Loi de finances 2026 et professions libérales : ce qui change
Barème de l'IR indexé de 0,9 %, contribution différentielle sur les hauts revenus reconduite, imposition des associés de SEL en BNC : ce que la loi de finances 2026 change concrètement pour les professions libérales et comment arbitrer votre structure.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La loi de finances 2026 indexe le barème de l'impôt sur le revenu de 0,9 %, reconduit la contribution différentielle sur les hauts revenus (imposition minimale de 20 % du revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 / 500 000 €), et confirme l'imposition en BNC des rémunérations techniques des associés de SEL. Trois sujets qui touchent directement les libéraux.
Pour un médecin, un avocat, un consultant ou un professionnel de santé, la loi de finances n'est pas qu'un texte de presse. Elle décide du montant net qui reste après impôt, du moment où il faut payer un acompte, et parfois de la pertinence même de votre structure d'exercice. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) ne bouleverse pas le cadre, mais elle confirme et prolonge plusieurs mesures qui concernent en priorité les revenus élevés et les associés de société d'exercice libéral.
Notre cabinet, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, accompagne au quotidien des professions libérales en nom propre et en société. Cet article fait le tri entre ce qui change vraiment pour vous et ce qui relève du bruit de fond, avec les arbitrages de structure que ces mesures rendent plus ou moins pertinents.
Le barème de l'impôt sur le revenu indexé de 0,9 %#
C'est la mesure qui concerne tous les libéraux, quel que soit leur niveau de revenu. L'article 4 de la loi de finances pour 2026 revalorise les tranches du barème de l'impôt sur le revenu de 0,9 % pour l'imposition des revenus de 2025. Concrètement, les seuils de chaque tranche montent légèrement, ce qui neutralise une partie de l'effet de l'inflation sur votre impôt.
Voici le barème applicable, par part de quotient familial :
| Tranche de revenu imposable (par part) | Taux marginal |
|---|---|
| Jusqu'à 11 600 € | 0 % |
| De 11 600 € à 29 579 € | 11 % |
| De 29 579 € à 84 577 € | 30 % |
| De 84 577 € à 181 917 € | 41 % |
| Au-delà de 181 917 € | 45 % |
Pour un libéral dont le bénéfice progresse à peu près au rythme de l'inflation, cette indexation évite de basculer mécaniquement dans la tranche supérieure. Pour un revenu stable, elle réduit très légèrement l'impôt dû. Attention toutefois : le taux marginal de 41 % se déclenche dès 84 577 € de revenu imposable par part, un seuil que de nombreux praticiens et avocats franchissent rapidement. Le barème se lit toujours à l'article 197 du CGI.
Conseil Hayot Expertise. Le barème pilote votre taux marginal, donc l'arbitrage entre rémunération immédiate et report de revenu. Avant la fin de l'exercice, regardez où se situe votre dernier euro de bénéfice : à 30 %, l'investissement ou le PER n'ont pas le même rendement fiscal qu'à 41 %.
La contribution différentielle sur les hauts revenus reconduite#
C'est la nouveauté à surveiller pour les libéraux à hauts revenus. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR), codifiée à l'article 224 du CGI, a été créée par l'article 10 de la loi de finances pour 2025. La loi de finances pour 2026 la reconduit. Son principe : garantir que les foyers fiscaux les plus aisés supportent une imposition minimale de 20 % de leur revenu fiscal de référence.
À qui s'applique-t-elle ?#
| Situation du foyer | Seuil de revenu fiscal de référence |
|---|---|
| Personne seule | Supérieur à 250 000 € |
| Couple soumis à imposition commune | Supérieur à 500 000 € |
En pratique, la CDHR vient compléter l'impôt sur le revenu et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus lorsque le taux effectif d'imposition du foyer, calculé sur le revenu fiscal de référence, passe sous 20 %. Cette situation se rencontre notamment quand une part importante des revenus est imposée au prélèvement forfaitaire unique (dividendes, plus-values), dont le taux est inférieur à 20 % côté impôt sur le revenu.
Points de vigilance 2026. La contribution due au titre de 2026 donne lieu à un acompte de 95 %, à verser entre le 1er et le 15 décembre 2026. Ce calendrier est exigeant : il faut estimer son revenu fiscal de référence avant la fin de l'année, sans attendre la déclaration du printemps suivant. Pour un libéral dont le bénéfice de l'année n'est pas encore arrêté, cela suppose une projection sérieuse de fin d'exercice.
Le risque sous-estimé. Beaucoup de dirigeants et de libéraux raisonnent sur leur taux marginal d'impôt sur le revenu et oublient que la CDHR peut s'appliquer même quand une partie de leurs revenus a déjà supporté la flat tax. Un médecin spécialiste qui se verse des dividendes via une SPFPL, ou un avocat associé percevant des revenus de capitaux mobiliers significatifs, peut être concerné sans s'y attendre. La mécanique se déclenche au niveau du foyer, pas de la seule activité libérale.
