CIJV ou CIR : quel crédit d'impôt choisir pour un studio de jeu vidéo ?
Un studio de jeu vidéo doit souvent arbitrer entre le crédit d'impôt jeu vidéo et le crédit d'impôt recherche. Notre lecture pour trancher, sans compter deux fois la même dépense.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Le crédit d'impôt jeu vidéo (CIJV) finance la création et le développement d'une œuvre de jeu vidéo agréée par le CNC, au taux de 30 % des dépenses éligibles, dans la limite de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice. Le crédit d'impôt recherche (CIR) vise les vrais travaux de recherche et développement. On ne choisit pas en bloc : on arbitre dépense par dépense, sans jamais compter deux fois la même charge.
Pourquoi cette question revient dans tous les dossiers de studios ?#
Un studio qui produit un jeu cumule deux réalités économiques. D'un côté, une œuvre culturelle : du game design, des graphismes, du level design, du son, de l'intégration et des phases de test. De l'autre, parfois, de vrais travaux techniques : un moteur maison, un système de matchmaking, une brique de génération procédurale qui se heurte à un verrou que personne n'a encore franchi.
Les deux régimes fiscaux qui structurent ce secteur ne parlent pas le même langage. Le CIJV raisonne en termes d'œuvre, le CIR raisonne en termes de recherche. La confusion entre les deux est la première source de fragilité que nous voyons dans les dossiers de financement de studios. Le bon réflexe n'est pas de choisir un camp, mais de cartographier chaque ligne de dépense et de la rattacher à un seul dispositif.
Le CIJV en bref : la logique de l'œuvre#
Le crédit d'impôt jeu vidéo est codifié à l'article 220 terdecies du CGI. Il porte sur les dépenses de création et de développement d'une œuvre de jeu vidéo et représente 30 % des dépenses éligibles, dans la limite d'un plafond de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice.
Deux conditions structurent l'éligibilité.
- Un coût de développement minimal de 100 000 euros. En dessous de ce seuil, le jeu n'ouvre pas droit au dispositif. Cette barre exclut de fait les très petits projets.
- L'obtention d'un agrément du CNC, délivré en deux temps : un agrément provisoire au lancement, puis un agrément définitif. L'agrément s'appuie sur un test culturel qui apprécie le contenu de l'œuvre (univers, narration, contribution à la diversité de la création).
Le dispositif s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031, ce qui donne aux studios un horizon de planification clair pour leurs prochaines productions.
La logique du CIJV est donc celle d'une œuvre. On regarde la création et le développement du jeu, pas la nouveauté scientifique des techniques employées. Un jeu peut être superbement réalisé, commercialement ambitieux et parfaitement éligible au CIJV sans contenir la moindre once de recherche au sens fiscal.
Le CIR en bref : la logique de la recherche#
Le crédit d'impôt recherche, prévu à l'article 244 quater B du CGI, finance les dépenses de recherche et développement au sens fiscal : recherche fondamentale, recherche appliquée et développement expérimental.
La logique est ici toute différente. Il ne suffit pas d'écrire du code nouveau pour le studio. Il faut démontrer un véritable travail de recherche et développement, c'est-à-dire :
- un état de l'art établi, qui montre ce que la connaissance disponible permet déjà de faire ;
- une incertitude scientifique ou technique réelle, que cet état de l'art ne lève pas ;
- la levée de verrous que les techniques existantes ne permettaient pas de franchir.
Un moteur maison, une brique d'intelligence artificielle ou un algorithme de rendu réellement inédits peuvent relever de cette logique. La production courante d'un jeu, même complexe, non. C'est la distinction la plus difficile à faire admettre aux équipes techniques : ce qui est nouveau et difficile pour vous n'est pas forcément nouveau pour l'état de l'art.
La règle de non-cumul : le point que nous rappelons à chaque cadrage#
C'est le principe que nous rappelons systématiquement en réunion de cadrage : le CIJV et le CIR ne se cumulent pas sur les mêmes dépenses. Une même charge ne peut jamais nourrir les deux crédits.
En revanche, un même studio peut relever des deux logiques sur des dépenses distinctes. C'est même fréquent. La création et le développement du jeu sont portés par le CIJV, pendant qu'une brique technique réellement nouvelle (un moteur, un système de matchmaking, une approche d'intelligence artificielle) est isolée et documentée pour le CIR.
Le risque sous-estimé est précisément là. À vouloir maximiser le retour fiscal, certains studios font glisser une même dépense de personnel ou de prestation dans les deux assiettes. En cas de contrôle, c'est le redressement quasi assuré, avec en plus la fragilisation de l'ensemble du dossier : l'administration qui détecte un double comptage examine ensuite tout le reste avec méfiance.
