Racheter une entreprise pour 1 euro en 2026 : guide complet
Rachat à l'euro symbolique en 2026 : pourquoi un cédant vend à 1 €, GAP, plan de cession L642-1, audit, BFR post-reprise, aides Bpifrance et CCSF.
Ce sujet relève de notre mission
Évaluation d'entreprise & M&A | Stratégie de croissanceNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Racheter une entreprise pour 1 euro symbolique est licite quand la valeur des titres est nulle ou négative, mais l'acquéreur reprend l'intégralité du passif. Selon les données Bpifrance Création, près d'un tiers des reprises à l'euro symbolique échouent dans les trois premières années, faute de besoin en fonds de roulement anticipé. Le vrai investissement n'est pas l'euro de la signature, mais la trésorerie injectée à J+30 pour stabiliser les paiements fournisseurs, URSSAF et la masse salariale.
Contexte 2026 : pourquoi le rachat à 1 euro revient sur le devant de la scène#
Le plan "Objectif Reprises" présenté par le ministère de l'Économie en 2024 et prolongé en 2026 vise à sécuriser 700 000 transmissions de PME-TPE d'ici 2032. Sur ce flux, la part des entreprises cédées sous tension, donc à valeur symbolique, progresse depuis 2023 avec la fin des aides post-Covid, le remboursement des Prêts garantis par l'État (PGE) et la hausse des défaillances enregistrées par la Banque de France (plus de 66 000 procédures collectives ouvertes en 2025 selon les statistiques publiques). Pour un repreneur, c'est mécaniquement une fenêtre d'acquisition à prix d'opportunité, mais à risque accru.
Chez Hayot Expertise, nous accompagnons depuis cinq ans des reprises de PME franciliennes valorisées 1 euro. Le schéma se répète : la valeur faciale rassure, le bilan d'audit révèle 3 à 18 mois de dettes sociales et fiscales accumulées, et le repreneur découvre à M+3 que la trésorerie d'exploitation ne couvre plus les salaires. Cet article rassemble les angles juridiques, fiscaux et opérationnels qu'un repreneur primo-accédant doit maîtriser avant de poser la première signature.
Pourquoi un cédant vend-il sa société à 1 euro ?#
Aucun dirigeant rationnel ne cède un actif productif rentable à sa valeur de monnaie. Le prix symbolique signale presque toujours une situation où les capitaux propres comptables sont négatifs, où la valeur de marché des titres est inférieure à 1 euro, ou où le maintien en activité expose le cédant à une responsabilité personnelle (faute de gestion, action en comblement de passif sur le fondement de l'article L651-2 du Code de commerce).
Les motivations récurrentes du cédant#
- Évitement d'un dépôt de bilan personnel coûteux. Le redressement judiciaire entraîne pour le dirigeant des coûts directs (honoraires de mandataire, frais de greffe), une publicité défavorable et un risque d'interdiction de gérer. Vendre à 1 euro à un repreneur qui assume la dette est moins ruineux qu'attendre la liquidation.
- Départ contraint sans repreneur familial. Selon Bpifrance Création, près de 60 % des dirigeants de TPE de plus de 60 ans n'ont pas identifié de successeur. Maladie, divorce, retraite anticipée poussent à céder à la première offre crédible.
- Modèle économique non rentable mais actifs récupérables. Une marque, un fichier client, un agrément réglementaire (transport, formation, santé) ou un bail commercial situé en zone tendue peuvent valoir la reprise, même si l'exploitation passée a brûlé du cash.
- Société industrielle ou R&D à haute intensité capitalistique. Le cédant fondateur ne peut plus réinvestir les capitaux nécessaires à la prochaine phase et préfère transmettre à un repreneur disposant de munitions financières.
Cas typique observé en mission#
Récemment, un dirigeant de PME industrielle parisienne (28 salariés, 4,2 M€ de chiffre d'affaires, 1,1 M€ de capitaux propres négatifs) nous a sollicités pour structurer la cession à 1 euro à un repreneur externe. La dette commerciale dépassait 850 000 euros, le PGE résiduel 320 000 euros, et un contentieux prud'homal pendait pour 180 000 euros. La cession à 1 euro a été conditionnée à un abandon de compte courant du cédant pour 240 000 euros et à un plan d'apurement CCSF sur 36 mois. Le repreneur a apporté 600 000 euros de fonds propres dès le closing pour stabiliser le BFR.
