Rédiger les statuts d'une SAS : les clauses qui comptent vraiment
Les clauses statutaires à soigner en SAS (gouvernance, agrément, préemption, inaliénabilité, exclusion) et ce qui relève plutôt du pacte d'associés, pour éviter les blocages.
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Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La SAS offre une grande liberté statutaire encadrée par le Code de commerce (art. L.227-1 et suivants). Un président est obligatoire ; le reste — gouvernance, conditions d'entrée et de sortie, majorités — se rédige librement. Les clauses clés (agrément, préemption, inaliénabilité, exclusion) structurent le capital et protègent les associés ; à défaut, la souplesse promise devient une source de blocages au premier désaccord. Statuts (publics, opposables à tous) et pacte d'associés (confidentiel, contractuel) jouent des rôles complémentaires.
Pourquoi les statuts sont décisifs en SAS#
La SAS doit sa popularité à sa liberté statutaire : contrairement à la SARL au cadre encadré, elle laisse les associés écrire l'essentiel des règles de gouvernance et de transmission. Cette liberté n'est jamais gratuite : des statuts trop succincts coûtent cher, d'abord en négociations ultérieures, puis devant le juge en cas de conflit. Pour le cadre général, voyez notre définition et principes de la SAS et la comparaison SARL et SAS.
Mentions obligatoires des statuts#
Tout statut de SAS doit comporter, au minimum : la dénomination sociale suivie de « SAS » ; la forme ; l'objet social ; le siège ; la durée (99 ans en général) ; le montant du capital ; les apports et leur répartition en actions ; l'identité des associés ; l'identité d'au moins un président (art. L.227-6) ; et les pouvoirs des organes de direction. Les statuts fixent aussi les majorités de modification des statuts eux-mêmes — point souvent négligé. Ces mentions s'inscrivent dans les obligations légales à la création.
Les clauses de protection : le cœur des statuts#
Clause d'agrément (art. L.227-14)#
Elle soumet toute cession d'actions à l'accord d'un organe (assemblée, président, comité). Les statuts précisent qui agrée, à quelle majorité, dans quel délai, et la conséquence d'un refus (rachat par la société ou les associés, à quel prix). Sans agrément, n'importe qui peut entrer au capital sur simple accord du cédant et du tiers.
Clause de préemption (droit de préférence)#
À l'annonce d'une cession, les associés disposent d'un droit de rachat prioritaire. Les statuts fixent l'ordre de priorité, le délai d'option et le mode de fixation du prix. L'agrément dit « tu ne peux pas vendre à cette personne » ; la préemption dit « si tu vends, j'achète en priorité ».
Clause d'inaliénabilité (art. L.227-13)#
Elle interdit temporairement la cession des actions, pour une durée maximale de 10 ans. Utile pour verrouiller l'équipe fondatrice, notamment lors d'une levée de fonds, avec des exceptions prévues (succession, invalidité, accord unanime).
Clause d'exclusion (art. L.227-16)#
Elle permet de retirer un associé du capital, selon des motifs et une procédure définis dans les statuts (préavis, droit de se défendre, indemnisation à la valeur de marché). Sans elle, impossible d'écarter un associé défaillant ou nuisible.
Tableau : clause → objectif → risque en l'absence#
| Clause | Objectif | Risque si absente |
|---|---|---|
| Agrément | Contrôler qui entre au capital | Entrée d'un tiers indésirable |
| Préemption | Protéger la stabilité actionnariale | Dilution ou sortie surprise |
| Inaliénabilité | Verrouiller l'équipe fondatrice | Départ unilatéral d'un fondateur clé |
| Exclusion | Écarter un associé défaillant | Blocage durable du capital |
| Majorités de modification | Sécuriser les décisions statutaires | Application de l'unanimité par défaut (art. L.227-19) |
Statuts ou pacte d'associés ?#
| Aspect | Statuts | Pacte d'associés |
|---|---|---|
| Publicité | Publics (greffe) | Confidentiels |
| Portée | Opposables à tous | Entre signataires seulement |
| Sanction d'une violation | Nullité de l'acte (art. L.227-15) | Dommages-intérêts |
| Contenu typique | Agrément, préemption, inaliénabilité, gouvernance | Vesting, anti-dilution, prix, clauses de sortie |
En pratique, les clauses structurelles figurent dans les statuts (opposables à tous) et les modalités fines dans le pacte (confidentiel). Une cession violant une clause statutaire d'agrément est nulle ; la même violation d'un pacte n'ouvre droit qu'à des dommages-intérêts.
