Démarque inconnue en GMS : comptabilisation et pilotage par rayon
Démarque connue et inconnue en GMS : comptes 6037 et 6718, repère sectoriel de 1 à 1,5 % du CA, impact direct sur l'EBITDA et méthode de pilotage mensuel par rayon.
Ce sujet relève de notre mission
Évaluation d'entreprise & M&A | Stratégie de croissanceNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. En grande distribution, la démarque est l'écart entre le stock attendu et le stock réel. La démarque connue (casse, péremptions, promotions) se comptabilise en charge d'exploitation (compte 6037). La démarque inconnue (vols, erreurs) se constate à l'inventaire et se comptabilise en perte (compte 6718). Les baromètres sectoriels la situent de l'ordre de 1 à 1,5 % du chiffre d'affaires, avec un objectif de pilotage souvent visé sous 1 %.
Dans un magasin alimentaire ou un supermarché, chaque palette qui entre en réserve est censée ressortir par la caisse. Entre les deux, une part de marchandise disparaît sans laisser de trace exploitable : c'est la démarque. Le problème n'est pas tant qu'elle existe, elle est inévitable, mais qu'elle reste le plus souvent invisible jusqu'à l'inventaire annuel, c'est-à-dire jusqu'au moment où il est trop tard pour agir sur l'exercice. Nous voyons régulièrement des dirigeants découvrir un trou de plusieurs dizaines de milliers d'euros au moment de la clôture, alors que rien dans le suivi mensuel ne l'avait laissé pressentir.
Cet enjeu n'est ni purement comptable, ni purement opérationnel : il se situe exactement à la frontière des deux, là où l'expert-comptable apporte le plus de valeur en traduisant une réalité d'exploitation en chiffres pilotables.
Démarque connue ou démarque inconnue : quelle différence ?#
La démarque mesure la perte de marchandises entre l'entrée en stock et la vente. On distingue deux familles, qui ne se comptabilisent pas de la même façon.
- La démarque connue regroupe les pertes identifiées et tracées : casse, produits périmés, dons, retraits promotionnels. Elle est documentée au fil de l'eau et se comptabilise en charge d'exploitation, via le compte 6037 (variation de stocks de marchandises).
- La démarque inconnue regroupe les pertes inexpliquées, révélées seulement à l'inventaire par l'écart entre le stock théorique (reconstitué à partir des achats et des ventes enregistrées) et le stock physique réellement constaté. Elle se comptabilise en perte, via le compte 6718 (autres charges exceptionnelles sur opérations de gestion) lors de l'inventaire.
La démarque inconnue recouvre surtout les vols (clientèle et personnel), les erreurs de caisse, les erreurs de réception et les erreurs d'inventaire. Une partie de ce qui apparaît comme "inconnu" est en réalité de la démarque connue mal tracée : un produit cassé jeté sans fiche, une promotion mal enregistrée. C'est une distinction de pilotage essentielle, car réduire la démarque inconnue commence souvent par mieux documenter la démarque connue.
| Critère | Démarque connue | Démarque inconnue |
|---|---|---|
| Origine | Casse, péremption, dons, retraits promo | Vols, erreurs de caisse, de réception, d'inventaire |
| Moment de constatation | Au fil de l'eau | À l'inventaire (écart théorique / réel) |
| Compte | 6037 (charge d'exploitation) | 6718 (perte) |
| Pilotable en amont | Oui, par la traçabilité | Oui, par les process et le contrôle |
| Visibilité | Immédiate | Différée (souvent un an) |
Quel repère de démarque viser en grande distribution ?#
Aucun texte ne fixe de "norme" de démarque : c'est un indicateur de gestion, pas une obligation réglementaire. Les baromètres professionnels de prévention des pertes situent la démarque inconnue de l'ordre de 1 à 1,5 % du chiffre d'affaires en grande distribution, avec des pics sur les rayons sensibles. Un objectif de pilotage est souvent fixé sous 1 %.
Les rayons les plus exposés sont récurrents d'un magasin à l'autre :
- spiritueux et caves ;
- cosmétiques et parfumerie ;
- multimédia, petit électroménager, accessoires high-tech ;
- charcuterie et fromage à la coupe, où les erreurs de pesée s'ajoutent au vol.
L'important n'est pas le chiffre absolu mais la tendance. Un taux qui dérive durablement au-dessus de la moyenne du magasin ou de l'enseigne révèle un problème de process, pas une fatalité. À l'inverse, un taux ponctuellement élevé sur un rayon après une opération promotionnelle mal cadrée n'a pas la même signification qu'une dérive lente et continue sur l'ensemble du point de vente.
