Consultant à l'international : TVA et facturation hors France
Un consultant qui facture des clients à l'étranger applique des règles de TVA précises : autoliquidation B2B intra-UE, prestations hors champ pour le hors UE, déclaration DES dès le premier euro. Méthode, mentions de facture et preuves à conserver.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Un consultant qui facture un client assujetti dans un autre État membre émet une facture sans TVA française : le preneur autoliquide la TVA chez lui (art. 259-1 du CGI), avec la mention « Autoliquidation ». Une déclaration européenne de services (DES) est due dès le premier euro. Pour un client hors UE, la prestation est hors champ de la TVA française.
Vous décrochez un premier client en Belgique, puis un mandat pour une société américaine, et la question tombe : faut-il facturer la TVA, et laquelle ? Pour un consultant, une erreur de TVA sur une facture transfrontalière ne se rattrape pas toujours après coup. Une TVA omise à tort, c'est un risque de redressement ; une TVA facturée à tort à un client UE, c'est une facture rejetée et un client mécontent.
La bonne nouvelle : la mécanique est logique une fois qu'on la pose dans le bon ordre. Tout part de la nature du client. Chez Hayot Expertise, cabinet inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, nous accompagnons régulièrement des consultants dont la clientèle se mondialise, et c'est presque toujours sur la qualification du client que tout se joue.
La règle de base : c'est le client qui décide#
En matière de prestations de services, le réflexe « je suis en France, donc je facture de la TVA française » est faux dès qu'un client est à l'étranger. Le code général des impôts raisonne sur le lieu d'imposition, et ce lieu dépend d'abord de deux questions.
- Le client est-il assujetti (une entreprise, identifiée à la TVA) ou un particulier non assujetti ?
- Est-il établi dans l'Union européenne ou hors UE ?
Ces deux axes croisés donnent quatre situations, chacune avec sa règle. Tant que vous n'avez pas répondu à ces deux questions, vous ne pouvez pas savoir s'il faut facturer de la TVA. Notre accompagnement des consultants et freelances commence systématiquement par cette grille.
| Type de client | Localisation | TVA à facturer | Mécanisme |
|---|---|---|---|
| Assujetti (B2B) | Autre État membre UE | Aucune TVA française | Autoliquidation par le preneur |
| Assujetti (B2B) | Hors UE | Aucune TVA française | Hors champ |
| Particulier (B2C), conseil | UE | TVA française | Lieu du prestataire |
| Particulier (B2C), service électronique | UE, au-delà de 10 000 € HT/an | TVA du pays du client | Guichet OSS |
Client professionnel dans l'Union européenne : l'autoliquidation#
Pour une prestation B2B, le lieu d'imposition est celui d'établissement du preneur assujetti (art. 259-1 du CGI). Concrètement, si vous conseillez une société allemande disposant d'un numéro de TVA intracommunautaire, la prestation est taxable en Allemagne, pas en France.
Vous émettez donc une facture sans TVA française, et c'est votre client qui autoliquide la TVA dans son pays (art. 196 de la directive 2006/112/CE). Vous ne collectez rien, il déclare la TVA et la déduit simultanément chez lui.
Deux conditions sont indispensables. D'abord, le client doit être un assujetti avec un numéro de TVA intracommunautaire valide : vérifiez-le sur la base VIES de la Commission européenne avant de facturer, et conservez la preuve de cette vérification. Ensuite, votre facture doit porter la mention « Autoliquidation » ainsi que les deux numéros de TVA. Nous détaillons ce point dans notre article sur la TVA des prestations de services intracommunautaires.
Le risque sous-estimé : le numéro de TVA non vérifié#
Dans les dossiers de consultants, l'erreur la plus fréquente n'est pas dans la mention de facture, c'est en amont : facturer sans TVA un client UE dont le numéro est invalide, expiré ou inexistant. Si le numéro ne ressort pas valide sur VIES, le régime de l'autoliquidation ne tient plus, et l'administration peut réclamer la TVA française. La vérification VIES n'est pas une formalité, c'est la pièce qui justifie votre facturation.
Client professionnel hors Union européenne : hors champ#
Si votre client est un assujetti établi hors de l'UE (États-Unis, Royaume-Uni, Suisse, par exemple), la prestation est hors champ de la TVA française : elle n'est tout simplement pas imposable en France.
Un point de vocabulaire qui compte : on dit « hors champ », pas « exonéré ». La nuance n'est pas cosmétique, ces deux notions n'ont pas les mêmes conséquences déclaratives. Sur la facture, la mention attendue est « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI ».
Contrairement à une idée répandue, aucune DES n'est due pour un client hors UE. La déclaration européenne de services ne concerne que les flux intra-UE. C'est un point que nous voyons régulièrement mal compris dans les premières facturations à l'export.
