S'implanter en France : la feuille de route du dirigeant étranger
Filiale ou succursale, guichet unique INPI, compte bancaire, TVA et représentant fiscal : la feuille de route concrète du dirigeant étranger qui s'implante en France.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Pour implanter votre entreprise en France, vous immatriculez une filiale (SAS, SARL) ou une succursale via le guichet unique de l'INPI, obligatoire depuis le 1er janvier 2023. La filiale a sa propre personnalité morale et relève de l'impôt sur les sociétés français ; la succursale engage la société mère étrangère.
S'implanter en France n'est pas qu'une question de marché ou de talents : c'est d'abord un arbitrage de structure juridique qui détermine votre fiscalité, votre responsabilité et la lourdeur de vos obligations comptables. Un dirigeant étranger qui se trompe à cette étape paie cher la correction par la suite. Cette feuille de route décrit le chemin réel, étape par étape, tel que nous l'observons dans les dossiers de sociétés étrangères qui ouvrent une activité française.
Première décision : filiale, succursale ou bureau de liaison#
Le choix de la forme d'implantation conditionne tout le reste. Trois options principales s'offrent à une société étrangère, et elles n'emportent ni la même responsabilité, ni la même fiscalité, ni les mêmes formalités.
La filiale est une société française de plein exercice (SAS, SARL ou autre), dotée d'une personnalité morale propre. Elle limite la responsabilité de la société mère à ses apports et relève de l'impôt sur les sociétés français. La succursale, elle, n'a pas de personnalité juridique distincte : elle est un prolongement de la société mère étrangère, qu'elle engage directement. Le bureau de liaison, enfin, ne peut exercer aucune activité commerciale ; il sert uniquement à représenter, prospecter ou observer le marché, et n'est donc pas soumis à l'impôt sur les sociétés.
| Critère | Filiale (SAS/SARL) | Succursale | Bureau de liaison |
|---|---|---|---|
| Personnalité juridique | Propre, distincte de la mère | Aucune, prolongement de la mère | Aucune |
| Responsabilité | Limitée aux apports | Engage la société mère | Sans activité commerciale |
| Impôt sur les sociétés | Oui (IS français) | Oui sur l'activité française | Non |
| Activité commerciale | Oui | Oui | Non (représentation seule) |
| Image et autonomie | Forte, ancrage local | Liée à la mère | Présence légère |
Notre lecture. Dans la grande majorité des projets de développement durable en France, la filiale l'emporte : elle protège le patrimoine de la maison mère, rassure clients, banques et partenaires, et clarifie la frontière fiscale entre les deux pays. La succursale garde du sens pour une présence temporaire ou un test de marché à responsabilité assumée. Le bureau de liaison ne convient qu'à une phase strictement non commerciale.
Pour aller plus loin sur cette comparaison, consultez notre analyse dédiée filiale, succursale ou bureau de liaison et, si vous structurez plusieurs entités, le montage holding en France et filiale UE.
Faut-il résider en France pour diriger une société française ?#
Non. Un dirigeant étranger peut diriger une société française sans y résider, par exemple en tant que président de SAS. La nationalité et le lieu de résidence du dirigeant ne bloquent pas l'immatriculation de la société.
La distinction est importante : diriger à distance relève du droit des sociétés, tandis qu'exercer physiquement une activité sur le sol français relève du droit au séjour. Un ressortissant hors Union européenne qui souhaite venir travailler en France doit donc disposer d'un titre de séjour adapté à son projet, par exemple un passeport talent. Un ressortissant de l'Union européenne, lui, circule et s'installe librement.
Le risque sous-estimé. Beaucoup de fondateurs confondent les deux questions et croient devoir résider pour créer. Ils retardent inutilement leur projet, ou à l'inverse négligent le volet séjour quand ils comptent réellement s'installer. Séparez dès le départ la gouvernance (qui dirige, depuis où) du séjour (qui réside et travaille physiquement).
Les six étapes de l'implantation#
La procédure suit un enchaînement logique. Chaque étape conditionne la suivante, et certaines, comme l'ouverture du compte bancaire, prennent plus de temps qu'on ne l'imagine pour une structure à actionnariat étranger.
- Choisir la structure : trancher entre filiale (SAS ou SARL) et succursale selon votre besoin de responsabilité limitée et d'autonomie locale.
