Transmettre son entreprise familiale à ses enfants
Donation ou vente, pacte Dutreil, équité entre l'enfant repreneur et les autres : la feuille de route fiscale et patrimoniale pour transmettre l'entreprise familiale en 2026.
Ce sujet relève de notre mission
Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmissionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Transmettre une entreprise familiale combine trois leviers : la donation avec abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779 CGI), l'exonération de 75 % du pacte Dutreil (art. 787 B CGI) et la réduction de 50 % des droits si le donateur a moins de 70 ans (art. 790 CGI). La vraie difficulté reste l'équité entre l'enfant repreneur et les autres.
Pourquoi la transmission familiale est d'abord une question d'équité#
La fiscalité n'est pas le premier obstacle d'une transmission familiale réussie. Le premier obstacle est humain : un seul des enfants reprend l'entreprise, les autres non, et le patrimoine professionnel pèse souvent l'essentiel du patrimoine total. Transmettre à parts égales le capital d'une société à des enfants qui n'y travaillent pas crée des conflits de gouvernance durables.
La bonne séquence consiste donc à traiter deux questions distinctes. D'abord, qui pilote l'entreprise après vous, et avec quels pouvoirs. Ensuite, comment chaque enfant reçoit une valeur comparable, que ce soit en titres, en numéraire ou en autres biens. Confondre ces deux questions est l'erreur la plus fréquente que nous corrigeons dans les dossiers de transmission.
Pour situer cette démarche dans son contexte global, consultez le panorama complet de la transmission d'entreprise et les raisons d'anticiper plusieurs années à l'avance.
Faut-il donner ou vendre l'entreprise à ses enfants ?#
La question donation contre cession dépend de deux paramètres : avez-vous besoin du prix de vente pour financer votre retraite, et l'enfant repreneur a-t-il la capacité de payer. Donner allège fortement la fiscalité grâce au pacte Dutreil, mais ne vous procure aucune liquidité. Vendre vous procure un capital, mais déclenche une plus-value imposable au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux).
Le tableau suivant résume les arbitrages que nous posons systématiquement avec le dirigeant avant tout choix de mode de transmission.
| Critère | Donner aux enfants | Vendre aux enfants |
|---|---|---|
| Liquidité pour le dirigeant | Aucune | Capital encaissé (prix de cession) |
| Fiscalité côté parent | Pas de plus-value imposée | Plus-value au PFU 31,4 % (abattement retraite possible) |
| Coût pour l'enfant | Droits de donation (réduits par Dutreil) | Prix d'achat à financer (emprunt, crédit-vendeur) |
| Abattement applicable | 100 000 € (art. 779) + Dutreil 75 % | 500 000 € sur l'IR si départ retraite (art. 150-0 D ter) |
| Équité entre enfants | À organiser (donation-partage, soulte) | Le prix entre dans la succession future |
| Maîtrise du calendrier | Élevée, à tout âge | Dépend de la capacité de financement de l'enfant |
Pour approfondir ce point précis, lisez notre analyse pour choisir entre donation et cession.
L'abattement retraite si vous vendez#
Si vous cédez vos titres à l'occasion de votre départ à la retraite, l'abattement fixe de 500 000 € de l'article 150-0 D ter s'applique sur l'assiette de l'impôt sur le revenu, et il est prorogé jusqu'au 31 décembre 2031. Attention : cet abattement ne réduit pas les prélèvements sociaux, qui restent dus à 18,6 % sur la totalité de la plus-value. Beaucoup de dirigeants surestiment l'économie réelle en oubliant cette part sociale.
Pour faciliter le financement par l'enfant repreneur, le crédit-vendeur permet d'étaler dans le temps le paiement de l'impôt sur la plus-value (art. 1681 F CGI), pour les entreprises de moins de 50 salariés dont le bilan ou le chiffre d'affaires n'excède pas 10 M€.
