Tableau d'amortissement : construire et justifier ses dotations
Comment bâtir un plan d'amortissement par immobilisation, choisir la durée d'usage, gérer le prorata temporis la première année et justifier les dotations dans l'annexe. Méthode pas à pas, exemple chiffré et points de vigilance d'un expert-comptable.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Un tableau d'amortissement répartit le coût d'une immobilisation sur sa durée d'utilisation. On part de la base amortissable (valeur brute diminuée de la valeur résiduelle, article 214-4 du PCG), on choisit une durée d'usage, on calcule l'annuité, puis on applique un prorata temporis la première année. Chaque ligne suit la valeur nette comptable jusqu'à son extinction.
Dans les dossiers de tenue comptable, le tableau d'amortissement est l'un des documents les plus regardés à la clôture, et aussi l'un des plus mal tenus. Un dirigeant achète un véhicule, un agencement de local ou du matériel informatique, le logiciel calcule une dotation, et personne ne vérifie la durée retenue ni la date de départ. Résultat : un résultat fiscal faussé, une annexe incomplète, et parfois un redressement évitable.
Cet article explique comment construire un plan d'amortissement immobilisation par immobilisation, comment arbitrer la durée d'usage, comment gérer la mise en service en cours d'année, et comment justifier l'ensemble dans le dossier et dans l'annexe. L'angle est volontairement opérationnel : ce que fait concrètement un cabinet quand il bâtit ou révise un tableau d'amortissement comptable.
Ce qu'est vraiment la base amortissable#
La base amortissable est le point de départ de tout le calcul, et la première source d'erreur. Le montant amortissable d'un actif est sa valeur brute sous déduction de sa valeur résiduelle : cette définition figure à l'article 214-4 du Plan comptable général. La valeur résiduelle n'est retenue que si elle est à la fois significative et mesurable, ce qui est rare pour la majorité des biens d'une PME.
La valeur brute, c'est le coût d'entrée : prix d'achat hors taxes récupérables, augmenté des frais accessoires nécessaires à la mise en état d'utilisation (transport, installation, droits de douane non récupérables). Pour un matériel à 12 000 euros HT avec 800 euros de livraison et installation, la valeur brute est de 12 800 euros.
La répartition systématique de ce montant amortissable sur la durée et selon le mode propres à l'actif relève de l'article 214-13 du PCG ; l'article 214-3 traite du mode d'amortissement, et l'article 214-1 pose le principe selon lequel un actif dont l'utilisation est déterminable dans le temps doit être amorti. Autrement dit, trois textes se complètent : le principe (214-1), le mode (214-3), la mesure du montant et de son étalement (214-4 et 214-13).
Notre lecture. Dans la pratique d'une PME ou d'une TPE, la valeur résiduelle est presque toujours laissée à zéro, car elle n'est ni significative ni fiable à estimer. La vraie discussion porte sur la durée, pas sur la valeur résiduelle. C'est là que se joue la qualité du tableau.
Choisir la durée d'amortissement#
La durée d'amortissement comptable doit refléter la durée réelle d'utilisation prévue du bien dans l'entreprise. Ce n'est pas une donnée imposée, mais une estimation à documenter. Les administrations admettent par tolérance des durées d'usage couramment pratiquées par profession, qui servent de repères.
| Immobilisation | Durée d'usage indicative | Taux linéaire | À vérifier selon usage réel |
|---|---|---|---|
| Matériel informatique | 3 ans | 33,33 % | Renouvellement rapide possible |
| Mobilier de bureau | 10 ans | 10 % | Usage intensif à raccourcir |
| Agencements, installations | 10 ans | 10 % | Durée du bail à considérer |
| Véhicule de tourisme | 5 ans | 20 % | Kilométrage prévisionnel |
| Matériel industriel | 5 à 10 ans | 10 à 20 % | Cadence et usure |
Ces durées sont des repères professionnels indicatifs, à confirmer selon le contexte. Une entreprise qui change ses postes informatiques tous les deux ans peut justifier une durée de deux ans ; un mobilier soumis à un usage intensif peut être amorti plus vite. La règle d'or : la durée doit être cohérente avec la réalité opérationnelle, et cette cohérence doit pouvoir s'expliquer.
Arbitrage. Pour un agencement réalisé dans un local loué, la question revient souvent : faut-il amortir sur la durée d'usage du bien ou sur la durée du bail ? Quand le bail est plus court que la durée d'usage et qu'aucun renouvellement n'est certain, retenir la durée du bail est généralement plus prudent et plus défendable. Quand le renouvellement est quasi acquis, la durée d'usage du bien se justifie. Ce choix se discute dossier par dossier avec le cabinet.
Calculer l'annuité et dérouler le tableau#
En amortissement linéaire, la mécanique est simple. Le taux égale 100 divisé par la durée en années. L'annuité égale la base amortissable multipliée par ce taux. La valeur nette comptable diminue chaque année du montant de l'annuité cumulée.
