Convention fiscale France-États-Unis : éviter la double imposition
Établissement stable, taux réduits sur les dividendes, crédit d'impôt : comment la convention fiscale France-USA du 31 août 1994 évite la double imposition, pour les dirigeants et les particuliers.
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French CPA Paris : expert-comptable sociétés étrangèresNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La convention fiscale France-États-Unis, signée à Paris le 31 août 1994 et en vigueur depuis le 30 décembre 1995, évite la double imposition par trois leviers : la notion d'établissement stable (articles 5 et 7), des retenues à la source réduites sur les dividendes (15 %, ou 5 % au-delà de 10 % de détention) et un crédit d'impôt (article 24).
Un dirigeant qui perçoit des dividendes d'une filiale américaine, un freelance facturant un client à New York, un Français détenant un portefeuille de titres US : tous se posent la même question concrète. Vais-je payer l'impôt deux fois, une fois aux États-Unis et une fois en France ? La réponse dépend rarement du bon sens, et presque toujours du texte de la convention. Voici comment elle fonctionne, ce qu'elle règle vraiment, et les pièges qui reviennent dans les dossiers transatlantiques.
Ce que la convention France-USA règle (et ce qu'elle ne règle pas)#
La convention du 31 août 1994, complétée par les avenants de 2004 et de 2009, couvre les impôts sur le revenu et sur la fortune. Elle répartit le droit d'imposer entre les deux États, puis prévoit le mécanisme qui annule la double imposition résiduelle. Elle ne crée pas d'impôt et ne supprime aucune obligation déclarative : un ressortissant américain reste tenu de déclarer ses revenus à l'IRS, même résident en France.
Le principe directeur est simple. Pour chaque catégorie de revenu, la convention désigne l'État qui peut imposer, parfois les deux avec un plafond, puis l'État de résidence efface le doublon. Pour bien lire ce texte, la grille d'analyse est la même que pour toute lecture d'une convention fiscale bilatérale : on identifie la résidence, la nature du revenu, puis l'article applicable.
Notre lecture. La plupart des litiges ne portent pas sur le taux, mais sur la qualification du revenu et sur la résidence fiscale. Une fois ces deux points fixés, l'application de la convention devient mécanique.
L'établissement stable : le point de bascule pour les entreprises#
Les bénéfices d'une entreprise d'un État ne sont imposables dans l'autre État que s'ils sont rattachables à un établissement stable situé dans cet autre État (articles 5 et 7 de la convention). C'est la règle cardinale pour toute activité transatlantique.
L'établissement stable désigne une installation fixe d'affaires par laquelle l'entreprise exerce tout ou partie de son activité : siège de direction, succursale, bureau, usine, atelier. Sans établissement stable aux États-Unis, une société française qui y réalise des ventes n'y est, en principe, pas imposable sur ses bénéfices. L'inverse vaut pour une société américaine active en France.
Le sujet n'est pas théorique. Une société étrangère qui développe une présence commerciale durable en France peut déclencher un risque d'établissement stable en France sans s'en apercevoir, avec à la clé une imposition française et des obligations comptables locales.
Le risque sous-estimé. Un commercial salarié qui signe régulièrement des contrats au nom de la société, ou des serveurs et une logistique permanents, peuvent caractériser un établissement stable alors même qu'aucune filiale n'a été créée. La question se pose avant tout projet de structuration, qu'il s'agisse d'ouvrir une société aux États-Unis (LLC ou C-Corp) ou d'implanter une succursale.
Retenues à la source : dividendes, intérêts, redevances#
La convention plafonne les retenues à la source que chaque État peut prélever sur les flux versés à un résident de l'autre État. Voici les taux de référence issus du texte conventionnel.
| Flux | Article | Taux conventionnel de référence |
|---|---|---|
| Dividendes | 10 | 15 % en général ; 5 % si la société bénéficiaire détient au moins 10 % des droits de vote de la société distributrice résidente des États-Unis, ou au moins 10 % du capital lorsque celle-ci est résidente de France |
| Intérêts | 11 | En principe exonérés de retenue à la source (imposition dans l'État de résidence du bénéficiaire) |
| Redevances | 12 | En principe exonérées de retenue à la source |
Ces taux sont des plafonds : ils ne s'appliquent qu'à la retenue prélevée à la source, pas à l'imposition définitive dans l'État de résidence. L'article 10 prévoit en outre, pour les participations les plus fortes et sous conditions de durée et de qualité du bénéficiaire, une exonération totale de retenue : le seuil de 5 % n'est donc pas le plancher absolu.