Comment fonctionne le pacte Dutreil pour transmettre à ses enfants ?#
Le pacte Dutreil (art. 787 B pour les sociétés, art. 787 C pour l'entreprise individuelle) exonère de 75 % la valeur des titres transmis par donation ou succession, sous engagements de conservation et de direction. C'est le dispositif central de toute transmission familiale d'envergure : sur une entreprise valorisée 1 000 000 €, seule une base de 250 000 € reste taxable avant les autres abattements.
La loi de finances pour 2026 a réformé le dispositif pour les transmissions réalisées à compter du 21 février 2026. Voici les conditions actualisées à respecter.
- Engagement collectif de conservation : 2 ans, portant sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée.
- Engagement individuel de conservation : porté à 6 ans après la transmission, ce qui fixe une durée totale minimale de conservation de 8 ans (2 + 6).
- Fonction de direction : un des signataires doit exercer une fonction de direction dans la société pendant la durée requise.
- Activité éligible : seuls les actifs strictement affectés à l'activité professionnelle bénéficient de l'exonération.
Le risque sous-estimé : les actifs non professionnels exclus#
La réforme 2026 exclut désormais de l'assiette des 75 % les actifs non strictement affectés à l'activité, dits somptuaires : immeubles d'habitation non professionnels, oeuvres d'art, véhicules personnels, bijoux logés dans la société. Une société qui détient un appartement de villégiature ou une collection verra cette fraction taxée hors Dutreil. C'est exactement ce que l'administration regarde lors de l'instruction d'un dossier de donation Dutreil. Nettoyer le bilan avant la transmission devient un préalable, parfois via une scission ou une sortie d'actif.
Le mécanisme technique complet figure dans le guide technique complet du pacte Dutreil. Le présent article se concentre sur la stratégie familiale qui l'entoure.
Comment combiner abattement, Dutreil et réduction de 50 % ?#
Le gain maximal vient de l'empilement de trois dispositifs, dans cet ordre. La valeur des titres est d'abord réduite de 75 % par le pacte Dutreil. Sur la base restante, on applique l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779), renouvelable tous les 15 ans. Enfin, les droits calculés bénéficient d'une réduction de 50 % (art. 790) si la donation porte sur la pleine propriété et que le donateur a moins de 70 ans.
| Étape | Référence | Effet sur une transmission de 1 000 000 € |
|---|---|---|
| Valeur de départ des titres | Valorisation | 1 000 000 € |
| Exonération Dutreil 75 % | Art. 787 B CGI | Base ramenée à 250 000 € |
| Abattement par enfant | Art. 779 CGI | 100 000 € par parent et par enfant, tous les 15 ans |
| Barème des droits | Ligne directe | Progressif de 5 % à 45 % |
| Réduction de droits 50 % | Art. 790 CGI | Si pleine propriété et donateur de moins de 70 ans |
Le levier de l'âge est décisif : la réduction de 50 % disparaît dès 70 ans pour une donation en pleine propriété. Donner tôt, c'est aussi profiter du renouvellement de l'abattement de 100 000 € tous les 15 ans, ce qui justifie d'amorcer une première donation bien avant l'âge de la retraite.
Donner la nue-propriété et conserver l'usufruit#
Beaucoup de dirigeants veulent transmettre sans se déposséder du contrôle ni des revenus. La donation de la seule nue-propriété, avec conservation de l'usufruit, répond à ce besoin : les droits ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon le barème de l'âge de l'usufruitier (art. 669 CGI). Vous continuez à percevoir les dividendes et, selon les statuts, à exercer une part du pouvoir. Notre lecture : le démembrement est un outil de contrôle autant que de fiscalité, à manier avec des statuts adaptés.
Comment être équitable entre l'enfant repreneur et les autres ?#
C'est le coeur du sujet familial. Donner l'entreprise à un seul enfant crée une inégalité que le droit des successions corrigera tôt ou tard, souvent au pire moment. Trois outils permettent de la traiter en amont.
