Mission de présentation des comptes, ce que signe l'expert-comptable
Mission de présentation des comptes annuels : niveau d'assurance, portée de l'attestation et raisons pour lesquelles banques et tiers la réclament. Ce n'est pas un audit.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La mission de présentation des comptes annuels conduit l'expert-comptable à exprimer une assurance modérée sur la cohérence et la vraisemblance des comptes, encadrée par la norme professionnelle NP 2300 (arrêté du 1er septembre 2016). Il atteste, il ne certifie pas : ce n'est ni un audit, ni une garantie d'absence d'erreur ou de fraude.
Quand votre banque réclame "les comptes établis par l'expert-comptable" avant d'accorder un prêt, elle vise un document précis : l'attestation de présentation. Beaucoup de dirigeants la confondent avec une certification, c'est-à-dire avec un audit. Cette confusion peut coûter cher, parce qu'elle fait croire à une garantie qui n'existe pas, et fait passer à côté de la vraie valeur de la mission.
Chez Hayot Expertise, cabinet dirigé par un expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France et commissaire aux comptes inscrit à la CNCC, nous signons chaque année ces attestations. Voici précisément ce qu'elles engagent, et surtout ce qu'elles n'engagent pas.
Qu'est-ce qu'une mission de présentation des comptes ?#
La mission de présentation est la mission comptable la plus courante des TPE et PME. L'expert-comptable participe à l'établissement des comptes annuels de votre entreprise, en s'appuyant sur les informations que vous lui fournissez, puis il délivre une attestation sur ces comptes.
Cette mission est définie par une norme professionnelle, la NP 2300 "Mission de présentation de comptes", élaborée par le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables et agréée par arrêté du 1er septembre 2016. Elle n'est pas un simple usage de cabinet : c'est un cadre normatif opposable.
Le document final s'appelle l'attestation de présentation. Il s'agit d'un livrable distinct de la simple liasse fiscale. Pour mesurer où s'arrête la saisie des écritures et où commence l'attestation, vous pouvez consulter notre comparaison de la différence entre mission de présentation et tenue comptable.
Quel niveau d'assurance offre la mission de présentation ?#
C'est le point central, et le plus mal compris. La mission de présentation aboutit à une assurance modérée, parfois dite "assurance négative".
Concrètement, l'expert-comptable atteste qu'il n'a rien relevé qui remette en cause la cohérence et la vraisemblance des comptes annuels, pris dans leur ensemble, établis sous la responsabilité de la direction conformément au référentiel comptable applicable. C'est une formulation prudente, volontairement négative.
À l'opposé, la certification des comptes par le commissaire aux comptes repose sur une assurance raisonnable, dite "positive" : le professionnel affirme que les comptes sont réguliers, sincères et donnent une image fidèle. Le niveau de diligences, et donc le coût, n'ont rien de comparable.
Trois niveaux d'assurance à ne pas confondre#
| Mission | Professionnel | Verbe juridique | Niveau d'assurance |
|---|---|---|---|
| Présentation des comptes | Expert-comptable | Atteste | Assurance modérée (négative) |
| Certification des comptes | Commissaire aux comptes | Certifie | Assurance raisonnable (positive) |
| Tenue seule, sans attestation | Expert-comptable | Aucune assurance exprimée | Aucune |
Le vocabulaire n'est pas anodin. L'article 2 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 habilite l'expert-comptable à "attester la régularité et la sincérité des bilans et des comptes de résultats". Le verbe "certifier", lui, est réservé au commissaire aux comptes. Nous détaillons ce périmètre dans notre article sur ce que recouvre l'attestation de l'expert-comptable.
Que contrôle l'expert-comptable dans une mission de présentation ?#
Les diligences prévues par la NP 2300 sont réelles, mais ciblées sur la cohérence d'ensemble, pas sur une recherche exhaustive d'anomalies. Elles s'organisent en quelques étapes.
- Recueil des informations fournies par la direction (pièces, relevés, contrats, inventaires).
- Mise en œuvre de la technique comptable du cabinet pour participer à l'établissement des comptes et contrôler la régularité formelle de la comptabilité.
- Utilisation de l'expérience du professionnel et de sa connaissance de l'entité et de son environnement.
- Procédures analytiques : examen de la cohérence et de la vraisemblance des comptes pris dans leur ensemble (évolution des marges, des postes de bilan, des ratios significatifs).
- Rédaction et signature de l'attestation de présentation.
L'expert-comptable ne réalise pas de tests détaillés sur les transactions, ne confirme pas les soldes auprès des tiers, ne sonde pas le contrôle interne comme le ferait un auditeur légal. La mission de présentation peut porter sur des comptes annuels ou intermédiaires, mais elle ne s'applique pas aux comptes consolidés.
Que ne couvre pas une mission de présentation ?#
C'est ici que se logent les malentendus les plus fréquents avec les dirigeants et avec les tiers.
