Prêt intragroupe : taux de marché et plafond de déduction 2026
Comment fixer et justifier le taux d'un prêt entre sociétés liées pour garder les intérêts déductibles en 2026 : taux plafond de l'article 39-1-3°, échappatoire du taux de marché et plafonds de sous-capitalisation.
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Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cessionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. En 2026, les intérêts d'un prêt entre sociétés liées sont déductibles dans la limite d'un taux plafond légal (article 39-1-3° du CGI), de l'ordre de 4,5 % selon votre date de clôture. Vous pouvez aller au-delà uniquement si vous prouvez un taux de marché (article 212 I-a), puis vérifier les plafonds de sous-capitalisation et d'EBITDA.
Le scénario est classique : une holding prête de la trésorerie à sa filiale, ou un associé alimente le compte courant de sa société, et l'on inscrit des intérêts en charge. Sur le papier, rien de plus simple. En contrôle, c'est l'un des redressements les plus fréquents que nous voyons sur les groupes patrimoniaux, parce que le taux a été fixé « au doigt mouillé » et que personne n'a constitué le dossier de preuve le jour du prêt.
Cet article est un mode d'emploi opérationnel. Il ne décrit pas le dispositif dans l'abstrait : il vous donne la suite d'étapes, dans l'ordre, pour fixer un taux qui tient, le justifier et passer les trois filtres successifs qui conditionnent la déduction. Pour la logique d'ensemble d'un montage à étages, l'article créer une holding pose le décor.
Trois filtres, pas un seul#
La première erreur consiste à croire qu'il n'existe qu'un plafond. En réalité, les intérêts d'un prêt intragroupe doivent franchir trois filtres indépendants. Un seul d'entre eux suffit à provoquer une réintégration extra-comptable.
- Le filtre du taux (articles 39-1-3° et 212 I-a) : le taux servi ne doit pas dépasser le taux plafond légal, sauf preuve d'un taux de marché.
- Le filtre de la sous-capitalisation (article 212 bis) : si la société est trop endettée envers ses liées, un plafond réduit de charges financières s'applique.
- Le filtre du plafonnement global ATAD (article 212 bis) : les charges financières nettes restent plafonnées en valeur ou en pourcentage de l'EBITDA fiscal.
Une charge d'intérêts peut être parfaitement justifiée au regard du taux, et pourtant réintégrée parce que la société est sous-capitalisée. Ces filtres se cumulent : on les teste l'un après l'autre.
Étape 1 : repérer le taux plafond légal de l'article 39-1-3°#
C'est le point de départ et la solution de facilité. Les intérêts versés à un associé ou à une société du groupe sont déductibles de plein droit dans la limite du taux de l'article 39-1-3° du CGI : le taux effectif moyen pratiqué par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, d'une durée initiale supérieure à deux ans. L'administration le publie périodiquement.
Tant que vous restez sous ce taux, vous n'avez rien à démontrer. C'est la zone de sécurité.
Le taux de référence selon votre date de clôture#
Le taux à retenir n'est pas celui d'aujourd'hui : c'est celui qui correspond à votre propre date de clôture, pour un exercice de douze mois. Voici les valeurs publiées pour les premières clôtures 2026.
| Exercice de 12 mois clos entre... | Taux maximal déductible |
|---|---|
| 31 décembre 2025 et 30 janvier 2026 | 4,55 % |
| 31 janvier 2026 et 27 février 2026 | 4,49 % |
| 28 février 2026 et 30 mars 2026 | 4,44 % |
| Exercice coïncidant avec l'année civile 2025 | Moyenne des quatre taux trimestriels |
Concrètement, une société qui clôture au 31 décembre 2025 retient 4,55 %. Une société qui clôture à une date non couverte par la dernière publication attend le taux correspondant, ou retient le dernier taux connu en sachant qu'il sera ajusté. Pour un exercice qui coïncide avec l'année civile, on calcule la moyenne des quatre taux trimestriels de la période.
Notre lecture. Dans 80 % des dossiers, le taux de marché réel d'une PME serait supérieur à 4,5 %. Mais se caler pile sous le plafond légal évite toute discussion : c'est la déduction de droit, sans dossier de preuve à constituer. Nous ne recommandons de dépasser ce plafond que lorsque l'écart est significatif et que l'emprunteuse peut réellement documenter un taux de marché plus élevé.
Étape 2 : construire un taux de marché si vous dépassez le plafond#
L'article 212 I-a du CGI ouvre une échappatoire. Pour les intérêts servis à une entreprise liée, la déduction peut dépasser le taux plafond si l'emprunteuse démontre que le taux pratiqué n'excède pas celui qu'elle aurait pu obtenir d'établissements ou organismes financiers indépendants, dans des conditions analogues. C'est le « taux de marché ».
La charge de la preuve pèse entièrement sur l'emprunteuse. Et l'excédent non justifié est réintégré de façon extra-comptable au résultat fiscal.
