Portefeuille immobilier : IRPP, LMNP et IFI, le panorama du bailleur
Loyers, micro ou réel, LMNP, IFI au-delà de 1 300 000 euros : le panorama fiscal du bailleur multi-biens, avec les arbitrages régime par régime et les pièges 2026.
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Expert-comptable fiscaliste à Paris | IS, TVA, contrôleNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Un portefeuille immobilier mêle plusieurs fiscalités : la location nue relève des revenus fonciers (micro-foncier 30 % jusqu'à 15 000 euros ou réel avec déficit imputable jusqu'à 10 700 euros), la location meublée des BIC en LMNP, et au-delà de 1 300 000 euros de patrimoine immobilier net vous entrez dans l'IFI.
Détenir plusieurs biens en location ne se résume pas à encaisser des loyers : chaque type de bien obéit à un régime fiscal distinct, et un même bailleur peut relever simultanément des revenus fonciers, des BIC et de l'impôt sur la fortune immobilière. Le portefeuille immobilier crée donc une complexité que la détention d'un bien unique masque rarement. L'enjeu n'est pas d'appliquer un régime, mais d'arbitrer entre plusieurs, bien par bien.
Cet article dresse le panorama fiscal du bailleur disposant d'un patrimoine locatif diversifié : imposition des loyers selon la nature du bien, choix entre micro et réel, statut LMNP, structure de détention, et entrée dans le champ de l'IFI. Précision utile : l'impôt de solidarité sur la fortune, l'ISF, a été supprimé en 2018 et remplacé par l'IFI, qui ne porte plus que sur le patrimoine immobilier.
Comment sont imposés les revenus d'un portefeuille immobilier#
La première erreur consiste à raisonner « immobilier » de façon globale. Or l'administration distingue d'abord la nature de la location : nue ou meublée. Cette distinction commande tout le reste.
La location nue génère des revenus fonciers, imposés au barème progressif de l'impôt sur le revenu. La location meublée génère des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), un univers fiscal différent qui ouvre notamment l'amortissement du bien.
Dans les deux cas, les prélèvements sociaux s'ajoutent à l'impôt sur le revenu. Sur les revenus du patrimoine, leur taux est passé à 18,6 % depuis le 1er janvier 2026, contre 17,2 % auparavant. Cette hausse, souvent oubliée dans les simulations, augmente mécaniquement la pression sur les revenus locatifs nets.
Notre lecture#
Un portefeuille mixte, qui combine du nu et du meublé, doit faire l'objet d'un arbitrage régime par régime, et non d'un choix unique. Rien n'oblige à traiter tous les biens de la même manière, sauf contraintes propres à chaque régime que nous détaillons plus bas.
Location nue : micro-foncier ou régime réel#
Pour la location nue, deux régimes coexistent. Le micro-foncier applique un abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers, dans la limite de 15 000 euros de loyers bruts par an. Le régime réel permet de déduire les charges effectives et, surtout, de constater un déficit foncier.
Le déficit foncier s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 euros par an. Point technique essentiel : les intérêts d'emprunt ne s'imputent jamais sur le revenu global, mais uniquement sur les revenus fonciers. L'excédent de déficit est reportable sur les années suivantes.
L'option pour le régime réel engage le bailleur pour trois ans. Ce n'est donc pas un choix réversible chaque année.
| Critère | Micro-foncier | Régime réel |
|---|---|---|
| Abattement | 30 % forfaitaire | Charges réelles déduites |
| Plafond de loyers | 15 000 euros/an | Aucun |
| Déficit | Impossible | Imputable jusqu'à 10 700 euros sur le revenu global |
| Intérêts d'emprunt | Inclus dans l'abattement | Déductibles, mais sur revenus fonciers seulement |
| Engagement | Aucun | 3 ans |
Arbitrage#
Le micro-foncier convient à un bien peu chargé, sans travaux ni crédit lourd, dont les charges réelles sont inférieures à 30 % des loyers. Dès qu'il y a des travaux significatifs, des intérêts d'emprunt élevés ou des charges de copropriété importantes, le réel devient presque toujours préférable, car il ouvre la déduction des charges et le déficit foncier.
Location meublée : le statut LMNP#
La location meublée relève des BIC. Le bailleur non professionnel exerce sous le statut LMNP (loueur en meublé non professionnel). Là encore, deux régimes s'affrontent. Nous détaillons ces arbitrages dans nos articles sur le LMNP en 2026 et la distinction LMNP ou LMP.
