ESRS E5 économie circulaire : ressources et déchets à piloter
ESRS E5 économie circulaire : flux de ressources entrants et sortants, déchets, méthode LEAP et lien avec vos données comptables, après la simplification de 2026.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. L'ESRS E5 économie circulaire est la norme de durabilité de la CSRD consacrée à l'utilisation des ressources et à l'économie circulaire. Elle demande de publier les flux de ressources entrants (matières utilisées, part recyclée), les flux sortants (durabilité et recyclabilité des produits) et les déchets générés. Ses indicateurs se construisent à partir des données d'achats et de stocks de l'entreprise.
Parmi les normes environnementales de la CSRD, l'ESRS E5 est celle qui parle le plus directement à la réalité physique de l'entreprise : ce qu'elle consomme comme matières, ce qu'elle met sur le marché, et ce qu'elle jette. C'est aussi celle qui relie le plus naturellement le reporting extra-financier à la comptabilité, car ses indicateurs s'appuient sur les achats, les stocks et la gestion des déchets.
Ce guide explique ce que recouvre l'ESRS E5 économie circulaire, quels indicateurs produire, comment les relier à vos données comptables, et qui est réellement concerné après la simplification de 2026. L'objectif est de transformer une norme perçue comme abstraite en une démarche de données concrète et exploitable.
Ce que vise l'ESRS E5#
L'ESRS E5 porte sur l'utilisation des ressources et l'économie circulaire. Son ambition est de mesurer comment l'entreprise réduit sa dépendance aux ressources vierges, prolonge la durée de vie de ses produits et limite ses déchets. Elle s'inscrit dans la logique de la double matérialité de la CSRD : l'entreprise n'a à la traiter que si le sujet est matériel, c'est-à-dire significatif au regard de ses impacts ou de ses risques.
La norme s'organise autour de trois familles d'enjeux : les ressources entrantes (ce que l'entreprise fait entrer dans son activité), les ressources sortantes (les produits et services qu'elle met sur le marché) et les déchets (ce qu'elle élimine ou valorise). À ces trois familles s'ajoutent les politiques, les actions et les cibles que l'entreprise se fixe.
| Famille d'enjeux | Exemples d'indicateurs | Donnée comptable mobilisée |
|---|---|---|
| Ressources entrantes | Poids total de matières, part recyclée ou réutilisée, criticité | Achats, nomenclatures, stocks |
| Ressources sortantes | Durabilité, réparabilité, recyclabilité des produits | Fiches produits, ventes |
| Déchets | Volumes produits, déchets dangereux, taux de valorisation | Bordereaux, factures de traitement |
| Politiques et cibles | Objectifs de réduction, plans d'action | Suivi de gestion |
Les exigences de publication, point par point#
Les exigences de publication de l'ESRS E5 suivent une structure désormais classique des normes ESRS : politiques, actions, cibles, puis indicateurs chiffrés. Concrètement, l'entreprise matérielle au titre de E5 décrit :
- ses politiques en matière d'utilisation des ressources et d'économie circulaire ;
- les actions engagées et les ressources affectées pour les mener ;
- les cibles quantifiées qu'elle se fixe (réduction de matières vierges, taux de recyclage, etc.) ;
- ses flux de ressources entrants : poids et nature des matières utilisées, part de matériaux recyclés ou réutilisés, criticité des ressources ;
- ses flux de ressources sortants et déchets : durabilité et recyclabilité des produits, volumes de déchets générés, dont déchets dangereux, et part orientée vers la valorisation ou la décharge.
La norme prévoit aussi, lorsque c'est pertinent, une appréciation des effets financiers attendus liés aux enjeux d'économie circulaire (risques d'approvisionnement, coûts de traitement, opportunités de réemploi).
Relier l'ESRS E5 à vos données comptables#
C'est là que l'expert-comptable apporte le plus de valeur. Les indicateurs de l'ESRS E5 ne se collectent pas dans un tableur isolé : ils se reconstituent à partir de données que l'entreprise possède déjà.