- Rédiger les statuts et réunir les pièces : établir les statuts et rassembler les justificatifs du représentant étranger (identité, justificatif de domicile, traductions le cas échéant).
- Immatriculer la société : déposer le dossier d'immatriculation sur le guichet unique de l'INPI, qui transmet au Registre national des entreprises.
- Ouvrir un compte bancaire professionnel : déposer le capital et obtenir le certificat de dépôt des fonds, étape souvent allongée par les contrôles d'identité du bénéficiaire effectif.
- S'identifier à la TVA : obtenir le numéro de TVA intracommunautaire pour facturer et déclarer correctement.
- Mettre en place la paie et missionner un expert-comptable : déclarer les premiers salariés via la DSN et sécuriser comptabilité, TVA et clôture.
| Jalon | Ce qui se joue | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Structure | Responsabilité, fiscalité, image | Décision lourde à corriger |
| Statuts et pièces | Conformité du dossier | Traductions et légalisations des actes étrangers |
| Immatriculation INPI | Existence juridique | Dossier complet pour éviter les rejets |
| Compte bancaire | Dépôt du capital | Délais liés à l'actionnariat étranger |
| TVA | Facturation conforme | Représentant fiscal si société hors UE redevable |
| Paie et clôture | Conformité sociale et fiscale | Première DSN et choix de l'expert-comptable |
Le détail complet de la création figure dans notre guide créer une société en France en tant que non-résident, et la procédure spécifique à la succursale dans ouvrir une succursale en France pour une société étrangère.
Le guichet unique de l'INPI, passage obligé depuis 2023#
Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités d'entreprise passent exclusivement par le guichet unique de l'INPI, accessible sur formalites.entreprises.gouv.fr. Cela vaut pour l'immatriculation, les modifications, la cessation et le dépôt des comptes annuels.
Le guichet alimente le Registre national des entreprises (RNE), qui centralise désormais les informations légales. Les anciennes voies, centres de formalités des entreprises et greffes en guichet direct, ne sont plus le point d'entrée. Pour un dirigeant étranger, cela simplifie le parcours administratif mais exige un dossier numérique complet et correctement traduit.
Ce que l'administration regarde. Un dossier d'immatriculation est rejeté quand l'objet social est imprécis, quand les pièces du représentant étranger sont incomplètes ou non traduites, ou quand le bénéficiaire effectif n'est pas clairement identifié. Préparez ces éléments en amont plutôt que de réagir à un rejet, qui décale l'ensemble du calendrier.
L'ouverture du compte bancaire : le vrai goulot d'étranglement#
Sur le papier, ouvrir un compte professionnel est une formalité. En pratique, c'est l'étape qui ralentit le plus les projets à capitaux étrangers. Les établissements appliquent des contrôles renforcés sur l'origine des fonds et l'identification des bénéficiaires effectifs, surtout lorsque la maison mère est étrangère.
Cas fréquent. Un éditeur de logiciels nord-américain nous a consultés alors qu'il hésitait entre succursale et filiale pour son arrivée en France. Il avait sous-estimé un point : l'ouverture du compte et le dépôt du capital de sa future filiale demandaient plusieurs semaines de vérifications bancaires, le temps de documenter la structure de détention américaine. Anticiper ce dossier dès le choix de la structure lui a évité de bloquer le versement des premiers salaires.
Préparez en amont les statuts de la société mère, l'organigramme de détention, les pièces d'identité des dirigeants et la justification de l'origine des fonds. Plus la chaîne de détention est claire, plus l'ouverture est rapide.
Fiscalité de la filiale : ce qu'il faut intégrer#
Une filiale française relève de l'impôt sur les sociétés. Le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique sur la fraction de bénéfice inférieure ou égale à 42 500 euros pour les PME dont le chiffre d'affaires hors taxes est inférieur à 10 millions d'euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à au moins 75 % par des personnes physiques (CGI article 219, I-b).
