Sortir de la micro-entreprise : procédure et conséquences
Dépassement de seuil deux ans de suite, bascule au réel au 1er janvier, nouvelles obligations comptables et de TVA : voici la procédure de sortie de la micro-entreprise et ce qu'elle change concrètement.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Vous sortez du régime micro-entreprise lorsque votre chiffre d'affaires dépasse le seuil (203 100 euros en vente, 83 600 euros en services) pendant deux années consécutives. Le passage au réel prend effet au 1er janvier suivant, avec comptabilité d'engagement, TVA et cotisations assises sur le bénéfice réel.
Quand sort-on vraiment du régime micro-entreprise ?#
La sortie de la micro-entreprise n'est pas immédiate. Selon les textes en vigueur au printemps 2026, vous perdez le bénéfice du régime micro lorsque votre chiffre d'affaires dépasse le plafond applicable pendant deux années civiles consécutives, c'est-à-dire en N-2 et en N-1. Le changement de régime fiscal et social intervient alors au 1er janvier de l'année N.
Un dépassement isolé, sur une seule année, est toléré. Le régime micro continue de s'appliquer l'année suivante. C'est cette tolérance qui sécurise une année exceptionnelle (un gros contrat, un pic d'activité) sans faire basculer immédiatement le créateur dans un univers fiscal plus lourd.
Les plafonds 2026 restent fixés à 203 100 euros pour la vente de marchandises et l'hébergement, et à 83 600 euros pour les prestations de services et les activités libérales, qu'elles relèvent des BIC ou des BNC. Le meublé de tourisme non classé relève d'un plafond distinct de 15 000 euros.
Quels seuils faut-il surveiller en 2026 ?#
Deux logiques de seuils coexistent et c'est une source fréquente de confusion. Le seuil du régime fiscal micro (le bénéfice de l'abattement forfaitaire) n'est pas le même que le seuil de la franchise en base de TVA. Vous pouvez parfaitement rester micro tout en devenant redevable de la TVA.
| Activité | Plafond régime micro 2026 | Franchise TVA (seuil de base) | Franchise TVA (seuil majoré) |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 203 100 euros | 85 000 euros | 93 500 euros |
| Prestations de services, professions libérales | 83 600 euros | 37 500 euros | 41 250 euros |
| Meublé de tourisme non classé | 15 000 euros | 37 500 euros | 41 250 euros |
Les seuils de la franchise en base de TVA reposent sur l'article 293 B du Code général des impôts. Le seuil unique de 25 000 euros, prévu par l'article 25 du projet de loi de finances pour 2026, a été supprimé par le Parlement et n'est jamais entré en vigueur. Nous le précisons car beaucoup de dirigeants l'avaient anticipé à tort.
Comment passer de la micro au réel, étape par étape ?#
La transition se prépare, elle ne se subit pas. Voici la séquence que nous appliquons dans nos dossiers de bascule.
- Vérifiez le dépassement sur deux années consécutives. Comparez votre chiffre d'affaires N-2 et N-1 aux plafonds. La sortie n'est automatique qu'après deux années au-dessus du seuil.
- Identifiez la date d'effet. Le changement de régime prend effet au 1er janvier de l'année N. Vous avez donc, en pratique, l'automne et la clôture de N-1 pour vous organiser.
- Choisissez votre régime réel. Réel simplifié ou réel normal : ce choix conditionne le volume des obligations comptables et le rythme déclaratif de la TVA. Notre comparatif entre réel simplifié face au réel normal détaille les arbitrages.
- Mettez en place une comptabilité d'engagement. Livre-journal, grand livre, livre d'inventaire et comptes annuels deviennent obligatoires.
- Gérez le basculement de la TVA. Activez la collecte sur vos ventes et la déduction sur vos achats, et adaptez votre facturation.
- Recalculez vos cotisations sur le bénéfice réel. L'assiette change radicalement, nous y revenons plus bas.
Un simulateur micro-entreprise contre réel BNC permet de chiffrer l'écart avant de s'engager, recettes et frais réels en main.
Quelles obligations comptables après la sortie de la micro ?#
C'est le changement le plus structurant. En micro, vous teniez un simple livre des recettes et, le cas échéant, un registre des achats. Au réel, l'article L123-12 du Code de commerce impose d'enregistrer chronologiquement les mouvements affectant le patrimoine, de contrôler par inventaire au moins une fois par an l'actif et le passif, et d'établir des comptes annuels comprenant un bilan, un compte de résultat et une annexe formant un tout indissociable.
