Négocier un accord d'entreprise en l'absence de délégué syndical
Comment conclure un accord d'entreprise sans délégué syndical : référendum aux deux tiers, élus du CSE mandatés ou non, salarié mandaté. Les voies par effectif, les conditions de majorité et le dépôt sur TéléAccords, expliqués par notre cabinet.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable paie à Paris : DSN et gestion socialeNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Sans délégué syndical, une PME peut conclure un accord d'entreprise par trois voies (art. L2232-21 à L2232-29-2 du Code du travail) : référendum ratifié aux deux tiers du personnel pour les petites structures, négociation avec des élus du CSE mandatés ou non, ou avec un salarié mandaté. Le dépôt se fait sur TéléAccords.
La plupart des PME n'ont pas de délégué syndical. Pourtant, mettre en place un intéressement, aménager le temps de travail ou instaurer une prime de partage de la valeur suppose souvent un accord collectif. La bonne nouvelle : depuis les ordonnances du 22 septembre 2017, le Code du travail ouvre des voies de négociation spécifiques aux entreprises dépourvues de délégué syndical, codifiées aux articles L2232-21 à L2232-29-2.
Ces règles ne sont pas intuitives. La voie à emprunter, le quorum à atteindre et les thèmes ouverts dépendent directement de votre effectif. Une erreur de procédure peut fragiliser l'accord et le priver d'effet. Voici, du point de vue de notre pôle paie et social, comment sécuriser la démarche.
Trois voies selon votre effectif#
Le législateur a calibré les modalités en fonction de la taille de l'entreprise. Identifier sa catégorie est la première décision à prendre.
| Effectif | Voie de négociation | Validité |
|---|---|---|
| Moins de 11 salariés (et 11 à 20 sans élu CSE) | Projet proposé directement aux salariés par l'employeur | Ratification aux deux tiers du personnel (art. L2232-21) |
| 11 à 49 salariés | Élus du CSE mandatés ou non, ou salarié mandaté | Selon le cas : référendum à la majorité des suffrages exprimés, ou signature d'élus majoritaires (art. L2232-23-1) |
| Au moins 50 salariés | Priorité aux élus du CSE mandatés par un syndicat représentatif | Approbation des salariés à la majorité des suffrages exprimés pour un salarié mandaté (art. L2232-24 à L2232-26) |
Le socle commun : un accord conclu par ces voies a la même valeur qu'un accord signé avec un syndicat. Il peut donc porter sur des thèmes opérationnels comme le temps de travail ou l'épargne salariale.
La voie du référendum (moins de 11 salariés, et 11 à 20 sans élu)#
C'est la voie la plus directe. L'employeur rédige un projet d'accord et le communique à chaque salarié. La consultation est organisée à l'issue d'un délai minimum de 15 jours après cette communication (art. L2232-21). L'accord est valide s'il est ratifié à la majorité des deux tiers du personnel.
Cette voie couvre l'ensemble des thèmes ouverts à la négociation d'entreprise. C'est elle qui permet à une TPE de mettre en place un intéressement ou d'aménager les horaires sans passer par un syndicat.
La voie des élus du CSE (11 à 49 salariés)#
Dès lors qu'un CSE est en place, la négociation passe en priorité par ses élus. Deux configurations coexistent. Avec des élus mandatés par une organisation syndicale représentative, ou avec un salarié mandaté, l'accord est soumis à l'approbation des salariés à la majorité des suffrages exprimés. Avec des élus non mandatés, l'accord est signé par des élus représentant la majorité des suffrages exprimés aux dernières élections du CSE, mais les thèmes sont alors limités aux mesures dont la mise en oeuvre est subordonnée par la loi à un accord collectif (art. L2232-25).
La voie du mandatement (au moins 50 salariés)#
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés dépourvues de délégué syndical, la priorité va aux membres élus du CSE mandatés par un syndicat représentatif (art. L2232-24). À défaut, on se tourne vers les élus non mandatés puis, en dernier ressort, vers un salarié mandaté. Le salarié mandaté dispose, sauf circonstances exceptionnelles, d'un crédit de 10 heures par mois pour préparer la négociation, considérées de plein droit comme temps de travail payé à l'échéance (art. L2232-23).
La procédure pas à pas#
Quelle que soit la voie, la rigueur procédurale fait la solidité de l'accord. Voici la séquence que nous suivons dans les dossiers.
- Constater l'absence de délégué syndical et documenter la situation par écrit.