La déclaration européenne de services (DES)#
Dès que vous facturez une prestation B2B autoliquidée à un preneur assujetti d'un autre État membre, vous devez déposer une déclaration européenne de services. Elle est due dès le premier euro, sans aucun seuil de tolérance (en vigueur depuis le 1er janvier 2010).
| Caractéristique | DES |
|---|---|
| Champ | Prestations B2B intra-UE autoliquidées par le preneur |
| Seuil de déclenchement | Dès le premier euro, aucun seuil |
| Périodicité | Mensuelle |
| Échéance | 10e jour ouvrable du mois suivant |
| Canal | En ligne, service en ligne de la douane |
| Clients hors UE | Non concernés |
La DES se dépose en ligne sur le service de la douane, au plus tard le 10e jour ouvrable du mois suivant celui de la facturation. Une DES non déposée expose à une amende forfaitaire par déclaration manquante (de l'ordre de 750 € par déclaration, montant à confirmer au texte applicable). Certaines prestations très particulières (services se rattachant à un immeuble, transport de voyageurs, agences de voyage, par exemple) suivent des règles distinctes et n'entrent pas dans ce schéma : ne généralisez pas l'autoliquidation et la DES à ces cas.
Et le client particulier ?#
Le cas B2C est plus piégeux qu'il n'y paraît, parce que tout dépend de la nature exacte de la prestation.
- Conseil « classique » à un particulier UE (mission intellectuelle non automatisée) : la prestation reste en principe taxable au lieu du prestataire, donc TVA française (règle générale B2C, art. 259-2 du CGI).
- Service fourni par voie électronique (logiciel en ligne, application, contenu téléchargeable) : la prestation est imposable au lieu du preneur. Au-delà d'un seuil de 10 000 € HT par an (ventes à distance et services électroniques B2C intra-UE cumulés), la TVA est celle du pays du client, déclarée via le guichet unique OSS.
Un service électronique répond à quatre critères cumulatifs : fourni via internet, largement automatisé, intervention humaine minimale, impossible sans technologie de l'information. Un simple échange de livrables par e-mail ne suffit pas à qualifier un service électronique : une mission de conseil reste une prestation intellectuelle. Si votre activité bascule vers un produit logiciel, le sujet rejoint celui de la facturation des abonnements SaaS, un terrain familier de nos clients startups et éditeurs de logiciels.
En pratique : la méthode pas à pas#
Voici la séquence que nous appliquons sur chaque facture transfrontalière de consultant.
- Qualifier le client : assujetti ou particulier, UE ou hors UE. Vérifier le numéro de TVA intracommunautaire sur VIES.
- Déterminer le lieu d'imposition : pour le B2B, lieu du preneur (art. 259-1 du CGI) ; pour le B2C conseil, lieu du prestataire.
- Appliquer ou non l'autoliquidation : sans TVA et autoliquidation pour le B2B UE ; hors champ pour le B2B hors UE ; TVA française pour le B2C conseil.
- Renseigner les mentions : « Autoliquidation » et les deux numéros de TVA pour l'UE ; « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI » pour le hors UE.
- Déposer la DES si le client est un assujetti d'un autre État membre, chaque mois, au plus tard le 10e jour ouvrable.
- Conserver les preuves : numéro VIES validé, contrat, justificatifs de localisation, et reporter les opérations non imposables sur la ligne E2 du formulaire 3310-CA3-SD.
C'est précisément le type de paramétrage que nous fiabilisons dans le cadre de notre accompagnement en fiscalité d'entreprise, pour que la facture, la déclaration de TVA et la DES soient cohérentes du premier jour.
Cas fréquent#
Récemment, un consultant indépendant nous a sollicités après avoir facturé pendant six mois une société irlandaise « avec TVA française », par prudence. Le client avait refusé de payer la TVA, à juste titre : la prestation relevait de l'autoliquidation. Il fallait reprendre chaque facture, émettre des avoirs, ré-émettre sans TVA avec la bonne mention, et déposer les DES manquantes des mois concernés. Tout était récupérable, mais au prix d'un travail de régularisation qu'une qualification correcte au départ aurait évité.
Ce que l'administration regarde#
En cas de contrôle, trois éléments sont systématiquement examinés sur les factures sans TVA : la validité du numéro de TVA du client UE (preuve VIES à l'appui), la présence des mentions correctes sur la facture, et la cohérence entre la CA3 et les DES déposées. Une facture sans TVA correctement mentionnée mais sans preuve du statut du client reste fragile : la mention seule ne suffit pas, c'est la preuve qui sécurise.
Points de vigilance 2026#
- « Hors champ » n'est pas « exonéré » : pour le hors UE, employez la bonne qualification et la mention « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI ».
- La DES est due dès le premier euro : même une seule petite prestation B2B intra-UE déclenche l'obligation mensuelle.
- Le seuil de 10 000 € ne concerne que le B2C électronique intra-UE, pas vos clients professionnels.