- La donation-partage : elle répartit le patrimoine entre tous les enfants en figeant les valeurs au jour de l'acte, ce qui évite la réévaluation au décès et désamorce les contestations futures.
- La soulte : l'enfant repreneur reçoit l'entreprise et verse une compensation financière aux autres, qui reçoivent ainsi une valeur équivalente sans entrer au capital.
- Le rééquilibrage par d'autres biens : immobilier, liquidités ou assurance-vie attribués aux enfants non-repreneurs pour égaliser les lots.
La donation-partage pour figer les valeurs est souvent la pièce maîtresse, car elle sécurise juridiquement l'équilibre voulu. Le détail des conditions se trouve dans le guide de la donation-partage.
En pratique : financer la soulte sans casser la trésorerie#
Une soulte importante peut peser lourdement sur l'enfant repreneur. La constitution d'une holding familiale qui rachète les titres, financée par emprunt et remboursée par les dividendes de la société d'exploitation, permet d'absorber ce besoin de financement tout en organisant la gouvernance. C'est l'un des montages que nous étudions le plus souvent, en lien avec la holding familiale comme outil de gouvernance.
Quels sont les frais et la gouvernance à anticiper ?#
Au-delà des droits de donation, une transmission familiale génère des frais d'acte notarié, des honoraires de valorisation et de conseil, et parfois des droits de partage. Le coût fiscal réel doit toujours être chiffré avant l'opération, dispositif par dispositif, plutôt qu'estimé globalement.
La gouvernance post-transmission est l'angle mort le plus coûteux. Qui décide après la donation, comment sont répartis les pouvoirs entre l'usufruitier et le nu-propriétaire, comment évite-t-on le blocage si plusieurs enfants détiennent le capital : ces questions se règlent dans les statuts et, le cas échéant, dans un pacte d'associés. Les régler après coup est toujours plus difficile.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, un dirigeant de PME familiale valorisée autour de 1,2 M€ souhaitait transmettre l'intégralité à son fils, déjà opérationnel dans l'entreprise, tout en préservant ses deux filles non impliquées. Le réflexe initial avait été de tout donner au fils, en oubliant que les filles disposent d'une réserve héréditaire qui ressurgirait au décès.
Nous avons réordonné la stratégie : pacte Dutreil sur les titres transmis au fils, donation-partage pour intégrer les trois enfants dans un même acte aux valeurs figées, soulte à la charge du fils portée par une holding, et rééquilibrage des filles par un portefeuille et un bien immobilier. Le démembrement a permis au père de conserver l'usufruit et donc ses revenus.
Notre conviction, en tant qu'expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France et commissaire aux comptes, est qu'une transmission familiale réussie se juge dix ans après, à la solidité de la gouvernance et à l'absence de conflit, pas seulement au montant des droits économisés le jour de la donation. La fiscalité est un moyen, l'équilibre familial est l'objectif. Notre accompagnement patrimonial du dirigeant et notre mission fiscalité d'entreprise couvrent ce travail de fond.
Questions fréquentes
Comment transmettre son entreprise à ses enfants ?+
La voie la plus courante est la donation de titres assortie d'un pacte Dutreil, qui exonère 75 % de la valeur (art. 787 B CGI). On y ajoute l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant et, avant 70 ans, une réduction de droits de 50 %. Une donation-partage organise l'équité entre tous les enfants.
Faut-il donner ou vendre l'entreprise à ses enfants ?+
Donner allège fortement la fiscalité grâce au pacte Dutreil mais ne procure aucune liquidité. Vendre vous procure un capital mais déclenche une plus-value au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026. Le choix dépend de votre besoin de liquidités pour la retraite et de la capacité de financement de l'enfant repreneur.
