Médecin et dentiste : SISA ou MSP, la fiscalité en 2026
SISA, maison de santé, fiscalité : pourquoi la SISA est la seule structure pour percevoir et partager l'ACI, et comment ses bénéfices sont imposés chez chaque associé.
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Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La SISA, société interprofessionnelle de soins ambulatoires, est la seule structure qui permet à une maison de santé pluriprofessionnelle de percevoir et de partager légalement l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI). Sur le plan de la fiscalité, la SISA est une société de personnes : ses bénéfices sont imposés chez chaque associé, en bénéfices non commerciaux pour les médecins et dentistes, en bénéfices industriels et commerciaux pour les pharmaciens, sauf option pour l'impôt sur les sociétés.
Vous exercez en équipe, ou vous montez un projet de regroupement, et un sigle revient sans cesse : la SISA. On vous dit qu'elle est obligatoire pour toucher l'ACI, mais personne n'explique vraiment pourquoi, ni comment cet argent est imposé. La confusion entre maison de santé et SISA brouille les pistes. Clarifions le cadre juridique et fiscal de l'exercice coordonné, un sujet quasi absent des guides comptables alors qu'il concerne des milliers de praticiens.
Maison de santé et SISA : deux notions à ne pas confondre#
On parle souvent de l'une pour l'autre, et c'est la première source d'erreur.
La maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) est un mode d'exercice collectif et coordonné, défini à l'article L6323-3 du Code de la santé publique. C'est une personne morale constituée entre des professionnels médicaux, des auxiliaires médicaux et, le cas échéant, des pharmaciens, qui assurent des soins de premier recours sans hébergement, autour d'un projet de santé commun et d'un cahier des charges fixé par arrêté. La MSP décrit donc une organisation de soins, pas une forme juridique fiscale.
La SISA est la forme juridique qui porte cette organisation quand il s'agit de percevoir et de partager des financements. Créée par la loi n° 2011-940 du 10 août 2011 et régie par les articles L4041-1 et suivants du Code de la santé publique, c'est une société civile constituée uniquement entre personnes physiques exerçant une profession médicale, une profession d'auxiliaire médical ou de pharmacien. Elle doit compter au moins deux médecins et un auxiliaire médical.
Pourquoi la SISA est indispensable pour percevoir l'ACI#
C'est le coeur du sujet, et il tient à une règle déontologique ancienne.
Le partage d'honoraires entre professionnels de santé est en principe interdit : un médecin ne peut pas reverser une partie de ses honoraires à un confrère ou à un auxiliaire. Or l'ACI est un financement collectif qui rémunère le travail d'équipe : il doit pouvoir être réparti entre les membres. La SISA est précisément l'exception légale qui débloque cette situation. Elle peut percevoir des rémunérations versées par l'Assurance Maladie au titre de l'exercice coordonné, puis les redistribuer entre ses associés, ce qu'aucune autre structure ne permet sans risque déontologique.
Autrement dit, une maison de santé sans SISA peut exister comme organisation, mais elle ne peut pas percevoir l'ACI sur un compte commun et le partager légalement. La SISA est le véhicule qui rend l'argent collectif distribuable.
L'ACI, un financement collectif de l'exercice coordonné#
L'accord conventionnel interprofessionnel est versé par la caisse d'assurance maladie aux équipes de maison de santé. Il ne rémunère pas un acte de soin, mais l'organisation collective : l'accès aux soins, le travail en équipe, et un système d'information labellisé partagé.
Son montant n'est pas fixe : il dépend de la taille de la patientèle et de l'atteinte d'indicateurs. Le dispositif évolue en 2026. Après l'échec des négociations de 2025, l'Assurance Maladie et les syndicats ont abouti à un nouvel avenant, adopté le 22 mai 2026, qui réorganise le financement autour d'un socle dégressif sur plusieurs années au profit de modules complémentaires. À titre indicatif, le financement socle se situe de l'ordre de 50 000 € en 2026 et a vocation à décroître les années suivantes, la part variable progressant en contrepartie. Les montants exacts dépendant de la structure et des indicateurs, ils se vérifient au cas par cas auprès de la caisse.
Le régime fiscal de la SISA : transparence et bénéfices non commerciaux#
C'est là que se joue la fiscalité, et la logique est celle de la transparence.