- Ce n'est pas un audit : aucune recherche systématique d'erreurs significatives.
- Ce n'est pas une certification : l'expert-comptable atteste, il ne garantit pas une image fidèle.
- Ce n'est pas une garantie d'absence de fraude : l'assurance modérée ne porte que sur la cohérence et la vraisemblance d'ensemble.
- Ce n'est pas un contrôle de la gestion : l'opportunité des décisions de la direction reste hors champ.
- Ce n'est pas applicable aux comptes consolidés : un groupe consolidé relève d'autres missions.
Le risque sous-estimé. Un dirigeant qui croit avoir "des comptes audités" parce que son cabinet a signé une attestation de présentation peut prendre des décisions, ou rassurer un acquéreur, sur une base qu'il surestime. À l'inverse, certains banquiers exigent une certification quand une simple présentation suffit. Clarifier le bon niveau d'assurance évite des coûts inutiles dans les deux sens.
Pourquoi la banque et les tiers demandent une attestation de présentation ?#
L'attestation de présentation est usuellement réclamée par les banques, les administrations et certains partenaires comme signal de fiabilité formelle des comptes. Elle indique qu'un professionnel indépendant inscrit à l'Ordre, soumis à un code de déontologie, a participé à l'établissement des comptes et n'a rien relevé qui contredise leur cohérence.
Ce signal a de la valeur, mais il faut le présenter pour ce qu'il est : une assurance modérée, pas une garantie absolue d'exactitude. Un établissement prêteur lit aussi l'attestation comme un gage que les comptes n'ont pas été "bricolés" en interne sans regard professionnel.
Quand les enjeux montent (levée de fonds importante, cession, présence d'investisseurs), les tiers peuvent exiger un niveau supérieur : la certification par un commissaire aux comptes. Nous expliquons ce passage de relais dans notre article sur la mission de certification du commissaire aux comptes.
Présentation ou certification : où passe la frontière légale ?#
La certification n'est pas un choix de confort : elle devient obligatoire au-delà de certains seuils. Pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2024, à la suite du relèvement opéré par le décret n° 2024-152 du 28 février 2024, la nomination d'un commissaire aux comptes est obligatoire lorsque la société dépasse deux des trois seuils suivants.
| Critère | Seuil de nomination obligatoire d'un CAC |
|---|---|
| Total du bilan | Plus de 5 000 000 € |
| Chiffre d'affaires net | Plus de 10 000 000 € |
| Nombre moyen de salariés | Plus de 50 |
Des seuils abaissés s'appliquent aux sociétés contrôlées tenues de nommer un commissaire aux comptes : total de bilan supérieur à 2,5 M€, chiffre d'affaires net supérieur à 5 M€, plus de 25 salariés. En dessous de ces seuils, la mission de présentation reste le cadre habituel, sauf nomination volontaire ou clause statutaire.
Cas particuliers#
- Société sous le seuil de CAC : la présentation des comptes par l'expert-comptable est le cadre standard. C'est elle que la banque demandera.
- Société dépassant les seuils : la certification du commissaire aux comptes devient obligatoire. Les deux fonctions, attester et certifier, sont distinctes et largement incompatibles sur une même entité.
- Comptes intermédiaires : la présentation peut porter sur un arrêté en cours d'exercice, utile pour un dossier de financement en milieu d'année.
- Groupe avec consolidation : la NP 2300 ne s'applique pas aux comptes consolidés, qui relèvent d'autres missions.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, un dirigeant de PME nous a sollicités après le refus d'un dossier de crédit. Son ancien prestataire avait remis une liasse fiscale, sans attestation de présentation signée. La banque, qui attendait ce livrable précis, avait considéré les comptes comme non appuyés par un professionnel. Le malentendu portait moins sur la qualité des chiffres que sur l'absence du document attendu.
Notre lecture. La valeur de la mission de présentation ne tient pas qu'à l'attestation finale : elle tient au regard porté en amont sur la cohérence des comptes, qui sécurise vos déclarations fiscales et vos négociations bancaires. C'est un signal de fiabilité, à condition d'en respecter le périmètre.
Ce que l'administration regarde. Le code de déontologie de la profession (décret n° 2012-432 du 30 mars 2012) impose une lettre de mission écrite définissant l'étendue des travaux et les modalités d'honoraires. Sans elle, le périmètre de l'attestation est flou, et la responsabilité de chacun mal cadrée. C'est le premier document à exiger.
Conseil Hayot Expertise. Avant de signer une lettre de mission, vérifiez qu'elle précise explicitement la nature "présentation des comptes" et le niveau d'assurance modérée. Demandez à votre interlocuteur de quel livrable la banque a besoin : une attestation de présentation, ou une certification. Si vous approchez des seuils de CAC, anticipez la transition pour ne pas la subir en urgence.
Points de vigilance 2026#
- Ne pas confondre attestation de présentation et certification : seuls les seuils de CAC déclenchent une obligation d'audit légal.
