Comptabilité d'engagement ou de trésorerie : laquelle pour vous
Engagement ou trésorerie : qui peut tenir une comptabilité de recettes-dépenses, pourquoi l'engagement reste la norme des sociétés, et comment choisir sans risque en 2026.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La comptabilité de trésorerie enregistre les recettes encaissées et les dépenses payées ; la comptabilité d'engagement enregistre les créances et les dettes dès leur naissance. Les sociétés et commerçants relèvent obligatoirement de l'engagement (article L123-12 du Code de commerce). Les BNC tiennent une comptabilité de trésorerie, sauf option pour l'engagement avant le 1er février (article 93 A du CGI).
Un même chiffre d'affaires peut donner deux résultats différents selon la méthode comptable retenue. Une facture émise en décembre mais encaissée en janvier ne tombe pas dans le même exercice selon que vous tenez une comptabilité d'engagement ou une comptabilité de trésorerie. Pour un dirigeant, ce décalage n'est pas un détail technique : il décide de l'année d'imposition de vos bénéfices, de la lisibilité de votre résultat et de votre exposition en cas de contrôle. Voici comment trancher, sans confondre une simplification autorisée et une obligation manquée.
Quelle différence entre comptabilité d'engagement et de trésorerie ?#
La comptabilité de trésorerie suit l'argent. Une recette est comptabilisée le jour où elle est encaissée, une dépense le jour où elle est payée. C'est intuitif et proche du relevé bancaire. Le bénéfice correspond à l'excédent des recettes encaissées sur les dépenses payées au cours de l'année, conformément à l'article 93 du CGI pour les bénéfices non commerciaux.
La comptabilité d'engagement, elle, suit le droit. Une vente est enregistrée à la date de la facture, indépendamment du règlement ; une charge est rattachée à l'exercice où elle est engagée, c'est-à-dire dès que la dette devient certaine dans son principe et son montant. Le compte de résultat récapitule alors les produits et les charges de l'exercice sans tenir compte de leur date d'encaissement ou de paiement (article L123-13 du Code de commerce).
C'est précisément ce qu'on appelle le rattachement des charges : une dépense d'électricité de décembre payée en janvier appartient à l'exercice de décembre. Ce principe, central dans les principes comptables fondamentaux, permet d'apparier les produits et les charges d'une même période et de mesurer une vraie performance économique, pas un simple solde de banque.
Qui peut tenir une comptabilité de trésorerie ?#
La comptabilité de trésorerie n'est pas une option ouverte à tous. Elle est réservée à des profils précis :
- les titulaires de bénéfices non commerciaux (BNC) sous régime de la déclaration contrôlée, qui tiennent par principe une comptabilité de recettes-dépenses ;
- les micro-entrepreneurs, dont les obligations se limitent à un livre des recettes et, selon le cas, à un registre des achats ;
- certaines associations et structures non commerciales sans personnalité fiscale d'entreprise.
À l'inverse, toute société commerciale (SAS, SARL, SASU, EURL) et tout commerçant personne physique relèvent de la comptabilité d'engagement. L'article L123-12 du Code de commerce impose en effet d'enregistrer chronologiquement les mouvements affectant le patrimoine et d'établir, à la clôture, des comptes annuels composés d'un bilan, d'un compte de résultat et d'une annexe formant un tout indissociable. Pour mieux situer ces seuils et formats, notre guide des obligations comptables d'une PME détaille les régimes applicables.
Un BNC peut-il opter pour l'engagement ?#
Oui. Un professionnel libéral en déclaration contrôlée peut renoncer à la comptabilité de trésorerie au profit des créances acquises et des dépenses engagées. C'est l'objet de l'article 93 A du CGI. L'option présente un intérêt réel pour les activités à fort décalage de facturation : honoraires facturés en fin d'année mais réglés l'année suivante, charges engagées avant d'être payées.
L'option obéit à un formalisme strict :
- Adresser une demande écrite au service des impôts, avant le 1er février de la première année concernée (pour un début d'activité, jusqu'à la date limite de dépôt de la première déclaration).
- Joindre un état des créances et des dettes au 31 décembre de l'année précédant l'option.
- Conserver l'option par tacite reconduction : elle produit ses effets tant qu'elle n'est pas dénoncée.
- Dénoncer le cas échéant par écrit, avant le 1er février de l'année où l'on souhaite revenir aux recettes encaissées.
