Succession internationale : quelle fiscalite en France en 2026
Un deces avec des actifs en France et a l'etranger declenche plusieurs fiscalites. Territorialite (art. 750 ter CGI), conventions, reglement UE 650/2012 et credit d'impot : ce qui s'applique reellement en 2026.
Ce sujet relève de notre mission
CPA France Paris — Expert-Comptable pour Filiales ÉtrangèresNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Reponse rapide. Si le defunt etait domicilie fiscalement en France, l'article 750 ter du CGI rend imposables en France l'ensemble de ses biens, y compris ceux situes a l'etranger. Si le defunt residait hors de France, seuls les biens francais sont taxes, sauf si l'heritier reside en France depuis au moins 6 des 10 dernieres annees.
Un patrimoine reparti sur plusieurs pays (un appartement a Paris, un compte titres aux Etats-Unis, des parts de societe en Allemagne) ne suit pas une seule loi au deces. Deux questions se posent simultanement : quelle loi civile organise le partage, et quelles administrations fiscales reclament des droits. Ces deux logiques sont distinctes, et les confondre est la premiere source d'erreur que nous rencontrons dans les dossiers transfrontaliers.
Recemment, un dirigeant de PME etabli en region parisienne nous a sollicites apres le deces de son pere, resident americain, qui detenait un immeuble locatif en France et un portefeuille aux Etats-Unis. La famille pensait que seul le fisc americain etait concerne. La regle de territorialite francaise s'appliquait pourtant a l'immeuble, et la residence de l'heritier en France ouvrait une imposition plus large. Cet article expose le cadre reel en vigueur en 2026.
Chez Hayot Expertise, cabinet inscrit a l'Ordre des experts-comptables d'Ile-de-France, nous traitons regulierement ces situations dans le cadre de notre accompagnement French CPA pour situations transfrontalieres, en lien avec le notaire en charge du dossier civil.
La territorialite : qui paie quoi, selon l'article 750 ter du CGI#
La fiscalite francaise des successions repose sur l'article 750 ter du Code general des impots. Trois situations doivent etre distinguees, et c'est la domiciliation fiscale qui commande, pas la nationalite.
| Situation | Domicile fiscal | Biens imposables en France |
|---|---|---|
| Cas 1 | Defunt domicilie en France (art. 4 B CGI) | Tous les biens, situes en France et a l'etranger |
| Cas 2 | Defunt hors de France, heritier hors de France | Seuls les biens situes en France |
| Cas 3 | Defunt hors de France, heritier domicilie en France depuis au moins 6 des 10 dernieres annees | Biens francais + biens etrangers recus par cet heritier |
Le cas 3, prevu a l'article 750 ter 3° du CGI, est le plus souvent ignore. La regle dite des 6 ans sur 10 vise l'heritier, le legataire ou le donataire : s'il a ete domicilie fiscalement en France au moins 6 annees au cours des 10 annees precedant la transmission, les biens etrangers qu'il recoit deviennent imposables en France. Cette periode de 6 ans peut etre non continue. Une famille installee en France depuis longtemps qui herite d'un parent expatrie est donc concernee.
Pour comprendre comment les actifs sont detenus a l'etranger avant le deces, notre regard porte aussi sur la structuration des actifs detenus a l'etranger lorsque des parts de societes etrangeres entrent dans la masse successorale.
Le bareme 2026 : c'est le lien de parente qui decide#
Les droits de succession francais ne dependent pas de la nationalite de l'heritier, mais de son lien de parente avec le defunt. Le bareme est inchange en 2026.
| Beneficiaire | Abattement | Taux apres abattement |
|---|---|---|
| Enfant (ligne directe) | 100 000 EUR par parent et par enfant (art. 779 CGI), renouvelable tous les 15 ans | Bareme progressif de 5 % a 45 % (art. 777 CGI) |
| Tiers (non parent, concubin non pacse) | 1 594 EUR | 60 % |
Le taux de 60 % est souvent presente, a tort, comme un taux general applicable aux heritiers etrangers. C'est faux. Ce taux vise uniquement les personnes sans lien de parente, et il s'applique apres un abattement reduit de 1 594 EUR, pas sur l'ensemble des actifs bruts. Un enfant heritant d'un parent etranger beneficie du meme abattement de 100 000 EUR et du meme bareme progressif qu'un enfant heritant d'un parent francais.
Eviter la double imposition : conventions et article 784 A#
Un meme bien peut etre taxe par deux pays : celui de situation du bien et celui de residence. Deux mecanismes limitent cette double charge.
- Les conventions fiscales en matiere de succession. La France a signe des conventions dediees aux successions et donations avec certains pays, dont les Etats-Unis (convention du 24 novembre 1978). Ces conventions repartissent le droit d'imposer entre les deux Etats et priment sur le droit interne. Leur existence et leur contenu doivent etre verifies au cas par cas. C'est tout l'enjeu du role des conventions fiscales contre la double imposition.
