce qui fonde les décotes.
- Décote d'illiquidité : les parts de SCI familiale ne se négocient sur aucun marché organisé. Lorsque seule la valeur mathématique est retenue, le guide de la DGFiP indique que cette valeur « doit être diminuée d'un abattement pour non liquidité », dont le montant, à titre indicatif, « peut être fixé à 10 % » (fiche n° 4, p. 76). Ce repère se confronte au dossier : en présence d'actifs liquides importants, le guide précise que la décote sera nécessairement moindre (p. 54).
- Décote de minorité : elle vise l'associé qui ne contrôle ni la décision de vendre, ni la politique de distribution, ni la gestion. Elle n'a pas lieu d'être quand l'opération porte sur la totalité des parts ou confère le contrôle. Le guide de la DGFiP prévoit qu'elle « pourra être appliquée » lorsque le paquet de titres est minoritaire (fiche n° 4, p. 76) et demande d'éviter qu'elle fasse double emploi avec la décote d'illiquidité, minorité et illiquidité étant étroitement liées (p. 53).
- Clauses statutaires (agrément, préemption) : elles peuvent fonder une décote pour incessibilité, que le guide présente comme une décote de moindre liquidité et qui s'apprécie au cas par cas à la lecture des statuts. Le guide en précise la portée (p. 54-55) : cette décote n'affecte en règle générale que les paquets minoritaires, sauf si l'unanimité est requise ; l'incidence d'une clause d'agrément se mesure en tenant compte de ses avantages comme de ses inconvénients ; une clause d'inaliénabilité stipulée dans un acte de donation est sans effet sur la valeur vénale des titres. Lorsque plusieurs décotes se cumulent, leur niveau s'apprécie de manière globale, sans compter deux fois la moindre liquidité (p. 52 et 54).
Ces repères viennent du guide d'évaluation publié par l'administration (DGFiP, guide de l'évaluation des entreprises et des titres de sociétés, édition 2026), dont la fiche n° 4 porte sur les SCI. Pour une SCI qui perçoit des revenus, ce guide admet, à côté de la valeur patrimoniale, la capitalisation d'un résultat normatif et, si la société distribue des dividendes, la valeur de rendement (p. 76). Une décote ne s'invente pas : elle se motive dans le rapport, poste par poste et clause par clause. En matière de droits d'enregistrement, l'administration peut rectifier en cas d'insuffisance de prix (LPF art. L. 17) ; des décotes empilées sans justification exposent précisément la valeur déclarée à cette rectification.
Usufruit et nue-propriété : comment répartir la valeur ?#
Beaucoup de SCI sont démembrées : les parents conservent l'usufruit des parts, les enfants reçoivent la nue-propriété. Pour les mutations à titre gratuit, la répartition suit le barème fiscal (voir Légifrance, CGI article 669) : la valeur de l'usufruit dépend de l'âge de l'usufruitier au jour de l'opération, à hauteur de 90 % avant 21 ans, puis en diminuant de 10 points par tranche de 10 ans, jusqu'à 10 % à 91 ans et au-delà. La nue-propriété est le complément. Conséquence pratique : plus la donation est tardive, plus la nue-propriété transmise est valorisée. C'est un paramètre de calendrier, pas un détail.
Quand l'usufruit est constitué pour une durée fixe, la règle change : il est retenu pour 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans. Ce mécanisme est au cœur des opérations décrites dans notre guide complet de la cession temporaire d'usufruit et, pour le cas particulier des SCI, dans notre article sur la cession temporaire d'usufruit de parts sociales de SCI.
Un avertissement, parce que c'est là que les dossiers dérapent : ce barème est fiscal, conçu pour liquider un droit. Ce n'est pas une valeur économique. Dans une cession d'usufruit à une société ou entre parties non familiales, la valeur économique se construit à partir des flux attendus sur la durée du démembrement. Retenir le barème par confort, quand l'économie du dossier dit autre chose, expose au grief d'acte anormal de gestion.
