ESG en e-commerce : livraison, retours, emballages
Empreinte carbone e-commerce : piloter les trois postes ESG du commerce en ligne (livraison, retours, emballages) avec les données de gestion, la REP et l'interdiction de détruire les invendus.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. L'empreinte d'un e-commerce se concentre sur trois postes : la livraison du dernier kilomètre, les retours produits et les emballages. Ces flux relèvent aussi de la réglementation : filières REP et éco-contribution modulée, interdiction de détruire les invendus non alimentaires. Les piloter suppose de croiser données logistiques et données de gestion, plutôt qu'un discours général sur le développement durable.
Le commerce en ligne a un profil environnemental particulier. Là où un commerce physique concentre ses impacts sur le local et l'énergie du magasin, l'e-commerce les disperse dans une chaîne logistique faite de livraisons individuelles, de retours fréquents et d'emballages multiples. Trois textes encadrent désormais ces flux : la loi AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2020), le régime des filières à responsabilité élargie du producteur (REP) et l'interdiction de détruire les invendus non alimentaires inscrite à l'article L. 541-15-8 du code de l'environnement. Cet article décrit les trois postes ESG propres au commerce en ligne et la façon de les piloter avec les bons indicateurs, en s'appuyant sur les données que l'entreprise possède déjà.
Les trois postes ESG propres au commerce en ligne#
L'analyse de l'empreinte carbone d'un e-commerce fait ressortir trois postes dominants : le transport aval (livraison au client), les retours produits et les emballages. Ces trois flux ont en commun d'être pilotables à partir de données de gestion déjà disponibles : volumes de commandes, taux de retour, tonnages d'emballages mis sur le marché.
C'est précisément ce croisement entre données ESG et données de gestion qui permet d'agir. Un e-commerçant n'a pas besoin d'un grand projet pour commencer : il lui faut relier des chiffres qu'il manipule déjà, et les lire dans une logique d'empreinte. Cette logique recoupe celle d'un premier bilan carbone par scopes, où le transport aval et les emballages relèvent du scope 3.
Périmètre scope 3 : ce qui entre, ce qui sort#
Dans le cadre du GHG Protocol, les émissions se répartissent en trois scopes : le scope 1 (combustion directe, par exemple les véhicules détenus en propre), le scope 2 (électricité et énergie achetées) et le scope 3 (toutes les émissions indirectes de la chaîne de valeur, en amont et en aval). Pour un e-commerce, l'essentiel de l'empreinte se loge dans le scope 3, et il est utile de poser d'emblée les bornes du calcul, faute de quoi un premier bilan reste flou et difficile à comparer d'une année sur l'autre.
Concrètement, le périmètre prioritaire d'un e-commerce couvre trois familles d'émissions du scope 3 : le transport aval, c'est-à-dire la livraison du dernier kilomètre vers le client ; la logistique des retours, transport retour et reconditionnement compris ; et les emballages, depuis leur production jusqu'à leur fin de vie. Ce sont les trois postes que nous priorisons, parce qu'ils sont à la fois matériels et pilotables à partir des données de gestion.
À l'inverse, certains postes du scope 3 restent souvent hors du périmètre d'un premier bilan, soit parce qu'ils sont peu matériels pour une activité de revente, soit parce que la donnée est difficile à fiabiliser : la fabrication en amont des produits revendus (qui peut être prépondérante pour une marque, mais relève alors d'un travail fournisseur dédié), les déplacements domicile-travail des salariés, ou encore l'usage du produit par le client final. Délimiter ce périmètre n'a rien de cosmétique : c'est ce qui rend le bilan crédible, reproductible et utile au pilotage, plutôt qu'un chiffre global non actionnable.
Livraison et dernier kilomètre#
Le transport du dernier kilomètre est souvent le poste le plus émetteur de la chaîne, parce qu'il multiplie les trajets individuels vers des adresses dispersées. Plusieurs leviers existent : densifier les tournées, proposer des points de retrait, ajuster les seuils de franco de port pour limiter les livraisons fractionnées, et choisir des transporteurs engagés sur des flottes moins émettrices.
