Clause de préemption ou d'inaliénabilité en SAS : laquelle choisir
Préemption (priorité de rachat) et inaliénabilité (blocage temporaire, 10 ans maximum) sont souvent confondues. Comment les distinguer, quand les cumuler et comment éviter le piège de la clause nulle dans vos statuts de SAS.
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Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessionsNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La clause de préemption et la clause d'inaliénabilité répondent à deux besoins différents. La préemption donne aux associés un droit de rachat prioritaire quand l'un d'eux veut vendre : la cession reste possible, mais les associés passent devant. L'inaliénabilité interdit purement la vente des actions pendant une durée limitée, plafonnée à dix ans en SAS par l'article L.227-13 du Code de commerce. On choisit la préemption pour garder la main sur l'entrée de nouveaux associés sans figer le capital ; l'inaliénabilité pour verrouiller temporairement une équipe fondatrice. Les deux se cumulent souvent.
Le problème concret : verrouiller un capital sans le bloquer#
À la constitution d'une SAS, ou juste avant une levée de fonds, la même question revient : comment empêcher qu'un associé clé parte avec ses actions du jour au lendemain, ou les vende à un tiers que personne ne veut voir au capital ? Deux outils statutaires reviennent sans cesse, et ils sont régulièrement confondus dans les modèles trouvés en ligne : la préemption et l'inaliénabilité.
Les confondre coûte cher. Une inaliénabilité posée là où une préemption suffisait fige inutilement le capital et peut être jugée nulle si elle est mal calibrée. Une préemption rédigée à la place d'une inaliénabilité laisse, à l'inverse, un fondateur libre de partir au pire moment. Avant de remplir vos statuts d'une SAS, il faut savoir précisément ce que chaque clause fait, et ce qu'elle ne fait pas.
Ce que fait chaque clause#
La clause de préemption : un droit de rachat prioritaire#
La préemption (ou droit de préférence) n'interdit pas la vente. Elle organise un passage obligé : avant de céder ses actions à un tiers, l'associé vendeur doit les proposer en priorité aux autres associés, aux conditions notifiées. Si ceux-ci exercent leur droit, ils rachètent ; sinon, le vendeur reste libre de céder au tiers initial.
Une préemption utile précise dans les statuts : l'ordre de priorité entre associés, le délai pour se décider, le mode de fixation du prix (prix offert par le tiers, dire d'expert, formule) et la répartition des actions si plusieurs associés veulent préempter. Sans ces précisions, la clause devient une source de conflit dès la première cession.
La clause d'inaliénabilité : une interdiction temporaire de vendre#
L'inaliénabilité va plus loin : pendant sa durée, l'associé concerné ne peut pas céder ses actions, même à un autre associé, sauf exceptions prévues (succession, invalidité, accord unanime). C'est un verrou, pas un droit de préférence.
En SAS, cette clause statutaire obéit à une règle de durée fixée par un texte : selon les textes en vigueur au printemps 2026, l'article L.227-13 du Code de commerce permet de stipuler l'inaliénabilité des actions pour une durée n'excédant pas dix ans. C'est le seul plafond imposé par le Code de commerce, et il est d'ordre public : une clause prévoyant une durée supérieure encourt la nullité.
Préemption ou inaliénabilité : tableau comparatif#
| Critère | Préemption | Inaliénabilité |
|---|---|---|
| Effet | La vente reste possible, les associés rachètent en priorité | La vente est interdite pendant la durée fixée |
| Objectif principal | Contrôler à qui partent les actions | Empêcher tout départ pendant une période clé |
| Durée | Sans limite légale propre, peut être permanente | Plafonnée à 10 ans en SAS (art. L.227-13) |
| Liquidité de l'associé | Préservée (il peut sortir) | Suspendue (il ne peut pas vendre) |
| Sanction d'une cession irrégulière | Nullité de la cession (art. L.227-15) | Nullité de la cession (art. L.227-15) |
| Cas type | Capital ouvert mais maîtrisé | Verrouillage d'une équipe fondatrice |
Arbitrage : quand chaque clause s'impose#
Dans les dossiers de création et de levée, le choix se décide moins par principe que par objectif.
Choisissez la préemption quand vous voulez rester maître des entrées au capital sans interdire à quiconque de sortir. C'est le réflexe d'une SAS familiale qui souhaite éviter qu'un tiers s'invite, ou d'une société dont les associés acceptent que chacun puisse partir, à condition de proposer d'abord ses actions aux autres. La préemption préserve la liquidité de chaque associé : personne n'est prisonnier de son investissement.
Choisissez l'inaliénabilité quand l'enjeu est de garder une équipe soudée sur une période déterminée, typiquement les premières années d'une startup ou la fenêtre d'une levée de fonds. L'investisseur qui entre veut s'assurer que les fondateurs ne revendront pas leurs titres dès le tour bouclé. L'inaliénabilité répond exactement à ce besoin, dans la limite des dix ans.