Pour un dividende versé par une filiale française à une société mère étrangère, la retenue à la source de principe résulte de l'article 119 bis 2 du Code général des impôts, avant application du plafond conventionnel. Côté français, ce sont ces deux niveaux, droit interne puis convention, qu'il faut articuler.
Arbitrage. Pour un flux de dividendes intra-groupe, deux chemins coexistent : le plafond conventionnel à 5 % en cas de détention significative, ou, en présence d'une société relais européenne, un autre régime. Le choix se raisonne avec un appui en fiscalité d'entreprise, car la substance et le bénéficiaire effectif conditionnent l'avantage.
Le crédit d'impôt : comment la double imposition est effacée#
L'article 24 de la convention organise l'élimination de la double imposition. Pour un résident de France percevant des revenus de source américaine imposables aux États-Unis, la France accorde un crédit d'impôt. Selon le type de revenu, ce crédit prend deux formes.
- Crédit égal à l'impôt français correspondant au revenu : le revenu est en pratique exonéré en France, mais retenu pour le calcul du taux applicable aux autres revenus (règle dite du taux effectif, ou exonération avec progressivité).
- Crédit égal à l'impôt américain effectivement payé : le revenu est imposé en France, et l'impôt US s'impute sur l'impôt français, dans la limite de l'impôt français correspondant à ce revenu.
En pratique, le résident de France déclare ses revenus de source américaine sur le formulaire 2047, puis reporte les montants sur la déclaration 2042. Le mécanisme du crédit d'impôt suit la logique générale du crédit d'impôt étranger commune à la plupart des conventions signées par la France.
En pratique. Conservez les justificatifs d'imposition américaine (formulaires US, preuve du paiement). En cas de contrôle, c'est cette documentation qui soutient le crédit d'impôt imputé en France.
Personnes physiques ou sociétés : ne pas confondre les deux logiques#
Les questions clients mélangent souvent deux situations qui n'obéissent pas aux mêmes taux. Cette distinction est essentielle.
| Situation | Imposition française applicable | Outil conventionnel |
|---|---|---|
| Société à l'IS percevant des bénéfices ou dividendes | Impôt sur les sociétés : taux normal 25 %, taux réduit 15 % sur les premiers 42 500 EUR de bénéfice pour les PME éligibles (article 219 I-b du CGI) | Établissement stable, retenue plafonnée, régime mère-fille selon le cas |
| Particulier résident de France percevant des dividendes US | Barème de l'impôt sur le revenu ou prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % | Crédit d'impôt de l'article 24 |
Appliquer le taux d'IS de 25 % à un dividende perçu par une personne physique est une erreur classique : un particulier relève du barème ou du PFU, pas de l'IS. Inversement, un résident américain doit composer avec la clause de nationalité, détaillée plus bas.
Le cas des US persons résidentes de France#
La convention comporte une clause de sauvegarde, à son article 29, paragraphe 2. Elle autorise les États-Unis à imposer leurs résidents et leurs citoyens comme si la convention n'existait pas : la portée n'est donc pas limitée aux revenus de source américaine. Depuis l'avenant de 2009, cette clause est de portée bilatérale. C'est ensuite la France qui élimine la double imposition par le crédit d'impôt.
Depuis un rescrit de l'IRS du 19 juillet 2019, la CSG et la CRDS sont reconnues comme des impôts ouvrant droit au foreign tax credit côté américain. Ce point a fait l'objet d'un contentieux nourri et reste une donnée importante pour les Américains résidant en France.
Cas type. Un dirigeant binational perçoit des dividendes de sa structure française et craint une double ponction France-USA. Le travail utile ne consiste pas à chercher un taux miracle, mais à documenter le revenu, à appliquer la mécanique de l'article 24 et à coordonner la déclaration française avec l'obligation IRS. Sur ce type de dossier, l'accompagnement French CPA pour sociétés étrangères sert justement de point de coordination entre les deux administrations.
Points de vigilance 2026#
- La convention ne supprime jamais l'obligation déclarative américaine des US persons : déclaration IRS et, le cas échéant, déclaration des comptes étrangers.
- Le crédit d'impôt français est plafonné à l'impôt français correspondant au revenu : il ne rembourse pas un impôt US supérieur.
- La qualification du revenu (dividende, intérêt, redevance, bénéfice d'entreprise) commande l'article applicable et le taux : une qualification erronée fausse tout le raisonnement.
- La résidence fiscale doit être établie au sens de l'article 4 B du CGI et de la convention avant toute application de taux.
- Les seuils et taux de retenue doivent être vérifiés sur le texte en vigueur et le BOFiP, les avenants ayant modifié certaines règles.