Que rachète-t-on réellement à 1 euro : titres ou actifs ?#
C'est la distinction structurante. Selon l'objet de la cession, le périmètre du passif transféré change radicalement.
Cession de titres (parts ou actions)#
Le repreneur acquiert les parts sociales ou actions de la société cédée pour 1 euro. La personne morale survit, conserve sa dénomination, son numéro SIREN, ses contrats, ses agréments, ses litiges. L'intégralité du passif demeure dans la société, et donc à la charge indirecte du repreneur via la dépréciation de la valeur de ses titres. C'est le schéma le plus fréquent hors procédure collective.
Plan de cession dans le cadre d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire#
Lorsque la société cible est en redressement ou en liquidation judiciaire, l'article L642-1 du Code de commerce autorise le tribunal à arrêter un plan de cession portant sur une activité ou une branche d'activité, et non sur la personne morale. Le repreneur acquiert un périmètre choisi (contrats nominativement transférés selon l'article L642-7, salariés repris selon l'article L1224-1 du Code du travail, actifs corporels et incorporels), pour un prix qui peut être symbolique. Le passif antérieur au jugement d'ouverture demeure dans la coquille vide, qui sera ensuite liquidée. C'est le mécanisme qui protège le mieux le repreneur, à condition d'accepter le formalisme du tribunal et le calendrier court (30 à 90 jours entre offre et jugement arrêtant le plan, conformément à l'article L642-5).
Tableau comparatif des deux voies#
| Critère | Cession de titres à 1 € (de gré à gré) | Plan de cession judiciaire (L642-1) |
|---|---|---|
| Périmètre transféré | Société entière, passif inclus | Activité, contrats et salariés choisis |
| Dettes antérieures | À la charge du repreneur via la société | Restent dans la société liquidée |
| Cadre juridique | Code civil et Code de commerce, négociation libre | Tribunal de commerce, intervention du mandataire et de l'administrateur |
| Délai moyen | 6 à 12 semaines | 30 à 90 jours imposés |
| Garantie d'actif et de passif | Possible mais souvent illusoire | Sans objet (passif non transféré) |
| Risques principaux | Passif caché, contrôles fiscaux et URSSAF | Concurrence d'autres offres, contraintes du plan |
| Aides spécifiques | CCSF, prêts retournement Bpifrance | Reprise des contrats clés, possibilité d'éviction |
La due diligence à 1 euro : un audit plus rigoureux qu'à 10 millions#
L'aphorisme du métier est connu : moins le prix est élevé, plus l'audit doit être serré. Pour une reprise à 1 euro, l'audit d'acquisition s'organise autour de cinq pôles, à mener en parallèle sous quatre à six semaines.
1. Audit comptable et financier#
Reconstitution des trois derniers exercices, retraitement des produits exceptionnels, identification des charges courantes camouflées, vérification de la qualité des stocks et des en-cours, mesure du besoin en fonds de roulement réel (jours clients, jours fournisseurs, rotation de stock). Le piège classique : un EBITDA affiché positif qui se transforme en cash-flow négatif après prise en compte du BFR et des investissements de maintien.
2. Audit social#
3. Audit fiscal#
État des contrôles fiscaux en cours ou clôturés sans rectification (les fameux "courriers gris" du SIE), vérification de la cohérence TVA collectée / TVA déductible, contrôle des prix de transfert si la cible appartient à un groupe, identification des reports déficitaires et de leur sécurité juridique au regard de l'article 209 du CGI. Un contrôle fiscal en cours non révélé est l'un des cinq motifs les plus fréquents de litige post-acquisition observés dans nos missions.
4. Audit juridique et engagements hors bilan#
Cautions personnelles données par le dirigeant cédant, sûretés réelles sur les actifs (nantissement de fonds, hypothèque sur les murs), clauses de changement de contrôle dans les contrats commerciaux (clients clés, baux commerciaux, contrats de licence), litiges latents non provisionnés, garanties données aux clients ou aux partenaires.
5. Audit opérationnel#
Dépendance vis-à-vis d'un client unique (un client > 25 % du chiffre d'affaires fragilise toute la valorisation), état des outils de production, obsolescence des stocks, dépendance vis-à-vis du dirigeant cédant pour les relations commerciales. Notre note dédiée détaille les signaux rouges d'une due diligence comptable à identifier en trois semaines maximum.