Chaque levier a un effet sur le carbone, mais aussi sur le coût. Relever un seuil de livraison gratuite peut réduire le nombre de colis, et donc l'empreinte, tout en améliorant la marge. C'est l'exemple type d'un arbitrage où l'enjeu ESG et l'enjeu de gestion vont dans le même sens. À l'inverse, une livraison express systématique, valorisée commercialement, dégrade les deux. L'indicateur à suivre n'est pas le nombre de commandes, mais le nombre de colis expédiés, qui peut être très supérieur quand une commande part en plusieurs envois.
Retours : le poste le plus coûteux et le plus carboné#
Les retours sont la spécificité la plus coûteuse du commerce en ligne, surtout dans la mode et la chaussure, où le taux de retour dépasse fréquemment 20 à 30 %. Chaque retour mobilise un transport supplémentaire, un reconditionnement et, parfois, une mise au rebut. Réduire le taux de retour, par une meilleure description produit, des guides de taille ou des photos fidèles, agit à la fois sur le carbone et sur le résultat.
La gestion comptable des retours mérite par ailleurs une attention propre, que nous détaillons dans notre article sur le traitement comptable des retours et remboursements. Un retour n'annule pas seulement une vente : il fait varier le stock, déclenche un avoir et, sur le plan ESG, ajoute une empreinte de transport déjà engagée. L'essentiel est de mesurer le taux de retour par gamme et d'en faire un indicateur de pilotage, au même titre que la marge.
Emballages : REP, éco-contribution et éco-modulation#
Les emballages sont à la fois un poste carbone et un poste réglementaire. Au titre de la filière REP des emballages ménagers, l'entreprise verse une éco-contribution à un éco-organisme, calculée sur les tonnages mis sur le marché. Cette contribution est modulée. Depuis la loi AGEC et la loi Climat et résilience, le système de bonus-malus a évolué vers un dispositif de primes et de pénalités, prévu au IX de l'article L. 541-10 du code de l'environnement : une prime peut réduire, voire annuler la contribution pour les emballages les plus vertueux, tandis qu'une pénalité peut dépasser le montant initial pour les emballages contenant des perturbateurs de recyclage.
Deux évolutions méritent l'attention en 2026. D'une part, un arrêté du 5 septembre 2025 fixe, à compter du 1er janvier 2026, une modulation liée à l'incorporation de matières plastiques recyclées : éco-concevoir ses emballages produit donc un gain chiffrable. D'autre part, une nouvelle filière REP dédiée aux emballages professionnels (industriels et commerciaux) a été créée par le décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025 ; son calendrier de déploiement s'échelonne sur 2026 (date de pleine application à vérifier au regard des textes d'application). Cette filière élargit le périmètre au-delà des seuls emballages ménagers et peut concerner les e-commerçants en B2B : il est prudent de vérifier dès à présent si votre activité entre dans son champ.
| Poste ESG | Levier principal | Bénéfice de gestion | Indicateur à suivre |
|---|---|---|---|
| Livraison | Points de retrait, seuils de franco, tournées denses | Moins de colis, meilleure marge | Nombre de colis expédiés |
| Retours | Description produit, guides de taille, photos fidèles | Taux de retour réduit, résultat protégé | Taux de retour par gamme |
| Emballages | Éco-conception, matière recyclée | Éco-contribution allégée par la prime | Tonnage mis sur le marché |
Notre lecture : trois postes de coût avant d'être trois postes ESG#
Dans les dossiers e-commerce, l'erreur fréquente est de traiter l'ESG comme un sujet de communication, déconnecté du pilotage. Notre conviction : les trois postes (livraison, retours, emballages) sont d'abord des postes de coût. Les optimiser pour des raisons environnementales améliore aussi la marge, ce qui rend la démarche soutenable dans la durée, là où une démarche purement déclarative s'essouffle au premier arbitrage budgétaire.
