Vendre son fonds de commerce ou ses titres : comparatif
Fonds de commerce ou titres : deux chemins de cession aux consequences fiscales, patrimoniales et juridiques opposees. Droits d'enregistrement, transfert du passif, double imposition et tableau de decision pour orienter le choix du cedant.
Ce sujet relève de notre mission
Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Reponse rapide. Vendre le fonds, c'est ceder seulement la clientele, le bail et le materiel, en laissant le passif dans la societe ; vendre les titres, c'est transmettre l'entreprise entiere avec ses dettes. Les droits d'enregistrement vont de 0,1 % sur des actions (art. 726 CGI) a 5 % sur un fonds (art. 719 CGI). Le choix se decide tot, jamais a la signature.
Quand un dirigeant veut quitter son entreprise, il croit souvent qu'il n'a qu'une question a trancher : a quel prix. La vraie premiere question est ailleurs : vend-il le fonds de commerce ou les titres de la societe ? Ce sont deux operations juridiques distinctes, qui n'ont ni la meme fiscalite, ni le meme transfert de risque, ni le meme acheteur naturel. Le bon choix se prepare des l'origine, pas le jour du compromis.
Chez Hayot Expertise, cabinet inscrit a l'Ordre des experts-comptables d'Ile-de-France, nous voyons ce sujet revenir a chaque dossier de transmission. Cet article compare les deux voies du point de vue du cedant, sur les criteres qui changent reellement la decision.
Fonds de commerce et titres : deux objets de vente differents#
La distinction est structurante et conditionne tout le reste.
- Ceder le fonds de commerce, c'est vendre un ensemble d'elements d'exploitation : clientele, enseigne, droit au bail, materiel, stocks, contrats attaches au fonds. C'est la societe (ou l'entrepreneur individuel) qui vend ; la personne morale, elle, reste en place.
- Ceder les titres (parts sociales ou actions), c'est vendre l'enveloppe juridique : l'acquereur rachete la societe avec son actif et son passif. Ce sont les associes, personnes physiques, qui encaissent le prix.
Cette difference d'objet explique a elle seule l'essentiel des ecarts qui suivent : qui paie l'impot, qui supporte les dettes, et combien coute la mutation. Pour cadrer la valeur de chaque option, mieux vaut commencer par estimer la valeur du fonds de commerce avant de raisonner sur le prix des titres.
Les droits d'enregistrement : l'asymetrie qui pese sur la negociation#
Les droits d'enregistrement sont dus par l'acquereur, mais ils pesent sur la negociation du prix : un acheteur qui paie 5 % de droits sera plus dur sur le prix qu'un acheteur qui en paie 0,1 %. Le cedant a donc tout interet a les connaitre.
| Operation | Reference | Tarif des droits d'enregistrement |
|---|---|---|
| Cession de fonds de commerce | art. 719 CGI | 0 % jusqu'a 23 000 EUR ; 3 % de 23 000 a 200 000 EUR ; 5 % au-dela |
| Cession d'actions (SA, SAS) | art. 726, I-1 CGI | 0,1 % sans plafond ni abattement |
| Cession de parts sociales (SARL, SNC) | art. 726, I-1 bis CGI | 3 % apres abattement proratise |
| Societe a preponderance immobiliere | art. 726, I-2 CGI | 5 % sans abattement |
Le minimum de perception est de 25 EUR. Pour les parts sociales, l'abattement se calcule au prorata : 23 000 EUR x (nombre de parts cedees / nombre total de parts). Exemple tire de la doctrine : pour 200 parts sur 500 cedees a 60 000 EUR, l'abattement est de 9 200 EUR, l'assiette de 50 800 EUR, et les droits a 3 % s'appliquent sur ce montant.
Notre lecture. L'ecart est spectaculaire. Vendre les actions d'une SAS coute 0,1 % de droits a l'acheteur. Vendre un fonds equivalent peut couter 5 %. Pour un acheteur, racheter une SAS par les titres est presque toujours moins cher en droits que racheter le fonds. Cette mecanique, structurelle, oriente le marche de la reprise vers la cession de titres pour les societes par actions. Le detail du regime fiscal de la cession de titres merite d'etre travaille en amont.
La fiscalite du cedant : ou tombe l'impot sur la plus-value#
C'est ici que les deux voies divergent le plus, et c'est ce qui interesse directement le vendeur.
Cession de titres : une seule couche d'imposition#
Quand un particulier vend ses titres, il realise une plus-value de cession de valeurs mobilieres. Elle est soumise au prelevement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impot sur le revenu + 18,6 % de prelevements sociaux), avec option possible pour le bareme progressif. Selon le revenu fiscal de reference, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR, art. 223 sexies CGI) peut s'ajouter.
Des regimes de faveur existent, notamment l'abattement fixe du dirigeant partant en retraite (art. 150-0 D ter CGI), a verifier au cas par cas selon la situation et la date de la cession.
