Comptabilité d'une copropriété : les 5 annexes du décret de 2005, le compte séparé et le fonds de travaux
Comptabilité en partie double, cinq annexes du décret de 2005, compte bancaire séparé, fonds de travaux et PPPT : le guide pratique du syndic bénévole ou coopératif, et les signaux qui indiquent qu'il est temps de déléguer.
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Gestion administrative & comptable externalisée | ParisNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Vous venez de reprendre le mandat de syndic bénévole de votre immeuble, ou votre conseil syndical envisage de passer en syndic coopératif pour réduire les honoraires. La comptabilité d'un syndicat des copropriétaires ne ressemble pas à celle d'une entreprise. Elle est régie par un texte dédié, le décret n° 2005-240 du 14 mars 2005, complété par un arrêté du même jour, qui imposent une comptabilité en partie double, tenue par exercice, avec un suivi compte par copropriétaire et cinq annexes réglementaires approuvées en assemblée générale. Ce guide pratique reprend ces obligations une à une : la logique de la partie double, les cinq annexes, le compte bancaire séparé, le fonds de travaux, et le moment où déléguer devient la bonne décision.
Pourquoi la comptabilité du syndicat est en partie double, par exercice#
Le statut de la copropriété repose sur la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 et son décret d'application n° 67-223 du 17 mars 1967. Les règles comptables, elles, viennent du décret n° 2005-240 du 14 mars 2005. Ce texte impose trois principes structurants.
Une comptabilité en partie double. Chaque opération est enregistrée deux fois, en débit et en crédit. Ce n'est pas un raffinement de comptable : c'est ce qui permet de savoir, à tout moment, non seulement ce qui a été dépensé, mais aussi qui doit quoi. Un simple cahier de recettes et dépenses ne suffit pas, car il ne fait apparaître ni les dettes fournisseurs, ni les impayés des copropriétaires, ni les provisions appelées mais non encore consommées.
Une tenue par exercice. Les charges sont rattachées à l'exercice qu'elles concernent, pas à la date de leur paiement. Le cycle est toujours le même : un budget prévisionnel voté en assemblée générale, des appels de fonds trimestriels, puis une régularisation des charges réelles en fin d'exercice, chaque quote-part étant ventilée par tantièmes.
Un suivi compte par copropriétaire. Chaque copropriétaire dispose de son propre compte dans la comptabilité du syndicat. C'est la condition pour régulariser correctement les charges et documenter les impayés.
Une précision essentielle : les sommes encaissées n'appartiennent jamais au syndic. Ce sont des fonds de tiers, propriété du syndicat. Les débours (primes d'assurance, factures de prestataires, honoraires de tiers) sont refacturés aux copropriétaires sans aucune marge.
Le piège classique : confondre trésorerie et charges réparties#
L'erreur la plus fréquente dans les comptabilités reprises n'est pas une faute de saisie. C'est de raisonner en trésorerie : « il reste de l'argent sur le compte, donc tout va bien ». Or la comptabilité de copropriété raisonne en charges réparties et en provisions appelées. Un solde bancaire positif peut masquer des impayés importants ou un fonds de travaux insuffisamment provisionné. C'est précisément ce que les annexes doivent rendre lisible.
Les cinq annexes du décret de 2005, une à une#
L'arrêté du 14 mars 2005 fixe les cinq documents comptables que tout syndicat doit produire pour l'assemblée générale d'approbation des comptes. Ils forment un tout : chacun éclaire une facette différente de la situation.
Annexe 1 : l'état financier après répartition#
C'est la photographie du syndicat à la clôture : sa situation de trésorerie et son patrimoine, une fois les charges de l'exercice réparties entre les copropriétaires. C'est l'équivalent fonctionnel d'un bilan, adapté à la logique de la copropriété.
Annexe 2 : le compte de gestion général et le budget prévisionnel#
Ce document met face à face le réalisé et le voté : les charges effectivement engagées sur l'exercice clos, comparées au budget prévisionnel approuvé, et le budget proposé pour l'exercice suivant. C'est le support naturel du débat en assemblée générale.
Annexe 3 : le compte de gestion des opérations courantes#
Elle détaille les charges courantes poste par poste. C'est elle qui répond aux questions concrètes des copropriétaires : combien ont coûté l'entretien, l'assurance ou l'énergie des parties communes.
Annexe 4 : l'état des travaux de l'article 14-2 et des opérations exceptionnelles#
Tout ce qui sort du budget courant s'y retrouve : les travaux financés par le fonds de travaux de l'article 14-2 et les opérations exceptionnelles. Cette annexe prend une importance croissante à mesure que les obligations de rénovation montent en puissance (nous y revenons plus bas).
Annexe 5 : l'état des dettes et créances#
C'est, dans la pratique, l'annexe qui révèle la santé réelle de la copropriété : les impayés des copropriétaires d'un côté, les dettes fournisseurs de l'autre. Le sujet le plus sensible en assemblée générale, et la principale cause de tension de trésorerie. Notre conseil : ne la découvrez pas au moment de préparer l'AG. Les impayés se traitent en continu, par des relances et des échéanciers, pas une fois par an.
