Crédit d'impôt audiovisuel et cinéma : taux, dépenses éligibles et agrément CNC
Taux de 25 % et 10 %, dépenses réalisées en France, agrément CNC en deux temps et plafond d'aides publiques : ce que la production déléguée doit cadrer pour sécuriser son crédit d'impôt.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Le crédit d'impôt audiovisuel (CGI art. 220 sexies) revient aux entreprises de production déléguée d'œuvres agréées soumises à l'impôt sur les sociétés. Il s'élève à 25 % des dépenses éligibles réalisées en France pour la fiction, l'animation et le documentaire, et à 10 % pour les autres œuvres. Plafond clé : les aides publiques, crédit compris, ne peuvent dépasser 50 % du coût définitif de production (60 % pour les œuvres difficiles ou à petit budget).
Vous montez une série, un documentaire ou un programme d'animation, et le crédit d'impôt figure déjà dans votre plan de financement. La vraie difficulté n'est pas de connaître le taux : c'est de sécuriser l'assiette, le calendrier de l'agrément et l'empilement des aides pour que le crédit annoncé soit bien celui que vous encaisserez. Dans nos dossiers de production, l'écart entre un crédit confortable et un crédit raboté tient presque toujours à des arbitrages pris en amont, pas à une erreur de calcul.
À quoi sert le crédit d'impôt audiovisuel ?#
Le dispositif vise à maintenir et à relocaliser en France la fabrication des programmes : écriture, tournage, technique, post-production. Il s'adresse à l'entreprise de production déléguée, c'est-à-dire celle qui assume l'initiative et la responsabilité financière, juridique et artistique de l'œuvre, et qui en garantit la bonne fin. Une société de production exécutive ou un simple prestataire n'ouvre pas droit au crédit en son nom.
Deux conditions structurantes encadrent l'accès au dispositif :
- l'entreprise doit être soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) ;
- l'œuvre doit faire l'objet d'un agrément du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée).
Dans notre pratique de cabinet, le crédit d'impôt audiovisuel est rarement un sujet isolé. Il s'articule avec le plan de financement, les apports des diffuseurs, les aides du CNC et, le cas échéant, le crédit d'impôt international. C'est cette articulation, plus que le taux affiché, qui fait gagner ou perdre de la trésorerie.
Quels sont les taux : 25 % ou 10 % ?#
Le taux dépend du genre de l'œuvre. Voici la lecture que nous retenons pour l'audiovisuel.
| Type d'œuvre audiovisuelle | Taux du crédit d'impôt |
|---|---|
| Fiction | 25 % |
| Animation | 25 % |
| Documentaire | 25 % |
| Autres œuvres audiovisuelles | 10 % |
Le taux s'applique à l'assiette des dépenses éligibles, et non au budget total de l'œuvre. Une production peut donc afficher un budget important sans que la totalité ouvre droit au crédit. C'est un point qui surprend souvent les producteurs sur un premier projet : ils raisonnent en pourcentage du budget global, alors que seule la fraction des dépenses éligibles réalisées en France entre dans le calcul.
Quelles dépenses sont éligibles, et pourquoi la territorialité est décisive ?#
La territorialité est le cœur du dispositif. Sont prises en compte des opérations et prestations réalisées en France, parmi lesquelles :
- les rémunérations versées aux auteurs au sens de l'article L113-7 du code de la propriété intellectuelle, ainsi que les charges sociales afférentes ;
- les salaires et charges sociales des techniciens et collaborateurs de la fabrication ;
- les dépenses de fabrication (tournage, décors, costumes, matériels, post-production) engagées auprès de prestataires établis en France.
Le risque sous-estimé porte presque toujours sur la traçabilité de la territorialité. Une dépense facturée par un prestataire français mais exécutée à l'étranger, ou une ventilation approximative des postes, fragilise l'assiette. Nous recommandons de structurer le suivi analytique dès l'ouverture du projet, poste par poste, plutôt que de reconstituer l'assiette après coup, quand les factures sont déjà comptabilisées en vrac.
Conseil Hayot Expertise. Ouvrez un code analytique par grand poste (auteurs, plateau, post-production, décors) dès la première facture. Le jour de l'agrément définitif, vous justifiez l'assiette en quelques minutes au lieu de re-ventiler des centaines d'écritures sous pression.
Comment fonctionne l'agrément du CNC, en deux temps ?#
Le bénéfice du crédit suppose un agrément du CNC, délivré en deux étapes, après sélection par un comité d'experts.
- Agrément provisoire : il valide l'éligibilité du projet en amont, avant ou au démarrage de la fabrication.
- Agrément définitif : il intervient après réalisation, sur contrôle des dépenses effectivement engagées.