- L'imputation de l'article 784 A du CGI, a defaut de convention. En l'absence de convention applicable, l'article 784 A permet d'imputer sur les droits dus en France les droits de mutation a titre gratuit deja acquittes a l'etranger. Cette imputation est plafonnee : elle ne peut exceder le montant des droits francais affectes aux biens meubles et immeubles situes hors de France.
Ce que l'administration regarde#
L'imputation de l'article 784 A suppose des justificatifs probants de l'impot effectivement paye a l'etranger : avis d'imposition etranger, preuve de paiement, conversion en euros. La jurisprudence recente (notamment une decision de la cour d'appel de Paris) tend a admettre l'imputation du seul impot effectivement acquitte, sans condition tenant a la maniere dont la base etrangere a ete calculee. Conservez l'integralite de la chaine documentaire : sans preuve, le credit est refuse.
Le reglement UE 650/2012 : la loi civile, pas la fiscalite#
C'est la confusion la plus frequente. Le reglement (UE) n° 650/2012 regit le volet civil des successions internationales : juridiction competente, loi applicable, reconnaissance des decisions et certificat successoral europeen. Il ne traite pas la fiscalite : les matieres fiscales sont expressement exclues du champ des reglements europeens de droit international prive.
Concretement, ce reglement applique un principe d'unicite : une seule loi nationale regit l'ensemble de la succession. Le critere de rattachement par defaut est la derniere residence habituelle du defunt. Une personne peut toutefois choisir d'appliquer sa loi nationale a sa succession (la professio juris), ce qui se decide de son vivant, par testament.
Notre lecture#
Choisir sa loi nationale via la professio juris peut securiser la transmission sur le plan civil, par exemple pour preserver une reserve hereditaire ou respecter une volonte de repartition. Mais ce choix ne deplace pas la fiscalite : meme si la loi americaine regit le partage, l'article 750 ter du CGI continue de determiner ce qui est taxable en France. Le volet civil se decide avec le notaire, le volet fiscal avec l'expert-comptable et le notaire conjointement.
Arbitrage : organiser de son vivant ou subir au deces#
Deux approches coexistent dans les dossiers patrimoniaux internationaux.
- Anticiper : donations echelonnees profitant de l'abattement de 100 000 EUR renouvelable tous les 15 ans, choix de loi par testament, clarification de la domiciliation fiscale, structuration patrimoniale via une holding lorsque le patrimoine comprend des actifs professionnels. Cette voie demande du temps et une coherence avec la situation reelle.
- Subir : sans preparation, les heritiers decouvrent au deces des bases imposables dans plusieurs pays, des delais courts et des justificatifs etrangers difficiles a obtenir. Le credit d'impot de l'article 784 A repare partiellement, jamais totalement.
L'anticipation convient lorsque la situation est stable et le patrimoine identifie. Lorsque le deces est survenu, la priorite devient la reconstitution rapide de l'inventaire et la collecte des preuves d'impots etrangers, en lien avec notre analyse fiscale de votre situation patrimoniale.
En pratique : declarer une succession internationale en France#
La marche a suivre, une fois le deces survenu, s'organise ainsi.
- Dresser l'inventaire complet des actifs et passifs, en distinguant ceux situes en France et ceux situes a l'etranger, avec leur valeur a la date du deces.
- Determiner la regle de territorialite applicable selon l'article 750 ter du CGI (domicile du defunt, domicile et anciennete de residence des heritiers).
- Verifier l'existence d'une convention fiscale succession avec le pays concerne, et a defaut preparer l'imputation de l'article 784 A.
- Rassembler les justificatifs d'impots etrangers deja payes (avis, preuves de paiement, conversions).
- Souscrire la declaration de succession sur les formulaires dedies (formulaire 2705 et, le cas echeant, 2705-S), dans le delai applicable. A verifier au cas precis sur service-public.fr, le delai de depot est en principe de 6 mois pour un deces survenu en France et de 12 mois pour un deces survenu a l'etranger.
Ces obligations s'articulent avec les autres obligations declaratives 2026 lorsque l'heritier est lui-meme contribuable francais.
Le risque sous-estime#
Le delai de depot est le premier piege operationnel. Reunir les pieces etrangeres (notamment des releves de comptes ou actes de propriete dans une autre langue) prend souvent plus de temps que prevu, et le delai court a compter du deces, pas de la decouverte des actifs. Un retard genere interets et majorations. Engagez la collecte des justificatifs des les premieres semaines.
Cas particuliers#
Plusieurs configurations meritent une attention specifique. Un heritier qui s'installe en France peut, dans certaines conditions, relever du regime des impatries pour les arrivants en France, regime qui concerne l'impot sur le revenu et non les droits de succession : il ne faut pas confondre les deux. Un dirigeant etranger qui structure son arrivee s'inscrit dans une feuille de route plus large. Enfin, lorsque la succession comprend une entreprise, l'analyse rejoint la fiscalite et les impots de l'entreprise et les dispositifs propres a la transmission d'exploitation, traites separement.