- Le numéro VIES doit être vérifié à la date de la facture : un numéro valide hier peut ne plus l'être aujourd'hui.
- La réforme de la facturation électronique (réception obligatoire pour toutes les entreprises au 1er septembre 2026) vise les opérations domestiques entre assujettis établis en France ; vos flux UE et export relèvent de l'e-reporting, à anticiper avec votre conseil.
Questions fréquentes
Comment facturer un client étranger sans TVA ?+
Vous facturez sans TVA française lorsque le client est un assujetti établi hors de France. Pour un client professionnel d'un autre État membre de l'UE, indiquez la mention « Autoliquidation » et les deux numéros de TVA. Pour un client professionnel hors UE, portez la mention « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI ».
Qu'est-ce que l'autoliquidation B2B intracommunautaire ?+
L'autoliquidation est le mécanisme par lequel votre client professionnel établi dans un autre pays de l'UE déclare lui-même la TVA dans son pays, au lieu que vous la collectiez. Vous facturez sans TVA française, conformément à l'article 259-1 du CGI et à l'article 196 de la directive 2006/112/CE.
Faut-il une déclaration DES pour les services ?+
Oui. Toute prestation de services B2B autoliquidée par un preneur assujetti d'un autre État membre de l'UE déclenche une déclaration européenne de services, due dès le premier euro, sans seuil. Elle est mensuelle et se dépose en ligne sur le service de la douane au plus tard le 10e jour ouvrable du mois suivant.
Quelle TVA pour un client hors UE ?+
Une prestation rendue à un client professionnel établi hors de l'Union européenne est hors champ de la TVA française : elle n'est pas imposable en France. Vous facturez sans TVA et portez la mention « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI ». Aucune déclaration européenne de services n'est due pour ces clients.
Dois-je vérifier le numéro de TVA de mon client UE ?+
Oui, impérativement. Le régime de l'autoliquidation suppose un numéro de TVA intracommunautaire valide. Vérifiez-le sur la base VIES de la Commission européenne avant chaque facturation et conservez la preuve. Un numéro invalide peut entraîner la remise en cause de la facturation sans TVA et un rappel de TVA française.
Un consultant en micro-entreprise est-il concerné ?+
Les règles de territorialité s'appliquent quel que soit votre régime. Un micro-entrepreneur facturant un client professionnel d'un autre État membre doit obtenir un numéro de TVA intracommunautaire, appliquer l'autoliquidation et déposer une DES, même en franchise de TVA pour ses opérations françaises. Le sujet mérite une analyse personnalisée.
Où déclarer les prestations hors de France sur ma CA3 ?+
Les prestations non imposables en France (B2B UE autoliquidées et hors UE hors champ) se reportent sur la ligne dédiée aux autres opérations non imposables de votre déclaration de TVA, soit la ligne E2 du formulaire 3310-CA3-SD. Cette cohérence entre CA3 et DES est l'un des points contrôlés.
À retenir#
- Pour une prestation B2B, le lieu d'imposition est celui du preneur (art. 259-1 du CGI) : pas de TVA française pour un client professionnel établi à l'étranger.
- Client professionnel UE : facture sans TVA, mention « Autoliquidation », et déclaration DES due dès le premier euro, chaque mois.
- Client professionnel hors UE : prestation hors champ, mention « TVA non applicable, art. 259-1 du CGI », aucune DES.
- Le B2C suit ses propres règles : conseil classique taxé en France, service électronique au lieu du client au-delà de 10 000 € HT via le guichet OSS.
- La preuve du statut du client (numéro VIES validé, contrat, localisation) sécurise toute facturation sans TVA.
- Ce contenu est informatif ; une situation transfrontalière particulière mérite l'examen de vos documents et des règles en vigueur avec votre expert-comptable.
Sources officielles#
- BOFiP BOI-TVA-CHAMP-20-50-20 - Territorialité des prestations de services entre assujettis
- impots.gouv.fr - TVA et prestations de services internationales
- douane.gouv.fr - Déclaration européenne de services (DES)
- Legifrance - Article 259 du Code général des impôts
- Directive 2006/112/CE - Article 196 (autoliquidation par le preneur)
- impots.gouv.fr - Guichet unique OSS (One-Stop Shop)

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOFiP BOI-TVA-CHAMP-20-50-20 - Territorialite des prestations de services entre assujettis
- impots.gouv.fr - Prestations de services entre assujettis (autoliquidation B2B UE)
- douane.gouv.fr - Declaration europeenne de services (DES)
- Legifrance - Article 259 du Code general des impots
- Directive 2006/112/CE - Article 196 (autoliquidation par le preneur)
- BOFiP BOI-TVA-CHAMP-20-50-40-20 - Services fournis par voie electronique
- impots.gouv.fr - Guichet unique OSS (One-Stop Shop)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.