Reprenons le matériel à 12 800 euros amorti sur 5 ans, soit un taux de 20 pour cent et une annuité pleine de 2 560 euros. Supposons une mise en service le 1er avril N. La première année est calculée au prorata temporis : sur une convention en jours, du 1er avril au 31 décembre, soit 275 jours sur 365, l'annuité N vaut environ 1 929 euros.
| Exercice | Base | Annuité | Cumul amortissements | Valeur nette |
|---|---|---|---|---|
| N (275 j) | 12 800 | 1 929 | 1 929 | 10 871 |
| N+1 | 12 800 | 2 560 | 4 489 | 8 311 |
| N+2 | 12 800 | 2 560 | 7 049 | 5 751 |
| N+3 | 12 800 | 2 560 | 9 609 | 3 191 |
| N+4 | 12 800 | 2 560 | 12 169 | 631 |
| N+5 (90 j) | 12 800 | 631 | 12 800 | 0 |
Le tableau s'étale sur six exercices comptables, parce que le prorata de la première année repousse la fin de l'amortissement sur un sixième exercice. La valeur nette atteint zéro à la fin, ce qui est le test de cohérence le plus rapide : si la dernière ligne ne tombe pas à zéro (ou à la valeur résiduelle), il y a une erreur de calcul.
Le prorata temporis la première année#
L'amortissement comptable démarre à la date de mise en service du bien, pas à la date d'achat. C'est une erreur fréquente dans les dossiers : un matériel facturé en novembre mais réellement utilisé en janvier ne génère aucune dotation sur l'exercice clos en décembre.
Deux conventions coexistent. La convention en jours décompte le nombre de jours d'utilisation sur 360 ou 365 jours. La convention en mois compte chaque mois entamé, ou chaque mois entier selon le paramétrage. La première est plus précise, la seconde plus simple. L'essentiel est d'appliquer la même convention à toutes les immobilisations et de la maintenir d'un exercice à l'autre.
Le risque sous-estimé. L'amortissement dégressif fiscal, prévu à l'article 39 A du CGI pour certains biens d'équipement neufs, suit une règle de point de départ différente : il court à compter du premier jour du mois d'acquisition, et non de la mise en service. Confondre les deux logiques fausse le calcul. L'amortissement dégressif et son arbitrage méritent un traitement à part, car il s'agit d'un avantage de trésorerie optionnel, distinct de l'amortissement comptable.
En pratique : construire le tableau pas à pas#
Voici la séquence que suit le cabinet pour bâtir un plan d'amortissement fiable.
- Identifier la valeur brute d'entrée, frais accessoires inclus, à partir de la facture et des pièces annexes.
- Déterminer la valeur résiduelle, le plus souvent nulle, et la retenir seulement si elle est significative et mesurable (article 214-4 du PCG).
- Fixer la durée d'utilisation prévue, en s'appuyant sur les repères d'usage et sur la réalité opérationnelle.
- Calculer le taux linéaire et l'annuité pleine.
- Déterminer la date de mise en service et appliquer le prorata temporis sur la première année.
- Dérouler les annuités jusqu'à une valeur nette nulle, en contrôlant le cumul.
- Archiver le tableau dans le dossier permanent et le reporter dans l'annexe.
Un logiciel comme le logiciel comptable Pennylane génère ces tableaux automatiquement, mais le paramétrage de la durée et de la date de mise en service reste un choix humain. L'outil ne remplace pas l'arbitrage : il l'exécute.
Justifier les dotations dans l'annexe#
L'annexe des comptes annuels retrace les mouvements d'immobilisations et d'amortissements : valeur brute à l'ouverture, augmentations, diminutions, dotations de l'exercice, valeur nette à la clôture, par catégorie d'actifs. Les petites entreprises au sens comptable peuvent être dispensées d'annexe ou ne produire qu'une annexe abrégée : ce point, lié aux seuils en vigueur, est à vérifier au cas par cas.
Même dispensée d'annexe détaillée, l'entreprise doit conserver les plans d'amortissement par immobilisation dans son dossier. En cas de contrôle, c'est ce tableau, et la cohérence entre la date de mise en service, la durée retenue et la dotation passée, que l'administration regarde en priorité.
Cas fréquent. Un dossier de tenue comptable présente un parc de matériel informatique amorti sur 5 ans alors que l'entreprise renouvelle ses postes tous les 3 ans. La dotation est trop faible, la valeur nette surévaluée, et la sortie des biens générera des moins-values mal anticipées. La correction consiste à réaligner la durée sur l'usage réel, ce qui rapproche le tableau de la réalité et fiabilise le tableau de bord financier de la direction.