Pourquoi la valeur des parts de SCI compte-t-elle ?#
On n'évalue pas une SCI par curiosité. Les situations qui l'imposent sont toujours les mêmes.
- Donation et succession : la valeur déclarée sert d'assiette et peut être contrôlée. Une valeur non documentée est une valeur fragile.
- IFI : les parts de sociétés détenant de l'immobilier entrent dans le champ, avec des règles propres de prise en compte du passif. Le sujet se traite avec votre conseil fiscal, sur la base d'une valeur d'actif solide.
- Sortie d'un associé : lorsque la loi renvoie à l'article 1843-4 du Code civil ou que les statuts prévoient la cession ou le rachat des parts sans que leur valeur soit déterminée ni déterminable, la valeur est fixée, en cas de contestation, par un expert désigné soit par les parties, soit, à défaut d'accord entre elles, par le président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce compétent, statuant selon la procédure accélérée au fond et sans recours possible. L'expert applique, lorsqu'elles existent, les règles de valeur prévues par les statuts ou par toute convention liant les parties. Autant dire qu'il vaut mieux s'entendre avant.
- Divorce ou liquidation de communauté : la valeur des parts entre dans la masse à partager.
- Cession de parts : côté acquéreur, les droits d'enregistrement obéissent à des taux spécifiques, avec un taux majoré de 5 % pour les sociétés à prépondérance immobilière (voir Légifrance, CGI article 726).
Si la question porte plus largement sur le véhicule de détention, notre comparatif holding et SCI traite l'arbitrage de structure.
Cas type (exemple représentatif)#
Illustration de méthode, sans lien avec un dossier réel. Une SCI familiale détient un immeuble locatif :
- valeur vénale documentée de l'immeuble : 800 000 EUR ;
- emprunt bancaire, capital restant dû : 300 000 EUR ;
- compte courant de l'associé A : 100 000 EUR ;
- capital divisé en 1 000 parts.
Actif net réévalué : 800 000 - 300 000 - 100 000 = 400 000 EUR, soit 400 EUR par part avant décote. Par simplification, l'exemple ne retient que la valeur mathématique, alors que pour une SCI qui perçoit des loyers le guide de la DGFiP admet aussi des méthodes fondées sur le résultat ou sur les dividendes. Lorsque seule cette valeur est retenue, le guide prévoit un abattement pour non liquidité dont le montant indicatif peut être fixé à 10 % (fiche n° 4, p. 76) : c'est ce taux que l'exemple applique. Dans un dossier réel, le choix des méthodes et le taux se justifient au regard des statuts, de l'actif et des revenus de la société. Avec l'abattement de 10 % retenu dans l'exemple, on obtient 360 EUR par part, soit 360 000 EUR pour la totalité des parts. L'associé A détient en outre une créance de 100 000 EUR sur la SCI : s'il possède l'intégralité des parts, son patrimoine ressort à 360 000 + 100 000 = 460 000 EUR.
Si l'on omet de déduire le compte courant, les parts sont valorisées 500 000 EUR avant décote au lieu de 400 000 EUR ; en y ajoutant la créance de 100 000 EUR, on obtient 600 000 EUR au lieu de 500 000 EUR. Les mêmes 100 000 EUR sont comptés deux fois.
Si les parts sont démembrées et que l'usufruitier a 72 ans, la tranche applicable retient 30 % pour l'usufruit et 70 % pour la nue-propriété : sur 360 000 EUR, l'usufruit ressort à 108 000 EUR et la nue-propriété à 252 000 EUR.
Notre lecture#
Les litiges sur la valeur des parts de SCI viennent rarement de la valeur de l'immeuble. Ils viennent du compte courant mal traité et de décotes appliquées sans motivation écrite. Une évaluation qui tient est datée, sourcée (comparables, état locatif, tableau d'amortissement de l'emprunt, relevé du compte courant), et chaque correction y est expliquée en une phrase.