Ce taux réduit mérite attention pour un groupe étranger : la condition de détention à 75 % par des personnes physiques est rarement remplie lorsque la filiale est détenue par une société mère étrangère. Dans ce cas, le bénéfice est imposé au taux normal de 25 % dès le premier euro. C'est un point que nous vérifions systématiquement au moment du montage.
| Élément fiscal | Filiale détenue par une société étrangère |
|---|---|
| Impôt sur les sociétés | 25 % (taux normal) |
| Taux réduit 15 % sur fraction ≤ 42 500 € | En principe inaccessible (capital non détenu à 75 % par des personnes physiques) |
| Liasse fiscale | 2065 pour l'IS |
| Comptabilité | Plan comptable général (PCG, règlement ANC 2014-03) |
La remontée des bénéfices vers la maison mère soulève une autre question, celle de la retenue à la source sur les dividendes : nous la traitons dans dividendes versés à une société mère étrangère. Pour les structures américaines, voyez aussi US LLC et filiale française.
TVA et représentant fiscal : un point sensible hors UE#
Toute société établie hors de l'Union européenne et redevable de la TVA en France doit en principe désigner un représentant fiscal, c'est-à-dire un assujetti établi en France (CGI article 289 A). Une société établie dans l'Union européenne en est dispensée et procède à une simple identification ou désigne un mandataire.
Arbitrage. Créer une filiale française, c'est précisément éviter cette contrainte de représentant fiscal : la filiale, société française, s'identifie directement à la TVA et obtient son numéro intracommunautaire. À l'inverse, une société hors UE qui réalise des opérations taxables en France sans filiale doit composer avec le représentant fiscal, sa responsabilité solidaire et son coût. C'est l'un des arguments concrets en faveur de la filiale pour un groupe non européen.
Côté seuils, la franchise en base de TVA s'établit à 37 500 euros pour les prestations de services et 85 000 euros pour les ventes de biens. Le seuil unique de 25 000 euros, un temps envisagé, a été abandonné par la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025. Le sujet du représentant fiscal est détaillé dans représentant fiscal en France pour une société étrangère.
Obligations comptables et facturation électronique#
Une fois immatriculée, la filiale tient sa comptabilité selon le Plan comptable général (règlement ANC 2014-03). Elle établit ses comptes annuels, dépose une liasse fiscale (formulaire 2065 pour l'IS) et doit pouvoir remettre son fichier des écritures comptables (FEC) en cas de contrôle (LPF article L. 47 A, I).
La facturation électronique entre dans une nouvelle phase. La réception de factures électroniques devient obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à compter du 1er septembre 2026. Côté émission, l'obligation démarre le 1er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire, puis le 1er septembre 2027 pour les PME, TPE et micro-entreprises.
Points de vigilance 2026. Une filiale qui démarre en 2026 doit être en capacité de recevoir des factures électroniques dès le 1er septembre, quelle que soit sa taille. Le calendrier d'émission, plus tardif pour les petites structures, ne doit pas faire oublier l'obligation de réception, qui, elle, s'applique à tout le monde immédiatement.
Cas particuliers#
Certaines situations modifient sensiblement la feuille de route.
- Ressortissant UE contre hors UE : le ressortissant de l'Union européenne s'installe et travaille librement ; le ressortissant hors UE qui veut exercer physiquement en France relève d'un titre de séjour adapté, même s'il peut diriger à distance sans titre.
- Société mère dans l'UE contre hors UE : la dispense de représentant fiscal joue pour les sociétés établies dans l'Union ; les sociétés hors UE redevables de la TVA en France doivent en principe en désigner un.
- Prestataire de services pur : si l'activité est exclusivement de prestation et reste sous le seuil de 37 500 euros, la franchise en base peut s'appliquer un temps, mais elle ferme le droit à déduction de la TVA, ce qui pénalise souvent une structure qui investit.
- E-commerce et ventes à distance : les règles de TVA des ventes à distance et des guichets dédiés se superposent au choix d'implantation et demandent un examen propre.
En pratique : préparer son dossier#
Avant de lancer la moindre formalité, rassemblez les éléments suivants. Un dossier complet en amont évite la majeure partie des retards.
- Statuts de la société mère étrangère, traduits si nécessaire.
- Organigramme de détention faisant apparaître le bénéficiaire effectif.
- Pièces d'identité et justificatifs de domicile du ou des dirigeants.
- Projet de statuts de la filiale française et définition précise de l'objet social.
- Adresse de domiciliation en France pour le siège social.
- Justification de l'origine des fonds destinés au capital.
- Plan des premières embauches pour anticiper la paie et la DSN.
