Pacte Dutreil 2026 : la réforme qui resserre l'exonération
La loi de finances pour 2026 resserre le pacte Dutreil pour les transmissions à compter du 21 février 2026 : actifs non professionnels exclus de l'assiette des 75 %, engagement individuel porté à 6 ans, holdings analysées par transparence. Ce qui change concrètement.
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Évaluation d'entreprise & M&A | Stratégie de croissanceNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Pour les donations et successions réalisées à compter du 21 février 2026, la loi de finances pour 2026 maintient l'exonération de 75 % du pacte Dutreil dans son principe, mais resserre son assiette : les actifs non professionnels en sont exclus, l'engagement individuel passe de 4 à 6 ans (8 ans au total) et les holdings sont analysées par transparence.
Le pacte Dutreil reste l'outil central de la transmission d'entreprise à coût fiscal maîtrisé. Mais la version que vous connaissiez n'est plus tout à fait celle qui s'applique aujourd'hui. La loi de finances pour 2026 a modifié les articles 787 B et 787 C du Code général des impôts pour cibler l'avantage sur la seule valeur professionnelle de l'entreprise et allonger la durée d'engagement.
Cet article ne reprend pas le mécanisme général du dispositif. Pour cela, consultez notre guide complet du pacte Dutreil. Il ne traite pas non plus de la stratégie d'équité entre héritiers, sujet que nous développons dans l'article dédié à transmettre l'entreprise familiale à ses enfants. Ici, nous isolons une seule question : qu'est-ce qui change concrètement au 21 février 2026, et que faut-il faire en amont pour ne pas perdre le bénéfice de l'exonération.
Ce qui change au 21 février 2026 : vue d'ensemble#
Trois axes de durcissement coexistent. Le principe de l'exonération de 75 % n'est pas remis en cause, mais la base sur laquelle elle s'applique et le calendrier d'engagement le sont.
| Élément | Avant la réforme | À compter du 21 février 2026 |
|---|---|---|
| Taux d'exonération | 75 % de la valeur des titres ou de l'entreprise | 75 % maintenu dans son principe |
| Assiette de l'exonération | Valeur globale des titres transmis | Valeur réduite des actifs non professionnels (look-through) |
| Engagement collectif | 2 ans (>= 17 % des droits financiers, 34 % des droits de vote, société non cotée) | Inchangé : 2 ans, mêmes seuils |
| Engagement individuel | 4 ans | 6 ans |
| Durée totale minimale de conservation | 6 ans | 8 ans |
| Fonction de direction | Exigée | Toujours exigée |
| Holdings | Éligibilité des holdings animatrices | Analyse par transparence des actifs détenus |
Notre lecture. La réforme ne supprime rien : elle recentre. Le message de l'administration est clair, l'avantage doit profiter à l'outil de travail, pas à un patrimoine financier ou immobilier logé dans la société. Pour beaucoup de groupes patrimoniaux, le travail ne consiste plus à signer un pacte, mais à préparer le bilan en amont.
Changement n°1 : les actifs non professionnels sortent de l'assiette des 75 %#
C'est le changement le plus structurant. Jusqu'ici, lorsque les titres d'une société opérationnelle étaient transmis sous pacte, l'exonération de 75 % s'appliquait à la valeur globale de ces titres, y compris la part correspondant à des actifs sans lien avec l'exploitation.
Désormais, la valeur représentative des actifs non strictement affectés à l'activité professionnelle est retranchée de la base bénéficiant de l'exonération. Seule la fraction professionnelle profite de l'abattement de 75 %. La fraction non professionnelle, elle, est taxée aux droits de mutation de droit commun.
Quels actifs sont visés#
Sont concernés les actifs dits non professionnels ou somptuaires, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas nécessaires à l'activité. La loi vise notamment les immeubles d'habitation non affectés à l'exploitation, les oeuvres d'art, les véhicules personnels et les bijoux, et plus largement tout actif non indispensable à l'activité de l'entreprise.
| Inclus dans l'assiette des 75 % (actifs professionnels) | Exclus de l'assiette des 75 % (actifs non professionnels) |
|---|---|
| Locaux d'exploitation affectés à l'activité | Immeubles d'habitation non affectés à l'exploitation |
| Matériel, équipements, stocks d'exploitation | Oeuvres d'art et objets de collection sans lien avec l'activité |
| Trésorerie nécessaire au cycle d'exploitation | Véhicules à usage personnel |
| Créances clients et actifs du besoin en fonds de roulement | Bijoux et biens somptuaires |
| Titres de filiales opérationnelles animées | Placements financiers et immobiliers de pure capitalisation |
La frontière entre trésorerie nécessaire à l'exploitation et trésorerie de placement est exactement le terrain sur lequel se jouera l'essentiel des discussions. Un excédent de trésorerie durablement immobilisé, non corrélé au cycle d'exploitation, a vocation à être regardé comme non professionnel.
La période d'affectation : trois ans en amont#
Un point souvent négligé. Pour être qualifiés de professionnels, ces actifs doivent en principe avoir été affectés exclusivement à l'activité pendant les trois années précédant la transmission (ou depuis leur acquisition si elle est plus récente), puis jusqu'au terme de l'engagement individuel.