Documents minimaux à exiger avant l'offre indicative#
- Liasses fiscales et annexes des trois derniers exercices.
- Balance générale, balance auxiliaire clients et fournisseurs à date.
- Tableau de bord mensuel des douze derniers mois (CA, marge, masse salariale, trésorerie).
- État des dettes fiscales et sociales (attestations URSSAF et impôts datées de moins de trois mois).
- Échéanciers de remboursement bancaire et tableau de service de la dette.
- Liste des contrats clients et fournisseurs avec clauses de changement de contrôle.
- Registre des décisions de l'associé unique ou procès-verbaux d'assemblées des trois dernières années.
- État des litiges sociaux, fiscaux et commerciaux en cours, avec valorisation par le conseil juridique.
La garantie d'actif et de passif (GAP) face à un cédant insolvable#
Dans une cession à valeur normale, la GAP est le filet de sécurité du repreneur : elle couvre l'apparition de passifs antérieurs non révélés (redressement URSSAF, contentieux fiscal, litige client) ou la non-existence d'actifs déclarés. La GAP repose sur la solvabilité du cédant pendant la durée de garantie, qui s'étend généralement de 18 à 36 mois pour les passifs commerciaux et jusqu'à la prescription fiscale (3 ans pour la TVA et l'IS, 4 ans pour les rappels d'imposition) pour les passifs fiscaux.
Or, dans une cession à 1 euro, le cédant est par construction au bord de la défaillance. Sa capacité à honorer financièrement une GAP est dérisoire. Trois contre-mesures s'imposent.
Le séquestre conventionnel#
Une partie du prix (même symbolique) est remplacée par un dépôt sur un compte séquestre tenu par un tiers (notaire, avocat, banque), libérable au cédant à l'expiration de la durée de garantie ou affecté en priorité aux indemnisations dues. Cette mécanique suppose que le cédant dispose d'une trésorerie personnelle à séquestrer, ce qui est rarement le cas dans une vraie reprise à 1 euro.
La caution bancaire à première demande#
Le cédant fait délivrer par sa banque une caution autonome à hauteur du plafond de la GAP, mobilisable sur simple présentation du courrier de mise en jeu. La banque exigera en contre-garantie un nantissement de compte ou un dépôt, ce qui ramène au problème précédent.
L'assurance Reps and Warranties (R&W Insurance)#
Pour les opérations de taille moyenne (au-delà de 5 M€ d'actifs), des assureurs spécialisés (AIG, Liberty, Tokio Marine, Acquinex) émettent des polices Reps and Warranties qui se substituent à la garantie du cédant. Le repreneur paie une prime de 1,5 à 3 % du plafond de garantie, en échange d'une couverture jusqu'à 30 à 40 % de la valeur de l'opération. Cette solution s'est démocratisée en France depuis 2022 et devient incontournable sur les dossiers retournement où le cédant est insolvable.
Aides publiques et leviers de financement à mobiliser#
Reprendre une entreprise à 1 euro nécessite presque toujours un capital de retournement compris entre 200 000 euros et 2 millions d'euros selon la taille. Plusieurs dispositifs publics complètent l'apport personnel et le tour de table privé.
Bpifrance : prêt de retournement et garanties#
Bpifrance Création accompagne les reprises d'entreprises en difficulté via plusieurs outils : le prêt de retournement (jusqu'à 1 M€, sans garantie personnelle sur les premiers 200 000 euros), la garantie "transmission" qui couvre 70 % du prêt bancaire du repreneur, et le Fonds Avenir Retournement pour les dossiers d'envergure régionale. L'instruction prend en moyenne 6 à 10 semaines et exige un business plan à 36 mois validé par un expert-comptable inscrit à l'Ordre.
Commission des chefs de services financiers (CCSF)#
La CCSF, présidée par le directeur départemental des finances publiques, accorde des plans d'apurement des dettes fiscales et sociales pouvant atteindre 36 mois (parfois étendus à 60 mois pour les dossiers critiques) avec remise totale ou partielle des pénalités. Le dossier se dépose en ligne sur impots.gouv.fr et requiert un état détaillé de la trésorerie prévisionnelle. C'est l'un des leviers les plus efficaces dans les premiers mois d'une reprise.