Conseil Hayot Expertise. Ne comparez jamais votre taux de démarque brut à celui du voisin sans regarder le mix de rayons. Un magasin très exposé sur les spiritueux et le high-tech partira mécaniquement plus haut qu'un magasin à dominante épicerie sèche. Le bon repère est votre propre historique, rayon par rayon, mois après mois.
Pourquoi la démarque pèse-t-elle autant sur la rentabilité ?#
En grande distribution, la marge nette est fine et le résultat se construit sur de gros volumes à faible taux. Un point de démarque en trop ne se rattrape pas par la marge commerciale : il se traduit presque intégralement en perte de résultat d'exploitation.
Prenons un magasin réalisant 10 millions d'euros de chiffre d'affaires. Passer de 1 % à 1,5 % de démarque, c'est 50 000 euros de résultat envolés sur l'exercice. À comparer à l'effort commercial qu'il faudrait fournir pour générer 50 000 euros de résultat supplémentaire : sur une marge nette de quelques points, cela représente plusieurs centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires additionnel. C'est précisément ce calcul qui justifie d'investir dans la prévention.
C'est pourquoi nous traitons la démarque comme un poste de marge à part entière, et non comme un aléa d'inventaire que l'on découvre en fin d'année. Un simulateur de marge et de rentabilité dédié à la GMS permet de chiffrer rapidement ce que coûte un point de démarque sur votre structure de marge, et un simulateur de seuil de rentabilité mesure combien de chiffre d'affaires supplémentaire compenserait cette perte. C'est le meilleur argument pour arbitrer un plan de prévention.
Comment piloter la démarque sans attendre l'inventaire annuel ?#
Attendre l'inventaire annuel pour découvrir la démarque, c'est agir un an trop tard. Le pilotage repose sur une logique simple : rapprocher l'écart de stock du moment où il se forme, et au niveau le plus fin possible. Nous recommandons une démarche en quatre temps.
- Mettre en place un inventaire tournant par famille de produits, plutôt qu'un seul inventaire annuel. Les rayons sensibles sont comptés plus souvent que l'épicerie sèche.
- Construire un suivi mensuel par rayon, pour isoler ceux qui dérivent avant qu'ils ne contaminent le résultat global.
- Croiser avec les données de caisse : annulations de tickets, remises manuelles inhabituelles, écarts de fonds de caisse, opérations sur les badges. Une part de la démarque interne se lit dans ces signaux.
- Déployer des actions ciblées selon le rayon : antivol sur les références sensibles, formation des équipes de réception et de caisse, fiabilisation des bons de livraison et des entrées en stock.
Cette mécanique transforme un chiffre annuel subi en indicateur mensuel actionnable. Elle suppose une donnée de stock propre, ce qui renvoie souvent à un chantier préalable de fiabilisation des réceptions et des prix.
Notre analyse d'expert-comptable#
Dans un dossier de supermarché que nous accompagnons, le dirigeant constatait chaque année une démarque "globale" autour de 1,6 % du CA, sans parvenir à l'expliquer. Le suivi se limitait à l'écart d'inventaire annuel, un chiffre unique qui ne disait rien des causes. Nous avons ventilé cette démarque par rayon sur les douze mois écoulés, en reconstituant le stock théorique à partir des achats et des ventes. Résultat : deux rayons (spiritueux et droguerie-parfumerie) concentraient à eux seuls la majeure partie de l'écart, tandis que le reste du magasin tenait sous 1 %.
Le sujet n'était donc pas "le magasin démarque trop", mais "deux rayons précis ont un problème de process". La réponse a été opérationnelle, pas comptable : repositionnement physique des références sensibles, double contrôle à la réception, comptages tournants mensuels sur ces deux familles. Le rôle du cabinet n'a pas été de réduire le vol à la place du dirigeant, mais de lui donner la lecture chiffrée qui permettait de cibler son action.
C'est notre conviction sur ce sujet : la démarque inconnue se gagne ou se perd dans les process d'exploitation, mais elle ne devient pilotable que lorsqu'elle est rendue lisible, mensuelle et ventilée par rayon. Un agrégateur de définitions vous dira quel compte utiliser ; il ne vous dira pas quels deux rayons regarder en priorité dans votre magasin. C'est là que l'accompagnement d'un expert-comptable spécialisé en grande distribution change la donne, en lien avec le pilotage plus large du commerce de détail.
Cas particuliers#
Quelques situations méritent une attention spécifique :
- Croissance par multi-magasins. Quand un groupe exploite plusieurs points de vente, la démarque doit se consolider sans s'écraser : un magasin sain peut masquer un magasin en dérive. Ce besoin de consolidation rejoint les enjeux d'une holding multi-magasins en intégration fiscale.
- Promotions et seuil de revente à perte. Les retraits et casses liés aux opérations promotionnelles relèvent de la démarque connue, mais ils interagissent avec les règles de prix, notamment le seuil de revente à perte et le dispositif EGalim. Une promotion mal cadrée gonfle la démarque connue sans contrepartie de volume.