Le risque sous-estimé. Cette antériorité de trois ans signifie qu'on ne nettoie pas un bilan la veille d'une donation. Sortir un immeuble locatif, distribuer une trésorerie excédentaire ou reclasser un actif demande de l'anticipation, et chacune de ces opérations a son propre coût fiscal. La réforme transforme la transmission en un projet pluriannuel, pas en un acte ponctuel.
Changement n°2 : l'engagement individuel passe de 4 à 6 ans#
L'architecture des engagements reste la même, mais sa durée s'allonge.
L'engagement collectif reste fixé à 2 ans, avec les mêmes seuils pour une société non cotée : au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote. Une fonction de direction reste exigée pendant la durée prévue par le texte.
En revanche, l'engagement individuel de conservation pris par chaque héritier ou donataire passe de 4 à 6 ans. La durée totale minimale de conservation des titres atteint donc 8 ans : 2 ans d'engagement collectif suivis de 6 ans d'engagement individuel.
Points de vigilance 2026. Deux années supplémentaires d'immobilisation des titres, c'est concret. Cela touche la liquidité des héritiers, la capacité à recomposer le capital, à faire entrer un tiers ou à céder une branche. Tout pacte signé désormais engage la génération suivante sur huit ans. Le calendrier de transmission doit intégrer cette contrainte dès la première réflexion, notamment quand plusieurs enfants n'ont pas le même horizon ni le même rôle dans l'entreprise.
Changement n°3 : les holdings analysées par transparence#
Les holdings restent éligibles, mais sous un regard plus exigeant. La fraction professionnelle s'apprécie désormais par une analyse de transparence, ou look-through, des actifs détenus à travers la chaîne de participations. L'objectif est de n'exonérer que la part effectivement affectée à une activité éligible.
Les holdings animatrices peuvent rester dans le champ du dispositif si elles animent réellement leur groupe, c'est-à-dire si elles participent activement à la conduite de la politique du groupe et au contrôle des filiales, et si les actifs détenus sont professionnels. L'animation effective et le caractère professionnel des actifs s'apprécient au cas par cas.
Ce que l'administration regarde. L'animation ne se présume pas. Conventions d'animation effectivement appliquées, prestations réelles facturées aux filiales, participation documentée aux décisions stratégiques, composition de l'actif de la holding : ce sont les éléments qui distinguent une holding animatrice d'une simple holding de gestion patrimoniale. Pour structurer une chaîne de détention, voyez nos analyses sur la holding familiale et la création d'une holding après rachat, ainsi que notre comparatif holding et SCI pour bien séparer ce qui relève de l'exploitation de ce qui relève du patrimoine.
Ce que la réforme ne change pas#
Pour éviter toute confusion, deux dispositifs d'accompagnement restent en place et se combinent avec le pacte. Le pacte Dutreil s'articule avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les quinze ans (article 779 du CGI), et avec la réduction de 50 % des droits sur une donation en pleine propriété lorsque le donateur a moins de 70 ans (article 790 du CGI). Ces leviers s'appliquent sur la base nette de droits, c'est-à-dire après application de l'exonération Dutreil recalculée selon les nouvelles règles. Pour articuler le pacte avec une répartition entre héritiers, la donation-partage reste l'outil de référence.
Notre analyse d'expert-comptable#
Récemment, une société patrimoniale détenant un immeuble non affecté à l'exploitation, aux côtés d'une activité opérationnelle réelle, illustrait parfaitement le piège de la réforme. Le dirigeant raisonnait sur une exonération de 75 % calculée sur la valeur totale des titres, immeuble compris. Avec les règles applicables depuis le 21 février 2026, la valeur représentative de cet immeuble est exclue de l'assiette des 75 % et supporte les droits de mutation de droit commun. L'écart de droits, sur une valeur d'actif significative, change l'équation de la transmission.
Notre conviction est simple : le pacte Dutreil n'est plus un acte que l'on signe, c'est un projet que l'on prépare. La vraie valeur du conseil s'est déplacée vers l'amont, c'est-à-dire le diagnostic du bilan, la qualification actif par actif, la mesure de la part non professionnelle et la mise en oeuvre, sur plusieurs exercices, des opérations de nettoyage compatibles avec la période d'affectation de trois ans. Reporter ce diagnostic, c'est risquer de découvrir, le jour de la donation, que la moitié de la valeur transmise ne bénéficie d'aucun avantage.
C'est aussi un sujet d'évaluation. Identifier la fraction professionnelle suppose une évaluation et stratégie de croissance rigoureuse de la société et de ses actifs, articulée avec la gestion du patrimoine du dirigeant. En tant qu'expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, nous abordons ces dossiers de transmission d'entreprise en reliant lecture du bilan, qualification fiscale des actifs et calendrier d'engagement.
En pratique : que faire pour sécuriser une transmission 2026#
- Faire établir un état détaillé de l'actif et qualifier chaque poste comme professionnel ou non professionnel, sans présumer du résultat.