Le micro-BIC applique un abattement de 50 % pour la location meublée classique de longue durée, dans la limite de 77 700 euros de recettes. Le régime réel permet de déduire les charges et, atout majeur, d'amortir le bien, ce qui efface souvent l'essentiel de l'imposition courante des loyers.
Un point de vigilance majeur change la donne depuis peu. Depuis le 15 février 2025, en application de la loi de finances 2025, les amortissements déduits en LMNP au réel sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente. Concrètement, l'avantage obtenu pendant la détention est en partie repris au moment de la cession, car la plus-value imposable est majorée.
| Critère | Micro-BIC | Régime réel (LMNP) |
|---|---|---|
| Abattement | 50 % | Charges réelles déduites |
| Plafond de recettes | 77 700 euros | Aucun |
| Amortissement du bien | Non | Oui |
| Plus-value à la revente | Inchangée | Amortissements réintégrés depuis le 15 février 2025 |
Le risque sous-estimé#
Beaucoup de bailleurs en LMNP au réel ont construit leur stratégie sur un amortissement « gratuit ». La réintégration des amortissements dans la plus-value depuis le 15 février 2025 modifie cet équilibre : l'économie d'impôt pendant la détention est partiellement reprise à la sortie. Cela ne disqualifie pas le réel, mais impose de raisonner sur tout le cycle, détention et revente comprises.
L'IFI : qui est concerné#
L'impôt sur la fortune immobilière, l'IFI, a remplacé l'ISF en 2018. Il ne frappe plus que le patrimoine immobilier, à l'exclusion des actifs financiers. Vous êtes redevable lorsque votre patrimoine immobilier net dépasse 1 300 000 euros au 1er janvier.
Subtilité technique : si le seuil d'imposition est fixé à 1 300 000 euros, le barème, lui, commence à 800 000 euros une fois ce seuil franchi. La première tranche taxée court donc de 800 000 à 1 300 000 euros.
| Fraction de la valeur nette taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 800 000 euros | 0 % |
| De 800 000 à 1 300 000 euros | 0,5 % |
| De 1 300 000 à 2 570 000 euros | 0,7 % |
| De 2 570 000 à 5 000 000 euros | 1 % |
| De 5 000 000 à 10 000 000 euros | 1,25 % |
| Au-delà de 10 000 000 euros | 1,5 % |
Une décote atténue l'effet de seuil pour les patrimoines compris entre 1 300 000 et 1 400 000 euros : elle s'élève à 17 500 euros, diminués de 1,25 % de la valeur nette taxable. La résidence principale bénéficie par ailleurs d'un abattement de 30 %. La déclaration se fait sur le formulaire 2042-IFI, joint à la déclaration de revenus.
Ce que l'administration regarde#
L'IFI s'apprécie au 1er janvier sur l'ensemble du patrimoine immobilier net, dettes déductibles déduites. Un portefeuille qui se valorise au fil des acquisitions peut franchir le seuil sans que le bailleur en prenne conscience, surtout si les biens ont pris de la valeur depuis l'achat. La valorisation des biens, et non leur prix d'acquisition, est le point d'attention central.
Détenir en direct ou via une SCI#
La structure de détention modifie profondément la fiscalité. Une SCI peut relever de l'impôt sur le revenu (transparence fiscale) ou opter pour l'impôt sur les sociétés. Ce choix est structurant et largement irréversible en pratique, comme l'explique notre comparatif SCI à l'IR ou à l'IS.
La SCI à l'IR est transparente : les revenus fonciers remontent chez les associés, sans amortissement possible. À la revente, c'est le régime des plus-values des particuliers qui s'applique, avec ses abattements pour durée de détention : exonération d'impôt sur le revenu après 22 ans et de prélèvements sociaux après 30 ans.
