Amortissement dégressif : calcul, bascule et arbitrage 2026
L’amortissement dégressif concentre les déductions sur les premières années d’un bien neuf. Coefficients, tableau de bascule en linéaire, biens éligibles et exclus, amortissement dérogatoire et arbitrage trésorerie : le guide chiffré 2026 par Hayot Expertise.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
L'amortissement dégressif est un mécanisme fiscal qui permet de concentrer les déductions sur les premières années de vie d'un bien professionnel. Résultat : moins d'impôt à payer en début d'exploitation, un effet de trésorerie positif et une meilleure adéquation avec la dépréciation économique réelle de certains équipements. Mais le régime ne s'improvise pas — la liste des biens éligibles est limitative, la mécanique de bascule en linéaire obéit à une règle précise, et une erreur de qualification peut déboucher sur un redressement fiscal.
Ce guide détaille la mécanique complète, avec un exemple chiffré sur cinq ans, le tableau de bascule, et les critères d'arbitrage entre dégressif et linéaire.
Comment calculer l'amortissement dégressif ?#
Le principe : taux dégressif appliqué à la valeur nette comptable#
Contrairement à l'amortissement linéaire, qui applique un taux constant à la valeur d'origine, l'amortissement dégressif s'applique chaque année à la valeur nette comptable (VNC) résiduelle. La base diminue donc d'année en année, mais le taux reste le même — d'où des dotations élevées en début de période et décroissantes ensuite.
Le taux dégressif se calcule en multipliant le taux linéaire par un coefficient légal (CGI art. 39 A). Ce coefficient dépend de la durée normale d'utilisation du bien :
| Durée normale d'utilisation | Coefficient légal | Exemple : taux linéaire | Taux dégressif résultant |
|---|---|---|---|
| 3 ou 4 ans | 1,25 | 25 % (4 ans) | 31,25 % |
| 5 ou 6 ans | 1,75 | 20 % (5 ans) | 35 % |
| Plus de 6 ans | 2,25 | 10 % (10 ans) | 22,5 % |
Coefficients inchangés par la loi de finances pour 2026 (CGI art. 39 A).
Exemple chiffré complet : matériel neuf 100 000 € HT, durée 5 ans#
Un bien neuf acquis le 1er janvier N pour 100 000 € HT, durée normale d'utilisation 5 ans.
- Taux linéaire : 100 / 5 = 20 %
- Coefficient applicable (5 ans) : 1,75
- Taux dégressif : 20 % × 1,75 = 35 %
Le tableau ci-dessous compare l'amortissement dégressif au linéaire, et indique l'année de bascule :
| Année | VNC début d'année (€) | Dotation dégressi ve (35 % × VNC) | Dotation linéaire résiduelle * | Dotation retenue | VNC fin d'année (€) | Cumul amorti (€) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| N | 100 000 | 35 000 | 20 000 | 35 000 (dégressif) | 65 000 | 35 000 |
| N+1 | 65 000 | 22 750 | 16 250 (65 000 / 4) | 22 750 (dégressif) | 42 250 | 57 750 |
| N+2 | 42 250 | 14 788 | 14 083 (42 250 / 3) | 14 788 (dégressif) | 27 462 | 72 538 |
| N+3 | 27 462 | 9 612 | 13 731 (27 462 / 2) | 13 731 (bascule linéaire) | 13 731 | 86 269 |
| N+4 | 13 731 | — | 13 731 (13 731 / 1) | 13 731 (linéaire) | 0 | 100 000 |
* La dotation linéaire résiduelle = VNC début / nombre d'années restantes (année en cours incluse).
Lecture du tableau : la bascule intervient en année N+3, lorsque la dotation linéaire résiduelle (13 731 €) devient supérieure à la dotation dégressive (9 612 €). À partir de ce moment, on répartit la VNC restante de façon égale sur la durée résiduelle — deux ans en l'espèce.
Avec un amortissement linéaire pur, la dotation serait constante à 20 000 €/an pendant 5 ans. Sur les deux premières années, l'avantage dégressif représente (35 000 − 20 000) + (22 750 − 20 000) = 17 750 € de déductions supplémentaires, reportées sur les dernières années.
Le prorata temporis en dégressif : mois entiers, pas jours#
Point de vigilance souvent source d'erreur : en régime dégressif, le prorata temporis de la première année s'exprime en mois entiers. Le mois d'acquisition compte pour un mois plein, quel que soit le jour exact de mise en service. Un bien acquis le 20 avril sera donc amorti sur 9 mois (d'avril à décembre inclus), soit 9/12 du taux annuel. En régime linéaire, le prorata se calcule au jour près.
