Financer son lancement avec le love money : structurer l'argent de la famille et des amis
La love money est souvent le premier financement d'un projet. Mal cadrée, elle abîme des relations et crée des risques fiscaux. Voici comment structurer l'argent de vos proches : prêt, don ou entrée au capital, contrat, déclaration et seuils à connaître.
Ce sujet relève de notre mission
Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessionsNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La love money désigne l'argent apporté par vos proches au démarrage. Trois formes existent : le prêt, le don ou l'entrée au capital. Chacune a ses règles. Un prêt supérieur à 5 000 euros se déclare via le formulaire 2062 ; un don familial profite d'un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant tous les 15 ans ; une entrée au capital donne des parts et des droits. Le risque principal n'est pas fiscal, il est relationnel : un cadre écrit protège le projet et la famille.
Dans la plupart des dossiers de création que nous accompagnons, le premier euro investi ne vient ni d'une banque ni d'un fonds, mais d'un parent, d'un frère ou d'un ami. Cette love money est précieuse : elle finance la phase où aucun acteur professionnel ne veut encore prendre le risque. Mais c'est aussi la source la plus mal documentée. Un virement reçu sans contrat, un "on verra plus tard" sur le remboursement, une promesse orale de parts : ce sont ces flous qui, deux ans plus tard, transforment un repas de famille en litige et un contrôle fiscal en mauvaise surprise.
Cet article n'est pas une définition de la love money. C'est un mode d'emploi pour structurer l'argent de vos proches sans abîmer ni le projet ni les relations. Nous abordons les trois formes possibles, leurs conséquences fiscales, les documents à produire et les erreurs que nous voyons le plus souvent.
Prêt, don ou capital : la première décision n'est pas fiscale#
La question que pose tout créateur est "comment l'argent va-t-il être imposé ?". Ce n'est pas la bonne entrée. La première décision est économique et relationnelle : qu'attend réellement la personne qui vous donne de l'argent ?
Trois intentions, trois montages.
- Le prêt. Votre proche veut récupérer sa mise, avec ou sans intérêt. L'argent entre dans votre patrimoine ou celui de la société comme une dette. Il devra être remboursé selon un échéancier. C'est la forme la plus neutre fiscalement et la plus claire pour préserver une relation : chacun sait ce qui est dû.
- Le don. Votre proche ne veut rien récupérer. L'argent vous est définitivement acquis. C'est généreux, mais cela relève des droits de donation et de règles familiales (notamment l'égalité entre héritiers) qu'il faut anticiper.
- L'entrée au capital. Votre proche veut une part du projet et de sa réussite. Il devient associé, reçoit des titres, vote en assemblée et touche d'éventuels dividendes. C'est la forme la plus engageante, et la plus risquée si elle est mal répartie.
Notre lecture : la majorité des conflits naissent d'un malentendu sur l'intention. La personne croyait prêter, vous pensiez avoir reçu un don ; ou elle attendait des parts que vous n'aviez pas prévu de donner. Avant de parler montant, mettez des mots sur l'attente. Pour cadrer ce point en amont, notre accompagnement à la création de votre société intègre systématiquement la question du financement de départ.
Le prêt familial : le formulaire 2062 et le seuil de 5 000 euros#
Le prêt est la voie la plus simple, mais elle a une obligation déclarative précise.
Un prêt entre particuliers dont le montant est supérieur à 5 000 euros doit être déclaré à l'administration fiscale au moyen du formulaire 2062, en application de l'arrêté du 23 septembre 2020 (article 49 B de l'annexe III du Code général des impôts). Attention au bornage : le seuil de dispense est fixé à 5 000 euros, ce qui signifie qu'un prêt d'exactement 5 000 euros n'est pas soumis à déclaration ; l'obligation ne joue que strictement au-dessus de ce montant. La déclaration se joint à votre déclaration de revenus, et elle est faite par l'emprunteur (ou le prêteur). Elle n'est pas une formalité anodine : elle date le prêt, elle prouve qu'il s'agit d'une dette et non d'un don déguisé, et elle protège les deux parties en cas de contrôle.
