CGP ou expert-comptable : qui accompagne vraiment votre patrimoine ?
Faire appel à un CGP régulé ou s'appuyer sur son expert-comptable : les deux rôles sont complémentaires mais distincts. Comprendre qui fait quoi évite les angles morts fiscaux et patrimoniaux.
Ce sujet relève de notre mission
Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmissionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Débuter en investissement ne consiste pas à choisir un produit financier. Il faut d'abord clarifier deux questions : qui est légitime pour vous conseiller, et quel niveau de pilotage vous êtes prêt à déléguer. Or la confusion entre le rôle d'un Conseiller en Gestion de Patrimoine (CGP) et celui de votre expert-comptable est fréquente — et coûteuse en angles morts.
Cet article dresse la frontière claire entre les deux professions, explique les statuts réglementés qui garantissent la compétence d'un CGP sérieux, détaille les supports à connaître en 2026 et positionne la complémentarité concrète que nous pratiquons avec nos clients dirigeants.
Réponse directe : un CGP réglementé (CIF enregistré à l'ORIAS, sous contrôle AMF) est l'interlocuteur compétent pour le conseil en investissement financier et la structuration patrimoniale globale. L'expert-comptable informe sur le cadre fiscal du dirigeant — arbitrage rémunération/dividendes, holding, préparation de cession — mais ne délivre pas de conseil en investissement réglementé. Les deux rôles se complètent, ils ne se substituent pas.
Qu'est-ce qu'un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ?#
Un CGP sérieux ne se reconnaît pas à son titre — n'importe qui peut s'en réclamer — mais à ses statuts réglementés. Un professionnel compétent cumule en général plusieurs habilitations :
- CIF (Conseiller en Investissements Financiers) : enregistré à l'ORIAS et adhérent d'une association professionnelle agréée par l'AMF (CNCGP, ANACOFI-CIF, La Compagnie des CGP…). C'est le statut central, sous contrôle de l'AMF.
- IAS (Intermédiaire en Assurance) : pour distribuer des contrats d'assurance-vie, de prévoyance ou de retraite.
- IOBSP (Intermédiaire en Opérations de Banque et Services de Paiement) : pour l'intermédiation de crédit.
- Carte T (transactions immobilières) : pour les placements en SCPI ou les montages incluant de l'immobilier.
La vérification de ces inscriptions se fait gratuitement sur orias.fr. Un CGP qui ne figure pas à l'ORIAS sous l'une de ces catégories ne peut pas légalement vous conseiller sur les placements financiers.
Comment l'AMF encadre-t-elle la relation avec un gestionnaire de patrimoine ?#
L'Autorité des Marchés Financiers impose un devoir d'adéquation : avant tout conseil, le professionnel doit collecter des informations précises sur votre horizon de placement, vos objectifs, votre tolérance au risque, votre niveau de connaissance financière, votre expérience et votre capacité à absorber des pertes.
Pour un mandat de gestion, le contrat doit également préciser les catégories d'instruments autorisés, la politique d'investissement, la durée et les conditions de résiliation. Ces obligations ne sont pas des formalités : elles constituent la protection minimale de l'épargnant.
Trois signaux d'alerte doivent vous faire sortir d'une réunion commerciale :
- on ne vous demande presque rien sur votre situation personnelle avant de présenter des produits ;
- le profil « prudent » proposé comprend une proportion élevée d'actifs volatils ;
- les frais totaux — mandat, supports sous-jacents, enveloppe, arbitrages — ne sont pas présentés de façon consolidée.
L'AMF souligne que les appellations « prudent », « équilibré », « dynamique » ou « offensif » ne sont pas standardisées. Deux mandats portant le même nom peuvent recouvrir des politiques très différentes.
