De la micro à la société : franchir le cap au bon moment
Les signaux chiffrés pour quitter la micro-entreprise en 2026 (plafonds, TVA, charges réelles) et la méthode pour basculer vers une SASU ou une EURL sans casser son activité.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. On quitte la micro quand l'un de trois leviers se déclenche : le chiffre d'affaires approche les plafonds (83 600 euros en services, 203 100 euros en vente en 2026), la TVA non récupérable pèse, ou les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire. Il n'existe pas de transformation automatique : on cesse la micro, puis on crée une SASU ou une EURL.
La micro-entreprise est un excellent point de départ : formalités allégées, comptabilité ultra-simplifiée, cotisations assises sur le chiffre d'affaires encaissé. Mais ce régime montre vite ses limites quand l'activité prend de l'ampleur. La vraie question n'est alors plus de savoir comment créer une micro, mais à quel moment et selon quelle méthode passer en société, sans interrompre la facturation ni perdre de clients.
Cet article ne reprend pas la création d'une micro ni celle d'une société prises isolément. Il traite la transition : les signaux chiffrés qui justifient la bascule, le comparatif entre régime micro et régime réel, le choix de la forme cible, puis la procédure concrète. Pour le cadre du statut de départ, voyez aussi ce qu'il faut savoir sur le statut d'auto-entrepreneur.
À partir de quel chiffre d'affaires faut-il quitter la micro ?#
Le premier réflexe consiste à regarder les plafonds de chiffre d'affaires du régime micro. Pour 2026, ils sont fixés à 203 100 euros pour la vente de marchandises et la fourniture de logement, et à 83 600 euros pour les prestations de services et les activités libérales (BIC ou BNC). En activité mixte, le chiffre d'affaires global ne doit pas dépasser 203 100 euros, dont 83 600 euros au maximum pour la partie services.
Mais le plafond de chiffre d'affaires n'est ni le seul déclencheur, ni le plus fréquent. Dans la pratique, c'est souvent la TVA qui impose la décision bien avant d'atteindre ces niveaux. Les seuils de franchise en base de TVA sont en effet beaucoup plus bas : 85 000 euros pour la vente et 37 500 euros pour les services, avec des seuils majorés de tolérance à 93 500 euros et 41 250 euros (loi du 3 novembre 2025). Un prestataire peut donc devenir redevable de la TVA dès 37 500 euros, alors qu'il reste très loin du plafond micro de 83 600 euros.
Le risque sous-estimé. Beaucoup d'indépendants confondent les plafonds micro (203 100 / 83 600 euros) et les seuils de franchise en base de TVA (85 000 / 37 500 euros). Ce sont deux barèmes distincts : on peut rester micro-entrepreneur tout en facturant la TVA. Croire que le seul plafond à surveiller est celui du régime micro conduit à se retrouver redevable de la TVA sans l'avoir anticipé, donc à devoir régulariser.
Comment savoir si le moment est venu : la grille de décision#
Les signaux de bascule sont rarement isolés. Voici les déclencheurs que nous observons le plus souvent dans les dossiers d'indépendants.
| Signal observé | Ce qu'il indique | Action prioritaire |
|---|---|---|
| Le chiffre d'affaires approche 83 600 ou 203 100 euros | Plafond micro proche | Préparer la bascule avant le dépassement |
| Chiffre d'affaires au-dessus de 37 500 (services) ou 85 000 euros (vente) | Assujettissement à la TVA imminent ou acquis | Vérifier la mise en conformité TVA en priorité |
| Achats, sous-traitance, matériel importants | Abattement forfaitaire moins favorable que le réel | Comparer micro et réel chiffres en main |
| Clients professionnels qui récupèrent la TVA | Franchise en base devenue un handicap | Étudier le passage au réel |
| Volonté de protéger le patrimoine personnel | Responsabilité limitée recherchée | Envisager une forme sociétaire |
| Arrivée d'associés ou d'investisseurs | Impossible en micro | Passer en société (SASU puis SAS, ou SARL) |
Le point sur le depassement du seuil de TVA en micro détaille les conséquences immédiates, et le fonctionnement de la franchise en base de TVA en précise les règles.
Pourquoi le seuil de TVA pèse plus que le plafond micro#
En franchise en base, vous ne facturez pas la TVA mais vous ne la récupérez pas non plus. Tant que vos achats sont faibles, c'est confortable. Dès que vous investissez (matériel, sous-traitance, prestations) ou que vos clients sont des professionnels qui récupèrent la TVA, la franchise devient un handicap : vous supportez une TVA d'amont non déductible qu'une société au réel pourrait récupérer.