En pratique, nous recommandons toujours d'aller au-delà du minimum légal et de formaliser un contrat de prêt écrit, même en dessous de 5 000 euros. Ce document précise :
- l'identité du prêteur et de l'emprunteur ;
- le montant prêté et la date de mise à disposition ;
- le taux d'intérêt (qui peut être nul entre proches) ;
- l'échéancier de remboursement et la date d'échéance ;
- les conséquences d'un défaut de paiement.
Le risque sous-estimé tient au remboursement. Beaucoup de créateurs signent un prêt "de principe" et ne provisionnent jamais les échéances dans leur prévisionnel. Quand la trésorerie se tend, la dette familiale passe après tout le reste, et c'est là qu'apparaît la tension. Un prêt structuré doit figurer dans votre plan de trésorerie au même titre qu'un crédit bancaire.
Le don familial : un levier fiscal puissant mais encadré#
Lorsque votre proche n'attend aucun remboursement, le bon outil est le don. La fiscalité des dons familiaux est plus favorable que beaucoup de créateurs ne l'imaginent.
Un don de somme d'argent d'un parent à un enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 I du Code général des impôts). Concrètement, deux parents peuvent transmettre 200 000 euros à un enfant sans droits de donation, et ce plafond se reconstitue tous les 15 ans.
À cet abattement s'ajoute, pour les dons de sommes d'argent, une exonération spécifique prévue à l'article 790 G du Code général des impôts, plafonnée à 31 865 euros, sous conditions : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire doit être majeur. Cette exonération se cumule avec l'abattement de 100 000 euros.
| Outil | Plafond | Conditions principales | Renouvellement |
|---|---|---|---|
| Abattement donation parent-enfant (art. 779 I) | 100 000 euros par parent et par enfant | Lien de parenté | Tous les 15 ans |
| Exonération don de somme d'argent (art. 790 G) | 31 865 euros | Donateur moins de 80 ans, bénéficiaire majeur | Tous les 15 ans |
Le don manuel doit être déclaré via le formulaire 2735, ce qui fixe sa date et sa valeur. Ne pas déclarer un don, c'est laisser planer une incertitude qui peut coûter cher au moment d'une succession.
Le point de vigilance n'est pas fiscal, il est familial. Un don important à un enfant entrepreneur peut créer un déséquilibre avec ses frères et sœurs lors du règlement de la succession. C'est un sujet qui relève du conseil patrimonial et notarial, et que nous traitons en lien avec notre conseil en fiscalité d'entreprise et du dirigeant lorsque le projet et le patrimoine du dirigeant sont imbriqués.
L'entrée au capital : donner des parts, donner du pouvoir#
La troisième voie consiste à faire entrer votre proche au capital de la société. Il apporte de l'argent et reçoit en échange des titres : des actions dans une SAS, des parts sociales dans une SARL.
C'est la forme la plus engageante, car elle ne se dénoue pas par un simple remboursement. Votre proche devient associé : il a un droit de vote, un droit à l'information et un droit aux dividendes. Si la société prospère, il en profite ; si elle échoue, il perd sa mise, comme tout investisseur.
Deux erreurs reviennent constamment dans les dossiers d'amorçage amical.
- Surévaluer la société pour limiter la dilution, ou la sous-évaluer par affection. Faire entrer un proche à une valorisation de complaisance fausse la cap table dès le départ et complique le tour suivant. Notre simulateur de dilution et de cap table permet de visualiser l'impact d'un apport sur la répartition du capital avant de signer.
- Donner trop de parts à un proche passif. Un ami qui apporte 10 000 euros mais réclame 25 % du capital prive le fondateur de la marge nécessaire pour s'associer ensuite, recruter avec des BSPCE ou ouvrir une vraie levée. La répartition initiale conditionne tout l'avenir : nous détaillons les pièges dans répartir le capital entre associés sans erreur.
Le choix de la structure compte aussi : la cession ultérieure de parts de SARL supporte un droit d'enregistrement de 3 % (après abattement), contre 0,1 % pour des actions de SAS (article 726 du Code général des impôts). Pour un projet susceptible d'évoluer, ce paramètre se réfléchit dès la création. Notre simulateur de choix de statut juridique vous aide à poser ce premier arbitrage.