Un e-commerçant qui suit son taux de retour, son nombre de colis et son tonnage d'emballages dispose déjà de l'essentiel pour un premier bilan carbone crédible, sans grand projet supplémentaire. La donnée existe ; il faut surtout la relier au prix de revient et au compte de résultat. C'est le sens de notre accompagnement sectoriel expert-comptable e-commerce.
Le risque sous-estimé : détruire des invendus par réflexe#
Le risque le plus négligé concerne les invendus. La destruction des invendus non alimentaires neufs est interdite (article L. 541-15-8 du code de l'environnement) : ils doivent prioritairement être réemployés ou donnés. L'entrée en vigueur a été progressive. Elle s'applique depuis le 1er janvier 2022 aux produits déjà couverts par une filière REP et à certaines catégories, puis à l'ensemble des produits non alimentaires depuis le 1er janvier 2024. Le manquement expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
Un e-commerçant qui détruit des stocks dormants, par réflexe de simplification de fin d'exercice, s'expose donc à cette sanction, en plus de l'impact carbone et de la perte de valeur. La bonne pratique est d'organiser en amont les filières de don ou de déstockage, et de tracer comptablement ces sorties, plutôt que de gérer les invendus dans l'urgence à la clôture.
Cas fréquent : un taux de retour qui dévore la marge#
Un e-commerce de mode constate un taux de retour de 30 %. Sur 10 000 commandes par mois, environ 3 000 reviennent. En estimant chaque retour à 8 euros de transport et de reconditionnement, le poste représente près de 24 000 euros par mois, soit un coût annuel de l'ordre de 288 000 euros. En travaillant les guides de taille et les photos pour ramener le taux de retour à 24 %, l'entreprise réduit le volume de retours d'un cinquième, soit une économie de l'ordre de 57 000 euros par an, tout en abaissant son empreinte de transport.
Ce chiffrage est indicatif et dépend du panier moyen, de la zone de livraison et du transporteur ; il illustre surtout un principe. Le levier ESG et le levier de marge se confondent : agir sur le taux de retour protège le résultat avant même de servir le discours de durabilité. Sur ce type de dossier, nous reconstituons le coût complet d'un retour, souvent sous-estimé, puis nous le suivons par gamme pour cibler les références les plus problématiques.
En pratique : où intervient l'expert-comptable#
Sur un dossier e-commerce, l'expert-comptable relie l'ESG aux chiffres :
- La mesure : construire les indicateurs (taux de retour par gamme, nombre de colis, tonnage d'emballages) à partir des données de gestion existantes.
- L'éco-contribution : intégrer le coût des filières REP et l'effet de la prime ou de la pénalité au prix de revient, pour ne pas raisonner hors REP.
- Les invendus : sécuriser le traitement comptable et la traçabilité des dons, en cohérence avec l'interdiction de destruction et son éventuel volet fiscal (réduction d'impôt mécénat sous conditions).
- Le bilan carbone : poser les bases d'un premier bilan par scopes, le transport aval et les emballages relevant du scope 3.
- Le reporting : structurer ces indicateurs si l'entreprise entre dans une démarche de durabilité, en lien avec la REP et l'éco-contribution des producteurs et importateurs.
C'est l'objet de notre offre RSE et reporting de durabilité CSRD et, pour le pilotage chiffré, d'un accompagnement de type DAF externalisé.
Points de vigilance 2026#
- REP emballages professionnels : la nouvelle filière (décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025) se déploie en 2026 ; vérifiez si votre activité B2B entre dans son champ et à quelle date l'obligation s'applique à vous (date de pleine application à vérifier au regard des textes d'application).
- Éco-modulation : un emballage plus recyclable ou incorporant de la matière recyclée réduit l'éco-contribution via une prime ; à l'inverse, un perturbateur de recyclage déclenche une pénalité. Ce gain ou ce surcoût se chiffre.
- Invendus : organisez les filières de don ; la destruction des invendus non alimentaires est interdite, sous peine d'amende administrative.