Cession de fonds : un risque de double imposition#
Lorsque c'est la societe qui vend son fonds, la plus-value professionnelle est taxee a l'impot sur les societes. Puis, pour que le dirigeant recupere le produit, il faut sortir la tresorerie : distribution de dividendes (PFU) ou liquidation. D'ou une double couche potentielle : IS sur la plus-value, puis imposition de la distribution.
Des exonerations peuvent attenuer cet effet, en particulier l'article 238 quindecies CGI (exoneration totale jusqu'a 500 000 EUR de valeur, degressive jusqu'a 1 000 000 EUR), ainsi que l'article 151 septies selon les recettes. Leur application depend de conditions precises a etudier dossier par dossier.
| Critere fiscal | Cession de titres (particulier) | Cession de fonds (par la societe IS) |
|---|---|---|
| Nature de l'impot | PV de valeurs mobilieres, PFU 31,4 % | PV professionnelle a l'IS |
| Couches d'imposition | Une seule | IS + imposition de la sortie des liquidites |
| Exoneration phare | Abattement dirigeant retraite (150-0 D ter) | 238 quindecies (500 000 a 1 000 000 EUR) |
| Qui encaisse le prix | Les associes | La societe (puis le dirigeant) |
Le risque sous-estime. Beaucoup de cedants raisonnent sur le prix de vente sans simuler ce qui leur reste net en poche. Or, ceder le fonds via la societe puis remonter le cash peut coute beaucoup plus cher que ceder directement les titres, a prix de marche identique. La simulation du net cedant doit etre faite avant de fixer la strategie, pas apres avoir signe.
Transfert du passif et responsabilite : le critere de l'acheteur#
La fiscalite interesse le vendeur ; le passif interesse l'acheteur, et les deux negocient ensemble.
- Cession de titres : l'acquereur reprend la societe avec tout son passif : dettes, contentieux en cours, passif fiscal ou social latent. C'est pourquoi il exige presque systematiquement une garantie d'actif et de passif (GAP), qui engage le cedant sur plusieurs annees apres la vente.
- Cession de fonds : l'acquereur n'achete que les elements du fonds. Le passif reste en principe chez le vendeur. Mais la loi prevoit une solidarite fiscale temporaire de l'acquereur pour certains impots du vendeur, d'ou un sequestre du prix pendant plusieurs mois et une procedure d'opposition des creanciers.
Ce que l'administration regarde. Sur une cession de fonds, le delai de solidarite et le sequestre du prix existent precisement pour securiser le recouvrement des impots du cedant. Le vendeur ne touche donc pas immediatement l'integralite du prix : il faut anticiper ce decalage de tresorerie dans le plan de financement personnel.
Continuite des contrats : un avantage souvent oublie des titres#
Un dernier critere, operationnel, fait souvent pencher la balance.
- En cession de titres, la societe ne change pas : les contrats commerciaux, le bail et les contrats de travail se poursuivent automatiquement, sans renegociation.
- En cession de fonds, les contrats de travail sont transferes de plein droit (art. L1224-1 du Code du travail), mais les contrats commerciaux et certaines autorisations ne suivent pas toujours : ils doivent etre repris ou renegocies.
Pour une entreprise dont la valeur tient a un portefeuille de contrats ou a un bail strategique, la cession de titres preserve la continuite. C'est un point que nous examinons systematiquement dans nos dossiers de transmission d'entreprise.
Tableau de decision : quelle voie selon votre situation#
| Situation du cedant | Voie souvent adaptee | Pourquoi |
|---|---|---|
| Societe par actions (SAS, SA) | Cession des titres | Droits a 0,1 % (art. 726) + une seule couche d'imposition |
| Entreprise individuelle exploitant un fonds | Cession du fonds | Pas de titres a vendre ; etudier 238 quindecies |
| Acheteur refusant de reprendre le passif | Cession du fonds | Le passif reste chez le vendeur |
| Valeur logee dans des contrats / un bail | Cession des titres | Continuite automatique des contrats |
| Forte plus-value latente sur le fonds dans une societe IS | A arbitrer | Risque de double imposition a simuler |
Arbitrage. Il n'existe pas de reponse universelle. La cession de titres est generalement plus douce fiscalement pour le cedant et moins chere en droits pour l'acquereur d'une SAS ; la cession de fonds protege l'acheteur du passif et peut convenir a une entreprise individuelle. Le bon choix depend de la forme juridique, de la plus-value latente, de l'appetit de l'acheteur pour le passif et de la valeur attachee aux contrats.
En pratique : la methode du cabinet#
- Cartographier la forme juridique et la structure de detention (titres detenus en direct ou via une holding).
- Estimer separement la valeur du fonds et la valeur des titres, avec notre equipe d'evaluation du fonds et des titres.
- Simuler le net cedant dans chaque scenario, droits d'enregistrement de l'acheteur compris.
- Identifier les exonerations applicables (150-0 D ter, 238 quindecies) selon votre situation.
- Anticiper la GAP et le sequestre du prix dans le calendrier de tresorerie.
