Congé sans solde : cadre, formalisation et retour
Le congé sans solde n'a pas de cadre légal général : il repose sur un accord de gré à gré entre employeur et salarié. Suspension du contrat, absence de droits à congés payés, impact sur la protection sociale et gestion paie au départ comme au retour, voici la marche à suivre pour le sécuriser.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Le congé sans solde n'a aucun cadre légal général : ni durée maximale, ni formalisme imposé. Il repose sur un accord de gré à gré. L'employeur peut le refuser sans justification, sauf disposition conventionnelle. Le contrat est suspendu, sans rémunération ni acquisition de congés payés sur la période (service-public.gouv.fr, fiche F10431).
Un salarié cadre vous demande de s'absenter trois mois pour un projet personnel, sans démission. Vous êtes tenté d'accepter pour le fidéliser, mais aucune case du logiciel de paie ne s'appelle "congé sans solde". C'est précisément la difficulté : ce congé existe en pratique alors qu'aucun article du Code du travail ne l'organise. Tout repose sur la qualité de l'accord écrit et sur un traitement paie rigoureux, au départ comme au retour.
Chez Hayot Expertise, cabinet inscrit au Tableau de l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, nous traitons ces demandes au sein de notre pôle social et paie. Voici comment l'encadrer sans créer de zone grise.
Un congé sans cadre légal : ce que cela change vraiment#
Le congé sans solde ne figure pas dans le Code du travail comme un dispositif autonome. Il n'a ni durée minimale, ni durée maximale, ni formalisme légal imposé (service-public.gouv.fr, fiche F10431). Concrètement, il s'agit d'un simple accord de gré à gré entre l'employeur et le salarié.
Deux conséquences directes en découlent. D'une part, l'employeur n'est pas obligé d'accorder ce congé et n'a pas à motiver son refus, sauf si la convention collective ou un accord d'entreprise prévoit le contraire. D'autre part, l'absence de texte rend l'écrit indispensable : c'est lui qui fixe la date de départ, la durée et la date de retour, et qui servira de preuve en cas de litige.
Notre lecture. Cette liberté est à double tranchant. Beaucoup de dirigeants accordent un congé sans solde par accord verbal, puis se retrouvent sans élément de preuve quand le salarié revient plus tard que prévu ou conteste le sort de sa mutuelle. L'absence de cadre légal n'est pas une absence d'enjeu : c'est au contraire ce qui impose un écrit précis.
Congé sans solde et autres congés : ne pas confondre#
Le congé sans solde se distingue d'absences spécifiquement organisées par la loi, comme le congé sabbatique, le congé pour création d'entreprise ou les congés pour événements familiaux, qui ont eux des conditions d'ancienneté et un formalisme propres. Quand un dispositif légal existe et que le salarié en remplit les conditions, mieux vaut s'y référer : il offre une sécurité que le congé sans solde n'a pas.
| Caractéristique | Congé sans solde | Congé sabbatique |
|---|---|---|
| Cadre légal | Aucun (gré à gré) | Code du travail |
| Durée | Libre (accord) | Encadrée par la loi |
| Refus employeur | Libre, sauf convention | Encadré, report possible |
| Conditions d'ancienneté | Aucune | Ancienneté requise |
| Rémunération | Aucune | Aucune |
Effets sur le contrat et sur les droits du salarié#
Pendant le congé sans solde, le contrat de travail est suspendu, et non rompu (service-public.gouv.fr, fiche F10431). Cette nuance est centrale. À l'issue du congé, le salarié retrouve son emploi ou un emploi équivalent, avec une rémunération au moins équivalente. Le lien contractuel n'est jamais interrompu.
Le salarié reste par ailleurs tenu d'une obligation de loyauté : il ne peut pas exercer une activité concurrente pendant son absence. Un manquement à cette obligation peut justifier une rupture du contrat.
Côté rémunération et droits, le principe est simple :
- Aucune rémunération n'est versée par l'employeur pendant le congé.
- La période n'est en principe pas assimilée à du travail effectif : pas d'acquisition de congés payés ni d'ancienneté sur la durée du congé, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
- En cas de maladie pendant le congé, le salarié ne perçoit pas d'indemnités journalières de Sécurité sociale liées à cette suspension non rémunérée.