Points de vigilance 2026#
La loi de finances 2026 (article 14) étend cette faculté de preuve du taux de marché aux intérêts servis à des entreprises associées qui ne sont pas liées à la société emprunteuse. Le périmètre des situations dans lesquelles on peut justifier un taux supérieur au plafond s'élargit donc. La logique reste identique : c'est à l'emprunteuse de prouver, comparables à l'appui.
Checklist de preuve du taux de marché#
- Au moins une offre de financement bancaire réelle, à la date du prêt, pour un encours comparable
- Une notation ou un scoring de l'emprunteuse (profil de risque, ratios, garanties)
- Les conditions de marché à la date du prêt pour une dette de durée et de risque analogues
- La méthode de fixation du taux écrite (taux sans risque + spread justifié)
- Le contrat de prêt daté, avec montant, durée, échéancier et clauses
- Un calcul reproductible, archivé le jour du prêt et non reconstitué a posteriori
Ce que l'administration regarde. Le vérificateur ne conteste presque jamais le principe du prêt : il attaque la datation et la comparabilité du dossier de preuve. Un taux de marché documenté trois ans après le prêt, sans offre bancaire d'époque, ne tient pas. La preuve doit être contemporaine du prêt et porter sur une dette réellement comparable, pas sur un taux moyen générique.
Étape 3 : tester la sous-capitalisation#
Le taux peut être impeccable et les intérêts quand même plafonnés. L'article 212 bis comporte un volet sous-capitalisation : une entreprise est réputée sous-capitalisée lorsque ses dettes envers des entreprises liées excèdent 1,5 fois ses fonds propres.
Lorsque ce seuil est franchi, un plafond réduit s'applique aux charges financières nettes : la limite tombe à 1 000 000 € ou 10 % de l'EBITDA fiscal (le plus élevé des deux), au lieu du plafond de droit commun.
Étape 4 : appliquer le plafonnement global ATAD#
Indépendamment de la limite de taux et même hors sous-capitalisation, les charges financières nettes d'un exercice ne sont déductibles que dans la limite du plus élevé de 3 000 000 € ou 30 % de l'EBITDA fiscal (article 212 bis, transposition de la directive ATAD). Au-delà, l'excédent est réintégré, avec des mécanismes de report dans le temps.
Récapitulatif des plafonds#
| Filtre | Référence | Plafond applicable |
|---|---|---|
| Taux des intérêts | CGI 39-1-3° / 212 I-a | Taux légal (env. 4,5 % en 2026), ou taux de marché prouvé |
| Plafonnement global ATAD | CGI 212 bis | Le plus élevé de 3 000 000 € ou 30 % de l'EBITDA fiscal |
| Sous-capitalisation | CGI 212 bis | Plafond réduit : 1 000 000 € ou 10 % de l'EBITDA fiscal |
| Groupe intégré | CGI 223 B | Neutralisation de certains effets au niveau du résultat d'ensemble |
Au sein d'un groupe fiscalement intégré (article 223 B), certains effets sont neutralisés dans la détermination du résultat d'ensemble. Le traitement diffère alors de celui d'une société isolée, et mérite un examen dédié plutôt qu'un raisonnement société par société.
Le risque sous-estimé#
La plupart des dirigeants pensent au taux et oublient les deux autres filtres. Or c'est souvent la sous-capitalisation qui mord en premier, dans les structures où la holding a financé l'acquisition d'une cible quasi exclusivement par dette intragroupe, avec des fonds propres minces. On a alors un taux parfaitement justifié, et pourtant une partie des intérêts réintégrée parce que les dettes envers les liées dépassent 1,5 fois les fonds propres.
L'autre angle mort, c'est l'absence de contrat écrit. Un compte courant rémunéré sans convention de prêt, sans taux fixé par écrit, sans échéancier, prive l'emprunteuse de toute possibilité de prouver un taux de marché : il ne reste alors que le plafond légal, dans le meilleur des cas.
En pratique : un exemple anonymisé#
Une holding patrimoniale prête 1 200 000 € à sa filiale opérationnelle pour financer un besoin de croissance. La filiale clôture au 31 décembre 2025.
- Taux retenu : 4,55 %, soit le taux plafond légal applicable à sa date de clôture. La filiale reste sous le plafond, donc aucun dossier de preuve n'est exigé sur le taux.
- Intérêts annuels : environ 54 600 €, très en deçà du seuil ATAD de 3 000 000 €, donc le plafonnement global ne mord pas.
- Test de sous-capitalisation : ses fonds propres s'élèvent à 1 000 000 €. Ses dettes envers la holding (1 200 000 €) représentent 1,2 fois les fonds propres, donc en dessous du seuil de 1,5. Pas de plafond réduit.
Résultat : intérêts déductibles dans leur intégralité, sans discussion possible sur le taux. Si la même filiale avait voulu servir 6,5 %, elle aurait dû documenter un taux de marché contemporain ; et si ses fonds propres avaient été de 700 000 €, le ratio de 1,71 l'aurait fait basculer en sous-capitalisation.
Arbitrage : se caler sous le plafond ou prouver un taux de marché#
Deux options légitimes, deux profils.
- Se caler sous le taux légal convient à la grande majorité des groupes : simplicité, sécurité, zéro charge de preuve. C'est notre recommandation par défaut.