- Exiger une lettre de mission écrite (décret 2012-432) avant tout début de mission.
- Vérifier que l'attestation est bien signée par un expert-comptable inscrit au tableau de l'Ordre, seul habilité à attester les comptes de tiers.
- Anticiper la mise en conformité à la facturation électronique : la réception de factures électroniques devient obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à la TVA au 1er septembre 2026, ce qui fiabilise la matière comptable présentée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une mission de présentation des comptes ?+
C'est la mission par laquelle l'expert-comptable participe à l'établissement de vos comptes annuels à partir des informations que vous fournissez, puis délivre une attestation de présentation. Elle est encadrée par la norme professionnelle NP 2300, agréée par arrêté du 1er septembre 2016.
L'attestation de présentation vaut-elle un audit ?+
Non. La mission de présentation n'est pas un audit et l'attestation n'est pas une certification. L'expert-comptable atteste la cohérence et la vraisemblance des comptes avec une assurance modérée. La certification, fondée sur une assurance raisonnable, relève du commissaire aux comptes.
Quel niveau d'assurance offre la mission de présentation ?+
Elle offre une assurance modérée, dite négative. L'expert-comptable atteste qu'il n'a rien relevé qui remette en cause la cohérence et la vraisemblance des comptes pris dans leur ensemble. Il ne garantit pas une image fidèle ni l'absence totale d'erreur ou de fraude.
Pourquoi la banque demande une attestation de l'expert-comptable ?+
La banque y voit un signal de fiabilité formelle : un professionnel indépendant inscrit à l'Ordre a participé à l'établissement des comptes et n'a rien relevé d'incohérent. Ce n'est pas une garantie d'exactitude absolue, mais un gage que les comptes ont été vus par un professionnel.
Que ne couvre pas une mission de présentation ?+
Elle ne couvre ni la recherche systématique d'erreurs, ni la détection garantie de fraudes, ni le contrôle de la gestion, ni les comptes consolidés. L'assurance modérée porte uniquement sur la cohérence et la vraisemblance d'ensemble des comptes annuels ou intermédiaires.
Quand faut-il un commissaire aux comptes plutôt qu'une présentation ?+
La nomination d'un commissaire aux comptes devient obligatoire au-delà de deux des trois seuils suivants, pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2024 : bilan supérieur à 5 M€, chiffre d'affaires net supérieur à 10 M€, plus de 50 salariés. En dessous, la présentation reste le cadre habituel.
Qui peut signer une attestation de présentation ?+
Seul un expert-comptable diplômé, inscrit au tableau de l'Ordre, exerçant en son nom propre et sous sa responsabilité, peut attester les comptes d'un tiers. Un collaborateur prépare le dossier sous sa supervision, mais ne signe pas l'attestation, qui engage la responsabilité du professionnel inscrit.
À retenir#
- La mission de présentation aboutit à une assurance modérée sur la cohérence et la vraisemblance des comptes, encadrée par la NP 2300.
- L'expert-comptable atteste, le commissaire aux comptes certifie : deux verbes juridiques, deux niveaux d'assurance distincts.
- Ce n'est ni un audit, ni une garantie d'absence d'erreur ou de fraude, ni applicable aux comptes consolidés.
- Banques et tiers la réclament comme signal de fiabilité formelle, pas comme garantie absolue.
- La certification devient obligatoire au-delà de deux des trois seuils CAC (5 M€ de bilan, 10 M€ de CA, 50 salariés).
- Une lettre de mission écrite (décret 2012-432) doit cadrer la nature et le niveau d'assurance avant tout démarrage.
Sources officielles#
- Legifrance - Ordonnance n 45-2138 du 19 septembre 1945
- Legifrance - Article 2 de l'ordonnance 45-2138 (attester la régularité et la sincérité)
- Legifrance - Décret n 2012-432 du 30 mars 2012 (Code de déontologie)
- Legifrance - Arrêté du 1er septembre 2016 agréant les normes professionnelles de l'OEC
- Legifrance - Décret n 2024-152 du 28 février 2024 (relèvement des seuils CAC)
- Service-public.fr - Nomination d'un commissaire aux comptes
- Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - Ordonnance n 45-2138 du 19 septembre 1945 (profession d'expert-comptable)
- Legifrance - Article 2 de l'ordonnance 45-2138 (definition et attestation)
- Legifrance - Decret n 2012-432 du 30 mars 2012 (Code de deontologie)
- Legifrance - Arrete du 1er septembre 2016 agreant les normes professionnelles de l'OEC (NP 2300)
- Legifrance - Decret n 2024-152 du 28 fevrier 2024 (relevement des seuils de nomination du CAC)
- Service-public.fr - Nomination d'un commissaire aux comptes (seuils)
- CNCC - Cas de nomination obligatoire d'un commissaire aux comptes
- Conseil superieur de l'ordre des experts-comptables - referentiel normatif
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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