Le risque sous-estimé. La perte de droits à congés payés sur la période surprend souvent le salarié à son retour, surtout pour un congé long. Mentionnez-la noir sur blanc dans l'accord. Vérifiez aussi systématiquement la convention collective : certaines branches maintiennent l'ancienneté ou des droits plus favorables, et l'oublier expose à un rappel ultérieur.
Protection sociale et mutuelle : le point le plus délicat#
C'est sur la protection sociale que les erreurs sont les plus fréquentes. Le maintien des droits de base à l'assurance maladie dépend de la situation, mais le salarié peut perdre le bénéfice des prestations en espèces, en particulier les indemnités journalières (service-public.gouv.fr, fiche F10431).
La question de la mutuelle d'entreprise est encore plus sensible. La complémentaire santé collective obligatoire est encadrée par l'article L911-7 du Code de la sécurité sociale. En cas de suspension du contrat non indemnisée, comme un congé sans solde, l'employeur n'est en principe pas tenu de maintenir sa participation à la mutuelle collective, sauf si l'acte fondateur ou le contrat est plus favorable. Le salarié peut alors souvent demander à maintenir son adhésion à titre individuel, en payant l'intégralité de la cotisation.
À ne pas confondre avec la portabilité prévue à l'article L911-8 du Code de la sécurité sociale : celle-ci concerne la rupture du contrat ouvrant droit à l'assurance chômage, et non la simple suspension. Un congé sans solde n'ouvre donc pas de portabilité.
| Garantie | Pendant un congé sans solde |
|---|---|
| Rémunération employeur | Aucune |
| Congés payés / ancienneté | En principe non acquis |
| IJSS en cas de maladie | En principe non versées |
| Participation mutuelle employeur | En principe non due, sauf acte fondateur |
| Portabilité (art. L911-8 CSS) | Non (réservée à la rupture) |
Points de vigilance 2026. Avant tout départ, relisez l'acte fondateur de votre régime de mutuelle et de prévoyance : c'est lui qui détermine si la couverture est suspendue ou maintenue. En cas de doute sur les modalités exactes, le Bulletin officiel de la Sécurité sociale (boss.gouv.fr) fait référence. Anticipez la réponse à donner au salarié, car il vous interrogera sur sa couverture santé avant de partir.
La marche à suivre, étape par étape#
Voici la procédure que nous appliquons pour sécuriser un congé sans solde, du départ au retour :
- Recevoir la demande écrite du salarié, précisant la date de départ, la durée et la date de retour souhaitées.
- Vérifier la convention collective applicable : elle peut imposer une procédure, un quota ou ouvrir un droit, ce qui limite votre liberté de refus.
- Formaliser l'accord écrit de gré à gré : durée, date de retour, maintien de l'obligation de loyauté, sort de la mutuelle et perte des droits à congés payés.
- Suspendre le contrat et la paie : abattre la rémunération au prorata des jours d'absence et tracer l'absence avec le bon motif en déclaration sociale nominative.
- Gérer la mutuelle et la prévoyance : vérifier l'acte fondateur, proposer au salarié le maintien individuel si la couverture est interrompue.
- Reprendre la paie au retour : reconstituer les compteurs, vérifier la reprise d'ancienneté prévue par la convention et réactiver la couverture suspendue.
En pratique : la paie au départ et au retour#
Au départ, le congé sans solde se traite comme une absence non rémunérée : la rémunération est abattue au prorata des jours d'absence sur le bulletin, et le motif d'absence approprié est déclaré en DSN sur chaque période. Un paramétrage propre dans votre outil de gestion Pennylane ou votre logiciel de paie évite les régularisations en cascade.
Au retour, la paie normale reprend. C'est le moment de vérifier la reprise d'ancienneté selon la convention collective, de reconstituer les compteurs et de contrôler la cohérence avec votre grille de salaires conventionnelle. Pensez aussi à vérifier que la rémunération de reprise reste au moins égale à celle d'avant le congé, comme l'impose la règle de l'emploi équivalent.
Cas type. Un dirigeant accorde un congé sans solde de quatre mois à un cadre, sans écrit et sans avoir suspendu la mutuelle. Au retour, le salarié réclame des congés payés acquis sur la période et une prise en charge mutuelle qui a continué de courir. Reconstruire l'accord a posteriori est laborieux, et la position de l'employeur est faible faute de preuve. Un document signé au départ aurait clos le sujet en quelques minutes.
Arbitrage : accepter, refuser ou proposer une alternative#
Face à une demande de congé sans solde, trois options légitimes existent. Elles ne se valent pas selon le contexte.