Point d'attention décisif : les dépenses n'ouvrent droit au crédit qu'à compter de la réception de la demande d'agrément provisoire par le président du CNC. Engager des dépenses significatives avant ce dépôt revient, en pratique, à les sortir de l'assiette. C'est l'erreur la plus coûteuse que nous voyons sur les dossiers mal calés dans le temps : un développement avancé, des premiers tournages, puis un dépôt tardif qui ampute le crédit d'une part de l'assiette déjà consommée.
Comment lire le plafond d'aides publiques ?#
Le crédit d'impôt ne se cumule pas sans limite avec les autres soutiens. Le montant total des aides publiques accordées à une production audiovisuelle, crédit d'impôt compris, ne peut excéder 50 % du coût définitif de production. Ce plafond est porté à 60 % pour les œuvres difficiles ou à petit budget.
Concrètement, ce plafond commande l'ingénierie du plan de financement. Empiler aides régionales, subventions du CNC et crédit d'impôt sans simuler le plafond expose à une reprise au moment du contrôle. Nous chiffrons ce plafond dès le prévisionnel, pas à la clôture : c'est la seule façon de savoir, avant de signer les conventions d'aide, quelle marge il reste réellement.
Cinéma et crédit international : quelles différences ?#
Le même article 220 sexies abrite aussi un crédit d'impôt cinéma, doté de son propre régime, avec un taux normal et un taux majoré selon les caractéristiques de l'œuvre. Nous ne le détaillons pas ici pour ne pas mélanger deux barèmes distincts. Si vous combinez un long métrage et une déclinaison audiovisuelle, l'analyse se mène œuvre par œuvre, car chacune relève de son propre régime et de son propre agrément. Nous revenons sur la mécanique d'ensemble dans notre article dédié au rôle de l'expert-comptable sur le crédit d'impôt cinéma et audiovisuel.
Par ailleurs, le crédit d'impôt international, le C2I (CGI art. 220 quaterdecies), vise les productions étrangères tournées en France. Une production internationale qui localise une partie de sa fabrication sur le territoire peut, selon sa structuration, relever de ce dispositif plutôt que du crédit audiovisuel. L'arbitrage entre les régimes mérite une analyse au cas par cas : un même tournage en France n'est pas traité de la même manière selon que l'œuvre est portée par une production déléguée française ou par une société de production étrangère via une société d'accueil.
Cas particuliers à anticiper#
Quelques configurations reviennent régulièrement et appellent un cadrage spécifique :
- Coproduction internationale. La répartition des dépenses entre coproducteurs conditionne l'assiette française. Le partage des droits et la localisation des prestations doivent être cohérents avec les contrats de coproduction.
- Œuvre transmédia ou multi-supports. Une même marque déclinée en cinéma, en série et en jeu vidéo relève de régimes différents. Côté studio, l'arbitrage se joue entre crédits sectoriels et dispositifs de recherche, que nous détaillons dans notre comparatif CIJV ou CIR pour un studio de jeu vidéo.
- Programme à petit budget. Le plafond majoré à 60 % peut changer l'équilibre du plan de financement, à condition de documenter le caractère difficile ou à petit budget de l'œuvre.
- Diffuseur entrant tardivement. Un apport de diffuseur qui arrive après le dépôt de l'agrément provisoire modifie le coût définitif et donc le calcul du plafond. Il faut le réintégrer dans la simulation.
Points de vigilance#
- L'assiette ne se reconstitue pas après coup sans perte : le suivi analytique doit précéder la première dépense lourde.
- Le calendrier de l'agrément provisoire est un point de non-retour pour les dépenses engagées avant son dépôt.
- Le plafond d'aides publiques se calcule sur le coût définitif, qui évolue jusqu'à la fin de la fabrication.
- La qualité de production déléguée et l'assujettissement à l'IS doivent être établis sans ambiguïté avant de revendiquer le crédit.
Notre analyse d'expert-comptable#
Sur un dossier récent de société de production confiée au cabinet, le producteur avait engagé une part substantielle des dépenses de développement et de premiers repérages avant de finaliser sa demande d'agrément provisoire. Le projet était solide, le genre éligible au taux de 25 %, mais une fraction des dépenses se trouvait, par construction, hors assiette parce qu'antérieure à la réception de la demande par le CNC. Le crédit espéré et le crédit calculable n'étaient pas le même chiffre.
Notre lecture est nette : sur le crédit d'impôt audiovisuel, la valeur ajoutée d'un cabinet ne se mesure pas à la connaissance du taux, qui est public, mais à la maîtrise du séquencement et de la traçabilité. Déposer l'agrément provisoire au bon moment, isoler les dépenses françaises dans une comptabilité analytique dès le premier euro, et simuler le plafond d'aides publiques sur un coût définitif réaliste valent souvent plus, en trésorerie, que toute optimisation de dernière minute. C'est aussi pour cela que nous traitons le crédit d'impôt comme une composante du plan de financement global, et non comme une ligne isolée à remplir au moment de la liasse.