CGP ou expert-comptable : qui fait quoi ?#
| Domaine | Expert-comptable | CGP / CIF régulé |
|---|---|---|
| Cadre fiscal du dirigeant (IS, IR, dividendes) | Oui — mission centrale | Non — hors champ |
| Arbitrage rémunération / dividendes | Oui — analyse et chiffrage | Information générale |
| Structuration holding, optimisation IS | Oui | Non |
| Conseil en investissement financier (actions, fonds, PER…) | Non — hors habilitation | Oui — mission centrale |
| Distribution de contrats d'assurance-vie | Non | Oui (statut IAS) |
| Allocation de portefeuille, mandat de gestion | Non | Oui |
| Préparation comptable à la cession | Oui | Non |
| Optimisation patrimoniale globale (fiscal + investissement) | Partielle (cadre fiscal) | Oui (en lien avec l'EC) |
L'expert-comptable n'est pas habilité à délivrer du conseil en investissement financier réglementé. En revanche, il est l'interlocuteur indispensable pour chiffrer les conséquences fiscales de toute décision patrimoniale : quel niveau de dividendes déclenche quel impôt, à partir de quand une holding change la donne, comment préparer les comptes avant une cession.
La fiscalité des principaux supports en 2026 : ce qu'il faut savoir avant de choisir#
Avant de confier votre épargne à un gestionnaire, quelques repères fiscaux 2026 sont utiles. Ces données permettent de comprendre les enjeux — la décision de placement reste du ressort de votre CGP.
| Support | Fiscalité des revenus / PV en 2026 | Prélèvements sociaux | Points clés |
|---|---|---|---|
| Assurance-vie (contrat > 8 ans) | PFU 7,5 % après abattement annuel 4 600 €/9 200 € (couple) | 17,2 % maintenus en 2026 | Transmission : abattement 152 500 €/bénéficiaire (art. 990 I CGI) |
| PEA | Exonération IR après 5 ans | 17,2 % sur les gains | Plafond versements 150 000 € |
| SCPI | Revenus fonciers (barème IR ou IS selon structure) | 17,2 % si IR | Souplesse de ticket d'entrée |
| PER (Plan Épargne Retraite) | Déduction des versements, sortie imposable | Sortie en rente : cotisations sociales ; sortie en capital : PFU ou barème | Plafond épargne retraite 2026 à vérifier avec votre conseil |
| Dividendes (hors enveloppe) | PFU 31,4 % au 1/1/2026 (hausse CSG +1,4 pt LFSS 2026) | 17,2 % inclus dans le PFU | Option barème possible si plus favorable |
| IFI | Seuil 1,3 M€ de patrimoine net immobilier | — | Exonération biens professionnels sous conditions |
Note : le PFU applicable aux dividendes, intérêts et plus-values mobilières passe à 31,4 % au 1/1/2026 suite à la hausse de la CSG de 1,4 point (LFSS 2026). L'assurance-vie reste à 17,2 % de prélèvements sociaux — la hausse CSG ne modifie pas ce taux pour ce support.
Pour aller plus loin sur la fiscalité des dividendes : Dividendes vs salaire : quel arbitrage en 2026 ? et Flat tax 2026 : ce qui change vraiment.
Quand faire appel à un CGP devient pertinent ?#
Vous avez un patrimoine à structurer, pas seulement un excédent à placer#
Quand l'épargne atteint un niveau où l'allocation entre supports (immobilier, financier, retraite) a des conséquences fiscales significatives, le sujet change de nature. Il ne s'agit plus de garer un excédent de trésorerie, mais de construire une stratégie cohérente entre court, moyen et long terme.
Votre situation fiscale est complexe#
Un dirigeant qui cumule revenus professionnels, dividendes et revenus fonciers a une situation fiscale que seule une vision consolidée permet de piloter. Le CGP connaît les supports, l'expert-comptable connaît les flux : la complémentarité est ici structurelle, pas optionnelle.
Vous préparez une transmission ou une sortie de capital#
Lors d'une cession d'entreprise, les liquidités dégagées doivent être réinvesties rapidement et intelligemment. C'est précisément le moment où un CGP apporte de la valeur, en coordination avec l'expert-comptable qui a cadré la fiscalité de la cession. Voir aussi : Apport-cession article 150-0 B ter : sécuriser sa holding.
Vous approchez de la retraite#
La préparation de la retraite d'un dirigeant passe souvent par un PER, une assurance-vie bien structurée et parfois une SCPI. Le choix entre ces supports, leur dosage et leur fiscalité à la sortie relèvent d'un accompagnement CGP. L'expert-comptable cadre l'assiette déductible du PER. Pour les détails : PER dirigeant 2026 : optimisation et retraite.