Les flux de ressources entrants se lisent dans les achats et les nomenclatures de production. Les volumes de matières, leur nature et la part de matières recyclées se déduisent des factures fournisseurs et des fiches articles. Les déchets se tracent à partir des bordereaux de suivi et des factures des prestataires de collecte. La comptabilité matière, lorsqu'elle existe, devient un socle naturel du reporting E5.
La méthode dite LEAP est encouragée par la norme pour cadrer l'analyse de la chaîne de valeur, amont et aval, et délimiter ce qui relève des ressources entrantes, des produits sortants et des déchets. L'idée n'est pas de tout mesurer, mais de concentrer l'effort sur les flux significatifs.
Notre lecture#
L'ESRS E5 est souvent reléguée derrière l'ESRS E1 sur le climat, jugée plus visible. C'est une erreur d'arbitrage pour beaucoup d'entreprises industrielles ou de négoce : pour elles, l'économie circulaire est un enjeu de coûts immédiat, pas seulement de reporting. Une matière mieux valorisée, un déchet réduit, un produit conçu pour durer, ce sont des euros, avant d'être des indicateurs.
Notre recommandation est de partir des données déjà disponibles plutôt que de lancer une collecte parallèle. Une entreprise qui structure d'abord sa comptabilité matière et sa gestion des déchets se retrouve à mi-chemin du reporting E5 sans s'en apercevoir. La donnée extra-financière de qualité naît d'une donnée de gestion de qualité.
Cas fréquent : un industriel qui sous-estime ses flux#
Une PME industrielle de 80 salariés produit des pièces plastiques. Interrogée sur l'ESRS E5, la direction estime d'abord le sujet marginal. L'analyse des flux raconte autre chose : sur 12 mois, l'entreprise achète 600 tonnes de matières, dont seulement 5 pour cent de matière recyclée, génère 90 tonnes de chutes de production, et oriente une part vers l'enfouissement faute de filière. En reconstituant ces 3 chiffres à partir des achats et des bordereaux, la direction découvre un gisement d'économies autant qu'un sujet de reporting.
En 6 mois, l'entreprise structure un suivi simple : part de matière recyclée à l'entrée, taux de chutes, taux de valorisation à la sortie. Le reporting E5, le jour où il deviendra exigible ou demandé par un client, sera alors un sous-produit du pilotage, et non une contrainte ajoutée.
Qui est concerné après la simplification de 2026 ?#
Le périmètre a changé. La directive Omnibus de 2026 a relevé les seuils de la CSRD : le reporting de durabilité ne s'impose désormais qu'aux entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires. La plupart des PME ne sont donc pas directement assujetties à l'ESRS E5.
Mais deux nuances comptent. D'une part, la révision des normes ESRS conduite en 2025 et 2026 a fortement réduit le nombre de points de données à publier, en se recentrant sur les matières clés et en allégeant les informations redondantes : la norme E5 est plus accessible qu'à son origine. D'autre part, une PME non assujettie peut être sollicitée par un grand donneur d'ordre, lui-même soumis à la CSRD, qui réclame des données d'économie circulaire dans sa chaîne de valeur. Anticiper E5 reste donc utile, même sans obligation directe.
Le risque sous-estimé : une donnée non auditable#
Le piège classique n'est pas l'absence d'indicateur, c'est l'indicateur invérifiable. Un taux de recyclage avancé sans méthode de calcul documentée, un volume de déchets estimé sans pièce justificative, une part de matière recyclée déclarée sans traçabilité fournisseur : tout cela s'effondre dès qu'un auditeur ou un client demande la source.
La parade est de construire chaque indicateur E5 sur une donnée comptable ou physique traçable (facture, bordereau, fiche article), et de documenter la méthode de calcul. Un indicateur reconstituable est un indicateur défendable.
Points de vigilance 2026#
- Double matérialité : l'ESRS E5 ne se traite que si le sujet est matériel pour l'entreprise.
- Seuils Omnibus : reporting obligatoire au-delà de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires.