L'imposition des associés de SEL : la bascule en BNC confirmée#
C'est le changement structurel le plus lourd de conséquences pour les libéraux exerçant en société. Depuis l'imposition des revenus de 2024, les rémunérations perçues par un associé de société d'exercice libéral (SELARL, SELAS) au titre de l'exercice de son activité libérale au sein de la société sont imposées dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), et non plus dans celle des traitements et salaires.
L'ancienne doctrine, dite « Cousin », qui rattachait ces rémunérations aux traitements et salaires, est rapportée à compter des revenus 2024. Le nouveau régime est détaillé au BOFiP (BOI-RES-BNC-000136). Seule la part correspondant aux fonctions de gérance (mandat social) reste imposée selon l'article 62 du CGI, lorsqu'elle peut être distinguée de la rémunération technique.
Ce que cela change concrètement#
La bascule en BNC n'est pas qu'une question de case sur la déclaration. Elle emporte des obligations nouvelles :
- Tenue d'une comptabilité BNC (recettes-dépenses), distincte de la comptabilité de la société.
- Dépôt d'une déclaration n° 2035 pour la rémunération technique relevant des BNC.
- Possibilité d'opter pour le régime de la déclaration contrôlée, qui permet de déduire les charges professionnelles réelles.
- Calcul des cotisations sociales du travailleur non salarié sur le bénéfice ainsi déterminé.
- Ventilation rigoureuse entre la rémunération technique (BNC) et la rémunération de gérance (article 62), lorsque les deux coexistent.
Cette ventilation est le point sensible. Une rémunération non distinguée, ou mal documentée, expose à des redressements et à une qualification incertaine. La répartition doit reposer sur des éléments objectifs : statuts, procès-verbaux, réalité des fonctions exercées.
Nous traitons ce sujet en détail dans notre analyse dédiée à la réforme SEL et au passage en BNC, qui complète utilement cette synthèse.
Comparatif des modes d'exercice#
Un libéral peut exercer en nom propre, sous le régime micro-BNC, ou via une société. Le choix dépend du niveau de revenu, du besoin de protection sociale et des objectifs patrimoniaux. Voici les lignes de force :
| Critère | Exercice en nom propre (BNC) | Société d'exercice libéral (SEL) |
|---|---|---|
| Imposition du bénéfice | Impôt sur le revenu, catégorie BNC | Impôt sur les sociétés au niveau de la société ; rémunération technique en BNC ; gérance article 62 |
| Protection sociale | Travailleur non salarié | Selon le statut (gérant majoritaire TNS, président assimilé salarié) |
| Pilotage de la rémunération | Bénéfice imposé chaque année | Possibilité de moduler rémunération et report en réserve |
| Logique patrimoniale | Limitée | Holding (SPFPL) possible pour structurer la détention |
| Complexité administrative | Plus légère | Plus lourde (comptabilité société + déclaration BNC associé) |
Arbitrage. En nom propre, la fiscalité est simple mais l'intégralité du bénéfice est imposée à votre taux marginal chaque année. En société, vous gagnez en pilotage de la rémunération et en capacité de structuration patrimoniale, au prix d'une complexité accrue et, depuis 2024, d'une double mécanique déclarative pour l'associé. Le seuil de bascule n'est pas universel : il dépend de votre tranche d'imposition, de votre besoin de revenu disponible et de vos projets à moyen terme.
Notre accompagnement en fiscalité d'entreprise et du dirigeant intègre systématiquement cet arbitrage de structure, en lien avec la structuration de votre patrimoine.
Cas particuliers#
L'associé de SEL#
C'est la situation la plus exposée par la réforme. Récemment, un médecin spécialiste exerçant en SELARL nous a consultés : sa rémunération n'avait jamais été ventilée entre activité technique et gérance, et il continuait de la déclarer en traitements et salaires. La régularisation a supposé de reconstituer la part de gérance à partir des statuts et de l'activité réelle, puis de mettre en place une comptabilité BNC et une déclaration n° 2035. L'enseignement : plus la ventilation est documentée en amont, plus la transition est sereine.
Le libéral à hauts revenus#
Médecin spécialiste, avocat d'affaires, consultant à forte valeur ajoutée : dès que le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € (ou 500 000 € pour un couple), la contribution différentielle sur les hauts revenus entre dans l'équation. Le piège classique est de combiner une rémunération modérée et des dividendes soumis à la flat tax, ce qui peut faire passer le taux effectif sous 20 % et déclencher la contribution. Une projection de fin d'année est indispensable, notamment pour l'acompte de décembre.
Micro-BNC ou déclaration contrôlée ?#
Pour un libéral en début d'activité ou à faible volume de charges, le régime micro-BNC offre une simplicité réelle. Mais dès que les charges professionnelles deviennent significatives (loyers, personnel, équipements, cotisations), la déclaration contrôlée permet de déduire les frais réels et devient souvent plus avantageuse. Notre lecture : le micro est un confort de démarrage, pas une fin en soi ; le bon moment pour basculer se mesure, charges réelles en main, et non au jugé.
En pratique : sécuriser votre fin d'année 2026#
- Estimez votre revenu fiscal de référence avant décembre si vous approchez des seuils de la CDHR.
- Vérifiez la ventilation rémunération technique / gérance si vous êtes associé de SEL.