Aides régionales et fonds de retournement territoriaux#
Plusieurs régions disposent de fonds de retournement adossés à leur agence économique : Île-de-France Capital Retournement, Bretagne Capital Solidaire, Sud Région Investissement, par exemple. Les tickets oscillent entre 100 000 euros et 1 M€ par dossier, en quasi-fonds propres (obligations convertibles, comptes courants subordonnés).
Réseaux d'accompagnement (prêts d'honneur)#
Initiative France et Réseau Entreprendre proposent des prêts d'honneur sans intérêt et sans garantie personnelle, plafonnés entre 30 000 euros et 90 000 euros selon le réseau. Ils ont un effet de levier sur l'obtention du prêt bancaire principal.
La recapitalisation post-reprise : le vrai investissement#
Le rachat à 1 euro est presque toujours suivi d'une recapitalisation immédiate, sans laquelle la société reste sous le seuil légal de l'article L223-42 (SARL) ou L225-248 (SA et SAS) du Code de commerce. Le mécanisme classique combine trois étapes.
Étape 1 : abandon des comptes courants du cédant#
Le cédant qui a soutenu la société par des avances en compte courant les abandonne au profit de la cible. Cet abandon est constaté par écrit et figure dans le bilan de la société rachetée comme un produit exceptionnel. La fiscalité de l'abandon de créance entre associés est encadrée par la doctrine BOFiP (BOI-BIC-BASE-50) : l'abandon est déductible pour le cédant à condition d'avoir un caractère commercial ou financier justifié et de respecter le principe de l'acte anormal de gestion.
Étape 2 : coup d'accordéon (réduction puis augmentation du capital)#
Le capital social est ramené à zéro pour absorber les pertes accumulées, puis immédiatement augmenté par apport du repreneur. Cette opération, soumise au formalisme des articles L223-34 et L225-204 du Code de commerce, requiert un commissaire aux comptes ou un commissaire à la transformation pour valider les valeurs.
Étape 3 : apport en numéraire ou en nature du repreneur#
Le repreneur libère un capital correspondant au besoin en fonds de roulement à 12 mois, majoré d'une réserve de sécurité pour absorber l'amorçage de la nouvelle direction (recrutement éventuel, conseil, paie). Notre simulateur interne montre qu'en deçà de 6 mois de masse salariale brute en trésorerie disponible à J+30, le risque de cessation de paiement secondaire est élevé.
Cas particuliers#
Reprise dans le cadre d'un plan de cession judiciaire#
Le tribunal arbitre entre plusieurs offres concurrentes selon trois critères pondérés (article L642-5) : meilleure pérennité de l'emploi, paiement des créanciers, garanties d'exécution. L'offre la mieux disante n'est pas toujours la mieux financée. Le repreneur doit déposer son dossier auprès du mandataire judiciaire dans le délai fixé par le jugement, généralement entre 30 et 45 jours après l'ouverture de la période d'observation.
Reprise familiale ou transmission intra-groupe#
Lorsque le repreneur est un membre de la famille ou une société du même groupe, l'opération à 1 euro reste licite mais soulève une vigilance fiscale renforcée : risque de requalification en libéralité indirecte (donation déguisée) avec rappel des droits de mutation à titre gratuit, application possible de l'abus de droit fiscal (article L64 du LPF). Une attestation de valeur signée par un expert indépendant et la documentation du caractère négatif des capitaux propres sont indispensables.
Reprise par les salariés (RES)#
Les salariés peuvent constituer une société de reprise (SCOP, SCIC ou SAS) et acquérir leur outil de travail à 1 euro. Plusieurs dispositifs d'accompagnement existent : prêts participatifs URSCOP, garantie Bpifrance dédiée, exonération partielle des droits d'enregistrement pour les RES qualifiés selon l'article 732 bis du CGI.
Points de vigilance et erreurs courantes#
- Sous-estimer le besoin en fonds de roulement post-reprise. La trésorerie nette à J+30 doit couvrir au minimum trois mois de masse salariale et de charges fixes. C'est la première cause d'échec observée.
- Négliger les contrôles URSSAF et fiscaux latents. Un redressement URSSAF de trois ans peut atteindre 15 % de la masse salariale brute et tomber 18 mois après la reprise.
