Activité réglementée : vérifier ses obligations avant de créer
Avant d'immatriculer votre société, vérifiez si votre activité réglementée exige un diplôme, une autorisation, une carte professionnelle ou une assurance. Méthode de contrôle par secteur et points de vigilance 2026.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Avant d'immatriculer, vérifiez si votre activité est réglementée, c'est-à-dire si elle exige un diplôme, une qualification, une autorisation préalable, un agrément, une carte professionnelle ou une assurance obligatoire. Selon les textes en vigueur au printemps 2026, ces prérequis se contrôlent activité par activité, en amont du dépôt du dossier au guichet unique, faute de quoi la création peut être bloquée ou exercée en infraction.
La plupart des créateurs concentrent leur énergie sur le choix de la forme sociale et la rédaction des statuts. C'est utile, mais cela ne dit rien d'une question préalable et souvent décisive : avez-vous le droit d'exercer cette activité ? Une partie significative des projets relève d'une activité réglementée, dont l'accès est conditionné à un diplôme, une qualification, une autorisation administrative ou une assurance.
Le problème, dans les dossiers de création, est que cette vérification arrive trop tard. On découvre l'exigence d'un agrément ou d'une carte professionnelle une fois la société immatriculée, parfois après avoir engagé des frais et signé un bail. Nous proposons ici une méthode de contrôle ordonnée, du plus structurant au plus technique, pour cadrer cette question avant de créer plutôt qu'après.
Activité réglementée : de quoi parle-t-on exactement#
Une activité est réglementée lorsque la loi ou un règlement subordonne son exercice à une ou plusieurs conditions particulières. Ces conditions ne dépendent pas de la forme juridique : elles s'imposent que vous exerciez en entreprise individuelle, en SASU, en SARL ou en SCI.
Les conditions d'exercice se rangent en quatre grandes familles, qui peuvent se cumuler :
- Une condition de diplôme ou de qualification professionnelle (artisanat de certains métiers, professions de santé, expertise comptable).
- Une autorisation préalable, un agrément ou une déclaration auprès d'une autorité (préfecture, agence régionale de santé, autorité de contrôle sectorielle).
- Une carte professionnelle ou une inscription à un ordre, un registre ou une liste (agents immobiliers, professions du droit et du chiffre, professions de santé).
- Une assurance obligatoire, souvent une responsabilité civile professionnelle, prévue par le texte propre à la profession.
La difficulté tient au fait que ces familles relèvent de textes dispersés. Aucun document unique ne recense toutes les activités réglementées avec leurs conditions précises. Le travail consiste donc à qualifier votre activité réelle, puis à la rapprocher des textes sectoriels applicables, comme nous le faisons en parallèle de notre revue des obligations légales à la création d'entreprise.
Le risque sous-estimé. Beaucoup de créateurs raisonnent sur l'intitulé commercial de leur projet, pas sur sa nature juridique réelle. Or c'est l'activité matériellement exercée qui déclenche la réglementation. Une prestation présentée comme du "conseil" peut, selon son contenu, relever d'une profession réglementée. Vérifier la qualification exacte de l'activité avant l'immatriculation évite de construire un projet sur une base d'exercice illégale.
Qualification professionnelle : le cas des métiers de l'artisanat#
Le premier réflexe concerne les métiers artisanaux soumis à une exigence de qualification. Certaines activités artisanales ne peuvent être exercées que par une personne qualifiée, c'est-à-dire titulaire d'un diplôme ou d'une expérience professionnelle suffisante, ou sous le contrôle effectif d'une telle personne.
Cette exigence de qualification figure désormais à l'article L121-1 du Code de l'artisanat, qui constitue la base légale en vigueur. Historiquement, elle avait été posée par l'article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996, abrogé au 1er juillet 2023 par l'ordonnance n° 2023-208 du 28 mars 2023, à l'occasion de la recodification du droit de l'artisanat. La règle de fond, l'exigence d'une qualification, subsiste donc, mais sa base juridique a changé.
La liste des activités concernées, qui figurait auparavant dans le décret n° 98-246 du 2 avril 1998, lui aussi abrogé au 1er juillet 2023 par le décret n° 2023-500 du 22 juin 2023, est désormais rattachée à l'article L121-1 du Code de l'artisanat, ses modalités étant précisées aux articles R121-1 et suivants. Les familles d'activités restent les mêmes, parmi lesquelles :
- L'entretien et la réparation des véhicules et des machines.