Cumulez les deux dans la plupart des SAS structurées. L'inaliénabilité verrouille la période sensible ; la préemption prend le relais ensuite, pour que les cessions futures restent maîtrisées. C'est l'architecture la plus fréquente que nous mettons en place avec un conseil juridique en droit des sociétés.
Le risque sous-estimé : la clause nulle ou inopposable#
Le danger n'est pas d'oublier ces clauses, mais de les rédiger mal. Trois pièges reviennent.
Une inaliénabilité au-delà de dix ans. Le plafond de dix ans posé par l'article L.227-13 est impératif. Au-delà, la pratique notariale et la doctrine majoritaires considèrent, par conséquence logique de ce plafond d'ordre public, que la durée ne peut être ni prorogée ni reconduite tacitement pour aboutir à un blocage de plus de dix ans. Cette lecture n'est pas écrite mot pour mot dans le texte ; elle est largement admise, mais reste à apprécier au cas par cas. En pratique, on évite donc de prolonger artificiellement le verrou, et on prépare la suite avec d'autres outils contractuels.
Une inaliénabilité posée sans justification ni borne de durée. Pour la SAS, le seul critère textuel propre à cette clause est la limite des dix ans (art. L.227-13, Code de commerce). L'exigence d'un interet serieux et legitime, souvent citée, ne figure pas dans le Code de commerce : elle découle de l'article 900-1 du Code civil, qui vise les biens donnés ou légués, et de la jurisprudence appliquée par analogie aux clauses statutaires. Ce n'est donc pas une obligation textuelle du droit des sociétés, mais une condition de prudence largement retenue. Concrètement, mieux vaut motiver l'inaliénabilité (protéger l'équipe pendant la levée, sécuriser un savoir-faire) et la borner clairement, plutôt que de la poser sèchement : une clause justifiée et limitée résiste mieux à une contestation.
Une clause dans le pacte plutôt que dans les statuts. Une cession violant une clause statutaire de préemption ou d'inaliénabilité est nulle (art. L.227-15). La même violation d'une simple clause de pacte d'associés n'ouvre, en principe, qu'un droit à dommages-intérêts. Pour un verrou réellement opposable, la clause doit figurer dans les statuts ; le pacte de cofondateurs et vesting vient compléter, pas remplacer.
Cas fréquent : la levée de fonds qui révèle le défaut de verrou#
Deux fondateurs créent une SAS avec un modèle de statuts gratuit. Ils ajoutent une clause de préemption, en pensant avoir tout sécurisé. Un an plus tard, un investisseur entre au capital et exige que les fondateurs s'engagent à ne pas céder leurs titres pendant la durée du plan. Or la préemption ne garantit rien de tel : elle n'empêche pas un fondateur de vendre, elle organise seulement la priorité de rachat. Il faut alors modifier les statuts pour ajouter une inaliénabilité, en pleine négociation, dans l'urgence.
À l'inverse, une SAS qui aurait posé une inaliénabilité de dix ans sans préemption se retrouverait, à l'expiration du verrou, sans aucun contrôle sur les cessions futures. Les deux clauses se pensent ensemble, dès la création d'entreprise à Paris et tout au long de la vie de la société.
En pratique : la méthode pour bien arbitrer#
- Identifiez l'objectif réel : contrôler les entrées (préemption) ou empêcher les sorties pendant une période (inaliénabilité) ?
- Vérifiez l'horizon : si le besoin de verrou dépasse dix ans, l'inaliénabilité seule ne suffira pas ; combinez-la avec d'autres mécanismes.
- Rédigez la mécanique complète : pour la préemption, ordre, délai et prix ; pour l'inaliénabilité, durée, périmètre, exceptions et justification.
- Placez le verrou dans les statuts, pas seulement dans le pacte, pour bénéficier de la nullité de la cession irrégulière (art. L.227-15).
- Articulez avec le pacte d'associés pour les modalités fines (vesting, sortie, anti-dilution).
Notre analyse d'expert-comptable#
Expert-comptable inscrit à l'Ordre et commissaire aux comptes, nous voyons les deux clauses confondues dans la majorité des statuts rédigés sans accompagnement. Le réflexe sain est de partir de l'objectif, jamais de la clause. Quand un dirigeant nous dit vouloir empêcher un associé de vendre, il pense souvent préemption alors qu'il décrit une inaliénabilité, et inversement.
Notre lecture est simple : la préemption protège l'actionnariat dans la durée sans priver personne de liquidité ; l'inaliénabilité protège une période critique au prix d'un blocage temporaire. La plupart des SAS structurées ont besoin des deux, articulées proprement, avec un pacte d'associés en appui. Et puisque le verrou ne dit rien du prix de sortie, anticipez aussi la fiscalité de la cession de titres le jour où un associé sortira.