Méthode de rédaction en 5 étapes#
- Valider les mentions obligatoires (dénomination, objet, siège, capital, président…).
- Fixer la gouvernance : président seul ou président + directeur général ? pouvoirs et plafonds d'engagement ?
- Choisir les clauses de protection adaptées au profil (startup, SAS familiale, entrée d'investisseur).
- Définir les majorités de modification, avec une majorité renforcée pour les décisions critiques (objet, capital, exclusion).
- Articuler avec le pacte d'associés : renvoyer aux modalités d'exécution sans les détailler dans les statuts.
Exemple de clause d'agrément bien rédigée#
Une clause d'agrément utile n'exige pas seulement un accord : elle organise toute la procédure. Une rédaction robuste précise, par exemple, que « toute cession d'actions à un tiers est soumise à l'agrément préalable de la collectivité des associés statuant à la majorité des deux tiers ; l'organe compétent dispose de trois mois pour se prononcer, son silence valant agrément ; en cas de refus, la société ou les associés rachètent les actions dans un délai de six mois à un prix fixé, à défaut d'accord, par un expert désigné en application de l'article 1843-4 du Code civil ». Cette précision — majorité, délai, sens du silence, conséquence du refus et mécanisme de prix — évite l'impasse la plus fréquente : un associé bloqué, sans porte de sortie ni prix de référence. C'est exactement le type de rédaction que nous sécurisons avec un conseil juridique en droit des sociétés.
Cas particuliers#
SASU (associé unique). La gouvernance s'allège, mais prévoyez une clause de succession et, le cas échéant, une inaliénabilité pour protéger les héritiers. Le passage à plusieurs associés se prépare comme une transformation de structure.
Entrée d'un investisseur. Agrément renforcé, droits de veto sur certaines décisions, majorités qualifiées : autant de points à régler avant la levée, souvent avec un conseil juridique en droit des sociétés.
Groupe (holding + filiale). Anticipez les droits des minoritaires sur les décisions de groupe et une éventuelle clause de liquidation préférentielle.
Points de vigilance 2026#
- Agrément sans prix de rachat : l'associé qui veut sortir se retrouve sans solution. Prévoyez toujours le mécanisme de prix.
- Préemption sans hiérarchie : en cas de pluralité de candidats au rachat, le conflit est assuré.
- Inaliénabilité au-delà de 10 ans : la clause est nulle ; ne la prolongez pas artificiellement par le pacte.
- Majorités non fixées : la loi retient l'unanimité par défaut (art. L.227-19) pour certaines décisions ; une décision adoptée à une majorité non prévue est fragile.
- Commissaire aux comptes obligatoire : sa nomination s'impose dès que la SAS dépasse, sur deux exercices consécutifs, deux des trois seuils suivants — chiffre d'affaires HT supérieur à 12 M€, total de bilan supérieur à 6 M€, effectif supérieur à 50 salariés — ou si elle contrôle ou est contrôlée par une ou plusieurs sociétés.
Notre analyse d'expert-comptable#
Expert-comptable inscrit à l'Ordre et commissaire aux comptes, nous constatons que la plupart des conflits d'associés naissent de statuts trop sommaires. Récemment, deux fondateurs avaient utilisé un modèle gratuit en ligne mentionnant l'agrément, mais sans délai, sans majorité, ni conséquence du refus. À l'arrivée d'un investisseur trois mois plus tard, le désaccord a tourné à l'impasse, faute de procédure et de clause de prix. Des statuts précis — agrément à la majorité de 75 %, délai de réponse, rachat à dire d'expert en cas de refus — auraient évité plusieurs semaines de blocage.