- La construction, l'entretien et la réparation des bâtiments.
- La mise en place, l'entretien et la réparation des réseaux et des équipements utilisant les fluides, le gaz, le chauffage et l'électricité.
- Les soins esthétiques à la personne, autres que médicaux et paramédicaux, et la coiffure.
Notre lecture. Pour ces métiers, la qualification n'est pas une formalité accessoire : elle conditionne la légalité de l'exercice. Lorsque le dirigeant n'est pas lui-même qualifié, la société doit s'assurer le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée pour l'activité concernée. Ce point se vérifie avant la création, car il oriente le recrutement, l'organisation et parfois le calendrier du projet. Nous l'intégrons systématiquement dans notre accompagnement des artisans et commerçants.
Autorisations, agréments et cartes professionnelles#
Au-delà de la qualification, de nombreuses activités exigent une autorisation administrative, un agrément ou une carte professionnelle. La logique est différente de celle du diplôme : il s'agit d'un acte d'une autorité tierce, qui valide l'accès à la profession ou l'exercice de l'activité.
Quelques exemples structurants, selon les textes propres à chaque profession :
- Les agents immobiliers exercent sous le régime de la loi Hoguet et doivent détenir une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce et d'industrie.
- De nombreuses activités de santé et certains établissements médico-sociaux relèvent d'une autorisation ou d'un agrément délivré par l'agence régionale de santé.
- Certaines activités sensibles, comme la sécurité privée, le transport ou le débit de boissons, supposent une autorisation préfectorale ou une licence spécifique.
Ce que l'administration regarde. Pour les activités soumises à autorisation préalable, l'autorité compétente vérifie la réalité des conditions exigées : honorabilité, qualification, garanties financières, conformité des locaux. Une immatriculation obtenue ne vaut jamais autorisation d'exercer : ce sont deux démarches distinctes. Le rôle de l'expert-comptable, en lien avec un conseil juridique sur les statuts et les conditions d'exercice, est de cartographier ces exigences avant le dépôt du dossier.
Le guichet unique ne délivre pas les autorisations préalables#
Un point d'organisation est souvent mal compris. Depuis 2023, les formalités de création passent par le guichet unique électronique de l'INPI. Mais ce guichet ne réalise pas les autorisations, agréments ou cartes professionnelles préalables : ces démarches relèvent d'organismes tiers, propres à chaque activité (préfecture, agence régionale de santé, chambre des métiers, autorité de contrôle sectorielle).
Il n'existe pas de délai générique applicable à toutes ces autorisations. Le délai est variable selon l'activité et l'organisme compétent : certaines demandes donnent lieu à une autorisation tacite passé un certain délai sans réponse, d'autres supposent une instruction longue avec visite de conformité. Ce calendrier propre doit être anticipé, car il peut conditionner la date à laquelle vous pourrez réellement démarrer, indépendamment de la date d'immatriculation.
L'assurance obligatoire : un prérequis profession par profession#
L'assurance de responsabilité civile professionnelle revient souvent dans la discussion sur les activités réglementées. Il faut être précis sur ce point, car une idée fausse circule.
Il n'existe pas d'obligation générale unique d'assurance de responsabilité civile professionnelle pour toute activité réglementée. L'obligation d'assurance est posée profession par profession, par le texte propre à chaque activité. Elle est obligatoire pour certaines professions, par exemple :
- Les agents immobiliers, au titre de la loi Hoguet.
- Les professions du bâtiment, à travers la garantie décennale, distincte de la simple responsabilité civile.
- Les professions libérales réglementées, comme les avocats, les experts-comptables ou les professionnels de santé, selon leurs textes propres.
Pour de nombreuses autres activités, l'assurance de responsabilité civile professionnelle reste fortement recommandée, sans être légalement obligatoire. Lorsque l'obligation existe, elle s'applique quel que soit le statut juridique choisi, entreprise individuelle comme société.
À titre d'illustration chiffrée, l'assurance de responsabilité civile professionnelle de l'agent immobilier doit garantir un montant minimal de 75 000 euros par an et par assuré, selon l'arrêté du 1er septembre 1972 modifié par l'arrêté du 1er juillet 2015. La franchise éventuelle ne peut excéder 10 % des indemnités dues. Ces conditions sont d'ordre public : un contrat qui ne les respecte pas ne satisfait pas l'obligation.