Ce qu'il faut surveiller : notre checklist#
- Vérifier la qualité de production déléguée de l'entreprise et son assujettissement à l'IS.
- Déposer la demande d'agrément provisoire avant d'engager les dépenses lourdes.
- Isoler dès le départ les dépenses réalisées en France dans un suivi analytique dédié.
- Documenter la territorialité de chaque poste (lieu d'exécution, établissement du prestataire).
- Simuler le plafond d'aides publiques (50 % ou 60 %) sur le coût définitif estimé.
- Arbitrer, le cas échéant, avec le C2I pour les coproductions internationales.
- Préparer l'agrément définitif en cohérence avec les dépenses réellement engagées.
Sur ces dossiers, notre rôle est de sécuriser l'assiette et le calendrier autant que de calculer le crédit. Si vous structurez une production, notre accompagnement de la production audiovisuelle vous aide à articuler crédit d'impôt, agrément CNC et plan de financement, en lien avec notre offre de financement de l'innovation CIR, CII et JEI lorsque le projet mobilise aussi des dispositifs de recherche. Pour le volet fiscal d'ensemble, nos équipes de fiscalité d'entreprise à Paris cadrent l'imputation du crédit et la liasse.
Questions fréquentes
Quel taux de crédit d'impôt audiovisuel s'applique à un documentaire ?+
Le documentaire relève du taux de 25 % des dépenses éligibles, au même titre que la fiction et l'animation. Les autres œuvres audiovisuelles relèvent du taux de 10 %. Le taux s'applique à l'assiette des dépenses éligibles réalisées en France, et non au budget total de l'œuvre.
Peut-on engager des dépenses avant l'agrément du CNC ?+
Les dépenses n'ouvrent droit au crédit qu'à compter de la réception de la demande d'agrément provisoire par le président du CNC. Engager des dépenses significatives avant ce dépôt revient à les exclure de l'assiette. C'est pourquoi nous calons le calendrier du dépôt avant le démarrage de la production.
Le crédit d'impôt audiovisuel se cumule-t-il avec les autres aides ?+
Oui, dans une limite. Le total des aides publiques, crédit d'impôt compris, ne peut excéder 50 % du coût définitif de production, porté à 60 % pour les œuvres difficiles ou à petit budget. Ce plafond doit être simulé dès le plan de financement pour éviter une reprise.
Qui peut bénéficier du crédit d'impôt audiovisuel ?+
Le crédit est réservé à l'entreprise de production déléguée, celle qui assume l'initiative et la responsabilité financière, juridique et artistique de l'œuvre, et qui est soumise à l'impôt sur les sociétés. Une société de production exécutive ou un simple prestataire n'y ouvre pas droit en son nom.
Quelle différence entre crédit d'impôt audiovisuel et crédit d'impôt international ?+
Le crédit d'impôt audiovisuel (CGI art. 220 sexies) concerne les œuvres agréées portées par une production déléguée française. Le crédit d'impôt international, le C2I (CGI art. 220 quaterdecies), vise les productions étrangères tournées en France. Selon sa structuration, une production internationale peut relever de l'un ou de l'autre, ce qui suppose un arbitrage au cas par cas.
À retenir#
- Le crédit d'impôt audiovisuel (CGI art. 220 sexies) vaut 25 % des dépenses éligibles en France pour la fiction, l'animation et le documentaire, et 10 % pour les autres œuvres.
- Il est réservé à la production déléguée soumise à l'IS, sur une œuvre agréée par le CNC.
- Les dépenses n'entrent dans l'assiette qu'à compter de la réception de la demande d'agrément provisoire par le président du CNC.
- L'assiette repose sur des dépenses réalisées en France : la traçabilité de la territorialité est le premier facteur de sécurisation.
- Les aides publiques, crédit compris, sont plafonnées à 50 % du coût définitif (60 % pour les œuvres difficiles ou à petit budget).
- Pour les productions internationales, le C2I (CGI art. 220 quaterdecies) peut constituer une alternative à arbitrer.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- CGI art. 220 sexies (crédit d'impôt cinéma et audiovisuel), Légifrance
- CGI art. 220 quaterdecies (crédit d'impôt international C2I), Légifrance
- BOFiP BOI-IS-RICI-10-30-20 (crédit d'impôt audiovisuel, dépenses éligibles)
- CNC, crédit d'impôt audiovisuel (production)
- CNC, crédit d'impôt international (C2I)
- Code de la propriété intellectuelle, art. L113-7 (œuvre audiovisuelle, auteurs), Légifrance
Ce sujet relève de notre mission CIR, CII, JEI | Financement innovation sécurisé
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