- Choisir la voie adaptée à l'effectif : référendum, élus du CSE mandatés ou non, ou salarié mandaté.
- Élaborer le projet d'accord sur un thème accessible (temps de travail, intéressement, autre dispositif d'épargne salariale).
- Organiser la consultation ou le vote en respectant le délai de 15 jours pour les petites structures et les principes du droit électoral.
- Faire valider l'accord aux conditions de majorité propres à la voie retenue.
- Déposer l'accord sur la plateforme TéléAccords et le remettre au greffe du conseil de prud'hommes.
Notre lecture#
Les voies sans délégué syndical sont une chance pour les PME, mais elles ne dispensent pas de loyauté. La négociation, même avec des élus ou un salarié mandaté, suppose une information sincère et un projet lisible. Un accord d'intéressement mal rédigé se heurtera ensuite au contrôle de l'administration au moment du dépôt et peut perdre son exonération sociale.
Nous distinguons toujours deux casquettes. Le paramétrage paie, le suivi de la déclaration sociale nominative et la sécurisation des dispositifs d'épargne salariale relèvent de notre mission. La conduite d'une négociation collective complexe, ou un litige sur le mandatement, gagne à être appuyée par un conseil en droit social. Notre cabinet, inscrit au Tableau de l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, oriente vers l'avocat lorsque le volet contentieux l'exige. C'est aussi l'esprit de notre pôle paie et social : sécuriser ce qui relève de la conformité et orienter pour le reste.
Le risque sous-estimé : la qualité du référendum#
Les deux tiers du personnel sont une majorité exigeante. Beaucoup de dirigeants la confondent avec une majorité simple. Un projet rejeté reste sans effet, et il faut alors recommencer. Le risque le plus fréquent tient moins au résultat qu'à la forme : délai de 15 jours non respecté, modalités de vote imprécises, absence de procès-verbal. Un vote attaquable fragilise l'ensemble du dispositif, y compris ses effets fiscaux et sociaux, par exemple sur un dispositif ouvrant droit à un déblocage anticipé de la participation et du PEE.
| Point de contrôle | Ce qu'il faut sécuriser |
|---|---|
| Information préalable | Communication du projet à chaque salarié, datée |
| Délai | 15 jours minimum avant le vote (voie référendum) |
| Modalités de vote | Organisation conforme aux principes du droit électoral |
| Quorum | Deux tiers du personnel pour le référendum |
| Traçabilité | Procès-verbal de consultation conservé |
| Dépôt | TéléAccords + greffe du conseil de prud'hommes |
Arbitrage : référendum ou négociation avec les élus ?#
Entre 11 et 20 salariés sans élu, le référendum direct est souvent le plus rapide. Au-delà, si un CSE existe, la négociation avec les élus structure mieux le dialogue et évite l'effet plébiscite. Notre conseil : si vous visez un dispositif amené à durer (intéressement pluriannuel), privilégiez la voie des élus, plus robuste juridiquement. Pour une mesure ponctuelle, le référendum reste pertinent. Si l'accord touche la rémunération, gardez en tête la cohérence avec votre grille de salaires conventionnelle et le cadre des primes de performance.
Cas type#
Prenons une PME de quatorze salariés, sans délégué syndical mais dotée d'un CSE, qui veut mettre en place un accord d'intéressement. Le réflexe initial est souvent de faire signer un document au seul président du CSE. Or, sans mandatement, cette voie limite les thèmes et impose une majorité des suffrages aux dernières élections. La bonne méthode consiste à reconstruire la procédure, à sécuriser le dépôt sur TéléAccords et à veiller au paramétrage en paie. Le rappel utile : la forme de la négociation conditionne la validité, donc l'exonération sociale du dispositif. Ce réflexe s'inscrit dans la structuration sociale de votre entreprise, avec l'accompagnement de votre cabinet.
Points de vigilance 2026#
- L'accord entre en vigueur le lendemain de son dépôt, sauf stipulation contraire : anticipez le calendrier de mise en oeuvre en paie.
- Le dépôt dématérialisé sur TéléAccords est obligatoire ; un accord non déposé n'est pas opposable.
- Pour les dispositifs d'épargne salariale, le délai de dépôt conditionne le bénéfice du régime social ; vérifiez la date avec votre cabinet.
- Les heures de délégation du salarié mandaté (10 heures par mois) sont du temps de travail payé : intégrez-les à la gestion paie.