Les articles R123-173 et suivants du Code de commerce précisent les livres obligatoires : livre-journal, grand livre et livre d'inventaire. Le réel simplifié assouplit ces règles : par dérogation, vous pouvez n'enregistrer les créances et les dettes qu'à la clôture de l'exercice et vous dispenser de l'annexe.
| Obligation | Régime micro | Réel simplifié | Réel normal |
|---|---|---|---|
| Tenue d'une comptabilité d'engagement | Non | Oui (allégée) | Oui |
| Bilan et compte de résultat | Non | Oui | Oui |
| Annexe | Non | Dispense possible | Oui |
| Déclaration de résultat (liasse) | Non | 2031 ou 2065 | 2031 ou 2065 |
| Suivi de la TVA | Selon franchise | CA12 annuelle | CA3 mensuelle ou trimestrielle |
Pour sécuriser cette montée en charge, beaucoup de dirigeants confient la tenue et révision comptable à un cabinet dès la première année au réel, le temps de fiabiliser les écritures et la liasse.
Comment se recalculent la TVA et les cotisations sociales ?#
Deux conséquences pèsent immédiatement sur votre trésorerie.
Côté TVA, si vous franchissez le seuil majoré de la franchise (41 250 euros en services, 93 500 euros en commerce), vous devenez redevable dès le premier jour du dépassement. Il faut alors émettre des factures avec TVA, déclarer la taxe collectée, déduire la TVA sur vos achats et professionnaliser votre facturation. Notre article sur le dépassement du seuil de TVA en auto-entreprise détaille ce mécanisme de franchissement.
Côté cotisations sociales, le calcul ne repose plus sur un pourcentage du chiffre d'affaires mais sur le bénéfice réel. Depuis la réforme de l'assiette sociale des travailleurs indépendants issue de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, appliquée à compter de 2026, les cotisations sont assises sur une assiette unique correspondant au revenu professionnel abattu de 26 pour cent. Le revenu de référence reste plafonné par le PASS, fixé à 48 060 euros pour 2026.
Cas particuliers#
Plusieurs situations modifient l'analyse.
- Sortie volontaire pour récupérer la TVA. Un artisan qui investit lourdement a parfois intérêt à renoncer à la franchise pour déduire la TVA de ses achats, même sans dépasser de seuil. La sortie devient alors un choix, pas une contrainte.
- Professions libérales en BNC. L'abattement micro est de 34 pour cent. Dès que vos frais réels dépassent ce taux, le réel (déclaration contrôlée) peut être plus avantageux bien avant le plafond.
- Activité mixte vente et services. Les deux plafonds se combinent : le total ne doit pas excéder 203 100 euros, dont au maximum 83 600 euros de services.
- Mineur entrepreneur. Les règles de capacité s'ajoutent au régime fiscal ; nous traitons ce point dans notre dossier sur la micro-entreprise et le mineur.
- Cessation plutôt que bascule. Si l'activité décline, la sortie peut prendre la forme d'une radiation, voire d'une liquidation judiciaire simplifiée en cas de difficultés avérées.
Points de vigilance 2026#
Le risque sous-estimé tient au décalage de trésorerie. En micro, l'impôt et les cotisations suivent l'encaissement. Au réel, vous êtes imposé sur un bénéfice qui inclut vos créances non encore encaissées, et la TVA collectée doit être reversée même si le client tarde à payer. Beaucoup de créateurs découvrent ce besoin en fonds de roulement au pire moment.
Deuxième vigilance : la date d'effet est rigide. Vous ne choisissez pas le 1er janvier de bascule, il découle des deux années de dépassement. Anticiper la clôture de N-1 est donc impératif pour éviter des écritures reconstituées a posteriori.
Troisième point que l'administration regarde : la cohérence entre le chiffre d'affaires déclaré pour la TVA, le résultat fiscal et l'assiette sociale. Depuis 2026, le revenu professionnel est reporté dans un volet social spécifique de la liasse ; une incohérence entre les déclarations attire l'attention.
Notre analyse d'expert-comptable#
Notre lecture est simple : sortir de la micro n'est pas une sanction, c'est un changement d'échelle qui mérite un arbitrage structurant. La vraie question n'est pas seulement « comment passer au réel ? » mais « faut-il rester en entreprise individuelle au réel, ou créer une société ? ».
L'entreprise individuelle au réel reste à l'impôt sur le revenu, simple et lisible, mais sans levier sur la rémunération du dirigeant. Le passage en société (EURL, SASU) ouvre l'impôt sur les sociétés, avec un taux réduit de 15 pour cent jusqu'à 42 500 euros de bénéfice, et la possibilité d'arbitrer entre rémunération et dividendes. C'est un autre métier comptable, mais un autre potentiel de pilotage.
Récemment, un dirigeant d'une activité de conseil nous a sollicités après deux années consécutives au-dessus de 83 600 euros. Il croyait n'avoir qu'à « cocher une case » au réel. En réalité, l'écart de trésorerie lié à la TVA et le coût des cotisations sur bénéfice réel l'ont conduit, après simulation, à privilégier la création d'une société à l'impôt sur les sociétés. La bonne décision n'était pas la plus évidente.