La SCI à l'IS, à l'inverse, permet d'amortir l'immeuble, ce qui réduit l'imposition courante des loyers. Mais à la revente, la plus-value est professionnelle : elle se calcule sur la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable, sans aucun abattement pour durée, et elle est taxée à l'IS.
| Critère | SCI à l'IR | SCI à l'IS |
|---|---|---|
| Imposition des loyers | Revenus fonciers chez les associés | IS (25 %, ou 15 % sous conditions) |
| Amortissement | Non | Oui |
| Plus-value à la revente | Régime des particuliers, abattements pour durée | Professionnelle (prix moins valeur nette comptable), sans abattement |
| Exonération longue détention | IR après 22 ans, prélèvements sociaux après 30 ans | Aucune |
Sur le taux d'IS 2026 : le taux normal est de 25 %, et un taux réduit de 15 % s'applique sur la fraction de bénéfice inférieure ou égale à 42 500 euros, sous conditions de PME et de détention du capital à 75 % au moins par des personnes physiques. Cette condition est rarement remplie pour une SCI patrimoniale détenue par une holding.
Arbitrage#
L'IS n'est pas systématiquement « gagnant » malgré l'amortissement. Il convient à une logique de capitalisation des loyers sans revente à court terme. L'IR convient mieux à une détention longue suivie d'une revente, grâce aux abattements pour durée, et à la transmission. Le bon choix dépend de l'horizon : détenir pour louer et capitaliser, ou détenir pour revendre. Il n'existe pas de gagnant universel. La détention de locaux professionnels via une SCI obéit à la même logique, traitée dans notre article détenir ses locaux professionnels en SCI.
Comment cadrer la fiscalité de son portefeuille#
Voici une méthode pour reprendre la main sur un portefeuille devenu complexe :
- Inventorier les biens par nature : location nue, location meublée longue durée, meublé de tourisme classé ou non classé.
- Affecter le bon régime à chaque bien : micro ou réel pour le foncier, micro-BIC ou réel pour le meublé, en chiffrant les charges réelles.
- Tester le déficit foncier sur les biens lourdement chargés ou en travaux, en isolant les intérêts d'emprunt qui ne s'imputent que sur les revenus fonciers.
- Vérifier l'assujettissement à l'IFI en valorisant le patrimoine net au 1er janvier, résidence principale après abattement de 30 % comprise.
- Interroger la structure de détention au regard de l'horizon : conserver et capitaliser, ou revendre à terme.
- Anticiper la sortie dès l'entrée : pour le LMNP au réel, intégrer la réintégration des amortissements dans la plus-value.
Les leviers et pièges à garder en tête :
- Le réel n'est intéressant que si les charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire correspondant.
- L'option pour le réel foncier engage trois ans : à ne pas activer pour une seule année de travaux isolée.
- Les intérêts d'emprunt ne créent pas de déficit imputable sur le revenu global.
- L'amortissement LMNP réduit l'impôt pendant la détention mais alourdit la plus-value à la revente depuis février 2025.
- L'IFI se déclenche sur la valorisation actuelle du patrimoine, pas sur le prix d'achat.
- Le meublé de tourisme non classé a perdu son régime favorable avec la loi Le Meur.
Cas particuliers#
Le meublé de tourisme et la loi Le Meur#
Tous les meublés de tourisme ne se valent plus fiscalement. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 a durci le régime du meublé de tourisme non classé : abattement micro-BIC ramené à 30 % et plafond abaissé à 15 000 euros, contre 50 % et 77 700 euros pour le meublé de tourisme classé. Le classement du bien devient donc un paramètre fiscal à part entière pour les bailleurs concernés.
Détention via une SCI ou une holding#
Loger des biens dans une SCI à l'IS détenue par une holding peut servir une logique de capitalisation, mais ferme l'accès au taux réduit d'IS de 15 %, dont la condition de détention par des personnes physiques n'est alors plus remplie. C'est un arbitrage de fond, à examiner au regard de l'objectif patrimonial global et de notre guide holding ou SCI, et non un montage à reproduire mécaniquement. Le choix entre SARL de famille et SCI ou le recours à une SAS immobilière relèvent de la même réflexion de structuration.
La résidence principale et l'IFI#
La résidence principale entre dans l'assiette de l'IFI, mais après un abattement de 30 % sur sa valeur. Pour un bailleur dont une part importante du patrimoine repose sur sa résidence principale, cet abattement peut faire basculer ou non au-delà du seuil de 1 300 000 euros. C'est un point à recalculer chaque année au 1er janvier.