Décision rapide : situer son activité avant de créer#
| Votre situation | Le bon réflexe avant l'immatriculation |
|---|---|
| Métier artisanal de réparation, bâtiment, fluides, esthétique ou coiffure | Vérifier la qualification exigée (Code de l'artisanat, art. L121-1) et, à défaut, organiser le contrôle effectif par une personne qualifiée |
| Profession nécessitant une carte professionnelle (agent immobilier, etc.) | Préparer le dossier de carte professionnelle et l'assurance obligatoire avant l'ouverture |
| Activité soumise à autorisation ou agrément (santé, sécurité, transport, débit de boissons) | Identifier l'autorité compétente et lancer la demande en amont : délai variable selon l'organisme |
| Profession libérale réglementée (droit, chiffre, santé) | Vérifier l'inscription à l'ordre ou au registre et l'assurance propre à la profession |
| Activité a priori non réglementée | Confirmer la qualification juridique réelle de l'activité, car l'intitulé commercial ne suffit pas |
Ce tableau oriente la première vérification. Il ne dispense pas d'un contrôle au cas par cas, car une même activité peut cumuler plusieurs conditions, et certains projets relèvent de plusieurs réglementations à la fois.
En pratique : la méthode de vérification que nous appliquons#
La vérification des obligations d'une activité réglementée se mène dans un ordre précis, du plus structurant au plus opérationnel. Voici la séquence que nous suivons dans nos dossiers de création :
- Décrire précisément l'activité réellement exercée, au-delà de l'intitulé commercial et du futur objet social.
- Vérifier l'existence d'une exigence de diplôme ou de qualification professionnelle, notamment pour les métiers artisanaux relevant du Code de l'artisanat.
- Rechercher une autorisation, un agrément, une carte professionnelle ou une déclaration préalable propre à la profession.
- Identifier l'autorité ou l'organisme tiers compétent, distinct du guichet unique, et son calendrier d'instruction.
- Contrôler l'existence d'une assurance obligatoire propre à la profession et ses conditions minimales.
- Caler ces prérequis dans le calendrier global du projet, avant la signature du bail et l'engagement des frais.
Nous coordonnons ces étapes dans le cadre de notre accompagnement à la création d'entreprise et de notre expertise d'expert-comptable spécialisé en création d'entreprise. Le suivi documentaire des justificatifs (diplôme, attestation d'assurance, agrément) gagne à être centralisé tôt, par exemple via un pilotage comptable avec Pennylane, pour rester disponible en cas de contrôle.
Cas fréquent : le projet qui ignore son caractère réglementé#
Un scénario revient régulièrement dans les dossiers de création. Un porteur de projet prépare son activité, choisit sa forme sociale et avance vers l'immatriculation, convaincu que son activité est libre. La réglementation n'apparaît qu'au moment du démarrage effectif, lorsqu'un partenaire, un assureur ou un client réclame une carte professionnelle, une attestation de qualification ou une assurance obligatoire.
Les conséquences sont concrètes : démarrage retardé le temps d'obtenir le prérequis, coûts d'assurance non budgétés, voire impossibilité d'exercer en l'état si la qualification fait défaut. Ce type de blocage est presque toujours évitable. Il suffit de traiter la question de la réglementation comme une étape à part entière de la création, au même titre que le choix entre les formes sociales que nous détaillons lorsqu'il faut comparer la SARL et la SAS.
Notre lecture#
Notre lecture. La conformité à une activité réglementée n'est pas un sujet annexe que l'on règle après la création : c'est un préalable qui peut conditionner l'existence même du projet. La logique est inverse de celle des statuts. Pour les statuts, on dispose d'une grande liberté de rédaction. Pour la réglementation, la marge est nulle : soit les conditions sont remplies, soit l'exercice est irrégulier.
En tant qu'expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à l'Ordre des experts-comptables, nous traitons cette vérification comme la première brique du dossier de création, articulée avec le conseil juridique lorsque la qualification de l'activité est complexe. Le bon réflexe est de poser la question des prérequis avant tout engagement financier, et de tracer les justificatifs dès l'origine, sur le même principe de prudence que nous appliquons à la lecture de ce qu'il faut vérifier dans une lettre de mission.