Dans tous ces cas, le travail se fait main dans la main avec le notaire, conformement a notre expertise comptable a dimension internationale.
Questions fréquentes
Comment fonctionne la succession d'une personne ayant des biens en France et a l'etranger ?+
Deux logiques s'appliquent. Le reglement UE 650/2012 designe la loi civile qui organise le partage, en principe celle de la derniere residence habituelle du defunt. La fiscalite suit une regle distincte : l'article 750 ter du CGI determine quels biens sont imposables en France selon le domicile du defunt et des heritiers.
Quel est le taux de droits de succession en France pour les heritiers etrangers ?+
La nationalite n'a pas d'incidence sur le taux. C'est le lien de parente qui compte. Un enfant beneficie d'un abattement de 100 000 EUR et d'un bareme progressif de 5 a 45 pour cent. Le taux de 60 pour cent vise uniquement les personnes sans lien de parente, apres un abattement de 1 594 EUR.
Un testament americain est-il valable en France ?+
Sur le plan civil, un testament etranger peut etre reconnu en France selon les regles de forme applicables, sous certaines conditions a verifier avec le notaire. Cette validite civile ne modifie toutefois pas la fiscalite : meme reconnu, le testament ne change pas l'application de l'article 750 ter du CGI aux droits de succession francais.
Comment eviter de payer deux fois les droits sur le meme bien ?+
Deux mecanismes existent. Une convention fiscale en matiere de succession, lorsqu'elle a ete signee avec le pays concerne, repartit le droit d'imposer. A defaut de convention, l'article 784 A du CGI permet d'imputer les droits payes a l'etranger sur les droits francais, dans la limite des droits francais affectes aux biens situes hors de France.
Le reglement europeen 650/2012 reduit-il mes droits de succession ?+
Non. Ce reglement traite uniquement le volet civil des successions internationales : loi applicable, juridiction competente, certificat successoral europeen. La fiscalite est expressement exclue de son champ. Choisir sa loi nationale par testament organise le partage, mais ne diminue pas les droits de succession dus en France.
Comment declarer une succession internationale en France ?+
Il faut souscrire une declaration de succession sur les formulaires dedies (2705 et, le cas echeant, 2705-S), apres avoir inventorie les actifs francais et etrangers et determine la territorialite. Le delai de depot est en principe de 6 mois pour un deces en France et 12 mois pour un deces a l'etranger, a verifier au cas precis.
A retenir#
- L'article 750 ter du CGI commande la fiscalite : un defunt domicilie en France est taxe sur l'ensemble de son patrimoine mondial.
- La regle des 6 ans sur 10 (art. 750 ter 3°) peut rendre les biens etrangers imposables en France quand l'heritier y reside durablement.
- Le taux de 60 % vise les tiers, jamais un taux general sur les actifs bruts ; un enfant garde l'abattement de 100 000 EUR.
- Le reglement UE 650/2012 regle la loi civile applicable, pas la fiscalite, qui en est expressement exclue.
- La double imposition se neutralise par convention ou, a defaut, par l'imputation plafonnee de l'article 784 A du CGI.
- Le delai de declaration (6 ou 12 mois) est court : la collecte des justificatifs etrangers doit demarrer immediatement.
Cet article informe sur le cadre general ; une decision liee a une succession precise suppose l'examen de la situation, des documents et du droit applicable, en lien avec le notaire en charge du dossier. Pour en discuter, contactez le cabinet.
Sources officielles#
- Legifrance - CGI art. 750 ter (territorialite des droits de mutation a titre gratuit)
- BOFiP - BOI-ENR-DMTG-10-10-30 (champ d'application territorial des successions)
- Legifrance - CGI art. 784 A (imputation de l'impot acquitte hors de France)
- Legifrance - CGI art. 779 et 777 (abattements et bareme des successions)
- EUR-Lex - Reglement (UE) n° 650/2012 sur les successions internationales
- Service-public.fr - declaration de succession (delais et formulaires)

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - CGI art. 750 ter (territorialite des droits de mutation a titre gratuit)
- BOFiP - BOI-ENR-DMTG-10-10-30 (champ d'application territorial des successions)
- Legifrance - CGI art. 784 A (imputation de l'impot acquitte hors de France)
- Legifrance - CGI art. 779 (abattements) et art. 777 (bareme des droits de succession)
- EUR-Lex - Reglement (UE) n° 650/2012 sur les successions internationales
- Notaires de France - succession internationale et reglement europeen
- Service-public.fr - declaration de succession (delais et formulaires)
Ce sujet relève de notre mission CPA France Paris — Expert-Comptable pour Filiales Étrangères
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