Conseil Hayot Expertise. Avant de signer vos statuts, faites relire vos clauses de préemption et d'inaliénabilité par un professionnel : une clause mal calibrée se découvre toujours au pire moment, lors d'un conflit ou d'une levée. Notre accompagnement à la création d'entreprise, couplé à un conseil juridique en droit des sociétés, sécurise cet arbitrage. Pour un président qui détient une part minoritaire du capital, voyez aussi comment sécuriser le pouvoir d'un président minoritaire.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre préemption et inaliénabilité ?+
La préemption donne aux associés un droit de rachat prioritaire quand l'un d'eux vend : la cession reste possible, mais les associés passent devant. L'inaliénabilité interdit purement la vente des actions pendant une durée déterminée. La première contrôle à qui partent les titres, la seconde empêche tout départ.
Combien de temps peut durer une clause d'inaliénabilité en SAS ?+
Dix ans au maximum. L'article L.227-13 du Code de commerce permet de stipuler l'inaliénabilité des actions pour une durée n'excédant pas dix ans. Ce plafond est d'ordre public : une clause prévoyant une durée plus longue encourt la nullité.
Peut-on prolonger une inaliénabilité au-delà de dix ans ?+
Le Code de commerce ne formule pas mot pour mot cette interdiction, mais la doctrine et la pratique majoritaires considèrent, par conséquence logique du plafond d'ordre public, qu'on ne peut pas proroger ni reconduire tacitement une inaliénabilité pour dépasser dix ans. C'est un point à apprécier au cas par cas avec un professionnel ; en pratique, on ne prolonge pas artificiellement le verrou.
L'inaliénabilité doit-elle être justifiée par un intérêt sérieux et légitime ?+
Pour la SAS, le seul critère imposé par un texte est la durée de dix ans maximum (art. L.227-13). L'exigence d'un intérêt sérieux et légitime ne figure pas dans le Code de commerce : elle découle de l'article 900-1 du Code civil, qui vise les biens donnés ou légués, et de la jurisprudence appliquée par analogie. Par prudence, mieux vaut tout de même motiver et borner la clause.
Peut-on cumuler préemption et inaliénabilité ?+
Oui, et c'est même l'architecture la plus fréquente dans les SAS structurées. L'inaliénabilité verrouille la période sensible (par exemple une levée de fonds), puis la préemption prend le relais pour maîtriser les cessions futures une fois le verrou levé.
Faut-il mettre ces clauses dans les statuts ou dans le pacte d'associés ?+
Dans les statuts, pour qu'une cession irrégulière soit nulle (art. L.227-15). Une clause de préemption ou d'inaliénabilité figurant seulement dans le pacte n'ouvre, en principe, qu'un droit à dommages-intérêts. Le pacte vient compléter les statuts, pas les remplacer.
À retenir#
- La préemption organise un rachat prioritaire sans interdire la vente ; l'inaliénabilité interdit la vente pendant une durée limitée.
- En SAS, l'inaliénabilité statutaire est plafonnée à dix ans par l'article L.227-13 du Code de commerce (plafond d'ordre public).
- Au-delà de dix ans, la doctrine et la pratique majoritaires excluent la prorogation ou la reconduction tacite : lecture admise, à confirmer au cas par cas.
- L'exigence d'un intérêt sérieux et légitime relève de l'article 900-1 du Code civil et de la jurisprudence par analogie, pas d'un texte du Code de commerce propre à la SAS.
- Placez le verrou dans les statuts (nullité de la cession irrégulière, art. L.227-15), pas seulement dans le pacte.
- La plupart des SAS structurées combinent les deux clauses.
Sources officielles#
- Légifrance - Code de commerce, art. L.227-13 (inaliénabilité, durée maximale 10 ans)
- Légifrance - Code de commerce, art. L.227-14 (clause d'agrément)
- Légifrance - Code de commerce, art. L.227-15 (nullité des cessions irrégulières)
- Légifrance - Code civil, art. 900-1 (inaliénabilité des biens donnés ou légués)
- Service-Public - La société par actions simplifiée (SAS)
À jour au 18 juin 2026. Le droit des sociétés peut évoluer et l'appréciation d'une clause dépend de votre situation ; pour une décision engageant votre responsabilité, appuyez-vous sur les sources officielles ou sur un professionnel.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - Code de commerce, art. L.227-13 (inalienabilite statutaire, duree maximale 10 ans en SAS)
- Legifrance - Code de commerce, art. L.227-14 (clause d'agrement en SAS)
- Legifrance - Code de commerce, art. L.227-15 (nullite des cessions violant une clause statutaire)
- Legifrance - Code civil, art. 900-1 (clause d'inalienabilite des biens donnes ou legues : temporaire et interet serieux et legitime)
- Service-Public - La societe par actions simplifiee (SAS)
Ce sujet relève de notre mission Juridique d'entreprise à Paris | AG, statuts, cessions
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