Conseil Hayot Expertise. Tracez une frontière analytique nette entre les deux assiettes dès le premier euro engagé, et documentez-la. La preuve de l'absence de double comptage est aussi importante que la justification de chaque crédit pris isolément.
Comment trancher selon la nature des travaux ?#
L'arbitrage se décide selon trois critères : la nature réelle des travaux, la documentation disponible, et le profil de risque accepté en cas de contrôle.
| Critère | CIJV (art. 220 terdecies) | CIR (art. 244 quater B) |
|---|---|---|
| Objet | Création et développement d'une œuvre de jeu vidéo | Recherche et développement au sens fiscal |
| Condition d'accès | Agrément CNC (provisoire puis définitif), test culturel | Démonstration de R et D (état de l'art, verrous) |
| Taux | 30 % des dépenses éligibles | Crédit d'impôt sur les dépenses de R et D |
| Plafond | 6 M€ par entreprise et par exercice | Selon les règles propres au CIR |
| Seuil d'entrée | Coût de développement minimal 100 000 euros | Réalité de travaux de recherche |
| Échéance | Dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031 | Dispositif pérenne |
Notre lecture : pour la grande majorité d'un budget de jeu (game design, graphismes, level design, intégration, tests), le CIJV est le réflexe naturel, à condition de viser et d'obtenir l'agrément CNC. Le CIR n'a de sens que sur la fraction des travaux qui franchit réellement la barre de la recherche. Pas le code nouveau pour vous, le code nouveau pour l'état de l'art.
Pour bien comprendre cette mécanique de crédit d'impôt sectoriel, le secteur du jeu vidéo partage une parenté avec celui de l'image : nous l'expliquons dans notre analyse du crédit d'impôt cinéma et audiovisuel, où l'agrément et le test culturel jouent un rôle comparable.
Cas particuliers à anticiper#
Quelques situations reviennent régulièrement et méritent d'être traitées en amont :
- Le studio sans agrément CNC. Sans agrément, le CIJV n'est pas mobilisable. Restent uniquement les dépenses qui relèvent réellement de la recherche, éligibles au CIR si elles passent le test de l'état de l'art.
- Le projet sous le seuil de 100 000 euros. En dessous de ce coût de développement minimal, le CIJV est fermé. Le studio se reporte alors sur le CIR pour ses éventuels travaux de recherche, ou structure différemment son financement.
- La prestation externalisée. Lorsque tout ou partie du développement est confié à un prestataire, la qualification des dépenses et leur rattachement à la bonne assiette demandent une vigilance particulière, sous-traitance et travail interne ne suivant pas les mêmes règles.
- Le studio multi-projets. Le plafond de 6 millions d'euros s'apprécie par entreprise et par exercice. Un studio qui mène plusieurs jeux de front doit suivre ce plafond global, et non projet par projet.
Sécuriser la documentation : ce qui tient le dossier en cas de contrôle#
Quel que soit le crédit retenu, c'est la documentation qui tient le dossier. Un crédit d'impôt mal documenté est un crédit d'impôt fragile, même lorsque l'assiette est légitime.
- Pour le CIJV : déposer la demande d'agrément provisoire au bon moment, suivre le test culturel, tracer les dépenses de création et de développement par œuvre.
- Pour le CIR : constituer dès le début de l'exercice un dossier technique (état de l'art, verrous identifiés, démarche expérimentale, résultats), et non le reconstituer après coup, une fois le contrôle annoncé.
- Tenir une ventilation analytique claire qui isole, dépense par dépense, ce qui relève du CIJV et ce qui relève du CIR.
- Conserver les justificatifs de temps passé et de salaires affectés aux travaux éligibles, idéalement via un suivi des temps par projet.
- Documenter la frontière entre les deux assiettes pour prouver l'absence de double comptage.
Ce travail de cadrage rejoint plus largement la stratégie de financement de l'innovation par le CIR, le CII et le statut JEI, que nous construisons avec les dirigeants en amont de la production.
Notre analyse d'expert-comptable#
Dans un dossier représentatif que nous avons accompagné, un studio préparait un jeu dont le budget dépassait largement 100 000 euros. L'essentiel des coûts (création artistique, gameplay, production) entrait dans l'assiette du CIJV après agrément CNC. En parallèle, l'équipe développait une technologie de génération procédurale qui se heurtait à un vrai verrou technique. Cette fraction des dépenses, isolée et documentée séparément, a pu être présentée au CIR, sans jamais être reprise dans l'assiette du CIJV. Deux crédits, deux assiettes étanches.