Cas fréquent#
Dans les dossiers de bailleurs multi-biens, un schéma revient souvent : un propriétaire détient plusieurs appartements, certains loués nus, d'autres meublés, sans avoir jamais arbitré entre micro et réel bien par bien. Il déclare tout au micro par habitude, alors que deux de ses biens en travaux auraient généré un déficit foncier significatif au réel. Autre profil récurrent : le bailleur dont le patrimoine s'est valorisé au fil des années et qui ignore qu'il est désormais redevable de l'IFI, faute d'avoir réévalué ses biens au 1er janvier. Dans les deux cas, le frein n'est pas la complexité de la règle, mais l'absence d'un cadrage régime par régime.
Questions fréquentes
Comment sont imposés les revenus d'un portefeuille immobilier ?+
Selon la nature de chaque bien : la location nue génère des revenus fonciers imposés au barème de l'impôt sur le revenu, la location meublée des BIC sous statut LMNP. Les prélèvements sociaux, à 18,6 % depuis 2026, s'ajoutent dans les deux cas. Un portefeuille mixte combine donc plusieurs régimes simultanément.
Micro-foncier ou régime réel : comment choisir ?+
Le micro-foncier applique un abattement de 30 % jusqu'à 15 000 euros de loyers et convient aux biens peu chargés. Le régime réel déduit les charges effectives et permet un déficit foncier imputable jusqu'à 10 700 euros sur le revenu global. Le réel s'impose dès qu'il y a travaux, crédit ou charges importantes.
Qu'est-ce que l'IFI et qui est concerné ?+
L'IFI est l'impôt sur la fortune immobilière. Vous y êtes redevable lorsque votre patrimoine immobilier net dépasse 1 300 000 euros au 1er janvier. Le barème commence à 800 000 euros une fois ce seuil franchi, avec des taux de 0,5 % à 1,5 %. La résidence principale bénéficie d'un abattement de 30 %.
L'ISF existe-t-il encore ?+
Non. L'impôt de solidarité sur la fortune, l'ISF, a été supprimé en 2018 et remplacé par l'IFI, l'impôt sur la fortune immobilière. La différence est majeure : l'IFI ne porte que sur le patrimoine immobilier, alors que l'ISF intégrait aussi les placements financiers. Seul l'immobilier net est désormais taxé.
SCI à l'IR ou à l'IS : que choisir ?+
La SCI à l'IR est transparente, sans amortissement, avec abattements pour durée à la revente (exonération d'IR après 22 ans). La SCI à l'IS amortit le bien mais déclenche une plus-value professionnelle sans abattement à la cession. L'IR sied à la détention longue et à la transmission, l'IS à la capitalisation des loyers.
LMNP : micro-BIC ou réel ?+
Le micro-BIC offre un abattement de 50 % jusqu'à 77 700 euros de recettes pour le meublé classique. Le réel déduit les charges et amortit le bien, effaçant souvent l'impôt courant. Attention : depuis le 15 février 2025, les amortissements sont réintégrés dans la plus-value à la revente, ce qui réduit l'avantage final.
À retenir#
- Un portefeuille immobilier combine plusieurs fiscalités : revenus fonciers pour le nu, BIC en LMNP pour le meublé, et IFI au-delà de 1 300 000 euros de patrimoine net.
- L'arbitrage micro contre réel se fait bien par bien : le réel s'impose dès que les charges, travaux ou intérêts d'emprunt sont significatifs.
- Le déficit foncier s'impute sur le revenu global jusqu'à 10 700 euros par an, hors intérêts d'emprunt.
- En LMNP au réel, l'amortissement allège l'impôt pendant la détention mais majore la plus-value à la revente depuis le 15 février 2025.
- Le choix SCI à l'IR ou à l'IS dépend de l'horizon : détention longue et transmission pour l'IR, capitalisation des loyers pour l'IS.
- L'ISF n'existe plus depuis 2018 : seul l'IFI, sur le patrimoine immobilier net, est dû au-delà du seuil.
Chaque situation patrimoniale est singulière : cet article informe sur les grands équilibres, mais une décision propre à votre portefeuille suppose l'examen de vos biens, de vos charges réelles et de la réglementation en vigueur. Notre cabinet accompagne les bailleurs dans le cadrage régime par régime, la structuration en SCI et le suivi de leur IFI, dans le cadre de nos missions de fiscalité d'entreprise, de fiscalité des holdings et de tenue comptable. Voyez aussi notre pôle immobilier et notre expert-comptable fiscaliste immobilier.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
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