Questions fréquentes
Comment conclure un accord sans délégué syndical ?+
Trois voies existent selon l'effectif (art. L2232-21 à L2232-29-2). Moins de 11 salariés : projet ratifié par référendum aux deux tiers. De 11 à 49 salariés : élus du CSE mandatés ou non, ou salarié mandaté. Au moins 50 salariés : priorité aux élus mandatés par un syndicat représentatif.
Qu'est-ce qu'un salarié mandaté ?+
C'est un salarié mandaté par une organisation syndicale représentative pour négocier un accord en l'absence de délégué syndical. Il dispose, sauf circonstances exceptionnelles, de 10 heures de délégation par mois (art. L2232-23). L'accord qu'il signe doit être approuvé par les salariés à la majorité des suffrages exprimés.
Comment organiser un référendum d'entreprise ?+
L'employeur communique le projet à chaque salarié, puis organise la consultation après un délai minimum de 15 jours (art. L2232-21). Le vote respecte les principes généraux du droit électoral. Pour les petites structures, l'accord est ratifié s'il recueille la majorité des deux tiers du personnel.
Le CSE peut-il négocier un accord ?+
Oui. Dans les entreprises de 11 à 49 salariés, les élus du CSE peuvent négocier, mandatés ou non par un syndicat. Au-delà de 50 salariés, la priorité va aux élus mandatés (art. L2232-24). Les thèmes accessibles aux élus non mandatés sont limités par l'art. L2232-25.
Quels thèmes peut couvrir l'accord ?+
Par la voie du référendum (moins de 11 salariés, et 11 à 20 sans élu), l'accord peut porter sur l'ensemble des thèmes ouverts à la négociation d'entreprise : temps de travail, intéressement, autres dispositifs d'épargne salariale. Pour les élus non mandatés, les thèmes sont limités aux mesures subordonnées par la loi à un accord (art. L2232-25).
Où déposer l'accord une fois signé ?+
L'accord se dépose sur la plateforme TéléAccords du ministère du Travail, par voie dématérialisée, et un exemplaire est remis au greffe du conseil de prud'hommes. Sauf stipulation contraire, il entre en vigueur le lendemain de son dépôt. Le dépôt conditionne son opposabilité.
Quelle différence avec une entreprise dotée d'un délégué syndical ?+
Avec un délégué syndical, la validité de l'accord suppose la signature de syndicats représentatifs ayant recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections du CSE, ou plus de 30 % suivis d'un référendum (art. L2232-12). Sans délégué, ce sont les voies des articles L2232-21 et suivants qui s'appliquent.
À retenir#
- Sans délégué syndical, trois voies permettent de conclure un accord (art. L2232-21 à L2232-29-2), selon l'effectif.
- Moins de 11 salariés (et 11 à 20 sans élu) : référendum ratifié aux deux tiers du personnel, après un délai de 15 jours.
- De 11 à 49 salariés : élus du CSE mandatés ou non, ou salarié mandaté ; au-delà de 50, priorité aux élus mandatés.
- Le dépôt sur TéléAccords est obligatoire ; l'accord entre en vigueur le lendemain, sauf stipulation contraire.
- La forme de la négociation conditionne la validité, donc l'exonération sociale des dispositifs d'épargne salariale.
- Le paramétrage paie relève de notre mission ; le contentieux et la négociation complexe gagnent à être appuyés par un avocat.
Cet article informe sur un cadre juridique général ; une décision propre à votre entreprise suppose l'examen de votre situation, de vos documents et du droit applicable à la date de l'opération.
Sources officielles#
- Code du travail, art. L2232-21 (entreprises de moins de 11 salariés)
- Code du travail, art. L2232-24 (au moins 50 salariés, élus mandatés)
- Code du travail, art. L2232-24 à L2232-26 (négociation sans délégué syndical)
- Code du travail, art. L2232-12 (validité, régime de droit commun)
- Ministère du Travail, dépôt des accords (TéléAccords)
- Service-public.fr, négociation collective dans l'entreprise

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Code du travail, art. L2232-21 (entreprises de moins de 11 salariés)
- Code du travail, art. L2232-24 (entreprises d'au moins 50 salariés, élus mandatés)
- Code du travail, art. L2232-24 à L2232-26 (négociation sans délégué syndical, 50 salariés et plus)
- Code du travail, art. L2232-12 (validité de l'accord, régime de droit commun)
- Ministere du Travail, depot des accords d'entreprise (TeleAccords)
- Service-public.fr, negociation collective dans l'entreprise
- Code du travail, art. L2232-23 (heures de délégation du salarié mandaté)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable paie à Paris : DSN et gestion sociale
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