Notre lecture. Le basculement n'est pas qu'une affaire de plafond. Il devient pertinent quand l'un de ces trois leviers se déclenche : la TVA non récupérable coûte cher, les charges réelles dépassent largement l'abattement forfaitaire, ou la séparation entre patrimoine professionnel et personnel devient un enjeu. Tant qu'aucun de ces leviers n'est activé et que les charges restent faibles, la micro garde souvent l'avantage de la simplicité. Pour structurer ce raisonnement, l'arbre de decision du statut juridique est un bon point de départ.
Comparatif fiscal et social : micro contre régime réel#
En micro, l'impôt se calcule sur le chiffre d'affaires après un abattement forfaitaire : 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC, 34 % pour le BNC et les activités libérales, avec un abattement minimum de 305 euros. Aucune charge réelle n'est déductible et aucune TVA n'est récupérable. Au 1er juillet 2026 s'ajoute la contribution à la formation professionnelle, dont le taux varie selon l'activité (commerçant, artisan, profession libérale).
En société soumise à l'impôt sur les sociétés, le résultat est imposé à 15 % jusqu'à 42 500 euros de bénéfice si le chiffre d'affaires reste inférieur à 10 millions d'euros et que le capital est détenu à au moins 75 % par des personnes physiques, puis à 25 % au-delà (CGI, article 219, I-b). Au réel, vous déduisez les charges, vous amortissez les investissements et vous récupérez la TVA. Le président de SASU est assimilé salarié et relève du régime général ; le gérant majoritaire d'EURL est travailleur non salarié.
| Critère | Micro-entreprise | Société au réel (SASU / EURL) |
|---|---|---|
| Base d'imposition | Chiffre d'affaires après abattement (71/50/34 %) | Bénéfice réel après charges |
| Charges réelles déductibles | Non | Oui |
| Récupération de la TVA | Non (en franchise en base) | Oui |
| Impôt | IR (ou versement libératoire) | IS 15 % jusqu'à 42 500 euros, puis 25 % |
| Responsabilité | Patrimoine de l'entrepreneur | Limitée aux apports |
| Dividendes | Sans objet | PFU 31,4 % en 2026 |
Quelle forme viser : SASU ou EURL ?#
Une fois la décision de bascule prise, reste à choisir la forme. Les deux options les plus fréquentes pour un indépendant qui passe seul sont la SASU et l'EURL.
Arbitrage. En SASU, le président est assimilé salarié : ses cotisations sont plus élevées, mais les dividendes échappent entièrement aux cotisations sociales, quel que soit leur montant rapporté au capital. En EURL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié : ses cotisations sont plus basses, mais la fraction de dividendes supérieure à 10 % du capital social est soumise aux cotisations sociales. Pour un indépendant qui prévoit de distribuer régulièrement des dividendes, la SASU a souvent l'avantage ; pour celui qui privilégie une rémunération nette avec des cotisations contenues, l'EURL peut être plus efficace. Le comparatif SASU, SARL et EURL détaille ces différences, et notre conseil en fiscalite d'entreprise chiffre l'arbitrage selon votre situation.
Comment basculer concrètement de la micro à la société#
Il faut comprendre qu'il n'existe pas de transformation juridique d'une micro en société. La micro-entreprise est une entreprise individuelle : on la cesse, puis on crée une société distincte. La séquence est la suivante.
- Vérifier que la bascule est justifiée : plafonds, TVA, charges réelles, projet de croissance.
- Choisir la forme cible (SASU ou EURL) selon la rémunération et la politique de dividendes.
- Constituer la société : rédaction des statuts, dépôt du capital sur un compte dédié, publication d'une annonce légale, immatriculation au RNE et au RCS via le guichet unique de l'INPI.
- Le cas échéant, apporter le fonds ou la clientèle de la micro à la société (apport en nature, avec ou sans évaluation selon le périmètre).
- Transférer la facturation, les contrats clients et fournisseurs, le compte bancaire professionnel et l'outil de gestion.
- Cesser l'activité de micro-entrepreneur : radiation gratuite via le guichet unique de l'INPI, avec les déclarations de cessation associées.
La radiation de la micro est gratuite. En revanche, la création de la société génère des coûts : annonce légale, frais de greffe, éventuels frais d'apport et honoraires d'accompagnement selon le périmètre. Notre accompagnement a la creation de societe couvre cette séquence de bout en bout, et notre offre de tenue et revision comptable prend le relais pour la comptabilité au réel. Pour revoir les obligations du régime de départ, consultez les obligations comptables de la micro-entreprise.
En pratique. Choisissez de préférence une date de bascule en début d'exercice civil pour éviter d'imbriquer un exercice micro et un exercice société sur la même année. Pensez à basculer la facturation, les contrats, le compte bancaire professionnel et l'outil de gestion. Des plateformes comme Pennylane ou Tiime facilitent la transition vers une comptabilité au réel.
Cas particuliers#
- Activité à faibles charges et clientèle de particuliers. Si vous n'avez quasiment pas de charges déductibles et que vos clients ne récupèrent pas la TVA, la franchise en base reste un atout : la micro garde l'avantage de la simplicité.