Questions fréquentes
Mon activité est-elle réglementée ?+
Une activité est réglementée si son exercice est conditionné à un diplôme, une qualification, une autorisation, un agrément, une carte professionnelle ou une assurance obligatoire. La réglementation découle de la nature réelle de l'activité, pas de son intitulé commercial. Il faut donc qualifier précisément l'activité avant l'immatriculation.
Quel diplôme faut-il pour exercer une activité réglementée ?+
Cela dépend de l'activité. Pour certains métiers artisanaux relevant de l'article L121-1 du Code de l'artisanat, une qualification ou un diplôme est exigé, ou un contrôle effectif par une personne qualifiée. Pour les professions de santé ou du chiffre, le diplôme est propre à la profession. Aucune règle unique ne couvre toutes les activités.
Faut-il une autorisation avant de créer son entreprise ?+
Pour certaines activités, oui : une autorisation, un agrément ou une carte professionnelle peut être exigé avant de pouvoir exercer. Cette démarche est distincte de l'immatriculation et relève d'un organisme tiers, par exemple la préfecture ou l'agence régionale de santé. Le délai varie selon l'activité et l'organisme compétent.
Le guichet unique délivre-t-il les agréments et autorisations ?+
Non. Le guichet unique de l'INPI gère les formalités d'immatriculation, mais ne réalise pas les autorisations, agréments ou cartes professionnelles préalables. Ces démarches relèvent d'organismes tiers propres à chaque activité. Une société immatriculée n'est pas pour autant autorisée à exercer une activité réglementée.
L'assurance responsabilité civile professionnelle est-elle toujours obligatoire ?+
Non. Il n'existe pas d'obligation générale unique pour toute activité réglementée. L'obligation est posée profession par profession, par exemple pour les agents immobiliers, les professions du bâtiment via la décennale ou les professions libérales réglementées. Pour les autres activités, l'assurance reste fortement recommandée, sans être légalement imposée.
Quel montant minimal d'assurance pour un agent immobilier ?+
L'assurance de responsabilité civile professionnelle de l'agent immobilier doit garantir un montant minimal de 75 000 euros par an et par assuré, selon l'arrêté du 1er septembre 1972 modifié par l'arrêté du 1er juillet 2015. La franchise éventuelle ne peut excéder 10 % des indemnités dues. Ces conditions minimales sont d'ordre public.
Où vérifier si un agrément est nécessaire pour mon activité ?+
Il n'existe pas de liste unique exhaustive. La vérification se fait activité par activité, en partant de la nature réelle de l'exercice, puis en consultant le texte sectoriel applicable et l'autorité compétente. Un accompagnement par un expert-comptable et un conseil juridique sécurise cette cartographie avant le dépôt du dossier.
À retenir#
- Une activité réglementée impose des conditions d'exercice (diplôme, autorisation, agrément, carte professionnelle, assurance) qui s'appliquent quel que soit le statut juridique.
- L'exigence de qualification de certains métiers artisanaux figure désormais à l'article L121-1 du Code de l'artisanat, qui a remplacé l'article 16 de la loi de 1996 et le décret de 1998 abrogés au 1er juillet 2023.
- Le guichet unique de l'INPI ne délivre pas les autorisations préalables : elles relèvent d'organismes tiers, avec un délai variable selon l'activité.
- L'assurance de responsabilité civile professionnelle n'est pas universellement obligatoire : elle l'est profession par profession, par exemple 75 000 euros par an et par assuré pour l'agent immobilier.
- La vérification des obligations se fait avant l'immatriculation, en partant de la nature réelle de l'activité, pour éviter un démarrage bloqué ou un exercice irrégulier.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Légifrance, Code de l'artisanat, article L121-1 (activités soumises à qualification professionnelle)
- Légifrance, loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 (article 16, abrogé au 1er juillet 2023 par l'ordonnance 2023-208)
- Légifrance, décret n° 98-246 du 2 avril 1998 (abrogé au 1er juillet 2023 par le décret 2023-500)
- Légifrance, arrêté du 1er juillet 2015 modifiant l'arrêté du 1er septembre 1972 (assurance RC pro agent immobilier, 75 000 € par an et par assuré)
- Entreprendre.service-public.fr, assurance de responsabilité civile professionnelle
- Bpifrance Création, les démarches que le guichet unique ne réalise pas (autorisations préalables)
- INPI, guichet unique des formalités d'entreprise et registre des bénéficiaires effectifs
- Entreprendre.service-public.fr, activités réglementées et conditions d'exercice
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