Intégration fiscale et LBO : conditions, avantages, amendement Charasse
L'intégration fiscale permet à une holding de reprise d'imputer les intérêts de sa dette d'acquisition sur le résultat de la cible. Conditions des 95 %, avantages et limite de l'amendement Charasse.
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Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cessionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. L'intégration fiscale (CGI art. 223 A) permet à une société mère détenant au moins 95 % du capital et des droits de vote d'une filiale d'être seule redevable de l'impôt sur les sociétés sur un résultat d'ensemble. Dans un LBO, c'est le levier qui permet d'imputer les intérêts de la dette d'acquisition de la holding sur le bénéfice de la cible. L'amendement Charasse (art. 223 B) limite cet avantage en cas de rachat à soi-même.
Le rachat d'une entreprise par endettement, ou LBO, repose en grande partie sur un mécanisme fiscal : l'intégration fiscale. C'est elle qui permet à la holding de reprise de faire absorber le coût de sa dette par les profits de la société rachetée. Comprendre les conditions des 95 %, les avantages et la limite de l'amendement Charasse est indispensable avant de monter une opération.
Le principe de l'intégration fiscale#
L'intégration fiscale est un régime de groupe qui consolide les résultats fiscaux de plusieurs sociétés (CGI art. 223 A).
La société mère se constitue seule redevable de l'impôt sur les sociétés pour l'ensemble du groupe. Les résultats des filiales intégrées sont additionnés pour former un résultat d'ensemble, sur lequel l'IS est calculé. Les bénéfices des unes peuvent ainsi être compensés par les déficits des autres, ce qui est l'avantage central du régime.
Le groupe doit être composé de sociétés soumises à l'IS en France, clôturant à la même date sur des exercices de douze mois, et le régime résulte d'une option. C'est le cadre dans lequel s'inscrit le montage d'un LBO.
La condition des 95 %#
Le seuil de détention est la condition d'entrée la plus stricte du régime.
La société mère doit détenir, directement ou indirectement, au moins 95 % du capital et des droits de vote de chaque filiale intégrée. Ce seuil de 95 % est impératif : en deçà, la filiale ne peut pas entrer dans le groupe intégré. Le calcul de la détention indirecte suit des règles précises lorsque la chaîne passe par plusieurs sociétés.
Cette exigence façonne le montage du LBO : la holding de reprise doit acquérir au moins 95 % de la cible pour pouvoir l'intégrer et bénéficier du levier fiscal recherché.
Le levier fiscal du LBO#
L'intégration fiscale est le coeur du levier d'un LBO, au-delà du seul levier financier.
Dans un LBO, une holding de reprise s'endette pour acquérir la cible, puis l'intègre fiscalement. Les intérêts de la dette d'acquisition, supportés par la holding qui n'a pas de revenus propres, viennent alors s'imputer sur le bénéfice de la cible au sein du résultat d'ensemble. C'est ce qui permet de rembourser la dette avec des profits faiblement fiscalisés. Ce mécanisme prolonge la logique de la holding de reprise, que nous illustrons dans notre article sur la création d'une holding après rachat de société.
Les dividendes remontés de la cille vers la holding bénéficient par ailleurs du régime mère-fille, avec une imposition limitée à une quote-part de frais et charges. Le bénéfice résiduel du groupe est imposé à l'IS au taux de 15 % jusqu'à 42 500 euros, puis 25 % (CGI art. 219).
La limite : l'amendement Charasse#
L'avantage du LBO connaît une limite anti-abus majeure : l'amendement Charasse.
L'article 223 B du CGI prévoit que, lorsqu'une société est rachetée auprès de personnes qui contrôlent le groupe, une quote-part des charges financières du groupe est réintégrée au résultat d'ensemble. Le dispositif vise le rachat à soi-même : il empêche un dirigeant de vendre sa société à sa propre holding tout en déduisant les intérêts de l'emprunt. La réintégration s'applique l'année du rachat et les huit exercices suivants.
| Élément | Règle |
|---|---|
| Seuil de détention | 95 % du capital et des droits de vote |
| Imputation des intérêts de dette | Sur le résultat d'ensemble |
| Régime des dividendes intragroupe | Mère-fille, quote-part de frais et charges |
| Amendement Charasse (rachat à soi-même) | Réintégration sur l'année et 8 exercices |
| Taux d'IS sur le résultat d'ensemble | 15 % jusqu'à 42 500 euros, puis 25 % |
À cela s'ajoute le plafonnement général de déduction des charges financières nettes, limité à 30 % de l'EBITDA fiscal au-delà d'un seuil de trois millions d'euros, qui peut concerner les LBO de taille significative.