Mandat de gestion ou conseil ponctuel : comment choisir ?#
Un mandat de gestion délègue intégralement les arbitrages de portefeuille au gestionnaire. C'est pertinent quand vous acceptez de ne pas piloter les décisions quotidiennes, que votre horizon est suffisamment long, que les frais totaux sont proportionnés à la taille du portefeuille, et que vous supportez la variation de valeur sans ressentir le besoin d'intervenir.
Un conseil ponctuel suffit souvent dans les cas inverses : épargne encore modeste, priorité à la compréhension des mécanismes, besoin avant tout d'un cadre fiscal avant de choisir un support, ou souhait de garder la main sur les décisions.
La bonne question n'est pas « quelle société de gestion choisir ? » mais « quel niveau de contrôle suis-je prêt à déléguer, et pour quelle durée ? ».
En pratique : trois profils et ce que nous observons#
Cas terrain — dirigeant de PME en phase de croissance. Sur un dossier que nous suivons, un gérant de société de services (IS, environ 200 000 € de résultat annuel) se posait la question du bon support pour son épargne excédentaire. Notre rôle : chiffrer l'impact fiscal de différents niveaux de dividendes (PFU 31,4 % vs option barème), identifier la capacité d'alimentation d'un PER selon son TMI, et vérifier si le seuil IFI de 1,3 M€ approchait avec la valorisation de son immobilier professionnel. Nous avons ensuite orienté vers un CGP CIF référent pour la sélection des supports — sans empiéter sur la partie conseil en investissement réglementé.
Profil 1 : le jeune actif avec 15 000 € d'épargne disponible#
Un mandat de gestion est souvent trop coûteux à ce niveau. Les frais cumulés (mandat, supports, enveloppe) peuvent dépasser 1,5 à 2 % par an, ce qui grève sérieusement le rendement net sur un encours modeste. Une approche simple, diversifiée et expliquée — PEA, contrat d'assurance-vie monosupport diversifié — est généralement plus pertinente.
Profil 2 : l'entrepreneur qui sort d'une cession#
Les montants, la fiscalité de la plus-value (potentiellement réduite via le régime 150-0 B ter si la holding a été activée en amont), et les objectifs familiaux justifient ici un accompagnement patrimonial structuré. Le CGP et l'expert-comptable travaillent en parallèle sur des angles distincts mais connectés.
Profil 3 : le couple qui prépare la retraite à 10 ans#
Le PER, l'assurance-vie et potentiellement une SCPI en démembrement constituent souvent le triptyque pertinent. La répartition entre ces supports dépend du TMI actuel, de l'horizon de sortie et de l'objectif de transmission. C'est typiquement le champ d'un CGP, avec un calage fiscal assuré par l'expert-comptable.
Les questions à poser avant de signer#
Quel que soit l'interlocuteur, posez ces questions avant tout engagement :
- Quels sont vos statuts réglementés ? Êtes-vous inscrit à l'ORIAS, et sous quelles catégories ?
- Quel est le coût total annuel, tous frais confondus (mandat, supports, enveloppe, arbitrages) ?
- Quelle est votre logique d'allocation, et comment l'adaptez-vous à mon profil de risque réel ?
- Comment puis-je suivre les arbitrages et l'évolution du portefeuille ?
- Quelles sont les conditions de sortie du mandat ?
L'AMF rappelle qu'un délai de rétractation de 14 jours peut s'appliquer en cas de démarchage. C'est utile pour relire — pas pour rattraper une décision mal pesée.
Les erreurs les plus fréquentes que nous observons#
- Confier son épargne à un interlocuteur dont on n'a pas vérifié les statuts sur orias.fr.
- Sous-estimer le poids cumulé des frais sur un encours modeste.
- Traiter les décisions d'investissement en dehors de la fiscalité du foyer — un dividende élevé peut pousser dans une tranche marginale plus haute et modifier radicalement l'intérêt d'un support.
- Attendre la cession pour structurer : les dispositifs comme l'apport-cession (article 150-0 B ter) supposent une anticipation de plusieurs mois.
- Confondre l'assurance-vie et le PER : l'un est liquide mais la sortie n'est pas déductible à l'entrée ; l'autre réduit l'impôt à l'entrée mais est bloqué jusqu'à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé).