- Indicateurs reliés à la gestion : suivez taux de retour, colis et tonnages comme des indicateurs de pilotage, pas seulement de communication.
- Coût complet du retour : ne le limitez pas au transport ; intégrez le reconditionnement et la perte de valeur éventuelle.
Questions fréquentes
Quels sont les principaux postes ESG d'un e-commerce ?+
Trois postes dominent : la livraison du dernier kilomètre, les retours produits et les emballages. Ils ont en commun d'être pilotables à partir de données que l'entreprise possède déjà, comme les volumes de commandes, les taux de retour et les tonnages d'emballages. Ce sont aussi, avant tout, des postes de coût.
Comment réduire l'empreinte carbone des livraisons ?+
En densifiant les tournées, en proposant des points de retrait, en ajustant les seuils de livraison gratuite pour limiter les colis fractionnés et en choisissant des transporteurs moins émetteurs. Plusieurs de ces leviers améliorent aussi la marge, car ils réduisent le nombre de colis expédiés, l'indicateur réel à suivre.
Qu'est-ce que la REP emballages et l'éco-contribution ?+
La responsabilité élargie du producteur impose à l'entreprise de financer la fin de vie de ses emballages via une éco-contribution versée à un éco-organisme, calculée sur les tonnages mis sur le marché. Cette contribution est modulée : une prime récompense la recyclabilité et la matière recyclée, une pénalité sanctionne les perturbateurs de recyclage.
Peut-on encore détruire des invendus non alimentaires ?+
Non. La destruction des invendus non alimentaires neufs est interdite par l'article L. 541-15-8 du code de l'environnement : ils doivent prioritairement être réemployés ou donnés. L'interdiction s'applique depuis le 1er janvier 2022 aux produits déjà sous filière REP, puis à l'ensemble des produits non alimentaires depuis le 1er janvier 2024, sous peine d'amende administrative.
Les retours pèsent-ils vraiment sur l'empreinte ?+
Oui. Chaque retour ajoute un transport, un reconditionnement et parfois une mise au rebut. Réduire le taux de retour, par une meilleure information produit, agit à la fois sur le carbone et sur le résultat. Dans la mode, où le taux de retour dépasse souvent 20 à 30 %, ce poste peut représenter plusieurs points de marge.
Par où commencer un bilan carbone e-commerce ?+
En reliant les données de gestion déjà disponibles (colis, taux de retour, tonnages d'emballages) à une logique de scopes, le transport aval et les emballages relevant du scope 3. Posez d'abord le périmètre : on retient la livraison, la logistique des retours et les emballages ; la fabrication amont des produits revendus et les déplacements des salariés sortent en général d'un premier bilan. C'est suffisant pour un résultat crédible et reproductible, avant d'affiner et, le cas échéant, d'alimenter un reporting de durabilité.
À retenir#
- L'empreinte ESG d'un e-commerce se concentre sur la livraison, les retours et les emballages.
- Ces trois postes sont d'abord des postes de coût : les optimiser pour l'environnement améliore aussi la marge.
- La REP emballages impose une éco-contribution modulée par primes et pénalités ; une filière emballages professionnels se déploie en 2026 (décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025).
- La destruction des invendus non alimentaires est interdite (article L. 541-15-8 du code de l'environnement), avec une amende administrative à la clé.
- L'expert-comptable relie ces indicateurs aux données de gestion et au bilan carbone.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Cet article a une portée informative ; une décision propre à votre situation nécessite l'examen de votre activité, de vos documents et de la réglementation en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Légifrance, Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 (AGEC)
- Légifrance, article L. 541-15-8 du code de l'environnement (interdiction de destruction des invendus non alimentaires)
- economie.gouv.fr, interdiction de destruction des invendus non alimentaires
- ADEME, modulations des éco-contributions (filières REP)
- ADEME, Bilan GES : méthode et périmètre des scopes 1, 2 et 3
- Légifrance, arrêté du 5 septembre 2025 (modulation incorporation de matières plastiques recyclées)
- Légifrance, décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025 (REP emballages professionnels)
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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