Arbitrage : prêt, don ou capital, lequel choisir ?#
Il n'y a pas de bonne réponse universelle, mais une grille de décision selon l'intention et le contexte.
| Situation | Forme recommandée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Le proche veut être remboursé, sans risque sur le projet | Prêt avec contrat et échéancier | Dette claire, neutre fiscalement, relation préservée |
| Le proche veut aider sans rien attendre, montant élevé | Don déclaré (abattement 100 000 euros) | Cadre fiscal favorable, sécurise la succession |
| Le proche veut partager la réussite et accepte le risque | Entrée au capital minoritaire | Aligne les intérêts, mais dilue le fondateur |
| Plusieurs proches, montants variés, intentions mixtes | Combinaison prêt + capital, formalisée | Adapte chaque apport à l'attente réelle |
Notre conseil récurrent : ne mélangez pas les genres dans un même flux. Un virement qui serait "à moitié don, à moitié prêt" est ingérable juridiquement et fiscalement. Séparez les apports, documentez chacun, et tenez un suivi clair de qui a apporté quoi, sous quelle forme et à quelle date.
Cas fréquent : le tour amical mal documenté#
Un schéma revient souvent dans les dossiers de première année. Un fondateur reçoit, sur quelques mois, plusieurs virements de proches : 8 000 euros d'un parent, 5 000 euros d'un oncle, 3 000 euros d'un ami, sans contrat ni déclaration. La société est créée, l'argent a servi à financer le stock et les premiers salaires.
Deux ans plus tard, le projet marche. L'ami estime alors qu'il "avait investi" et réclame des parts. L'oncle, lui, attend son remboursement. Le parent considère que c'était un don. Personne n'avait écrit la règle, et chacun a sa version. Le coût de la régularisation, en temps et en honoraires, dépasse largement ce qu'aurait coûté un cadrage initial de quelques heures.
La leçon est simple : la love money se documente au moment où elle est donnée, pas au moment où elle pose problème. Pour aller plus loin sur l'articulation entre love money et investisseurs professionnels, voir notre analyse pour structurer un premier tour avec des business angels et, plus largement, pour construire un mix de financement à la création.
En pratique : structurer une levée de love money en cinq étapes#
Voici la marche que nous appliquons dans les dossiers de création, dans l'ordre.
- Définir le tour. Fixez le montant total recherché, ce qu'il va financer et combien chaque proche apporte. Un tour de love money se cale sur un besoin réel, pas sur ce que la famille est prête à donner.
- Qualifier chaque apport. Pour chaque personne, tranchez : prêt, don ou capital ? Mettez l'intention par écrit avant tout virement.
- Documenter. Contrat de prêt pour les prêts, déclaration de don (2735) pour les dons, bulletin de souscription et statuts à jour pour les entrées au capital.
- Déclarer. Formulaire 2062 pour un prêt supérieur à 5 000 euros, formulaire 2735 pour un don, formalités d'enregistrement pour une entrée au capital.
- Suivre. Tenez un tableau de la love money (qui, combien, sous quelle forme, échéances) et intégrez les remboursements éventuels dans votre plan de trésorerie.
Ce travail de cadrage est au cœur de notre accompagnement des startups et de notre mission de sécuriser le cadre juridique de votre tour amical.
Notre analyse d'expert-comptable#
La love money est rarement un sujet fiscal complexe. Les seuils sont connus, les outils existent, l'abattement de 100 000 euros couvre la plupart des dons familiaux à la création. Le vrai sujet est ailleurs : c'est la clarté. Les dossiers qui dérapent ne sont jamais ceux où la fiscalité a été mal calculée, ce sont ceux où personne n'avait écrit l'intention de départ.
Nous insistons donc sur un principe simple : traitez vos proches comme des investisseurs sérieux. Un investisseur professionnel n'apporterait jamais un euro sans contrat ; la rigueur que vous appliquez à la famille est la meilleure preuve de respect que vous puissiez donner. Un cadre écrit ne refroidit pas la relation, il la protège.
