RevPAR, TRevPAR et GOPPAR : piloter un hôtel (2026)
ADR, taux d'occupation, RevPAR, TRevPAR, GOPPAR : la méthode chiffrée pour piloter la rentabilité d'un hôtel en 2026, au-delà du seul chiffre d'affaires hébergement.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Un hôtel qui suit uniquement son chiffre d'affaires hébergement pilote à l'aveugle. Trois indicateurs structurent le pilotage hôtelier moderne : le RevPAR, le TRevPAR et le GOPPAR. Chacun répond à une question différente, et leur lecture combinée révèle où se crée — ou se détruit — la rentabilité.
Les deux briques de base : ADR et taux d'occupation#
Avant les ratios composés, deux mesures élémentaires.
- ADR (Average Daily Rate), ou prix moyen par chambre vendue : chiffre d'affaires hébergement divisé par le nombre de chambres vendues. Il mesure votre politique tarifaire.
- Taux d'occupation : chambres vendues divisées par chambres disponibles. Il mesure votre capacité à remplir.
Une erreur classique consiste à optimiser l'un au détriment de l'autre. Brader les tarifs gonfle l'occupation mais écrase l'ADR ; tenir des prix élevés protège l'ADR mais laisse des chambres vides. Le RevPAR réconcilie les deux.
RevPAR : le revenu par chambre disponible#
Le RevPAR (Revenue Per Available Room) se calcule de deux façons équivalentes :
- RevPAR = ADR × taux d'occupation
- RevPAR = chiffre d'affaires hébergement / nombre de chambres disponibles
Il rapporte le revenu hébergement à l'ensemble du parc, vendu ou non. C'est l'indicateur de référence pour comparer deux périodes ou deux établissements de taille différente.
Exemple chiffré complet#
Prenons un hôtel de 30 chambres, un ADR de 120 € et un taux d'occupation de 70 %.
- RevPAR = 120 × 70 % = 84 € par chambre disponible et par jour.
- Recette hébergement quotidienne : 84 € × 30 = 2 520 €.
- Sur 365 jours : environ 919 800 € de chiffre d'affaires hébergement annuel.
Même RevPAR, deux scénarios opposés : 120 € × 70 % et 84 € × 100 % donnent tous deux 84 €. Mais le second use davantage le linge, le ménage et le personnel pour le même revenu. Le RevPAR ne dit pas tout sur le coût servi.
TRevPAR : intégrer tous les revenus#
Le TRevPAR (Total Revenue Per Available Room) élargit le numérateur à l'ensemble des revenus : restauration et bar (F&B), spa, séminaires, parking, blanchisserie.
- TRevPAR = chiffre d'affaires total / nombre de chambres disponibles
Dans notre hôtel, si le F&B et les autres services génèrent 750 000 € annuels supplémentaires, le CA total atteint 1 669 800 €, soit un TRevPAR d'environ 152 €. Un hôtel avec restaurant et séminaires affiche mécaniquement un TRevPAR très supérieur à son RevPAR : c'est le signal d'une diversification des revenus.
GOPPAR : le seul indicateur de rentabilité réelle#
Le GOPPAR (Gross Operating Profit Per Available Room) rapporte non plus le revenu mais le résultat brut d'exploitation (revenus moins charges d'exploitation directes, avant loyer, amortissements, intérêts et impôts) à la chambre disponible.
- GOPPAR = résultat brut d'exploitation / nombre de chambres disponibles
C'est l'indicateur que regardent les investisseurs, car il intègre la structure de coûts. Deux hôtels au même RevPAR peuvent avoir des GOPPAR très différents selon leur maîtrise des charges.
Pourquoi le RevPAR seul est insuffisant face aux commissions OTA#
C'est l'angle mort majeur. Les plateformes de réservation en ligne (OTA) prélèvent des commissions de l'ordre de 15 à 25 % du montant de la réservation. Une chambre vendue 120 € via une OTA à 18 % ne rapporte réellement que 98,40 € net de commission.