La vraie valeur d'un cabinet sur ce type de dossier ne réside pas dans la connaissance des taux, qui sont publics, mais dans le tracé de la frontière. Notre opinion, forgée au fil des dossiers de studios : le réflexe « on met tout au CIR parce que le studio écrit du code » est une erreur fréquente et coûteuse. La plupart des budgets de jeu relèvent du CIJV, plus large et mieux adapté à la nature de l'activité. Le CIR doit rester l'exception, réservé à la fraction réellement scientifique, sous peine de bâtir un dossier que l'administration démontera.
C'est typiquement ce travail de frontière que nous cadrons avec les dirigeants de studios. Notre page dédiée au secteur des studios de jeu vidéo détaille notre accompagnement, du choix entre CIJV et CIR jusqu'à la sécurisation de la documentation. Cet article informe ; une décision propre à votre studio suppose l'examen de votre situation, de vos travaux et des textes en vigueur.
Points de vigilance#
- Le double comptage d'une même dépense dans le CIJV et le CIR est le premier motif de redressement sur ce type de dossier.
- Un dossier technique CIR reconstitué après l'annonce d'un contrôle a une valeur probante très inférieure à un dossier tenu en continu.
- L'agrément CNC se prépare : l'agrément provisoire se demande au bon moment, pas une fois le jeu sorti.
- Le seuil de 100 000 euros de coût de développement conditionne l'accès au CIJV : il faut le sécuriser et le justifier.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler le CIJV et le CIR sur le même jeu ?+
Pas sur les mêmes dépenses. La règle de non-cumul interdit de compter deux fois une même charge. En revanche, un studio peut relever du CIJV pour la création et le développement du jeu, et du CIR pour une brique technique réellement nouvelle, à condition d'isoler chaque dépense dans une seule assiette.
Le CIJV est-il toujours plus avantageux que le CIR ?+
Pas mécaniquement. Le CIJV couvre une assiette large, la création et le développement, au taux de 30 %, mais suppose l'agrément CNC. Le CIR ne vise que les travaux de recherche et développement réels et exige une documentation solide. L'arbitrage se fait selon la nature des travaux et le risque accepté en cas de contrôle.
Quel crédit choisir si je n'ai pas l'agrément CNC ?+
Sans agrément CNC, le CIJV n'est pas mobilisable. Restent les dépenses qui relèvent réellement de la recherche et développement, éligibles au CIR si elles passent le test de l'état de l'art et des verrous techniques. Un cadrage en amont évite de bâtir un dossier sur une assiette fragile.
Quel est le taux et le plafond du crédit d'impôt jeu vidéo ?+
Le CIJV représente 30 % des dépenses éligibles de création et de développement, dans la limite de 6 millions d'euros par entreprise et par exercice. Il faut un coût de développement minimal de 100 000 euros et un agrément du CNC. Le dispositif s'applique aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2031.
Comment l'administration distingue-t-elle un vrai projet de recherche d'un simple développement de jeu ?+
Elle s'appuie sur l'existence d'un état de l'art, d'une incertitude scientifique ou technique réelle et de verrous que les techniques existantes ne permettaient pas de franchir. Écrire du code nouveau pour le studio ne suffit pas. La nouveauté doit se mesurer par rapport à la connaissance disponible, pas par rapport au studio.
Faut-il documenter le dossier avant ou après le contrôle ?+
Avant, et en continu. Un dossier technique CIR ou un suivi de dépenses CIJV reconstitué après l'annonce d'un contrôle a une force probante très réduite. La documentation doit se construire au fil de l'exercice, pendant que les travaux se déroulent et que les preuves existent.
À retenir#
- Le CIJV finance la création et le développement d'une œuvre de jeu vidéo, à 30 % des dépenses éligibles, plafond 6 M€ par entreprise et par exercice, jusqu'au 31 décembre 2031.
- Le CIR finance la recherche et le développement au sens fiscal, avec exigence d'état de l'art et de verrous techniques.
- Le CIJV suppose un agrément CNC et un coût de développement minimal de 100 000 euros.
- La règle de non-cumul interdit de compter une même dépense dans les deux crédits.
- Un même studio peut relever des deux dispositifs sur des dépenses distinctes et étanches.
- La documentation, tenue en continu, est ce qui sécurise le dossier en cas de contrôle.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- CGI art. 220 terdecies (crédit d'impôt jeux vidéo), Légifrance
- CGI art. 244 quater B (crédit d'impôt recherche), Légifrance
- CNC, crédit d'impôt jeu vidéo
- BOFiP, BIC - Crédit d'impôt en faveur des entreprises de création de jeux vidéo
- BOFiP, BIC - Crédit d'impôt recherche (CIR)
- impots.gouv.fr, Le crédit d'impôt recherche (CIR)
- Ministère de la Culture, Crédit d'impôt jeu vidéo
Ce sujet relève de notre mission CIR, CII, JEI | Financement innovation sécurisé
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