Pour comprendre l'imbrication avec le régime fiscal des libéraux, consultez nos analyses sur le régime spécial BNC et sur le fonctionnement des BNC.
Comparatif : engagement contre trésorerie#
| Critère | Comptabilité de trésorerie | Comptabilité d'engagement |
|---|---|---|
| Fait générateur | Encaissement / paiement | Facturation / engagement de la dette |
| Qui est concerné | BNC, micro-entrepreneurs | Sociétés, commerçants (art. L123-12) |
| Base légale | Art. 93 du CGI (BNC) | Art. L123-12 et L123-13 du Code de commerce |
| Créances et dettes | Hors résultat tant que non réglées | Intégrées dès la naissance du droit |
| Lisibilité du résultat | Sensible à la date des règlements | Reflète l'activité réelle de la période |
| Pilotage et prévisionnel | Limité (vision banque) | Adapté (vision économique) |
| Risque en cas de contrôle | Faible si éligible | Faible si tenue conforme |
Cas particuliers#
Le régime réel simplifié ménage une voie intermédiaire. Les personnes physiques placées sous ce régime peuvent n'enregistrer les créances et les dettes qu'à la clôture de l'exercice (article L123-25 du Code de commerce) et inscrire certaines charges périodiques selon leur date de paiement (article L123-26). En pratique, elles tiennent une comptabilité de trésorerie en cours d'exercice, puis basculent en engagement à la clôture par des écritures de régularisation. Ce n'est ni une vraie comptabilité de trésorerie, ni une dispense de rattachement.
Le micro-entrepreneur, lui, n'a pas de bilan ni de compte de résultat à produire : un livre des recettes suffit, complété d'un registre des achats en cas de franchise en base de TVA. La logique est purement de trésorerie. Le sujet rejoint celui du seuil de bascule, que nous traitons dans notre article sur le moment de passer de la micro à la société et dans notre point sur la comptabilité de la micro-entreprise en 2026.
Points de vigilance 2026#
Trois erreurs reviennent régulièrement dans les dossiers que nous reprenons.
La première est de croire qu'une société peut tenir une comptabilité de trésorerie parce que son activité est simple. C'est faux : l'obligation d'engagement découle du statut, pas de la taille. Une SASU sans salarié reste soumise à l'article L123-12 du Code de commerce.
La deuxième concerne l'option BNC : beaucoup de libéraux la souhaitent mais oublient le délai du 1er février, ou ne joignent pas l'état des créances et dettes. L'option est alors inopposable pour l'année visée.
La troisième tient à la facturation électronique. À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques. Une comptabilité tenue sur la seule logique de trésorerie supporte mal ce flux structuré, qui matérialise des créances et des dettes à des dates précises.
Notre analyse d'expert-comptable#
Notre lecture est simple : la question "engagement ou trésorerie" se pose rarement comme un choix libre. Pour une société, il n'y a pas de débat, c'est l'engagement. Pour un libéral, le vrai sujet n'est pas la facilité de saisie, mais la cohérence entre votre fiscalité, votre pilotage et votre rythme de facturation.
Le risque sous-estimé concerne l'année de transition. Récemment, un consultant indépendant en BNC nous a sollicités après avoir opté pour l'engagement sans état d'ouverture rigoureux : une partie de ses honoraires de l'année précédente, encaissés sur l'exercice de l'option, risquait d'être imposée deux fois faute d'avoir correctement neutralisé les créances de départ. Nous avons reconstitué l'état des créances et dettes au 31 décembre et sécurisé la première liasse. La méthode était bonne, l'exécution mettait en péril plusieurs milliers d'euros d'impôt.
Notre arbitrage habituel : nous recommandons la trésorerie au libéral dont les encaissements sont réguliers et qui n'a ni stock ni travaux longs ; nous orientons vers l'option d'engagement celui dont la facturation se concentre en fin d'exercice ou qui veut un résultat lisible pour un banquier. En tant qu'expert-comptable inscrit à l'Ordre, nous formalisons ce choix dans la lettre de mission et le documentons, parce que c'est exactement ce que l'administration regarde en cas de contrôle : la cohérence de la méthode dans le temps.
Conseil Hayot Expertise. Avant de demander une option, faites établir un état précis de vos créances et de vos dettes à l'ouverture. C'est ce document, et non l'intention, qui sécurise l'année de bascule. Notre équipe de tenue et révision comptable calibre la méthode selon votre activité et votre accompagnement en fiscalité d'entreprise.