Le RevPAR affiché reste de 84 €, mais le RevPAR net de commissions chute. Piloter au RevPAR brut revient à célébrer un remplissage qui détruit de la marge. C'est précisément pour cela que le GOPPAR est décisif : la commission OTA y figure en charge de distribution et écrase le résultat. Optimiser le mix de canaux (réservation directe, téléphone, OTA) améliore le GOPPAR sans toucher au RevPAR.
Sortir ces indicateurs de la comptabilité analytique#
Ces ratios ne sortent pas du compte de résultat fiscal. Ils exigent une comptabilité analytique par centre de profit :
- un centre Hébergement (chambres),
- un centre F&B (restaurant, bar),
- des centres annexes (spa, séminaire, parking).
Concrètement, on ventile les produits et les charges directes par centre via des comptes analytiques. Les commissions OTA s'isolent dans un compte de charges externes dédié (compte 622, commissions et courtages) pour suivre leur poids réel. Le résultat de chaque centre alimente le GOPPAR par segment et révèle quel centre porte la rentabilité.
Mini-tableau de benchmarks indicatifs#
| Indicateur | Hôtel économique | Milieu de gamme | Haut de gamme |
|---|---|---|---|
| ADR | 60 à 90 € | 100 à 160 € | 200 € et plus |
| Occupation | 65 à 75 % | 65 à 75 % | 60 à 70 % |
| RevPAR | 40 à 65 € | 70 à 110 € | 130 € et plus |
| GOPPAR / RevPAR | élevé (coûts faibles) | moyen | variable |
Ces fourchettes sont indicatives et dépendent fortement de la localisation et de la saison.
Du RevPAR brut au RevPAR net de distribution#
Le RevPAR affiché ignore le coût d'acquisition. Or une nuitée vendue via une plateforme ne rapporte pas autant qu'une réservation directe. Le RevPAR net retranche les commissions de distribution (OTA, GDS, metasearch) du revenu hébergement par chambre disponible.
- RevPAR net = (CA hébergement − commissions de distribution) / chambres disponibles
Deux hôtels au même RevPAR de 84 € n'ont pas le même RevPAR net si l'un réalise 30 % de réservations directes et l'autre 70 % d'OTA à 18 %. Piloter le mix de canaux — part directe, téléphone, OTA, commissions Booking et Expedia — améliore le RevPAR net sans toucher au RevPAR brut. C'est le premier réflexe avant toute décision tarifaire.
Le flow-through : quelle part du revenu tombe en résultat#
Une chambre supplémentaire vendue n'engendre que peu de charges variables (ménage, blanchisserie, accueil) : la quasi-totalité de son revenu tombe en marge. C'est le flow-through (taux de conversion incrémental).
- Flow-through = variation du GOP / variation du revenu
Un flow-through élevé signifie qu'un point de RevPAR gagné se transforme presque intégralement en GOPPAR. C'est pourquoi, en haute saison, défendre l'ADR plutôt que brader pour remplir est souvent plus rentable : remplir à bas prix gonfle l'occupation, le linge et le personnel sans nourrir le résultat. Le flow-through relie directement le pilotage tarifaire à la rentabilité réelle.
Suivre au quotidien : pickup, pace et benchmark de marché#
Le pilotage hôtelier ne se lit pas seulement a posteriori. Trois outils structurent le suivi prospectif :
- Pickup : les réservations engrangées jour après jour pour une date future. Il révèle la dynamique de remplissage avant l'arrivée.
- Pace (rythme) : la comparaison du pickup à la même date l'an dernier, pour savoir si l'on est en avance ou en retard.
- Benchmark de marché : se comparer à un panier d'hôtels concurrents via des indices d'occupation, d'ADR et de RevPAR (un indice de RevPAR supérieur à 100 signifie que l'on surperforme son marché de référence).
Ces indicateurs alimentent le yield management : ajuster le prix selon la demande anticipée, et non au feeling. Couplés à une comptabilité analytique d'hôtel et au suivi de la taxe de séjour, ils transforment des données éparses en décisions de revenue management.