Notre lecture#
L'intégration fiscale est l'ossature fiscale du LBO, mais elle n'a rien d'automatique : le seuil de 95 % doit être atteint et maintenu, et l'amendement Charasse peut neutraliser une partie de l'avantage dans les rachats familiaux ou à soi-même.
Notre approche consiste à vérifier en amont l'éligibilité au régime, à structurer la détention pour franchir le seuil de 95 %, et à anticiper l'amendement Charasse lorsque le vendeur reste lié au groupe. Le montage doit aussi tenir compte du plafonnement des charges financières. Bien construit, le LBO avec intégration reste l'un des outils les plus puissants de la reprise d'entreprise, à condition de le sécuriser sur le plan fiscal dès l'origine, en lien avec le report d'imposition sur apport de titres lorsqu'il s'y combine.
Cas fréquent#
Un cadre souhaitait reprendre la PME qui l'employait via une holding endettée. L'analyse a confirmé qu'en acquérant 100 % de la cible, la holding pouvait l'intégrer et imputer les intérêts de la dette sur les bénéfices, accélérant le remboursement. Le vendeur étant un tiers, l'amendement Charasse ne s'appliquait pas. Le montage a été calibré pour respecter le seuil de 95 %, optimiser la remontée des dividendes en mère-fille et rester sous le plafonnement des charges financières. L'opération a tenu sur le plan fiscal, là où un montage improvisé aurait pu perdre une partie du levier.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'intégration fiscale ?+
C'est un régime de groupe (CGI art. 223 A) dans lequel une société mère détenant au moins 95 % de ses filiales devient seule redevable de l'IS sur un résultat d'ensemble. Les bénéfices et déficits des sociétés du groupe se compensent.
Quel est le seuil de détention requis ?+
La mère doit détenir, directement ou indirectement, au moins 95 % du capital et des droits de vote de chaque filiale intégrée. En dessous de ce seuil, la filiale ne peut pas faire partie du groupe intégré.
Comment l'intégration sert-elle un LBO ?+
Elle permet d'imputer les intérêts de la dette d'acquisition de la holding sur le bénéfice de la cible intégrée. La dette se rembourse ainsi avec des profits faiblement fiscalisés, ce qui constitue le levier fiscal du LBO.
Qu'est-ce que l'amendement Charasse ?+
C'est un dispositif anti-abus (CGI art. 223 B) qui réintègre une quote-part des charges financières quand une société est rachetée auprès de personnes contrôlant le groupe. Il vise le rachat à soi-même et s'applique l'année du rachat et les huit exercices suivants.
Les dividendes de la cible sont-ils taxés dans le groupe ?+
Ils bénéficient du régime mère-fille, avec une imposition limitée à une quote-part de frais et charges. Au sein de l'intégration, les opérations intragroupe font par ailleurs l'objet de retraitements de neutralisation.
Y a-t-il d'autres limites à la déduction des intérêts ?+
Oui. Au-delà de l'amendement Charasse, un plafonnement général limite la déduction des charges financières nettes à 30 % de l'EBITDA fiscal au-delà d'un seuil de trois millions d'euros, ce qui peut concerner les LBO importants.
À retenir#
- L'intégration fiscale (CGI art. 223 A) consolide les résultats d'un groupe détenu à au moins 95 %, la mère étant seule redevable de l'IS.
- Dans un LBO, elle permet d'imputer les intérêts de la dette d'acquisition sur le bénéfice de la cible.
- Le seuil de 95 % du capital et des droits de vote est impératif pour intégrer une filiale.
- L'amendement Charasse (art. 223 B) réintègre une quote-part de charges financières en cas de rachat à soi-même, sur 9 exercices.
- Les dividendes intragroupe relèvent du régime mère-fille, et le résultat d'ensemble est taxé à 15 % puis 25 %.
- Un plafonnement général limite les charges financières nettes à 30 % de l'EBITDA au-delà de 3 millions d'euros.
Article rédigé par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Mis à jour pour 2026. Cet article a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation propre.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
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