Questions fréquentes
Quelle différence entre comptabilité d'engagement et de trésorerie ?+
La comptabilité de trésorerie enregistre une recette le jour de son encaissement et une dépense le jour de son paiement. La comptabilité d'engagement enregistre la créance dès la facture et la dette dès qu'elle est certaine, indépendamment du règlement. La première suit la banque, la seconde suit le droit.
Qui peut tenir une comptabilité de trésorerie ?+
Seuls les titulaires de bénéfices non commerciaux en déclaration contrôlée, les micro-entrepreneurs et certaines structures non commerciales peuvent tenir une comptabilité de trésorerie. Les sociétés commerciales et les commerçants relèvent obligatoirement de la comptabilité d'engagement, en application de l'article L123-12 du Code de commerce.
Un BNC peut-il opter pour l'engagement ?+
Oui. Un professionnel libéral en déclaration contrôlée peut opter pour la détermination du bénéfice selon les créances acquises et les dépenses engagées, sur le fondement de l'article 93 A du CGI. La demande s'adresse par écrit au service des impôts avant le 1er février, accompagnée d'un état des créances et des dettes.
Qu'est-ce que le rattachement des charges ?+
Le rattachement des charges consiste à comptabiliser une dépense dans l'exercice où elle est engagée, et non dans celui où elle est payée. Une facture d'électricité de décembre réglée en janvier appartient à l'exercice de décembre. Ce principe permet d'apparier produits et charges d'une même période.
La comptabilité de trésorerie est-elle plus simple à tenir ?+
Elle est plus intuitive au quotidien car elle colle au relevé bancaire. Mais elle donne une vision moins fidèle de la performance, car le résultat dépend de la date des règlements. Pour piloter, prévoir ou présenter ses comptes à un financeur, la comptabilité d'engagement reste plus pertinente.
Une société peut-elle tenir une comptabilité de trésorerie ?+
Non. L'obligation d'engagement découle du statut commercial et non de la taille de l'activité. Une SASU ou une SARL, même sans salarié et avec une activité simple, doit tenir une comptabilité d'engagement et établir un bilan, un compte de résultat et une annexe à chaque clôture.
L'option pour l'engagement en BNC est-elle réversible ?+
Oui. L'option de l'article 93 A du CGI est renouvelée par tacite reconduction, mais elle peut être dénoncée par écrit auprès du service des impôts avant le 1er février de l'année où l'on souhaite revenir aux recettes encaissées. La sortie suppose, comme l'entrée, un état des créances et des dettes.
À retenir#
- La comptabilité de trésorerie enregistre encaissements et paiements ; la comptabilité d'engagement enregistre créances et dettes dès leur naissance.
- Les sociétés et commerçants relèvent obligatoirement de l'engagement (article L123-12 du Code de commerce).
- Les BNC tiennent une comptabilité de trésorerie, sauf option pour l'engagement avant le 1er février (article 93 A du CGI).
- Le régime réel simplifié permet aux personnes physiques de n'enregistrer créances et dettes qu'à la clôture (articles L123-25 et L123-26).
- L'année de bascule est le vrai point de risque : un état d'ouverture rigoureux évite une double imposition.
Sources officielles#
- Code de commerce, article L123-12 (obligation comptable des commerçants) - Légifrance
- Code de commerce, articles L123-25 et L123-26 (dérogations réel simplifié) - Légifrance
- BOFiP, BNC - Principes de comptabilisation des recettes (article 93 du CGI)
- BOFiP, BNC - Option pour les creances acquises et depenses engagees (article 93 A du CGI)
- Obligations comptables du micro-entrepreneur - Entreprendre.Service-Public.fr
- Micro-entrepreneur : obligations et seuils 2026 - economie.gouv.fr

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Code de commerce, article L123-12 (obligation comptable des commerçants) - Légifrance
- Code de commerce, articles L123-25 et L123-26 (dérogations réel simplifié) - Légifrance
- BOFiP, BNC - Principes de comptabilisation des recettes (article 93 CGI)
- BOFiP, BNC - Option pour les creances acquises et depenses engagees (article 93 A CGI)
- Obligations comptables du micro-entrepreneur - Entreprendre.Service-Public.fr
- Micro-entrepreneur : obligations et seuils 2026 - economie.gouv.fr
- Code de commerce, article L123-13 (compte de resultat) - Légifrance
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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