Comment être équitable entre l'enfant repreneur et les autres enfants ?+
Trois outils se combinent : la donation-partage, qui fige les valeurs au jour de l'acte et désamorce les contestations futures, la soulte versée par le repreneur aux autres enfants, et l'attribution de biens hors entreprise (immobilier, liquidités) pour égaliser les lots. L'objectif est de donner à chacun une valeur comparable.
Quels frais pour donner une entreprise à ses enfants ?+
Les droits de donation suivent un barème progressif de 5 % à 45 % en ligne directe, mais s'appliquent après l'exonération Dutreil de 75 % et l'abattement de 100 000 €. S'ajoutent des frais d'acte notarié et d'éventuels droits de partage. Le coût réel doit être chiffré dispositif par dispositif avant l'opération.
Le pacte Dutreil change-t-il en 2026 ?+
Oui. Pour les transmissions à compter du 21 février 2026, l'engagement individuel de conservation passe à 6 ans, soit une durée totale minimale de 8 ans. Les actifs non strictement affectés à l'activité professionnelle, dits somptuaires, sont exclus de l'assiette de l'exonération de 75 %.
Peut-on garder le contrôle après avoir donné l'entreprise ?+
Oui, par la donation de la seule nue-propriété avec conservation de l'usufruit. Vous continuez à percevoir les dividendes et, selon les statuts, à exercer une part du pouvoir. La valeur taxable est limitée à la nue-propriété, calculée selon le barème de l'âge de l'usufruitier (art. 669 CGI).
Quel est l'intérêt de combiner les dispositifs avant 70 ans ?+
Avant 70 ans, une donation en pleine propriété de titres sous pacte Dutreil ouvre droit à une réduction de 50 % des droits (art. 790 CGI). Cet avantage disparaît à 70 ans. Donner tôt permet aussi de réutiliser l'abattement de 100 000 €, renouvelable tous les 15 ans.
À retenir#
- Le pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur des titres transmis (art. 787 B CGI), mais impose un engagement total de conservation de 8 ans depuis la réforme 2026.
- L'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779 CGI) est renouvelable tous les 15 ans : donner tôt maximise le levier.
- Avant 70 ans, une donation en pleine propriété ouvre une réduction de 50 % des droits (art. 790 CGI).
- Si vous vendez, l'abattement retraite de 500 000 € (art. 150-0 D ter) joue sur l'IR mais pas sur les 18,6 % de prélèvements sociaux.
- L'équité entre enfants se traite par la donation-partage, la soulte et le rééquilibrage par d'autres biens, pas en donnant tout au repreneur.
- La gouvernance post-transmission, réglée dans les statuts et un pacte d'associés, est l'angle mort le plus coûteux.
Sources officielles#
- Pacte Dutreil : exonération partielle (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10)
- Article 787 B du Code général des impôts, pacte Dutreil (Legifrance)
- Article 779 du Code général des impôts, abattement en ligne directe (Legifrance)
- Article 790 du Code général des impôts, réduction de droits (Legifrance)
- Donations aux enfants : abattements et barèmes (impots.gouv.fr)
- Article 669 du Code général des impôts, barème de l'usufruit (Legifrance)
Cet article informe sur des principes généraux à jour au 17 juin 2026. Une transmission familiale dépend de votre situation, de vos statuts et des textes en vigueur au jour de l'acte : un chiffrage et une revue documentaire personnalisés restent indispensables.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Pacte Dutreil : exonération partielle de droits de mutation (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10)
- Article 787 B du Code général des impôts (pacte Dutreil) - Legifrance
- Article 779 du Code général des impôts (abattement en ligne directe) - Legifrance
- Article 790 du Code général des impôts (réduction de droits de donation) - Legifrance
- Donations aux enfants et petits-enfants : abattements (impots.gouv.fr)
- Article 669 du Code général des impôts (barème de l'usufruit) - Legifrance
Ce sujet relève de notre mission Gestion de patrimoine du dirigeant | Holding & transmission
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