Cas particuliers#
Certaines immobilisations sortent du schéma standard. Les composants d'un bien complexe (une toiture, un ascenseur dans un immeuble) peuvent être amortis séparément sur des durées différentes : c'est l'approche par composants. Le fonds de commerce, en principe non amortissable, peut faire l'objet d'un amortissement comptable dans des cas précis, sujet détaillé dans notre analyse de l'amortissement du fonds de commerce. Enfin, la logique d'amortissement d'un bien loué en meublé répond à ses propres règles, exposées dans notre ressource sur le calcul de l'amortissement en LMNP.
À retenir#
- La base amortissable est la valeur brute diminuée de la valeur résiduelle, définie à l'article 214-4 du PCG ; la valeur résiduelle n'est retenue que si elle est significative et mesurable.
- La répartition sur la durée relève de l'article 214-13 du PCG : la durée doit refléter l'utilisation réelle prévue, pas seulement la durée d'usage fiscale.
- L'amortissement démarre à la mise en service, avec un prorata temporis la première année, jamais à la date d'achat.
- La dernière ligne du tableau doit ramener la valeur nette à zéro ou à la valeur résiduelle : c'est le test de cohérence.
- L'amortissement dégressif fiscal (CGI article 39 A) suit une règle de départ distincte et reste optionnel.
- Le plan d'amortissement doit être archivé et, le cas échéant, repris dans l'annexe : c'est le document que l'administration contrôle en premier.
Questions fréquentes
Comment faire un tableau d'amortissement ?+
Déterminez la base amortissable (valeur brute moins valeur résiduelle), choisissez la durée d'utilisation prévue, calculez le taux et l'annuité, appliquez un prorata temporis la première année à partir de la mise en service, puis déroulez chaque annuité jusqu'à une valeur nette nulle. Archivez le tableau dans votre dossier.
Quelle durée d'amortissement choisir ?+
La durée doit refléter l'utilisation réelle prévue du bien. Des repères d'usage existent par catégorie (matériel informatique souvent 3 ans, mobilier et agencements 10 ans, véhicules 5 ans), mais ils restent indicatifs. Une durée différente est admise si elle correspond à votre réalité opérationnelle et qu'elle peut être justifiée.
Comment gérer le prorata la première année ?+
L'amortissement court à compter de la date de mise en service, pas de l'achat. La première annuité est réduite au prorata du temps écoulé jusqu'à la clôture, en jours ou en mois selon votre convention. La fraction non amortie se reporte sur un exercice supplémentaire en fin de plan, ce qui ajoute une dernière ligne au tableau.
Qu'est-ce que la valeur résiduelle ?+
La valeur résiduelle est le montant que l'entreprise s'attend à récupérer en cédant le bien à la fin de son utilisation, net des coûts de sortie. Selon l'article 214-4 du PCG, elle n'est déduite de la base amortissable que si elle est à la fois significative et mesurable, ce qui est rare en TPE et PME où elle est le plus souvent nulle.
Le tableau d'amortissement comptable est-il le même que le tableau fiscal ?+
Pas toujours. L'amortissement comptable suit la durée réelle d'utilisation ; l'amortissement fiscal peut diverger, par exemple avec le dégressif optionnel de l'article 39 A du CGI ou des durées d'usage admises différentes. Quand les deux diffèrent, un amortissement dérogatoire est constaté pour réconcilier comptabilité et fiscalité.
Faut-il un expert-comptable pour bâtir ses tableaux d'amortissement ?+
Le calcul lui-même est accessible, mais les choix de durée, de date de mise en service, d'approche par composants et de traitement fiscal engagent le résultat et un éventuel contrôle. Un cabinet sécurise ces arbitrages, vérifie la cohérence du tableau et justifie l'annexe. Une revue de votre situation reste indispensable pour un cas précis.
Pour aller plus loin#
Le tableau d'amortissement est un maillon de la tenue et révision comptable, mais sa qualité dépend des arbitrages faits en amont. Si vous voulez sécuriser vos plans d'amortissement, fiabiliser votre annexe ou revoir des durées devenues incohérentes, le cabinet d'expertise comptable à Paris 8 peut auditer votre parc d'immobilisations et reconstruire des tableaux défendables. Chaque situation reste à examiner au regard de vos pièces et des textes en vigueur.
À jour au 18 juin 2026. Cet article informe et ne remplace pas l'examen de votre situation, de vos pièces et du droit applicable à la date de la décision.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Recueil des normes comptables (ANC) - article 214-4 du PCG : definition du montant amortissable et de la valeur residuelle
- Plan comptable general (ANC) - articles 214-1 a 214-13 : amortissements des actifs
- BOFiP - BIC, amortissements, regles generales (BOI-BIC-AMT)
- Legifrance - CGI article 39 A : amortissement degressif
- entreprendre.service-public.fr - amortissement des immobilisations
- BOFiP - BIC, amortissements, duree et taux
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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