Enfin, gardez en tête que la love money n'est qu'une brique. Elle finance l'amorçage, mais elle doit s'inscrire dans une trajectoire où viendront ensuite, selon le projet, le prêt bancaire, les aides publiques ou une vraie levée de fonds. Anticiper la suite dès le premier tour, c'est éviter de se retrouver bloqué par une cap table mal répartie.
Limite. Cet article informe sur les principes généraux à jour au printemps 2026. Le traitement d'un don, d'un prêt ou d'une entrée au capital dépend de votre situation, de vos statuts et de votre patrimoine. Une décision précise suppose l'examen de votre dossier et, le cas échéant, l'intervention d'un notaire pour le volet successoral.
Questions fréquentes
Comment structurer une levée de love money ?+
Définissez d'abord le montant recherché et ce qu'il finance, puis qualifiez chaque apport : prêt, don ou entrée au capital. Documentez chaque flux (contrat de prêt, déclaration de don, bulletin de souscription) et déclarez ce qui doit l'être. Tenez enfin un tableau de suivi indiquant qui a apporté quoi, sous quelle forme et à quelle échéance. La clé est de fixer l'intention par écrit avant tout virement.
Faut-il un contrat écrit pour l'argent de la famille ?+
Oui, c'est fortement recommandé, même entre proches. Un prêt supérieur à 5 000 euros doit être déclaré à l'administration fiscale via le formulaire 2062 (arrêté du 23 septembre 2020) ; un prêt d'exactement 5 000 euros échappe à cette obligation. Au-delà de la déclaration, un contrat écrit date le prêt, prouve qu'il s'agit d'une dette et non d'un don déguisé, et protège les deux parties en cas de contrôle ou de litige familial.
Quelle est la fiscalité du love money ?+
Elle dépend de la forme. Un prêt n'est pas imposé en tant que tel, mais les intérêts éventuels sont des revenus. Un don de somme d'argent d'un parent à un enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779 I du CGI), auquel s'ajoute une exonération de 31 865 euros pour les dons de sommes d'argent sous conditions d'âge (article 790 G). Une entrée au capital n'est pas taxée à l'apport, mais génère une fiscalité à la sortie.
Peut-on transformer du love money en apport au capital ?+
Oui. Un prêt consenti par un proche peut être transformé en capital par une opération d'augmentation de capital par compensation de créance : le prêteur renonce à son remboursement en échange de titres de la société. Cette opération suppose une évaluation, une décision en assemblée et une mise à jour des statuts. Elle se prépare avec un conseil, car elle modifie la répartition du capital et donc l'équilibre entre associés.
À partir de quel montant doit-on déclarer un prêt familial ?+
L'obligation de déclaration au moyen du formulaire 2062 ne concerne que les prêts dont le montant est strictement supérieur à 5 000 euros, le seuil de dispense étant fixé à 5 000 euros par l'arrêté du 23 septembre 2020 (article 49 B de l'annexe III du CGI). Un prêt d'exactement 5 000 euros n'a donc pas à être déclaré. Nous recommandons malgré tout de formaliser tout prêt par un contrat écrit, quel que soit le montant.
À retenir#
- La love money prend trois formes : prêt, don ou entrée au capital. La première décision est de qualifier l'intention de votre proche, pas de calculer l'impôt.
- Un prêt supérieur à 5 000 euros se déclare via le formulaire 2062 ; un prêt d'exactement 5 000 euros en est dispensé. Un contrat écrit reste recommandé quel que soit le montant.
- Le don familial profite d'un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant tous les 15 ans, cumulable avec une exonération de 31 865 euros sous conditions.
- L'entrée au capital aligne les intérêts mais dilue le fondateur : une répartition mal calibrée bloque le tour suivant.
- Le risque majeur est relationnel : documentez la love money au moment où elle est donnée, jamais après.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- impots.gouv.fr - Un proche m'a prete de l'argent, dois-je le declarer ?
- entreprendre.service-public.fr - Pret entre particuliers : declaration obligatoire
- Legifrance - Article 49 B de l'annexe III au CGI (arrete du 23 septembre 2020)
- impots.gouv.fr - Don manuel et declaration (formulaire 2735)
- service-public.fr - Don d'argent dans la famille : abattements et exoneration
- bpifrance-creation.fr - Le financement par la love money
Ce sujet relève de notre mission Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessions
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