- Mesurer la part de valeur non professionnelle et son impact chiffré sur les droits, avant toute décision.
- Vérifier la période d'affectation de trois ans pour les actifs sensibles, et identifier ce qui peut encore être réaffecté ou sorti à temps.
- Pour les groupes, documenter l'animation effective de la holding et appliquer l'analyse par transparence à toute la chaîne de détention.
- Reconstruire le calendrier de transmission autour de la durée totale de conservation de 8 ans, en tenant compte de l'âge du donateur et du seuil des 70 ans.
- Articuler le pacte avec l'abattement de 100 000 € et la réduction de droits, puis faire valider le schéma par votre conseil avant signature.
Checklist des actifs à surveiller dans le bilan#
- Immeubles d'habitation ou locatifs non affectés à l'exploitation.
- Trésorerie excédentaire durablement immobilisée, non corrélée au cycle d'exploitation.
- Portefeuilles de placements financiers et contrats de capitalisation.
- Oeuvres d'art, objets de collection, biens somptuaires.
- Véhicules à usage personnel et actifs à usage mixte mal documentés.
- Participations non animées logées dans une holding présentée comme animatrice.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui change pour le pacte Dutreil en 2026 ?+
Pour les transmissions réalisées à compter du 21 février 2026, l'exonération de 75 % est maintenue dans son principe, mais l'assiette exclut les actifs non professionnels, l'engagement individuel passe de 4 à 6 ans (8 ans au total) et les holdings sont analysées par transparence pour ne retenir que la part professionnelle.
Quels actifs sont exclus de l'assiette Dutreil ?+
Sont exclus les actifs non strictement affectés à l'activité, dits non professionnels ou somptuaires : immeubles d'habitation non affectés à l'exploitation, oeuvres d'art, véhicules personnels, bijoux et placements de pure capitalisation. Leur valeur est retranchée de la base bénéficiant des 75 %. Seule la fraction professionnelle reste exonérée.
Les holdings restent-elles éligibles au Dutreil ?+
Oui, les holdings restent éligibles, mais sous une analyse par transparence des actifs détenus. Les holdings animatrices conservent le bénéfice du dispositif si elles animent réellement leur groupe et si les actifs sont professionnels. L'animation effective et le caractère professionnel des actifs s'apprécient au cas par cas, avec une documentation solide.
L'engagement individuel Dutreil passe-t-il à 6 ans ?+
Oui. L'engagement individuel de conservation des titres passe de 4 à 6 ans. Combiné à l'engagement collectif de 2 ans, qui reste inchangé, la durée totale minimale de conservation atteint 8 ans. Tout pacte signé désormais engage les bénéficiaires sur cette durée, ce qui doit être intégré au calendrier de transmission.
Faut-il préparer le bilan avant une donation Dutreil ?+
Oui, c'est devenu un préalable. Les actifs doivent en principe être affectés à l'activité pendant les trois années précédant la transmission. On ne nettoie donc pas un bilan la veille d'une donation : sortir un actif non professionnel ou distribuer une trésorerie excédentaire demande de l'anticipation et a un coût fiscal propre.
L'exonération de 75 % disparaît-elle avec la réforme ?+
Non. Le taux de 75 % est maintenu dans son principe. Ce qui change, c'est la base sur laquelle il s'applique : seule la fraction professionnelle de la valeur transmise est exonérée. La fraction non professionnelle est, elle, soumise aux droits de mutation de droit commun.
Le pacte Dutreil se cumule-t-il avec les autres abattements ?+
Oui. Le pacte se combine avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les quinze ans (article 779 du CGI) et avec la réduction de 50 % des droits sur une donation en pleine propriété si le donateur a moins de 70 ans (article 790 du CGI). Ces leviers s'appliquent après l'exonération Dutreil recalculée.
À retenir#
- Pour les transmissions à compter du 21 février 2026, l'exonération de 75 % est maintenue mais l'assiette est resserrée.
- Les actifs non professionnels sont exclus de la base des 75 % : seule la fraction professionnelle est exonérée.
- L'engagement individuel passe de 4 à 6 ans, portant la conservation totale minimale à 8 ans.
- Les holdings restent éligibles sous condition d'animation effective et d'une analyse par transparence des actifs.
- Une période d'affectation de trois ans rend la préparation du bilan incontournable et pluriannuelle.
- Les cas limites (qualification d'un actif, animation d'une holding) relèvent du BOFiP et d'un diagnostic personnalisé.
Sources officielles#
- Pacte Dutreil : exonération partielle (BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-20-40-10)
- Article 787 B du Code général des impôts (Legifrance)
- Article 779 du Code général des impôts, abattement en ligne directe (Legifrance)
- Article 790 du Code général des impôts, réduction de droits (Legifrance)
- Loi de finances pour 2026 (réforme du pacte Dutreil) et article 787 C du Code général des impôts.
Cet article informe sur une réforme récente. Chaque situation appelle une analyse du bilan, des actes et du texte applicable au jour de la transmission. Il ne remplace pas un diagnostic personnalisé conduit par votre expert-comptable.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
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