Seconde observation : une SAS sans pacte d'associés est souvent une coquille. Les statuts posent le cadre opposable ; le pacte protège les minoritaires et organise l'exécution (vesting, anti-dilution, sortie). Le rédiger à la constitution coûte bien moins cher que de régler un conflit faute de pacte.
Conseil Hayot Expertise. La liberté statutaire n'a de valeur que si elle est utilisée consciemment. Prenez le temps de rédiger — ou faire rédiger — des clauses adaptées à votre profil (startup, SAS familiale, SAS d'investissement), et anticipez le pacte d'associés dès la constitution. Notre création d'entreprise à Paris, articulée avec un conseil juridique en droit des sociétés et le suivi de votre expert-comptable à Paris 8e, sécurise cette étape fondatrice. Le choix entre formes proches se prépare avec notre comparaison SASU ou EURL.
Questions fréquentes
Quelles sont les mentions obligatoires des statuts d'une SAS ?+
Dénomination suivie de « SAS », forme, objet, siège, durée, capital, apports et leur répartition, identité des associés et d'au moins un président, et pouvoirs des organes de direction. Leur absence entraîne le rejet au greffe.
Le président d'une SAS peut-il aussi être directeur général ?+
Oui, une même personne peut cumuler les deux fonctions. Une SAS peut aussi prévoir un président distinct d'un directeur général, pour mieux séparer les pouvoirs, notamment à l'entrée d'un investisseur.
Quelle est la durée maximale d'une clause d'inaliénabilité ?+
Dix ans (art. L.227-13). Au-delà, la clause est nulle. En pratique, les statuts fixent 10 ans, complétés par un vesting de 4 à 5 ans dans le pacte d'associés.
Faut-il un pacte d'associés en plus des statuts ?+
Les statuts posent le cadre public et opposable à tous. Le pacte ajoute des modalités confidentielles (vesting, anti-dilution, prix). Pour une SAS simple, des statuts solides peuvent suffire ; pour une startup en levée, le pacte devient indispensable.
Quelle différence entre agrément et préemption ?+
L'agrément permet de refuser l'entrée d'un tiers ; la préemption donne aux associés un droit de rachat prioritaire en cas de cession. Les deux clauses se combinent souvent.
Quand une SAS doit-elle nommer un commissaire aux comptes ?+
Dès qu'elle dépasse, sur deux exercices consécutifs, deux des trois seuils : 12 M€ de chiffre d'affaires HT, 6 M€ de total de bilan, 50 salariés — ou si elle est tête ou membre d'un groupe au sens de la loi.
À retenir#
- La SAS offre une grande liberté statutaire, mais impose un président et des mentions obligatoires.
- Les clauses clés (agrément, préemption, inaliénabilité, exclusion) structurent le capital et évitent les blocages.
- Inaliénabilité limitée à 10 ans ; majorités à fixer (à défaut, unanimité par défaut, art. L.227-19).
- Statuts (opposables à tous, nullité en cas de violation) et pacte (confidentiel, dommages-intérêts) sont complémentaires.
- Commissaire aux comptes obligatoire au-delà de deux des trois seuils (12 M€ CA, 6 M€ bilan, 50 salariés) sur deux exercices.
- Anticipez le pacte d'associés dès la constitution.
Sources officielles#
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-1 et s. (SAS)
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-6 (président de la SAS)
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-13 (inaliénabilité)
- Service-Public — La société par actions simplifiée (SAS)
- Service-Public — Commissaire aux comptes : seuils de nomination
À jour au 6 juin 2026. Le droit des sociétés peut évoluer ; pour une décision engageant votre responsabilité, appuyez-vous sur les sources officielles ou sur un professionnel.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-1 et s. (régime de la SAS)
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-6 (président de la SAS)
- Légifrance — Code de commerce, art. L.227-13 (inaliénabilité, durée maximale 10 ans)
- Service-Public — La société par actions simplifiée (SAS)
- Service-Public — Commissaire aux comptes : seuils de nomination
Ce sujet relève de notre mission Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalité
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