- Arreter la strategie au moins 12 a 18 mois avant la signature pour securiser les options.
Cas particulier : la societe a preponderance immobiliere#
Un dirigeant de PME nous a recemment sollicites pour vendre sa societe d'exploitation, qui detenait aussi ses murs commerciaux. Comme l'immobilier representait une part importante de l'actif, la societe risquait d'etre qualifiee de societe a preponderance immobiliere, dont les titres supportent des droits d'enregistrement de 5 % sans abattement (art. 726, I-2 CGI), au lieu de 0,1 %. La solution a consiste a etudier la separation prealable de l'immobilier. Ce reflexe doit etre pris tot : il ne s'improvise pas a la signature. Pour aller plus loin sur le seul terrain fiscal, voir notre analyse de l'arbitrage purement fiscal entre fonds et titres.
A retenir#
- Vendre le fonds = ceder la clientele et l'exploitation ; vendre les titres = ceder l'entreprise entiere, passif compris.
- Droits d'enregistrement : 0,1 % sur des actions, 3 % sur des parts de SARL (apres abattement proratise), 0/3/5 % sur un fonds, 5 % sur une societe a preponderance immobiliere.
- Cote cedant, la cession de titres n'a qu'une couche d'imposition (PFU 31,4 %) ; la cession de fonds via une societe IS expose a une double imposition potentielle.
- En titres, l'acheteur reprend le passif et exige une garantie d'actif et de passif ; en fonds, le passif reste au vendeur mais le prix est mis sous sequestre.
- La cession de titres preserve la continuite des contrats ; la cession de fonds ne transfere de plein droit que les contrats de travail (art. L1224-1).
- La strategie se decide 12 a 18 mois avant, apres simulation du net cedant. Cet article informe ; une decision exige l'examen de votre situation, de vos documents et du droit en vigueur.
Questions fréquentes
Vaut-il mieux vendre le fonds de commerce ou les parts ?+
Il n'y a pas de reponse unique. Pour une societe par actions, ceder les titres est souvent plus avantageux : droits a 0,1 % et une seule couche d'imposition pour le vendeur. La cession de fonds protege l'acheteur du passif. Le choix depend de la forme juridique et de la plus-value latente.
Quels droits d'enregistrement s'appliquent sur une cession de fonds ?+
L'article 719 du CGI prevoit un bareme progressif : 0 % jusqu'a 23 000 euros, 3 % de 23 000 a 200 000 euros, puis 5 % au-dela. Ces droits sont dus par l'acquereur mais ils pesent sur la negociation du prix, le minimum de perception etant de 25 euros.
Le repreneur reprend-il les dettes avec les parts sociales ?+
Oui. En cession de titres, l'acquereur rachete la societe avec son actif et son passif : dettes, contentieux, passif fiscal ou social latent. C'est pourquoi il demande presque toujours une garantie d'actif et de passif, qui engage le cedant pendant plusieurs annees apres la vente.
Quelle option est la plus avantageuse fiscalement pour le vendeur ?+
Generalement la cession de titres : la plus-value du particulier subit le PFU de 31,4 % en une seule couche. Ceder le fonds via une societe a l'IS peut entrainer une double imposition (IS puis sortie des liquidites). Tout depend des exonerations applicables, a simuler au cas par cas.
Combien coute la cession d'actions de SAS en droits d'enregistrement ?+
La cession d'actions de SAS ou de SA est soumise a un droit de 0,1 % (article 726, I-1 du CGI), sans plafond ni abattement, avec un minimum de perception de 25 euros. C'est nettement moins que les 3 % applicables aux parts sociales de SARL ou que le bareme du fonds.
Que se passe-t-il pour les contrats en cas de cession de fonds ?+
Les contrats de travail sont transferes de plein droit a l'acquereur (article L1224-1 du Code du travail). En revanche, les contrats commerciaux et certaines autorisations ne suivent pas automatiquement : ils doivent etre repris ou renegocies. La cession de titres, elle, preserve la continuite de tous les contrats.
Le vendeur d'un fonds touche-t-il le prix immediatement ?+
Pas integralement. En cession de fonds, le prix est mis sous sequestre pendant plusieurs mois en raison de la solidarite fiscale temporaire de l'acquereur et de la procedure d'opposition des creanciers. Ce decalage de tresorerie doit etre anticipe dans le plan de financement personnel du cedant.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - CGI art. 719 (droits sur la cession de fonds de commerce)
- Legifrance - CGI art. 726 (droits sur la cession de droits sociaux)
- BOFiP - BOI-ENR-DMTOM-10-20-20 (cession de fonds de commerce)
- BOFiP - BOI-ENR-DMTOM-40-10-20 (cession de droits sociaux)
- Legifrance - CGI art. 238 quindecies (exoneration des PV professionnelles)
- Service-Public.fr - Prelevement forfaitaire unique (PFU)
- Legifrance - Code du travail art. L1224-1 (transfert des contrats de travail)
Ce sujet relève de notre mission Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôle
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