Pour l'accompagnement complet de la constitution, voyez notre service création d'entreprise à Paris. Les dirigeants anglophones peuvent s'appuyer sur notre expert-comptable francophone et anglophone à Paris et, plus largement, sur notre pôle international.
Questions fréquentes
Comment créer une entreprise en France quand on est étranger ?+
Vous choisissez d'abord une structure, le plus souvent une filiale SAS ou SARL, puis vous rédigez les statuts, réunissez les pièces du représentant, déposez le capital et immatriculez la société sur le guichet unique de l'INPI depuis le 1er janvier 2023. Un expert-comptable sécurise ensuite la TVA, la paie et la clôture.
Faut-il être résident pour créer une société en France ?+
Non. Un dirigeant étranger peut diriger une société française sans y résider, par exemple comme président de SAS. La résidence concerne le droit au séjour, distinct du droit des sociétés. Un ressortissant hors Union européenne qui veut exercer physiquement en France doit en revanche disposer d'un titre de séjour adapté à son activité.
Comment ouvrir un compte bancaire pro pour une société étrangère ?+
Vous préparez les statuts, l'organigramme de détention, les pièces d'identité des dirigeants et la justification de l'origine des fonds. Les banques appliquent des contrôles renforcés sur les bénéficiaires effectifs des structures étrangères, ce qui allonge souvent les délais. Anticiper ce dossier dès le choix de la structure évite de bloquer le dépôt du capital.
Quelles étapes pour s'implanter en France ?+
Vous choisissez la structure, rédigez les statuts et réunissez les pièces, immatriculez la société au guichet unique de l'INPI, ouvrez un compte bancaire et déposez le capital, vous identifiez à la TVA, puis mettez en place la paie via la DSN. Chaque étape conditionne la suivante et mérite d'être préparée en amont.
Filiale ou succursale, que choisir ?+
La filiale est une société française autonome qui limite la responsabilité de la mère et relève de l'impôt sur les sociétés français. La succursale n'a pas de personnalité juridique et engage la société mère étrangère. La filiale convient à un développement durable et autonome ; la succursale à une présence plus légère ou temporaire.
Une filiale française paie-t-elle l'impôt sur les sociétés au taux réduit ?+
Le taux réduit de 15 % vise la fraction de bénéfice inférieure ou égale à 42 500 euros, sous condition que le capital soit détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Une filiale détenue par une société mère étrangère ne remplit en principe pas cette condition et relève du taux normal de 25 %.
Faut-il un représentant fiscal pour la TVA en France ?+
Une société établie hors de l'Union européenne et redevable de la TVA en France doit en principe désigner un représentant fiscal établi en France, au sens de l'article 289 A du Code général des impôts. Une société établie dans l'Union européenne en est dispensée. Créer une filiale française évite cette contrainte.
À retenir#
- Le choix entre filiale, succursale et bureau de liaison détermine votre responsabilité, votre fiscalité et vos formalités : c'est la première décision et la plus structurante.
- Toutes les formalités passent par le guichet unique de l'INPI depuis le 1er janvier 2023, qui alimente le Registre national des entreprises.
- Diriger une société française ne suppose pas d'y résider, mais exercer physiquement une activité en France suppose un titre de séjour adapté pour un ressortissant hors UE.
- Une filiale détenue par une société mère étrangère relève en principe de l'impôt sur les sociétés au taux normal de 25 %, le taux réduit de 15 % supposant une détention par des personnes physiques.
- Une société hors UE redevable de la TVA doit en principe désigner un représentant fiscal (CGI article 289 A) ; la filiale française y échappe.
- Anticipez l'ouverture du compte bancaire et la facturation électronique, dont la réception devient obligatoire pour toutes les entreprises au 1er septembre 2026.
Cet article informe sur les grandes lignes de l'implantation en France. Chaque projet appelle un examen de la situation, des documents et du droit applicable. Le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, accompagne des sociétés étrangères, US LLC et UK Ltd notamment, dans l'ouverture et la gestion de leur filiale française. Pour cadrer votre projet, parlons de votre situation.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalité
Besoin d'un devis ou d'un conseil personnalisé ?
Notre cabinet d'expertise comptable vous accompagne dans toutes vos démarches. Obtenez un devis gratuit pour analyser votre situation et vous proposer une offre tarifaire sur-mesure ou contactez-nous directement.