En tant qu'expert-comptable inscrit à l'Ordre, nous recommandons de traiter la sortie de la micro comme un projet à part entière, pas comme une formalité de fin d'année.
Conseil Hayot Expertise. Lancez la simulation dès le premier dépassement, sans attendre la deuxième année. Comparez trois scénarios : EI au réel à l'IR, EURL à l'IS, SASU à l'IS. Sécurisez la trésorerie de TVA et calez le calendrier comptable avant le 1er janvier de bascule. Notre équipe vous accompagne sur la fiscalité d'entreprise et, si besoin, sur la création de société.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je dépasse les seuils micro ?+
Un dépassement isolé sur une seule année est toléré et le régime micro continue l'année suivante. Vous ne perdez le régime que si le chiffre d'affaires dépasse le plafond deux années civiles consécutives, en N-2 et N-1. Le passage au réel prend alors effet au 1er janvier suivant.
Comment passer de la micro au réel ?+
Vous identifiez la date d'effet au 1er janvier, choisissez entre réel simplifié et réel normal, mettez en place une comptabilité d'engagement avec livre-journal, grand livre et comptes annuels, activez la TVA si le seuil de franchise est franchi, puis recalculez vos cotisations sur le bénéfice réel. La préparation se fait avant la clôture.
Quand sort-on du régime micro-entreprise ?+
La sortie automatique intervient après deux années consécutives de dépassement du plafond de chiffre d'affaires, soit 203 100 euros en vente et 83 600 euros en services pour 2026. Le changement de régime fiscal et social prend effet au 1er janvier de l'année qui suit ces deux années. Une sortie volontaire reste possible.
Quelles obligations après la sortie de la micro ?+
Vous devez tenir une comptabilité d'engagement, établir des comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe), déposer une liasse fiscale, gérer la TVA collectée et déductible, et déclarer votre revenu professionnel pour le calcul des cotisations sur le bénéfice réel. Le réel simplifié allège certaines de ces obligations.
Suis-je obligé de devenir redevable de la TVA en sortant de la micro ?+
Pas automatiquement. Le seuil du régime micro et celui de la franchise de TVA sont distincts. Vous devenez redevable de la TVA seulement si vous franchissez le seuil de franchise: 37 500 euros en services, 85 000 euros en vente, avec des seuils majorés de 41 250 et 93 500 euros déclenchant la TVA dès le premier jour de dépassement.
Faut-il un expert-comptable au régime réel ?+
Ce n'est pas une obligation légale, mais le réel impose une comptabilité d'engagement, une liasse fiscale et un suivi de TVA qui justifient un accompagnement. La première année de bascule concentre les risques d'erreur sur les écritures de transition et la trésorerie. Un cabinet fiabilise la liasse et sécurise le calendrier.
Vaut-il mieux rester en entreprise individuelle ou créer une société ?+
Cela dépend de votre marge, de vos prélèvements et de vos projets. L'EI au réel reste à l'impôt sur le revenu, simple mais sans levier sur la rémunération. La société (EURL, SASU) ouvre l'impôt sur les sociétés et l'arbitrage rémunération-dividendes. Une simulation chiffrée est indispensable avant de trancher.
À retenir#
- La sortie du régime micro est automatique après deux années consécutives de dépassement du plafond (203 100 euros en vente, 83 600 euros en services pour 2026), avec effet au 1er janvier suivant.
- Le seuil du régime micro et le seuil de la franchise de TVA sont indépendants : on peut rester micro et devenir redevable de la TVA.
- Au réel, une comptabilité d'engagement complète devient obligatoire (livre-journal, grand livre, comptes annuels), allégée en réel simplifié.
- Les cotisations sociales sont recalculées sur le bénéfice réel, via l'assiette unique avec abattement de 26 pour cent en vigueur en 2026.
- La vraie décision se joue souvent au-delà du réel : rester en EI à l'IR ou créer une société à l'IS.
- Anticipez la trésorerie de TVA et le calendrier comptable avant le 1er janvier de bascule.
Sources officielles#

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Service-public.gouv.fr - Regime fiscal de la micro-entreprise (seuils 2026, abattements, sortie)
- Service-public.gouv.fr - Franchise en base de TVA (seuils de base et majores)
- Economie.gouv.fr - Micro-entreprise: que se passe-t-il en cas de depassement du seuil
- Legifrance - CGI article 50-0 (regime micro-BIC)
- Legifrance - CGI article 102 ter (regime micro-BNC)
- Legifrance - Code de commerce article L123-12 (obligations comptables)
- Urssaf.fr - Reforme de l'assiette sociale des travailleurs independants
- Bofip.impots.gouv.fr - BNC regime declaratif special (champ d'application)
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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