CIJV ou CIR : quel crédit d'impôt pour un studio de jeu vidéo ?
Un studio de jeu vidéo doit souvent arbitrer entre le crédit d'impôt jeu vidéo (CIJV) et le crédit d'impôt recherche (CIR). Notre lecture pour trancher, sans cumuler deux fois la même dépense.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide : faut-il choisir le CIJV ou le CIR pour un studio de jeu vidéo ?#
CIJV ou CIR ne se décide pas en bloc : le crédit d'impôt jeu vidéo (CIJV) finance la création et le développement d'une œuvre de jeu vidéo agréée par le CNC, tandis que le crédit d'impôt recherche (CIR) vise les vrais travaux de recherche et développement. On arbitre dépense par dépense, sans jamais compter deux fois la même charge.
Le CIJV en bref#
Le crédit d'impôt jeu vidéo est codifié à l'article 220 terdecies du CGI. Il porte sur les dépenses de création et de développement d'une œuvre de jeu vidéo et représente 30 % des dépenses éligibles, dans la limite d'un plafond de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice.
Deux conditions structurent l'éligibilité. D'abord, un coût de développement minimal de 100 000 euros : en dessous, le jeu n'ouvre pas droit au dispositif. Ensuite, l'obtention d'un agrément du CNC, délivré en deux temps (agrément provisoire au lancement, puis agrément définitif), après un test culturel qui apprécie le contenu de l'œuvre. Le dispositif s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031.
La logique du CIJV est donc celle d'une œuvre : on regarde la création et le développement du jeu, pas la nouveauté scientifique des techniques employées.
Le CIR en bref#
Le crédit d'impôt recherche, prévu à l'article 244 quater B du CGI, finance les dépenses de recherche et développement au sens fiscal : recherche fondamentale, recherche appliquée et développement expérimental.
La logique est ici toute différente. Il ne suffit pas d'écrire du code nouveau pour le studio : il faut démontrer un véritable travail de recherche et développement, c'est-à-dire un état de l'art établi, une incertitude scientifique ou technique réelle, et la levée de verrous que la connaissance disponible ne permettait pas de franchir. Un moteur maison, une brique d'intelligence artificielle ou un algorithme de rendu réellement inédits peuvent relever de cette logique ; la production courante d'un jeu, non.
La règle de non-cumul#
C'est le point que je rappelle systématiquement en réunion de cadrage : le CIJV et le CIR ne se cumulent pas sur les mêmes dépenses. Une même charge ne peut jamais nourrir les deux crédits.
En revanche, un même studio peut relever des deux logiques sur des dépenses distinctes. Exemple fréquent dans les dossiers : la création et le développement du jeu sont portés par le CIJV, pendant qu'une brique technique réellement nouvelle (un moteur, un système de matchmaking, une approche d'IA) est isolée et documentée pour le CIR. Le risque sous-estimé est précisément là : à vouloir maximiser, certains studios font glisser une même dépense dans les deux assiettes. En cas de contrôle, c'est le redressement assuré.
Comment trancher selon la nature des travaux#
L'arbitrage se décide selon trois critères : la nature réelle des travaux, la documentation disponible, et le profil de risque accepté en cas de contrôle.
| Critère | CIJV (art. 220 terdecies) | CIR (art. 244 quater B) |
|---|---|---|
| Objet | Création et développement d'une œuvre de jeu vidéo | Recherche et développement au sens fiscal |
| Condition d'accès | Agrément CNC (provisoire puis définitif), test culturel | Démonstration de R et D (état de l'art, verrous) |
| Taux | 30 % des dépenses éligibles | Crédit d'impôt sur les dépenses de R et D |
| Plafond | 6 M€ par entreprise et par exercice | Selon les règles propres au CIR |
| Seuil d'entrée | Coût de développement minimal 100 000 euros | Réalité de travaux de recherche |
| Échéance | Dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031 | Dispositif pérenne |
Notre lecture : pour la grande majorité d'un budget de jeu (game design, graphismes, level design, intégration, tests), le CIJV est le réflexe naturel, à condition de viser et d'obtenir l'agrément CNC. Le CIR n'a de sens que sur la fraction des travaux qui franchit réellement la barre de la recherche : pas le code nouveau pour vous, le code nouveau pour l'état de l'art.
Sécuriser la documentation#
Quel que soit le crédit retenu, c'est la documentation qui tient le dossier en cas de contrôle.
- Pour le CIJV : déposer la demande d'agrément provisoire au bon moment, suivre le test culturel, tracer les dépenses de création et de développement par œuvre.
- Pour le CIR : constituer dès le début de l'exercice un dossier technique (état de l'art, verrous identifiés, démarche expérimentale, résultats), et non le reconstituer après coup.
- Tenir une ventilation analytique claire qui isole, dépense par dépense, ce qui relève du CIJV et ce qui relève du CIR.
- Conserver les justificatifs de temps passé et de salaires affectés aux travaux éligibles.
- Documenter la frontière entre les deux assiettes pour prouver l'absence de double comptage.
Cas type (exemple représentatif)#
Un studio prépare un jeu dont le budget dépasse largement 100 000 euros. L'essentiel des coûts (création artistique, gameplay, production) entre dans l'assiette du CIJV après agrément CNC. En parallèle, l'équipe développe une technologie de génération procédurale qui se heurte à un vrai verrou technique. Cette fraction des dépenses, isolée et documentée séparément, peut être présentée au CIR, sans jamais être reprise dans l'assiette du CIJV. Deux crédits, deux assiettes étanches.
C'est typiquement ce travail de frontière que nous cadrons avec les dirigeants de studios. Si vous montez votre dispositif, notre page dédiée au secteur des studios de jeu vidéo détaille notre accompagnement, du choix entre CIJV et CIR jusqu'à la sécurisation de la documentation. Cet article informe ; une décision propre à votre studio suppose l'examen de votre situation, de vos travaux et des textes en vigueur.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler le CIJV et le CIR sur le même jeu ?+
Pas sur les mêmes dépenses. Le non-cumul interdit de compter deux fois une même charge. En revanche, un studio peut relever du CIJV pour la création et le développement du jeu, et du CIR pour une brique technique réellement nouvelle, à condition d'isoler chaque dépense dans une seule assiette.
Le CIJV est-il toujours plus avantageux que le CIR ?+
Pas mécaniquement. Le CIJV couvre une assiette large (création et développement) au taux de 30 %, mais suppose l'agrément CNC. Le CIR ne vise que les travaux de recherche et développement réels et exige une documentation solide. L'arbitrage se fait selon la nature des travaux et le risque accepté.
Quel crédit choisir si je n'ai pas l'agrément CNC ?+
Sans agrément CNC, le CIJV n'est pas mobilisable. Restent les dépenses qui relèvent réellement de la recherche et développement, éligibles au CIR si elles passent le test de l'état de l'art et des verrous techniques. Un cadrage en amont évite de bâtir un dossier sur une assiette fragile.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
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