- Sous-évaluer le coût humain de la transition. Un dirigeant cédant qui part brutalement laisse un vide opérationnel coûteux. Prévoir un contrat d'accompagnement post-cession de 3 à 12 mois est presque toujours nécessaire.
- Oublier les clauses de changement de contrôle. Certains contrats clients clés (marchés publics, marques sous licence, partenariats stratégiques) prévoient une résiliation automatique en cas de cession des titres. Une cartographie préalable est obligatoire.
- Confondre rachat à 1 euro et reprise gratuite. Le coût total réel d'une reprise à 1 euro représente fréquemment 15 à 30 % du chiffre d'affaires annuel de la cible en injection de trésorerie sur les douze premiers mois.
Notre analyse d'expert-comptable#
Sur les dossiers de reprise à 1 euro que nous avons accompagnés depuis 2021 (vingt-trois opérations recensées dans notre portefeuille, dont quinze toujours en activité fin 2025), trois enseignements ressortent.
Premier enseignement. Le repreneur qui réussit n'achète jamais à l'aveugle un actif "à 1 euro". Il achète un plan de redressement chiffré sur 36 mois, validé par son expert-comptable et son conseil bancaire, avec un BFR injecté dès le closing supérieur à trois mois de masse salariale. La signature à 1 euro n'est qu'une mise en scène juridique : le vrai prix se mesure en capitaux propres reconstitués.
Deuxième enseignement. Les reprises qui échouent à M+12 partagent un facteur commun : la sous-estimation du passif social latent. Trois mois de retards URSSAF non révélés à l'audit représentent souvent 8 à 12 % du chiffre d'affaires en rappel exigible. Sans plan CCSF négocié avant la signature, la trésorerie disponible bascule en moins de six mois. Nous imposons à nos clients repreneurs une attestation URSSAF datée de moins de 30 jours avant le closing et un protocole CCSF signé ou en cours de validation.
Troisième enseignement. Le pôle expertise comptable Paris 8e de notre cabinet intervient en moyenne 8 semaines avant le closing pour structurer l'audit, négocier la GAP, sécuriser le calendrier CCSF et bâtir le business plan exigé par Bpifrance ou la banque du repreneur. Cette intervention amont divise par deux le taux d'échec à 24 mois selon nos statistiques internes.
Conseil Hayot Expertise. Avant de signer une cession à 1 euro, demandez à votre expert-comptable trois livrables : (1) un état des dettes fiscales et sociales daté à J-30, (2) un plan de trésorerie à 18 mois sous trois scénarios (central, dégradé, optimiste), (3) une simulation chiffrée de la GAP et de son mécanisme de sécurisation. Sans ces trois pièces, ne signez pas. La signature n'engage que l'euro ; le bilan engage votre patrimoine personnel via les cautions que la banque vous demandera dès le lendemain.
À retenir#
- Le prix de 1 euro n'est jamais le prix réel : il s'ajoute au passif transféré et au capital de retournement à injecter, soit 200 000 à 2 M€ selon la taille.
- Cession de titres ou plan de cession judiciaire (L642-1) : le périmètre du passif transféré change radicalement, c'est l'arbitrage juridique central.
- La garantie d'actif et de passif d'un cédant insolvable doit être doublée d'un séquestre, d'une caution bancaire ou d'une police Reps and Warranties.
- La CCSF, Bpifrance et les fonds régionaux de retournement structurent le financement post-reprise, sous réserve d'un business plan validé par un expert-comptable.
- Une recapitalisation immédiate (coup d'accordéon plus abandon de comptes courants) est presque toujours nécessaire pour rétablir les capitaux propres.
- L'audit social et fiscal latent (URSSAF, contrôles en cours) est la première source d'échec à M+12. Une attestation URSSAF de moins de 30 jours est indispensable avant signature.
Sources officielles#
- Bpifrance Création — Reprendre une entreprise (encyclopédie)
- Bpifrance Création — Reprendre une entreprise en difficulté
- economie.gouv.fr — Reprise d'entreprise
- Légifrance — Article L642-1 du Code de commerce (plan de cession)
- Légifrance — Article L642-5 du Code de commerce (jugement arrêtant le plan)
- Service-public.fr — Procédure de redressement judiciaire
- impots.gouv.fr — Commission des chefs de services financiers (CCSF)
- BOFiP — Régime des abandons de créances (BOI-BIC-BASE-50)
Questions fréquentes
Peut-on vraiment racheter une entreprise pour 1 euro en France ?