- ACRE. L'exonération partielle de cotisations la première année n'est pas transférable : obtenue en micro, elle ne se prolonge pas mécaniquement dans la société. Depuis 2026, en micro, la demande d'ACRE se fait auprès de l'Urssaf dans les 60 jours et n'est plus automatique.
- Activité mixte. En présence de ventes et de services, le chiffre d'affaires global ne doit pas dépasser 203 100 euros, dont 83 600 euros au plus pour la partie services : il faut suivre les deux compteurs séparément.
Cas fréquent#
Dans un dossier récent, un consultant en prestations de services nous a consultés à 70 000 euros de chiffre d'affaires, persuadé qu'il devait basculer parce qu'il approchait le plafond micro de 83 600 euros. L'analyse a montré l'inverse : il était déjà redevable de la TVA depuis le franchissement du seuil de 37 500 euros, mais sans la facturer, ce qui exposait son activité à une régularisation. La priorité n'était donc pas le plafond micro mais la mise en conformité TVA, puis le calcul du gain réel d'un passage en société compte tenu de ses faibles charges. La décision a été prise sur des chiffres, pas sur une intuition.
À retenir#
- Le plafond micro 2026 est de 203 100 euros en vente et 83 600 euros en services, mais il est rarement le premier déclencheur de la bascule.
- Les seuils de franchise en base de TVA (85 000 / 37 500 euros) sont distincts des plafonds micro : on peut rester micro et facturer la TVA.
- La bascule devient pertinente quand la TVA non récupérable pèse, quand les charges réelles dépassent l'abattement, ou pour limiter la responsabilité.
- Il n'y a pas de transformation automatique : on cesse la micro, puis on crée une SASU ou une EURL.
- Le choix SASU contre EURL dépend de la rémunération souhaitée et de la politique de dividendes.
- Une bascule en début d'exercice civil simplifie la comptabilité de l'année de transition.
Cet article informe sur le cadre applicable au printemps 2026 ; une décision adaptée à votre situation suppose l'examen de vos chiffres, de vos contrats et des textes en vigueur. Nous chiffrons cet arbitrage dossier par dossier.
Questions fréquentes
Quand passer de la micro à la société ?+
Le bon moment se reconnaît à trois signaux : le chiffre d'affaires approche les plafonds micro 2026 (83 600 euros en services, 203 100 euros en vente), la TVA non récupérable devient coûteuse, ou les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire. Un seul de ces leviers peut suffire à justifier la bascule.
Comment quitter la micro-entreprise ?+
Il n'existe pas de transformation directe. Vous créez d'abord la société (statuts, capital, annonce légale, immatriculation via le guichet unique de l'INPI), vous transférez l'activité, puis vous radiez la micro-entreprise. La radiation est gratuite ; seule la création de la société génère des frais.
Faut-il créer une SASU ou une EURL ?+
La SASU place le président en assimilé salarié et exonère les dividendes de cotisations sociales. L'EURL place le gérant majoritaire en travailleur non salarié, avec des cotisations plus basses mais des dividendes partiellement chargés au-delà de 10 % du capital. Le choix dépend de votre rémunération et de votre politique de distribution.
Que devient l'activité micro après la bascule ?+
L'activité se poursuit dans la nouvelle société. Vous transférez la facturation, les contrats clients et fournisseurs, le compte bancaire et l'outil de gestion, puis vous radiez la micro. Le cas échéant, le fonds ou la clientèle peut être apporté à la société par un apport en nature.
Le plafond micro et le seuil de TVA, est-ce la même chose ?+
Non, ce sont deux barèmes différents. Les plafonds micro 2026 sont de 203 100 euros (vente) et 83 600 euros (services). Les seuils de franchise en base de TVA sont plus bas, à 85 000 euros (vente) et 37 500 euros (services). On peut rester micro tout en étant redevable de la TVA.
Combien coûte le passage de la micro à la société ?+
Le coût se compose de la création de la société (annonce légale, frais de greffe, éventuels frais d'apport) et des honoraires d'accompagnement, variables selon le périmètre. La radiation de la micro ne coûte rien. Le passage devient justifié quand le gain annuel récurrent dépasse durablement les coûts de structure.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Seuils du regime micro (entreprendre.service-public.gouv.fr)
- Regime des micro-entreprises (impots.gouv.fr)
- Franchise en base de TVA (economie.gouv.fr)
- Impot sur les societes : taux et calcul (entreprendre.service-public.gouv.fr)
- Prelevement forfaitaire unique sur les dividendes (service-public.gouv.fr)
- Cotisations du micro-entrepreneur (autoentrepreneur.urssaf.fr)
- Creation d'entreprise via le guichet unique (formalites.entreprises.gouv.fr)
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