Quels biens sont éligibles à l'amortissement dégressif ?#
La liste limitative de l'article 39 A du CGI#
Le dégressif n'est pas un choix libre : il est réservé aux biens neufs dont la durée normale d'utilisation est au moins égale à 3 ans et qui figurent sur la liste de l'article 39 A du CGI. Les grandes catégories éligibles sont :
- Matériels et outillages industriels utilisés pour des opérations de fabrication, de transformation ou de transport
- Matériel de manutention (chariots élévateurs, transpalettes, convoyeurs)
- Installations destinées au magasinage et au stockage
- Installations productrices de vapeur, chaleur ou énergie
- Matériels et installations à usage médical
- Matériel de bureau (à l'exclusion des machines à écrire)
- Matériel informatique : serveurs, ordinateurs, équipements réseaux, systèmes embarqués
- Matériels de sécurité
Pour approfondir les mécanismes de base de l'amortissement, consultez notre article sur la Dotation aux amortissements.
Les exclusions à retenir absolument#
Plusieurs catégories de biens sont expressément écartées du régime dégressif. Elles constituent un terrain fréquent de redressement car les entreprises croient parfois — à tort — pouvoir y appliquer le dégressif :
| Bien | Exclusion | Régime applicable |
|---|---|---|
| Véhicules de tourisme (VP) | Expressément exclus CGI art. 39 A | Linéaire, dans la limite du plafond VP |
| Biens d'occasion | Expressément exclus | Linéaire uniquement |
| Biens de durée < 3 ans | Non éligibles | Linéaire |
| Immeubles d'habitation | Expressément exclus | Linéaire |
| Locaux servant à l'exercice de la profession | Exclus (sauf hôtels) | Linéaire |
| Mobilier de bureau non professionnel | Non listé | Linéaire |
Notre lecture : l'exclusion des biens d'occasion est souvent sous-estimée. Un matériel industriel acheté reconditionné ou "remis à neuf" ne retrouve pas son éligibilité au dégressif. La condition de nouveauté s'apprécie à la date d'acquisition par l'entreprise, et non à la date de fabrication. En cas de doute sur la qualification, la position doit être documentée avant l'inscription au plan d'amortissement.
Quand basculer du dégressif au linéaire ?#
La règle légale : ce n'est pas une option, c'est une obligation#
La bascule en linéaire n'est pas un choix tactique — c'est une règle fiscale impérative. Chaque exercice, l'entreprise doit comparer :
- La dotation dégressive = VNC début d'exercice × taux dégressif
- La dotation linéaire résiduelle = VNC début d'exercice / nombre d'années restantes (exercice en cours compris)
Dès que (2) ≥ (1), on retient (2) pour le reste de la période d'amortissement. On ne peut pas rester en dégressif au-delà de ce point — et on ne peut pas non plus anticiper la bascule avant ce point pour réduire les dotations.
En pratique : quand se produit la bascule ?#
La bascule survient toujours dans la seconde moitié de la durée de vie du bien. Sur l'exemple précédent (5 ans, taux 35 %), elle intervient en année N+3 — soit à 60 % de la durée écoulée. Sur un bien de 10 ans (taux 22,5 %), la bascule intervient généralement en année 6 ou 7.
Règle empirique : plus la durée d'utilisation est longue et le coefficient élevé, plus la bascule arrive tard dans la vie du bien.
Cas fréquent : la bascule en cours d'exercice fiscal#
Si le bien est acquis en cours d'exercice (prorata temporis), le calcul de la dotation linéaire résiduelle doit tenir compte du nombre d'années entières restantes plus la fraction d'année initiale. Une erreur dans ce décompte peut décaler la bascule d'un exercice et modifier les bases imposables.
Amortissement linéaire ou dégressif : lequel choisir ?#
L'arbitrage trésorerie vs résultat comptable#
Le total amorti sur la durée de vie du bien est strictement identique dans les deux régimes : 100 % de la valeur d'origine (hors valeur résiduelle éventuelle). Ce qui change, c'est le profil de répartition dans le temps.