La SISA est une société de personnes au sens de l'article 8 du Code général des impôts. Elle n'est pas imposée en tant que telle : ses bénéfices sont imposés au nom de chaque associé, à proportion de ses droits dans la société. Pour les médecins, les dentistes et les auxiliaires médicaux, l'imposition se fait dans la catégorie des bénéfices non commerciaux ; pour les pharmaciens, elle relève des bénéfices industriels et commerciaux. La doctrine administrative le confirme dans le bulletin officiel des finances publiques consacré aux SISA.
Concrètement, l'ACI encaissé par la SISA, après prise en charge des dépenses communes, constitue un résultat réparti entre les associés. Chaque praticien reprend sa quote-part dans sa propre déclaration et l'ajoute à ses honoraires d'activité libérale. Le sujet rejoint l'ensemble de la fiscalité du praticien, que nous détaillons dans notre guide du régime fiscal du médecin en 2026.
L'option pour l'impôt sur les sociétés#
La SISA peut, depuis le 1er janvier 2017, opter pour l'impôt sur les sociétés. Cette faculté résulte de l'article 102 de la loi n° 2016-1918 du 29 décembre 2016.
En pratique, l'option reste rare. Elle fait perdre la transparence et introduit une imposition au niveau de la société, puis une seconde lors de la distribution, ce qui pèse souvent plus lourd qu'une imposition directe à l'impôt sur le revenu pour des montants d'ACI partagés. L'option présente surtout un intérêt si la SISA capitalise durablement des résultats sans les distribuer. Comme toute option pour l'impôt sur les sociétés exercée par une société de personnes, elle devient irréversible au terme d'un délai de 5 ans : c'est une décision à ne pas prendre à la légère.
Comptabilité et déclarations d'une SISA#
La SISA tient une comptabilité, établit le résultat de l'exercice et répartit ce résultat entre ses associés selon les droits de chacun.
| Critère | SCM (société civile de moyens) | SISA |
|---|---|---|
| Objet | Partager des moyens (locaux, secrétariat, matériel) | Exercer en commun la coordination et partager l'ACI |
| Partage de recettes | Non, interdit | Oui, c'est sa raison d'être |
| Peut percevoir l'ACI | Non | Oui |
| Associés | Professionnels libéraux, mêmes ou différentes professions | Personnes physiques de santé, au moins 2 médecins et 1 auxiliaire |
| Fiscalité | Transparente, refacturation de charges | Transparente, BNC ou BIC selon l'associé, option IS possible |
Chaque associé conserve par ailleurs son activité libérale en propre, imposée dans ses propres bénéfices non commerciaux. La SISA ne se substitue pas au cabinet : elle vient se superposer pour la seule part collective. Cette articulation est essentielle pour ne pas mélanger les honoraires de soins, qui restent individuels, et l'ACI, qui transite par la structure.
Articuler SISA, SCM et exercice individuel#
Dans la plupart des maisons de santé, plusieurs structures coexistent sans se confondre.
La société civile de moyens partage les charges communes : loyer, secrétariat, matériel, sans aucun partage de recettes. La SISA, elle, porte la part collective de l'exercice coordonné et l'ACI. Et chaque praticien garde son activité de soins en nom propre, avec sa patientèle et ses honoraires. On peut donc avoir, dans une même maison de santé, une SCM pour mutualiser les coûts et une SISA pour percevoir et répartir l'ACI, sans que l'une remplace l'autre. Au moment d'un départ ou d'une transmission, cette distinction compte aussi, comme nous l'évoquons pour la valorisation et la cession d'un cabinet libéral.
Notre lecture#
Dans les projets de regroupement que nous accompagnons, l'ordre des décisions fait gagner du temps. On construit d'abord le projet de santé et l'organisation, qui définissent la maison de santé. On crée ensuite la SISA, indispensable dès lors que l'équipe veut percevoir l'ACI et le partager. On garde enfin la SCM, ou on en monte une, pour les charges communes.
Sur la fiscalité, nous laissons la SISA à l'impôt sur le revenu dans la quasi-totalité des cas : la transparence est plus simple et moins coûteuse pour répartir l'ACI. L'option pour l'impôt sur les sociétés ne se justifie que dans des situations particulières de capitalisation, et son irréversibilité au bout de 5 ans impose d'y réfléchir longuement avant de la lever.