Ces cinq annexes sont soumises à l'approbation de l'assemblée générale à la majorité de l'article 24. Des comptes lisibles, cohérents entre eux et conformes au plan comptable réduisent fortement le risque de contestation lors du vote.
Le compte bancaire séparé : une condition de validité du mandat#
Le syndicat doit disposer d'un compte bancaire séparé ouvert à son nom. L'obligation figure à l'article 18 de la loi de 1965 et a été renforcée par la loi ALUR du 27 mars 2014. La dérogation qui subsistait pour certaines petites copropriétés a été définitivement supprimée par l'ordonnance copropriété de 2019, applicable au 31 décembre 2020. Autrement dit : aujourd'hui, aucune copropriété n'y échappe, quelle que soit sa taille.
Deux conséquences méritent d'être soulignées, parce qu'elles sont lourdes et souvent ignorées :
- à défaut d'ouverture du compte séparé, le mandat du syndic est nul de plein droit à l'expiration d'un délai de trois mois suivant sa désignation ;
- seuls les établissements de crédit traditionnels peuvent détenir ce compte : les néobanques sont exclues.
Vérifiez ce point dès la prise de mandat, avant même la première convocation d'assemblée générale : intitulé du compte au nom du syndicat, établissement éligible, et ouverture en parallèle du compte rémunéré dédié au fonds de travaux.
Le fonds de travaux et le PPPT : la partie qui monte en puissance#
Le fonds de travaux relève de l'article 14-2 de la loi de 1965. C'est une cotisation obligatoire, versée sur un compte séparé rémunéré, destinée à financer les travaux futurs de l'immeuble. Comptablement, il doit rester isolé : il ne se confond ni avec le budget prévisionnel, ni avec les avances de trésorerie, et son suivi apparaît distinctement dans les annexes, notamment l'annexe 4.
Ce dispositif s'articule désormais avec deux obligations qui changent les budgets des copropriétés :
- le plan pluriannuel de travaux (PPPT), exigible depuis 2025 pour toutes les copropriétés d'habitation de plus de 15 ans ; une fois le plan adopté, la cotisation annuelle au fonds de travaux ne peut être inférieure ni à 2,5 % du montant des travaux prévus dans le plan, ni à 5 % du budget prévisionnel ;
- le DPE collectif, obligatoire depuis le 1er janvier 2026 pour les copropriétés d'au plus 50 lots dont le permis de construire a été déposé avant 2013 (loi Climat et résilience, article L126-31 du code de la construction), dernière étape d'un calendrier engagé avec les copropriétés de plus de 200 lots en 2024, puis celles de 50 à 200 lots en 2025.
Pour le syndic bénévole, la conséquence est directe : ces décisions se votent, se budgètent, et doivent se traduire correctement dans les comptes. Un fonds de travaux sous-provisionné par rapport au plan adopté, ou absorbé dans la trésorerie courante, se lira tôt ou tard dans les annexes, et se paiera en appels de fonds exceptionnels mal vécus par les copropriétaires.
Quand déléguer à un expert-comptable#
La loi n'impose pas le recours à un expert-comptable pour tenir la comptabilité d'une copropriété. Beaucoup de petits syndicats gèrent seuls, et c'est légitime tant que les comptes restent simples et que quelqu'un au conseil maîtrise la partie double.
En pratique, certains signaux doivent vous faire envisager la délégation :
- personne au conseil syndical ne sait produire les cinq annexes, ou la préparation de l'AG devient une épreuve annuelle ;
- les impayés s'accumulent et l'annexe 5 n'est plus fiable ;
- la copropriété adopte un PPPT et le suivi du fonds de travaux se complique ;
- vous quittez un syndic professionnel pour un syndic coopératif et il faut reprendre une comptabilité existante sans rupture ;
- le compte séparé n'a jamais été vérifié (intitulé, établissement, fonds de travaux distinct).
Le bon partage des rôles est alors simple : le syndic bénévole ou coopératif garde ce qu'il fait bien, la proximité, les décisions, la relation avec les copropriétaires ; un expert-comptable de syndic de copropriété prend en charge la tenue en partie double, la production des cinq annexes, la sécurisation du compte séparé et du fonds de travaux, l'immatriculation au registre national des copropriétés tenu par l'ANAH et la présentation pédagogique des comptes en assemblée générale. Le coût de cette délégation se calibre selon la taille de la copropriété et l'état des comptes repris ; il se discute en face des honoraires économisés et du risque de contestation évité.
L'essentiel à retenir#
La comptabilité de copropriété est un régime à part : partie double, tenue par exercice, suivi par copropriétaire, cinq annexes approuvées en AG, compte bancaire séparé sous peine de nullité du mandat, et fonds de travaux isolé sur un compte rémunéré. Le PPPT et le DPE collectif ajoutent, depuis 2025 et 2026, une couche de décisions à budgéter et à traduire dans les comptes. Un syndic bénévole peut parfaitement porter le mandat ; il n'a aucune raison de porter seul la technique comptable.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
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