- Confirmez que votre régime (micro-BNC ou déclaration contrôlée) reste cohérent avec votre niveau de charges.
- Anticipez l'acompte de CDHR à verser entre le 1er et le 15 décembre 2026 le cas échéant.
- Mettez à jour votre projection de taux marginal pour arbitrer vos versements PER et vos investissements de fin d'exercice.
Pour le cadre d'ensemble de la loi, voyez notre synthèse de la loi de finances 2026, et pour le calendrier déclaratif, notre guide de la déclaration des revenus 2026. Les professions de santé trouveront un point dédié dans notre page médecin libéral, et l'ensemble des libéraux dans notre espace professions libérales. Un complément utile pour les avantages sociaux : les chèques-vacances pour les professions libérales en 2026.
Questions fréquentes
Le barème de l'impôt sur le revenu change-t-il en 2026 ?+
Oui. La loi de finances pour 2026 indexe les tranches du barème de l'impôt sur le revenu de 0,9 % pour l'imposition des revenus de 2025. La première tranche imposable débute à 11 600 €, et le taux de 45 % s'applique au-delà de 181 917 € par part. Cette revalorisation neutralise une partie de l'effet de l'inflation.
Qu'est-ce que la contribution différentielle sur les hauts revenus ?+
C'est une imposition minimale de 20 % du revenu fiscal de référence, prévue à l'article 224 du CGI. Elle s'applique aux foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 € pour une personne seule ou 500 000 € pour un couple. Créée en 2025, elle est reconduite par la loi de finances pour 2026.
Mon revenu de SEL est-il imposé en BNC ?+
Depuis l'imposition des revenus de 2024, la rémunération perçue au titre de votre activité libérale au sein d'une société d'exercice libéral est imposée en bénéfices non commerciaux. Seule la part correspondant aux fonctions de gérance reste imposée selon l'article 62 du CGI, lorsqu'elle peut être distinguée de la rémunération technique.
Dois-je tenir une comptabilité BNC en tant qu'associé de SEL ?+
Oui, si votre rémunération technique relève des bénéfices non commerciaux. Vous devez tenir une comptabilité recettes-dépenses, déposer une déclaration n° 2035 et pouvez opter pour le régime de la déclaration contrôlée. Vos cotisations sociales de travailleur non salarié sont alors calculées sur le bénéfice ainsi déterminé.
Quand faut-il verser l'acompte de CDHR ?+
La contribution différentielle sur les hauts revenus due au titre de 2026 donne lieu à un acompte de 95 %, à verser entre le 1er et le 15 décembre 2026. Ce calendrier suppose d'estimer votre revenu fiscal de référence avant la fin de l'année, sans attendre votre déclaration du printemps suivant.
Vaut-il mieux exercer en nom propre ou en SEL ?+
Il n'existe pas de réponse universelle. L'exercice en nom propre est plus simple mais impose tout le bénéfice chaque année. La société offre un meilleur pilotage de la rémunération et une logique patrimoniale, au prix d'une complexité accrue. Le bon choix dépend de votre niveau de revenu, de votre protection sociale et de vos objectifs.
La loi de finances 2026 modifie-t-elle le régime micro-BNC ?+
Les mesures de la loi de finances 2026 présentées ici portent sur l'indexation du barème, la reconduction de la contribution différentielle sur les hauts revenus et l'imposition des associés de SEL. Le choix entre micro-BNC et déclaration contrôlée reste une décision de gestion à apprécier selon votre niveau de charges professionnelles réelles.
À retenir#
- Le barème de l'impôt sur le revenu est indexé de 0,9 % par la loi de finances 2026, avec un taux de 41 % dès 84 577 € par part.
- La contribution différentielle sur les hauts revenus (20 % minimum du revenu fiscal de référence) est reconduite, avec un acompte de 95 % à verser entre le 1er et le 15 décembre 2026.
- Les rémunérations techniques des associés de SEL sont imposées en BNC depuis les revenus 2024 ; la part de gérance reste sous l'article 62 du CGI.
- La ventilation rémunération technique / gérance et la tenue d'une comptabilité BNC sont les points de vigilance pratiques pour les associés de SEL.
- L'arbitrage nom propre / société se décide sur le revenu, la protection sociale et les objectifs patrimoniaux, pas sur un seuil unique.
Cet article présente le cadre général des mesures 2026 applicables aux professions libérales. Une décision propre à votre situation suppose l'examen de vos documents et de votre niveau de revenu au regard du droit en vigueur. Notre cabinet, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, accompagne les professions libérales dans ces arbitrages. Pour étudier votre cas, contactez Hayot Expertise.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOFiP - Indexation du barème de l'IR pour l'imposition des revenus 2025 (ACTU-2026-00022)
- BOFiP - IR, liquidation, calcul de l'impôt (barème 2026, BOI-IR-LIQ-20-10)
- impots.gouv.fr - Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR)
- impots.gouv.fr - Nouveau régime fiscal des associés de société d'exercice libéral
- BOFiP - Régime fiscal applicable aux associés de SEL (BOI-RES-BNC-000136)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
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