Deuxième constat : le livrable doit correspondre à l'enjeu. Pour une donation familiale sans conflit, un avis de valeur suffit souvent, à partir de 800 EUR HT pour des parts de SCI. Dès qu'il y a un tiers en face (associé sortant, ex-conjoint, administration, acquéreur), il faut un rapport d'évaluation complet, à partir de 2 500 EUR HT pour un chiffre d'affaires inférieur à 2 M EUR. Payer 800 EUR quand le dossier en demande 2 500 revient souvent à ne rien payer du tout.
Troisième point, banal mais coûteux : une valeur a une date de péremption. Réutiliser trois ans plus tard l'évaluation faite pour une donation, parce qu'elle est dans le dossier, ne tient ni face à un associé, ni face à un contrôle.
Questions fréquentes
La valeur comptable des parts de SCI peut-elle être retenue ?+
Non, sauf coïncidence. Le bilan porte l'immeuble à son coût historique, diminué des amortissements si la SCI est à l'impôt sur les sociétés. L'écart avec la valeur vénale devient considérable après quelques années. La valeur comptable est un point de départ de calcul, pas une conclusion : on part de l'actif net comptable et on le corrige poste par poste.
Faut-il déduire le compte courant d'associé de la valeur des parts ?+
Oui. Le compte courant est une dette de la SCI, au même titre qu'un emprunt bancaire : il se retranche de l'actif réévalué. Il ne disparaît pas pour autant, puisqu'il constitue une créance de l'associé qui l'a alimenté, valorisée et transmise séparément. Une donation de parts qui ignore le compte courant laisse une créance non réglée entre les mains du donateur.
Quelle décote appliquer sur des parts de SCI ?+
Lorsque seule la valeur mathématique est retenue, le guide d'évaluation de la DGFiP (édition 2026, fiche n° 4, p. 76) prévoit un abattement pour non liquidité, dont le montant peut être fixé à titre indicatif à 10 %. Pour un paquet minoritaire, une décote pour minorité peut s'y ajouter, sans faire double emploi avec l'illiquidité. Le montant retenu se motive à partir des éléments propres au dossier : statuts, clauses d'agrément, liquidités détenues, pouvoir de décision de l'associé.
Comment se répartit la valeur entre usufruitier et nu-propriétaire ?+
Pour les mutations à titre gratuit, l'article 669 du CGI fixe la répartition selon l'âge de l'usufruitier : 90 % avant 21 ans, puis 10 points de moins par tranche de dix ans, jusqu'à 10 % à 91 ans et au-delà. Un usufruit constitué pour une durée fixe est retenu pour 23 % de la pleine propriété par période de dix ans. Ce barème reste fiscal : la valeur économique peut différer.
Combien coûte l'évaluation de parts de SCI ?+
Un avis de valeur sur des parts de SCI démarre à 800 EUR HT. Un rapport d'évaluation complet, motivé pour pouvoir être défendu face à un tiers, démarre à 2 500 EUR HT pour un chiffre d'affaires inférieur à 2 M EUR et à 4 500 EUR HT entre 2 et 10 M EUR. Les missions judiciaires ou contradictoires sont chiffrées sur devis, selon les pièces et les délais.
Faire évaluer les parts de votre SCI#
Réévaluer, retrancher, décoter, puis écrire pourquoi : la méthode tient en quatre gestes, et c'est le dernier qui fait la différence en cas de contrôle ou de désaccord. Si vous préparez une donation, la sortie d'un associé ou une cession de parts, notre cabinet à Paris 8 réalise l'évaluation et rédige le rapport qui la soutient. Samuel Hayot, expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit sur la liste de la H2A, intervient personnellement sur ces dossiers : expert-comptable en évaluation d'entreprise à Paris.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable basé à Paris 8, dont le fondateur est aussi commissaire aux comptes, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable en évaluation d'entreprise à Paris
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