- Prouver un taux de marché supérieur se justifie quand l'emprunteuse présente un profil de risque réel (jeune société, secteur volatil, absence de garanties) qui rendrait un financement bancaire nettement plus cher, et quand le supplément de déduction vaut le coût du dossier de comparables. Dans ce cas, le dossier doit être irréprochable et daté du jour du prêt.
Cet arbitrage interagit avec votre politique globale de rémunération et de remontée de trésorerie. Notre article dividende ou salaire en 2026 éclaire la façon dont les intérêts intragroupe s'articulent avec les autres flux entre la société et ses associés, et la transmission via le pacte Dutreil ajoute une dimension patrimoniale au pilotage de la dette interne.
Questions fréquentes
Quel taux pour un prêt intragroupe ?+
Le taux est déductible de plein droit jusqu'au plafond de l'article 39-1-3° du CGI, soit le taux effectif moyen publié par l'administration selon votre date de clôture, de l'ordre de 4,55 % pour les exercices clos fin 2025. Au-delà, il faut prouver un taux de marché.
Comment justifier le taux d'un prêt entre sociétés liées ?+
L'emprunteuse doit démontrer, comparables à l'appui, que le taux n'excède pas celui qu'elle aurait obtenu d'un prêteur indépendant (article 212 I-a). On réunit des offres bancaires réelles, une notation de l'emprunteuse et les conditions de marché à la date du prêt, dans un dossier daté et conservé.
Qu'est-ce que la sous-capitalisation ?+
Une entreprise est réputée sous-capitalisée lorsque ses dettes envers des entreprises liées dépassent 1,5 fois ses fonds propres. Dans ce cas, un plafond réduit s'applique aux charges financières nettes : le plus élevé de 1 000 000 € ou 10 % de l'EBITDA fiscal (article 212 bis).
Les intérêts d'un prêt intragroupe sont-ils plafonnés ?+
Oui, deux fois. Le taux est plafonné par l'article 39-1-3° (sauf taux de marché prouvé). Et le montant des charges financières nettes est plafonné par l'article 212 bis : le plus élevé de 3 000 000 € ou 30 % de l'EBITDA fiscal, voire un plafond réduit en cas de sous-capitalisation.
Que se passe-t-il si le taux dépasse le plafond sans justification ?+
L'excédent d'intérêts au-delà du taux déductible est réintégré de façon extra-comptable au résultat fiscal de l'emprunteuse. La charge correspondante reste comptabilisée, mais elle ne réduit pas l'impôt sur les sociétés, et elle est susceptible d'être qualifiée de revenu distribué chez le prêteur.
La loi de finances 2026 change-t-elle les règles ?+
Oui sur un point : l'article 14 étend la preuve du taux de marché de l'article 212 I-a aux intérêts servis à des entreprises associées non liées à l'emprunteuse. Le périmètre des prêts pour lesquels on peut justifier un taux supérieur au plafond légal s'élargit, sans modifier la mécanique de preuve.
À retenir#
- Les intérêts d'un prêt intragroupe sont déductibles de plein droit jusqu'au taux de l'article 39-1-3°, environ 4,55 % pour les exercices clos fin 2025, selon votre date de clôture.
- Au-delà du plafond, la déduction n'est possible que si l'emprunteuse prouve un taux de marché (article 212 I-a), avec un dossier de comparables daté du jour du prêt.
- La société est sous-capitalisée si ses dettes envers les liées dépassent 1,5 fois ses fonds propres : le plafond tombe alors à 1 000 000 € ou 10 % de l'EBITDA fiscal.
- Le plafonnement global ATAD limite les charges financières nettes au plus élevé de 3 000 000 € ou 30 % de l'EBITDA fiscal (article 212 bis).
- En groupe intégré, certains effets sont neutralisés au niveau du résultat d'ensemble (article 223 B) : examinez la situation au cas par cas.
Cet article informe et ne remplace pas l'examen de votre convention de prêt, de vos ratios et du droit applicable à votre date de clôture. En tant qu'expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à l'Ordre, nous sécurisons la fixation du taux et le dossier de preuve dans le cadre de notre mission. Notre équipe de fiscalité des holdings et notre cabinet du 8e arrondissement de Paris construisent la documentation avec vous, en lien avec le conseil juridique pour la rédaction des conventions, et le pilotage de la trésorerie via notre DAF externalisé.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOI-BIC-CHG-50-50-30 : limitation de la déduction des intérêts servis aux entreprises liées (bofip.impots.gouv.fr)
- CGI, article 212 : déduction des intérêts entre entreprises liées et taux de marché (legifrance.gouv.fr)
- CGI, article 212 bis : plafonnement des charges financières nettes (ATAD) (legifrance.gouv.fr)
- CGI, article 39, 1, 3° : taux plafond des intérêts versés aux associés (legifrance.gouv.fr)
- CGI, article 223 B : détermination du résultat d'ensemble du groupe intégré (legifrance.gouv.fr)
- Intérêts déductibles : taux maximal d'intérêt déductible (impots.gouv.fr)
Ce sujet relève de notre mission Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cession
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