- Démarque interne. Lorsque les signaux pointent vers des écarts liés au personnel, le sujet bascule sur le terrain social et disciplinaire, à traiter avec prudence et formalisme. Le cabinet aide à objectiver les écarts ; les suites relèvent du dialogue social et, le cas échéant, du conseil juridique.
Points de vigilance#
- Ne confondez pas démarque inconnue et simple erreur de saisie de stock : une part de l'écart d'inventaire vient d'entrées mal enregistrées, pas de pertes réelles.
- Une démarque qui s'effondre brutalement n'est pas toujours une bonne nouvelle : elle peut signaler un inventaire bâclé ou un ajustement de stock peu rigoureux.
- Le compte 6718 est un compte de charge exceptionnelle : un montant significatif et récurrent attire l'attention en révision et mérite d'être documenté.
- La traçabilité de la démarque connue est la condition d'un pilotage fiable. Sans fiches de casse et de retrait, l'écart inconnu est artificiellement gonflé.
Questions fréquentes
Quelle différence entre démarque connue et démarque inconnue ?+
La démarque connue (casse, péremptions, promotions, dons) est identifiée et tracée au fil de l'eau, puis comptabilisée en charge d'exploitation au compte 6037. La démarque inconnue (vols, erreurs de caisse ou de réception) n'apparaît qu'à l'inventaire, par l'écart entre le stock théorique et le stock physique réel, et se comptabilise en perte au compte 6718.
Quel taux de démarque inconnue viser en grande distribution ?+
Il n'existe aucune norme légale : c'est un indicateur de gestion. Les baromètres sectoriels situent la démarque inconnue de l'ordre de 1 à 1,5 % du chiffre d'affaires, avec un objectif de pilotage souvent visé sous 1 %. Un taux durablement au-dessus de cette fourchette signale un problème structurel de process plutôt qu'une fatalité.
Dans quel compte comptabiliser la démarque ?+
La démarque connue se comptabilise en charge d'exploitation au compte 6037, variation de stocks de marchandises, au fur et à mesure des pertes constatées et tracées. La démarque inconnue se comptabilise en perte au compte 6718 lors de l'inventaire, pour l'écart constaté entre le stock théorique et le stock réel.
Comment la démarque affecte-t-elle l'EBITDA ?+
La démarque réduit directement la marge et donc le résultat d'exploitation. En grande distribution, où la marge nette est fine, un point de démarque supplémentaire se traduit presque intégralement en perte de résultat. Pour un magasin à 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, passer de 1 % à 1,5 % de démarque représente environ 50 000 euros de résultat en moins sur l'exercice.
Faut-il un inventaire tournant ou un inventaire annuel ?+
Un inventaire annuel reste obligatoire pour la clôture, mais il ne suffit pas au pilotage. Nous recommandons d'y ajouter un inventaire tournant par famille de produits, plus fréquent sur les rayons sensibles. Il permet de détecter une dérive en cours d'exercice et d'agir avant la clôture, là où l'inventaire annuel ne fait que constater la perte.
La démarque inconnue est-elle déductible fiscalement ?+
La perte de stock réellement constatée et justifiée par l'inventaire constitue une charge de l'exercice. Encore faut-il qu'elle soit documentée et que la méthode de valorisation des stocks soit cohérente. Un montant significatif et récurrent au compte 6718 doit être justifié, ce qui plaide pour une traçabilité rigoureuse de la démarque connue et des écarts d'inventaire.
À retenir#
- La démarque connue va au compte 6037 (charge d'exploitation), la démarque inconnue au compte 6718 (perte constatée à l'inventaire).
- Le repère sectoriel se situe autour de 1 à 1,5 % du chiffre d'affaires, avec un objectif de pilotage souvent fixé sous 1 %.
- Un point de démarque en trop se traduit presque intégralement en perte de résultat : 50 000 euros pour un magasin à 10 millions d'euros de CA.
- Le vrai levier n'est pas comptable mais opérationnel : suivi mensuel par rayon, inventaire tournant et croisement avec les données de caisse.
- Ventiler la démarque par rayon révèle presque toujours que deux ou trois familles concentrent l'essentiel de l'écart.
- La fiabilité du chiffre dépend de la traçabilité de la démarque connue : sans elle, l'écart inconnu est artificiellement gonflé.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- ANC : Plan comptable général (charges et pertes)
- BOFiP : variation des stocks et résultat imposable (BIC)
- economie.gouv.fr : Loi EGalim et relations commerciales
- Legifrance : Code de commerce, obligations comptables (L123-12 et s.)
- INSEE : commerce de détail et grande distribution
- entreprendre.service-public.fr : obligations comptables des entreprises
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