- Allègement des points de données : la révision 2025-2026 recentre E5 sur les matières clés.
- Chaîne de valeur : une PME non assujettie peut être sollicitée par un donneur d'ordre soumis à la CSRD.
- Traçabilité : chaque indicateur doit s'appuyer sur une donnée comptable ou physique justifiable.
Pour replacer l'ESRS E5 dans l'ensemble du dispositif CSRD, voir nos guides sur les indicateurs climat de l'ESRS E1 et sur la collecte des données sociales de l'ESRS S1.
Checklist pour préparer l'ESRS E5#
- Matérialité de l'économie circulaire évaluée pour l'entreprise
- Flux de ressources entrants reconstitués depuis les achats
- Part de matières recyclées ou réutilisées identifiée
- Caractéristiques de durabilité et de recyclabilité des produits décrites
- Volumes de déchets tracés depuis les bordereaux et factures
- Taux de valorisation et part de déchets dangereux mesurés
- Méthode de calcul de chaque indicateur documentée
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'ESRS E5 ?+
L'ESRS E5 est la norme de durabilité de la CSRD consacrée à l'utilisation des ressources et à l'économie circulaire. Elle demande aux entreprises matérielles de publier leurs flux de ressources entrants et sortants, la durabilité et la recyclabilité de leurs produits, et les déchets générés, dont les déchets dangereux.
Quels indicateurs faut-il produire au titre de l'ESRS E5 ?+
Il s'agit notamment du poids et de la nature des matières utilisées, de la part de matériaux recyclés ou réutilisés, de la durabilité et de la recyclabilité des produits, et des volumes de déchets générés avec leur part de valorisation. S'y ajoutent les politiques, les actions et les cibles fixées par l'entreprise.
Comment relier l'ESRS E5 à la comptabilité ?+
Les indicateurs E5 se reconstituent à partir des données déjà détenues : achats et nomenclatures pour les ressources entrantes, fiches produits pour les flux sortants, bordereaux et factures de traitement pour les déchets. La comptabilité matière, lorsqu'elle existe, sert de socle naturel au reporting.
Ma PME est-elle concernée par l'ESRS E5 ?+
Depuis l'Omnibus de 2026, le reporting CSRD, et donc l'ESRS E5, ne s'impose qu'aux entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires. La plupart des PME ne sont pas directement assujetties, mais peuvent être sollicitées par un donneur d'ordre soumis à la CSRD.
Qu'est-ce que la méthode LEAP dans l'ESRS E5 ?+
La méthode LEAP est encouragée par la norme pour cadrer l'analyse de la chaîne de valeur, en amont et en aval, et délimiter ce qui relève des ressources entrantes, des produits sortants et des déchets. Elle aide à concentrer l'effort de mesure sur les flux significatifs plutôt que de tout vouloir mesurer.
L'ESRS E5 a-t-elle été simplifiée ?+
Oui. La révision des normes ESRS conduite en 2025 et 2026 a fortement réduit le nombre de points de données, en se recentrant sur les matières clés et en allégeant les informations redondantes. La norme E5 reste structurée autour des ressources entrantes, sortantes et des déchets, mais elle est plus accessible qu'à son origine.
À retenir#
- L'ESRS E5 économie circulaire couvre les ressources entrantes, les produits sortants et les déchets.
- Elle ne se traite que si le sujet est matériel, selon la logique de double matérialité de la CSRD.
- Ses indicateurs se reconstituent à partir des achats, des stocks et des bordereaux de déchets.
- La méthode LEAP aide à cadrer l'analyse de la chaîne de valeur.
- Depuis l'Omnibus de 2026, le reporting n'est obligatoire qu'au-delà de 1 000 salariés et 450 millions d'euros de CA.
- La révision 2025-2026 a fortement allégé les points de données, recentrant E5 sur les matières clés.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Contenu à portée informative : l'application de l'ESRS E5 dépend de votre situation et des textes en vigueur, qui continuent d'évoluer.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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