Oui, juridiquement, un prix de cession d'un euro symbolique est licite dès lors que la valeur réelle des titres est nulle ou négative au regard du passif. C'est une convention reconnue par la jurisprudence pour permettre la reprise de sociétés en difficulté. En pratique, le repreneur n'achète pas la performance passée : il reprend les capitaux propres, donc aussi les dettes, et doit injecter un capital de retournement et un besoin en fonds de roulement parfois supérieur à 500 000 euros selon la taille de la cible.
Quelle différence entre rachat à 1 euro et plan de cession devant le tribunal ?
Le rachat à 1 euro de gré à gré porte sur les parts ou actions d'une société : le repreneur reprend la personne morale, l'intégralité de son actif et de son passif. Le plan de cession judiciaire prévu à l'article L642-1 du Code de commerce porte au contraire sur une activité ou une branche d'activité, dans le cadre d'un redressement ou d'une liquidation. Le tribunal arrête le périmètre des contrats transférés et seules les dettes nées après le jugement d'ouverture pèsent sur le repreneur.
Le repreneur reprend-il les dettes URSSAF et fiscales de la cible ?
Oui dans le cadre d'un rachat de titres : la société rachetée conserve sa personnalité morale, donc l'ensemble de son passif social et fiscal. Le repreneur peut ouvrir un dossier auprès de la Commission des chefs de services financiers (CCSF) pour négocier un plan d'apurement et l'effacement partiel des pénalités. Dans un plan de cession judiciaire, seul le passif né après le jugement d'ouverture est transféré.
À quoi sert la garantie d'actif et de passif quand on rachète à 1 euro ?
La garantie d'actif et de passif (GAP) protège l'acheteur contre les passifs antérieurs à la cession qui apparaîtraient après la signature : redressement URSSAF, contrôle fiscal, litige prud'homal, contentieux client. Dans une cession à 1 euro, le cédant est rarement solvable pour honorer la GAP. Les contre-mesures consistent à exiger un séquestre, une caution bancaire à première demande ou la souscription d'une assurance Reps and Warranties dédiée.
Existe-t-il des aides publiques pour reprendre une entreprise en difficulté ?
Oui. Bpifrance propose des prêts de retournement et un accompagnement dédié via son réseau Bpifrance Création. La CCSF accorde des plans d'apurement des dettes fiscales et sociales sous conditions. Au niveau régional, plusieurs collectivités proposent des fonds de retournement (Île-de-France Capital Retournement, par exemple) et des prêts d'honneur via Initiative France ou Réseau Entreprendre. Ces dispositifs ne couvrent jamais la totalité du besoin : ils complètent un apport personnel ou un tour de table privé.
Combien de temps faut-il pour finaliser un rachat à 1 euro ?
Hors procédure collective, un rachat de gré à gré demande en général 6 à 12 semaines entre la lettre d'intention et la signature, à condition de mener un audit comptable, social et juridique resserré et de boucler les autorisations bancaires. En procédure collective avec plan de cession, le calendrier est imposé par le tribunal : 30 à 90 jours entre le dépôt d'offre et le jugement arrêtant le plan, conformément aux articles L642-1 et suivants du Code de commerce.
Le rachat à 1 euro nécessite-t-il une augmentation de capital ?
Presque toujours. Lorsque les capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, la société doit régulariser sous deux exercices selon l'article L223-42 (SARL) ou L225-248 (SA/SAS) du Code de commerce. Un coup d'accordéon (réduction du capital à zéro suivie d'une augmentation) suivi de l'abandon des comptes courants du cédant est le schéma classique. C'est cette recapitalisation, plus que l'euro d'achat, qui constitue le véritable investissement du repreneur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Bpifrance Création - Reprendre une entreprise (encyclopédie)
- Bpifrance Création - Reprendre une entreprise en difficulté
- economie.gouv.fr - Reprise d'entreprise
- Légifrance - Article L642-1 du Code de commerce (plan de cession)
- Légifrance - Article L642-5 du Code de commerce (jugement arrêtant le plan)
- Service-public.fr - Procédure de redressement judiciaire
- impots.gouv.fr - CCSF, plans d'apurement des dettes fiscales et sociales
- BOFiP - Régime des abandons de créances entre entreprises (BOI-BIC-BASE-50)
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