RevPAR et seuil de rentabilité : le taux d'occupation critique#
Le RevPAR mesure un revenu, jamais un point mort. Or un hôtel supporte des charges fixes lourdes (loyer ou crédit, amortissements, personnel de structure, énergie). Le taux d'occupation critique est celui à partir duquel le RevPAR couvre ces charges fixes et le GOPPAR devient positif. En dessous, les nuits vendues ne suffisent pas à absorber la structure. Calculer ce seuil — charges fixes annuelles divisées par la marge sur coûts variables par chambre — éclaire les arbitrages : ouvrir un étage, fermer en basse saison, ou investir dans la réservation directe pour relever le RevPAR net ? Le RevPAR seul ne répond pas ; couplé au seuil de rentabilité, il devient un outil de décision.
Du RevPAR cible au budget annuel#
Le RevPAR n'est pas qu'un indicateur de suivi : c'est aussi un outil de budgétisation. En partant d'un RevPAR cible par saison, on construit le budget hébergement : RevPAR × nombre de chambres × nombre de jours. Pour notre hôtel de 30 chambres, viser 90 € de RevPAR sur l'année donne 90 × 30 × 365 ≈ 985 500 € de CA hébergement budgété. On affine ensuite par mois selon la saisonnalité (un RevPAR de 130 € en haute saison, 55 € en creux). Comparer chaque mois le réalisé au budgété alimente un forecast glissant : si le pickup est en retard sur le budget, on ajuste les prix ou les actions commerciales avant que le mois ne soit perdu. C'est la jonction entre revenue management et pilotage financier.
Erreurs fréquentes#
- Confondre ADR et RevPAR : un bon ADR sur peu de chambres vendues masque un RevPAR médiocre.
- Ignorer les commissions OTA dans le pilotage tarifaire et présenter un RevPAR brut flatteur.
- Comparer des RevPAR de catégories différentes : un benchmark n'a de sens qu'à segment et marché comparables.
- Oublier le TRevPAR dans un hôtel à forte activité F&B ou séminaire, où l'hébergement n'est qu'une partie du revenu.
- S'arrêter au RevPAR sans GOPPAR : seul le GOPPAR dit si l'activité est rentable après charges.
Le bon réflexe : suivre les trois indicateurs en parallèle, mensuellement, à partir d'une comptabilité analytique par centre de profit, et raisonner toujours net de commissions de distribution.
Questions fréquentes
Quelle est la formule du RevPAR ?
Le RevPAR se calcule de deux manières équivalentes : ADR multiplié par le taux d'occupation, ou chiffre d'affaires hébergement divisé par le nombre de chambres disponibles sur la période. Pour un ADR de 120 € et une occupation de 70 %, le RevPAR vaut 84 € par chambre disponible et par jour. C'est l'indicateur de référence pour comparer deux périodes ou deux hôtels.
Quelle différence entre RevPAR, TRevPAR et GOPPAR ?
Le RevPAR ne mesure que le revenu hébergement par chambre disponible. Le TRevPAR intègre tous les revenus (restauration, bar, spa, séminaire) par chambre disponible. Le GOPPAR rapporte le résultat brut d'exploitation, donc revenus moins charges directes, à la chambre disponible. Seul le GOPPAR mesure la rentabilité réelle, car il intègre la structure de coûts et les commissions OTA.
Pourquoi les commissions OTA faussent-elles le RevPAR ?
Les plateformes de réservation prélèvent généralement 15 à 25 % du montant réservé. Une chambre vendue 120 € via une OTA à 18 % ne rapporte que 98,40 € net. Le RevPAR affiché reste inchangé, mais la marge réelle chute. Piloter au RevPAR brut peut donc valoriser un remplissage destructeur de marge. Le GOPPAR, qui intègre la commission en charge, corrige cette illusion.
Comment obtenir le GOPPAR à partir de la comptabilité ?
Le GOPPAR ne sort pas du compte de résultat fiscal standard. Il faut une comptabilité analytique par centre de profit : hébergement, F&B, annexes. On ventile produits et charges directes par centre, on isole les commissions OTA dans un compte dédié de courtages, puis on divise le résultat brut d'exploitation par le nombre de chambres disponibles sur la période.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
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