Cas fréquent#
Quatre praticiens, deux médecins, une infirmière et un kinésithérapeute, nous sollicitent pour structurer leur maison de santé. Ils avaient déjà une SCM pour partager un secrétariat et un loyer de 36 000 € par an, mais pensaient pouvoir y faire transiter l'ACI. Or la SCM ne peut pas percevoir ce financement ni partager des recettes. Nous avons créé une SISA réunissant les quatre associés, respectant l'exigence d'au moins deux médecins et un auxiliaire médical. La première dotation ACI, de l'ordre de 50 000 €, a été perçue par la SISA, affectée à un système d'information partagé, puis le solde réparti entre les associés au prorata convenu, chacun déclarant sa quote-part en bénéfices non commerciaux. La SCM, elle, a continué de porter les seuls frais communs.
Questions fréquentes
La SISA est-elle obligatoire pour une maison de santé ?+
Elle n'est pas obligatoire pour exercer en équipe, mais elle l'est en pratique pour percevoir et partager l'ACI. Sans SISA, l'équipe ne peut pas répartir légalement ce financement collectif entre ses membres, car le partage d'honoraires entre professionnels de santé est en principe interdit.
Comment l'ACI est-il imposé chez les associés ?+
L'ACI encaissé par la SISA, après dépenses communes, forme un résultat réparti entre les associés à proportion de leurs droits. Chaque médecin ou dentiste reprend sa quote-part dans ses bénéfices non commerciaux, les pharmaciens dans leurs bénéfices industriels et commerciaux. La SISA, transparente, n'est pas imposée en son nom.
Quelle différence entre une SCM et une SISA ?+
La société civile de moyens partage seulement des moyens (locaux, secrétariat, matériel) sans partage de recettes. La SISA permet d'exercer en commun la coordination et de partager l'ACI. Les deux peuvent coexister dans une même maison de santé, l'une pour les charges, l'autre pour le financement collectif.
Qui peut être associé d'une SISA ?+
Uniquement des personnes physiques exerçant une profession médicale, une profession d'auxiliaire médical ou de pharmacien. La SISA doit compter au moins deux médecins et un auxiliaire médical. Les sociétés et les personnes morales ne peuvent pas en être associées.
Faut-il opter pour l'impôt sur les sociétés ?+
Rarement. L'option, possible depuis 2017, fait perdre la transparence et ajoute une couche d'imposition à la distribution. Elle ne se justifie que si la SISA capitalise durablement des résultats. De plus, elle devient irréversible au bout de 5 ans, ce qui en fait une décision lourde.
Un dentiste peut-il intégrer une SISA ?+
Oui, le chirurgien-dentiste exerce une profession médicale et peut être associé d'une SISA, à condition que la structure respecte la composition minimale de deux médecins et d'un auxiliaire médical. Sa quote-part d'ACI est alors imposée dans ses bénéfices non commerciaux.
À retenir#
- La maison de santé est un mode d'exercice coordonné (CSP art. L6323-3) ; la SISA est la forme juridique qui permet de percevoir et de partager l'ACI.
- La SISA, créée par la loi du 10 août 2011, est réservée aux personnes physiques de santé, avec au moins deux médecins et un auxiliaire médical.
- Elle est la seule structure qui lève l'interdiction de partage d'honoraires pour répartir l'ACI entre associés.
- Société de personnes (CGI art. 8), elle est transparente : chaque associé est imposé sur sa quote-part, en bénéfices non commerciaux ou, pour les pharmaciens, en bénéfices industriels et commerciaux.
- L'option pour l'impôt sur les sociétés est possible depuis 2017 mais rarement opportune, et devient irréversible après 5 ans.
- SCM pour les moyens, SISA pour l'ACI, activité libérale en propre pour les soins : trois niveaux à articuler sans les confondre.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Mis à jour pour 2026. Cet article a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation propre.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- SISA et sociétés leur ayant préexisté, régime fiscal (BOFiP, BOI-BIC-CHAMP-70-20-90)
- Code de la santé publique, art. L4041-1 et s. (SISA) (Légifrance)
- Code de la santé publique, art. L6323-3 (maison de santé) (Légifrance)
- ACI pour les structures de santé (ameli.fr, exercice coordonné)
- CGI art. 8 (sociétés de personnes) (Légifrance)
Ce sujet relève de notre mission Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalité
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