| Critère d'arbitrage | Avantage dégressif | Avantage linéaire |
|---|---|---|
| Trésorerie court terme | Oui — IS réduit les premières années | — |
| Résultat affiché en début de vie | Pénalisant (dotations élevées) | Stable, prévisible |
| Résultat affiché en fin de vie | Favorable (dotations faibles) | Stable |
| Complexité de gestion | Plus élevée (test bascule annuel) | Simple |
| Situation : entreprise bénéficiaire et investissant | Recommandé | Neutre |
| Situation : entreprise déficitaire ou en perte | Peu d'avantage fiscal immédiat | Peut être préférable |
| Présentation bancaire / levée de fonds | Résultat comptable plus faible → à expliquer | Résultat plus lisible |
Notre lecture : pour une PME bénéficiaire qui finance un équipement à crédit, le dégressif est généralement recommandé. L'économie d'IS des premières années contribue directement au remboursement de l'emprunt, créant un effet de levier financier. En revanche, pour une startup en phase de démarrage qui affiche des pertes, concentrer encore plus de charges sur des exercices déjà déficitaires n'apporte pas de bénéfice fiscal — et peut détériorer la présentation des comptes aux investisseurs.
L'amortissement dérogatoire : quand les deux régimes coexistent#
En comptabilité française, l'amortissement économique (qui reflète la dépréciation réelle du bien) est distinct de l'amortissement fiscal (qui suit les règles du CGI). Lorsque l'entreprise opte pour le dégressif sur un bien dont la dépréciation économique est linéaire, l'excédent de dotation fiscale sur la dotation économique doit être comptabilisé en amortissement dérogatoire :
- Compte 145 — Amortissements dérogatoires (au bilan, provisions réglementées)
- Dotation : compte 68725 — Dotations aux amortissements dérogatoires
- Reprise : compte 78725 — Reprises sur amortissements dérogatoires (en fin de période, quand le linéaire dépasse le dégressif)
L'amortissement dérogatoire est fiscalement déductible et figure dans la liasse fiscale (tableau 2058-A). Il doit être suivi bien immobilisation par bien immobilisation. Pour les implications sur la déclaration fiscale annuelle, consultez notre guide sur la Définition liasse fiscale.
Ce que l'administration regarde lors d'un contrôle fiscal#
L'amortissement dégressif fait partie des vérifications systématiques lors d'une vérification de comptabilité (VCF). Les points de contrôle les plus fréquents :
- Nature du bien : le vérificateur s'assure que le bien figure sur la liste limitative de l'art. 39 A. Un matériel mal classifié (ex. : véhicule utilitaire vs véhicule de tourisme) entraîne un rappel et des pénalités.
- Condition de nouveauté : une facture d'achat de bien "d'occasion remis à neuf" ne suffit pas à établir la nouveauté. La documentation du fournisseur est examinée.
- Cohérence du coefficient : la durée d'utilisation retenue dans le plan d'amortissement doit correspondre à la durée d'usage normale du secteur (BOFiP BOI-BIC-AMT-20-20-30). Un bien amorti sur 4 ans alors que la durée usuelle est de 7 ans dans la profession sera contesté.
- Test de bascule : le vérificateur peut recalculer l'année de bascule et vérifier que la dotation a bien été calculée selon la méthode la plus favorable (linéaire dès que supérieur). Une absence de bascule au bon moment entraîne un excédent de déduction.
- Tableau 2056-A : l'absence de mention du mode d'amortissement ou du coefficient dans la liasse fiscale est un signal d'alerte.
Points de vigilance 2026#
- LF 2026 : les coefficients de l'article 39 A (1,25 / 1,75 / 2,25) sont inchangés. Aucune modification de la liste des biens éligibles n'a été introduite par la loi de finances pour 2026 — à vérifier sur Légifrance en cas d'acquisition spécifique.
- Facturation électronique : à partir du 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et ETI, les factures d'immobilisations seront transmises via PDP ou PPF. Cela fiabilise les dates de mise en service et donc les proratas temporis — un point qui concerne directement le calcul de la première dotation.
- PCG 2026 (ANC) : les règles comptables d'amortissement du Plan comptable général au 1er janvier 2026 restent inchangées sur les principes — l'amortissement économique reste la référence, l'amortissement dérogatoire reste le mécanisme de réconciliation avec le fiscal.
Pour comprendre comment l'exercice comptable cadre les calculs d'amortissement, consultez notre article sur l'Exercice comptable et notre guide sur le Suivi comptable.
En pratique : checklist avant d'appliquer le dégressif#
Avant d'inscrire un bien en amortissement dégressif dans le plan d'amortissement :
- Le bien est-il neuf (condition de nouveauté stricte) ?
- La durée normale d'utilisation est-elle ≥ 3 ans ?
- Le bien figure-t-il sur la liste limitative de l'art. 39 A ?
- Le bien n'est-il pas un véhicule de tourisme, un immeuble d'habitation ou un local professionnel non hôtelier ?