Pour approfondir la dimension fiscale : Comment optimiser son patrimoine et Investir dans une assurance-vie : l'intérêt pour un dirigeant.
Notre rôle : cadrer le fiscal, orienter vers le bon conseil#
Nous accompagnons les dirigeants et leurs associés sur le cadre fiscal et patrimonial : arbitrage rémunération/dividendes, structuration holding, préparation comptable d'une cession, vérification de l'assiette déductible d'un PER, analyse IFI. Ce travail alimente directement les décisions patrimoniales — mais le conseil en investissement réglementé reste dans le champ du CGP CIF agréé.
Cette frontière n'est pas un aveu de limite : c'est la condition d'un accompagnement sérieux, où chaque professionnel reste dans son périmètre réglementaire et apporte une valeur réelle.
Faire le point sur votre stratégie patrimoniale — notre équipe peut vous aider à cadrer les questions fiscales avant votre premier rendez-vous avec un CGP.
À jour au 2026-06-14. Cet article informe et ne remplace pas un conseil personnalisé. Pour votre situation, contactez un expert-comptable inscrit à l'Ordre.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un CGP et un expert-comptable pour la gestion de patrimoine ?
Un CGP (Conseiller en Gestion de Patrimoine) enregistré à l'ORIAS et agréé CIF par l'AMF est habilité à délivrer du conseil en investissement financier et à distribuer des produits d'épargne. L'expert-comptable, lui, analyse le cadre fiscal du dirigeant — arbitrage rémunération/dividendes, holding, préparation de cession — mais ne délivre pas de conseil en investissement réglementé. Les deux rôles se complètent : l'un pose le cadre fiscal, l'autre choisit les supports.
Comment vérifier qu'un conseiller en gestion de patrimoine est bien régulé ?
Consultez le registre ORIAS (orias.fr) : un CGP sérieux y figure sous au moins l'une des catégories CIF, IAS ou IOBSP. Le statut CIF implique également l'adhésion à une association professionnelle agréée par l'AMF (CNCGP, ANACOFI-CIF, La Compagnie des CGP…). L'absence d'inscription à l'ORIAS est un signal d'alerte rédhibitoire : la personne ne peut pas légalement vous conseiller sur les placements financiers.
Combien coûte un conseiller en gestion de patrimoine ?
La rémunération d'un CGP prend deux formes principales, souvent combinées : des honoraires de conseil facturés directement, et des rétrocessions de commissions versées par les produits distribués (transparence imposée par MIF2). Sur un mandat de gestion, les frais totaux (mandat, supports sous-jacents, enveloppe) peuvent représenter 1 à 2,5 % par an selon les encours et la structure. Il faut toujours demander le coût total consolidé avant de signer.
La fiscalité de l'assurance-vie change-t-elle en 2026 ?
Les prélèvements sociaux sur l'assurance-vie restent à 17,2 % en 2026 — la hausse de la CSG de 1,4 point (LFSS 2026) ne modifie pas ce taux pour ce support. L'abattement annuel sur les gains après 8 ans demeure à 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple. L'abattement de transmission de 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I CGI) est également maintenu. En revanche, le PFU sur dividendes hors enveloppe passe à 31,4 % au 1er janvier 2026.
Une société de gestion de patrimoine est-elle utile pour un petit patrimoine ?
Pas systématiquement. Sur un encours modeste, les frais cumulés d'un mandat de gestion (mandat, supports, enveloppe) peuvent peser 1,5 à 2 % par an et éroder significativement la performance nette. Un accompagnement pédagogique — comprendre les supports avant de déléguer — est souvent plus utile au départ. La question à poser n'est pas « quelle société choisir ? » mais « quel niveau de délégation est justifié compte tenu de mes encours et de mes objectifs ? »

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- AMF — À qui peut-on s'adresser pour son épargne ?
- AMF — Le mandat de gestion
- ORIAS — Registre des intermédiaires en assurance, banque et finance
- BOFiP — Article 990 I CGI : fiscalité de l'assurance-vie en cas de décès
- Legifrance — LFSS 2026 : hausse de la CSG sur les revenus du capital
- impots.gouv.fr — Prélèvement forfaitaire unique (PFU / flat tax)
Ce sujet relève de notre mission Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmission
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