- Accepter convient quand le salarié est clé, que l'absence est planifiable et que vous souhaitez le fidéliser sur le long terme. La contrepartie est l'organisation du remplacement temporaire.
- Refuser se justifie quand l'absence désorganise un service, sous réserve qu'aucune convention collective n'ouvre un droit. Le refus n'a pas à être motivé, mais un refus brutal dégrade la relation.
- Proposer une alternative (congé sabbatique légal si les conditions sont réunies, aménagement du temps de travail, télétravail temporaire) offre parfois un meilleur équilibre entre la demande du salarié et la sécurité juridique.
Pour les volets sensibles, notre accompagnement de notre cabinet couvre le paramétrage paie et la conformité ; les situations de rupture litigieuse ou de négociation collective relèvent quant à elles du conseil d'un avocat en droit social.
Questions fréquentes
L'employeur peut-il refuser un congé sans solde ?+
Oui. Le congé sans solde n'ayant pas de cadre légal, l'employeur n'est pas obligé de l'accorder et n'a pas à justifier son refus, sauf si la convention collective ou un accord d'entreprise prévoit un droit ou une procédure. Il s'agit d'un accord de gré à gré, librement consenti par les deux parties.
Quelle est la durée maximale d'un congé sans solde ?+
Il n'existe aucune durée maximale ni minimale légale pour un congé sans solde. La durée résulte uniquement de l'accord entre l'employeur et le salarié. Une convention collective peut toutefois encadrer cette durée. Fixez-la par écrit, avec une date de retour précise, pour éviter toute ambiguïté au retour du salarié.
Le congé sans solde suspend-il la mutuelle d'entreprise ?+
En principe, lors d'une suspension du contrat non indemnisée, l'employeur n'est pas tenu de maintenir sa participation à la mutuelle collective, sauf si l'acte fondateur est plus favorable (art. L911-7 CSS). Le salarié peut souvent maintenir son adhésion à titre individuel en payant l'intégralité de la cotisation.
Comment gérer la paie après un congé sans solde ?+
Au retour, reprenez la paie normale, reconstituez les compteurs et vérifiez la reprise d'ancienneté prévue par la convention collective. Le salarié doit retrouver son emploi ou un emploi équivalent, à une rémunération au moins égale. Réactivez la couverture mutuelle suspendue et signalez le mouvement en DSN.
Le salarié acquiert-il des congés payés pendant un congé sans solde ?+
En principe, non. La période de congé sans solde n'est pas assimilée à du travail effectif : elle n'ouvre ni droit à congés payés, ni ancienneté sur la durée concernée, sauf disposition conventionnelle plus favorable. Vérifiez systématiquement la convention collective applicable, qui peut prévoir un traitement différent.
Le contrat de travail est-il rompu pendant un congé sans solde ?+
Non. Le contrat de travail est suspendu, et non rompu, pendant toute la durée du congé sans solde. Le lien contractuel subsiste. À l'issue, le salarié retrouve son emploi ou un emploi équivalent. Il reste tenu d'une obligation de loyauté et ne peut exercer une activité concurrente pendant son absence.
À retenir#
- Le congé sans solde n'a aucun cadre légal général : ni durée maximale, ni formalisme légal imposé (service-public.gouv.fr, fiche F10431).
- L'employeur peut le refuser sans justification, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
- Le contrat est suspendu, non rompu ; aucune rémunération, ni en principe de congés payés ou d'ancienneté sur la période.
- La mutuelle collective n'est en principe pas maintenue par l'employeur pendant une suspension non rémunérée, sauf acte fondateur plus favorable (art. L911-7 CSS).
- Un accord écrit précis (durée, retour, mutuelle, droits) est la seule sécurité face à l'absence de texte.
- La paie doit être abattue au départ et reconstituée au retour, avec une déclaration DSN correcte sur chaque période.
Sources officielles#

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Service-public.gouv.fr - Conge sans solde (fiche F10431)
- Légifrance - Code de la sécurité sociale, art. L911-7
- Légifrance - Code de la sécurité sociale, art. L911-8 (portabilité)
- Urssaf.fr - Plafonds de la Sécurité sociale
- Legifrance - Code du travail, art. L1234-1 (preavis)
- Boss.gouv.fr - Bulletin officiel de la Sécurité sociale
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris | Paie, DSN, social
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