- Le coefficient correct a-t-il été identifié (1,25 / 1,75 / 2,25) selon la durée retenue ?
- Le prorata temporis en mois entiers a-t-il été calculé pour la première année ?
- Un tableau de bascule pluriannuel a-t-il été établi pour identifier l'exercice de bascule ?
- L'amortissement dérogatoire (compte 145) a-t-il été calculé si la dépréciation économique diffère ?
- Les informations sont-elles correctement renseignées dans le tableau 2056-A de la liasse fiscale ?
Conclusion#
L'amortissement dégressif reste en 2026 un levier fiscal concret pour les entreprises qui investissent dans des biens éligibles. Bien appliqué, il génère un décalage positif de trésorerie que les entreprises bénéficiaires peuvent réinvestir ou affecter au remboursement de leurs emprunts. Mais le régime est encadré strictement : liste limitative, condition de nouveauté, mécanique de bascule obligatoire, suivi de l'amortissement dérogatoire.
Les erreurs les plus fréquentes vues en cabinet sont l'application par défaut du dégressif à des biens non listés, l'omission de la bascule en linéaire au bon exercice, et l'absence de documentation sur la qualification du bien. Ces écarts sont détectables lors d'un contrôle fiscal et exposent à des rappels de droits majorés.
Vous investissez dans du matériel industriel, informatique ou des équipements professionnels ? Notre cabinet analyse l'éligibilité de chaque acquisition, simule les deux scénarios (dégressif vs linéaire) et sécurise le plan d'amortissement avant l'arrêté des comptes.
À jour au 2026-05-26. Cet article informe et ne remplace pas un conseil personnalisé. Pour votre situation, contactez un expert-comptable inscrit à l’Ordre.
Questions fréquentes
Quel coefficient s'applique pour l'amortissement dégressif en 2026 ?
Le coefficient dépend de la durée normale d'utilisation du bien : 1,25 pour une durée de 3 à 4 ans, 1,75 pour 5 à 6 ans, et 2,25 pour une durée supérieure à 6 ans. Ces coefficients sont fixés par l'article 39 A du Code général des impôts et n'ont pas été modifiés par la loi de finances pour 2026.
Comment calculer l'amortissement dégressif année par année ?
Le taux dégressif (taux linéaire × coefficient légal) s'applique chaque année à la valeur nette comptable (VNC) résiduelle — et non à la valeur d'origine. Exemple : un bien de 100 000 € amorti sur 5 ans avec un taux dégressif de 35 % donne une dotation de 35 000 € en année 1, puis 22 750 € en année 2 (35 % × 65 000 €), et ainsi de suite. Dès que la dotation linéaire résiduelle (VNC / années restantes) dépasse la dotation dégressive, on bascule définitivement en linéaire.
Quand faut-il basculer de l'amortissement dégressif au linéaire ?
La bascule est obligatoire — et non optionnelle — dès que la dotation linéaire calculée sur la durée résiduelle (VNC divisée par le nombre d'années restantes, année en cours incluse) devient supérieure ou égale à la dotation dégressive. Ce test doit être effectué à chaque exercice. Sur un bien de 5 ans au taux dégressif de 35 %, la bascule intervient en année 4 (60 % de la durée écoulée).
Quels biens sont exclus du régime dégressif ?
Sont expressément exclus de l'amortissement dégressif : les biens d'occasion, les véhicules de tourisme, les biens dont la durée normale d'utilisation est inférieure à 3 ans, les immeubles d'habitation, et les locaux servant à l'exercice de la profession (à l'exception des établissements hôteliers). Seuls les biens neufs figurant sur la liste limitative de l'article 39 A du CGI sont éligibles.
Peut-on choisir librement entre amortissement dégressif et linéaire ?
Non. Le régime dégressif est réservé aux biens neufs figurant sur une liste limitative prévue par la loi (équipements industriels, matériels informatiques, installations de stockage, etc.). Pour les biens non éligibles, seul le régime linéaire s'applique. Pour les biens éligibles, l'entreprise peut choisir l'un ou l'autre — mais ce choix est irrévocable pour le bien concerné.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance - Article 39 A du Code général des impôts
- BOFiP - BIC, régime de l’amortissement dégressif (BOI-BIC-AMT-20-20-30)
- BOFiP - Amortissement dégressif spécifique à certains biens (BOI-BIC-AMT-20-20-50)
- economie.gouv.fr - Amortir un bien professionnel
- ANC - Plan comptable général au 1er janvier 2026
Ce sujet relève de notre mission DAF externalisé à Paris | CFO temps partagé
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.