En pratique : la marche à suivre#
- Déterminer la résidence fiscale de chaque personne ou société concernée, au sens de la convention.
- Vérifier la situation au regard de l'établissement stable pour toute activité d'entreprise (articles 5 et 7).
- Qualifier chaque revenu (dividende, intérêt, redevance, bénéfice, salaire) et identifier l'article applicable.
- Identifier l'État de la source et l'État de la résidence pour chaque flux.
- Appliquer le taux de retenue conventionnel et conserver les justificatifs d'imposition étrangère.
- Calculer le crédit d'impôt de l'article 24 et le reporter sur le formulaire 2047 puis la déclaration 2042.
- Pour les US persons, coordonner avec l'obligation déclarative américaine.
Ce schéma vaut pour un particulier comme pour un dirigeant, et se décline selon que l'on détient des titres, une société aux États-Unis ou une structure française pilotée depuis l'étranger. Une société étrangère active en France peut aussi devoir désigner un représentant fiscal d'une société étrangère selon sa situation.
Questions fréquentes
Comment la convention fiscale France-États-Unis évite-t-elle la double imposition ?+
La convention du 31 août 1994 répartit le droit d'imposer par catégorie de revenu, plafonne les retenues à la source et prévoit, à l'article 24, un crédit d'impôt pour le résident de France. Ce crédit efface l'impôt déjà payé dans l'autre État, dans la limite de l'impôt français.
Quel est le taux réduit de retenue sur les dividendes selon le traité France-USA ?+
L'article 10 de la convention fixe un taux général de 15 % sur les dividendes. Ce taux est ramené à 5 % lorsque la société bénéficiaire détient au moins 10 % du capital de la société distributrice. Des régimes spécifiques sont à vérifier au cas par cas.
Qu'est-ce qu'un établissement stable selon le traité France-USA ?+
C'est une installation fixe d'affaires par laquelle une entreprise exerce son activité : siège de direction, succursale, bureau, usine ou atelier (articles 5 et 7). Sans établissement stable dans l'autre État, les bénéfices d'entreprise n'y sont, en principe, pas imposables.
Comment calculer le crédit d'impôt pour un résident français avec des revenus US ?+
Le résident déclare ses revenus US sur le formulaire 2047, reporté sur la 2042. Selon le revenu, le crédit égale soit l'impôt français correspondant, soit l'impôt américain payé, imputé dans la limite de l'impôt français sur ce revenu. Les justificatifs d'imposition US sont à conserver.
Les intérêts et redevances sont-ils soumis à retenue à la source ?+
Selon les articles 11 et 12 de la convention, les intérêts et les redevances sont en principe exonérés de retenue à la source et imposés dans l'État de résidence du bénéficiaire. Ce principe doit être confirmé sur le texte en vigueur et le BOFiP avant application.
Un Américain résidant en France paie-t-il toujours l'impôt aux États-Unis ?+
Oui en principe. La clause de sauvegarde de l'article 29, paragraphe 2 autorise les États-Unis à imposer leurs résidents et leurs citoyens comme si la convention n'existait pas, sans limitation à la source américaine du revenu. La France élimine ensuite la double imposition par le crédit d'impôt de l'article 24.
Une société française vendant aux États-Unis y est-elle imposable ?+
Ses bénéfices ne sont imposables aux États-Unis que s'ils sont rattachables à un établissement stable américain. Sans établissement stable, l'imposition reste en principe française. Une présence commerciale durable peut toutefois caractériser un établissement stable à analyser au préalable.
À retenir#
- La convention France-USA du 31 août 1994, en vigueur depuis le 30 décembre 1995, évite la double imposition par répartition du droit d'imposer puis crédit d'impôt.
- Pour les entreprises, l'établissement stable (articles 5 et 7) est le point de bascule : sans lui, pas d'imposition des bénéfices dans l'autre État.
- Dividendes : 15 %, ou 5 % dès lors que la société bénéficiaire atteint 10 % de détention, seuil inclus (article 10) ; intérêts et redevances en principe exonérés de retenue.
- Le crédit d'impôt de l'article 24 efface la double imposition pour le résident de France, dans la limite de l'impôt français.
- Particuliers (barème ou PFU 31,4 %) et sociétés (IS 25 %, 15 % jusqu'à 42 500 EUR pour les PME éligibles) ne suivent pas la même logique.
- Les US persons conservent leur obligation déclarative américaine, que la convention ne supprime pas.
Chaque situation transatlantique mérite une analyse propre des documents et du texte en vigueur. Notre cabinet, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, accompagne les dirigeants et particuliers dans ces dossiers ; cet article informe mais ne remplace pas l'examen de votre cas. Pour les groupes et les structures étrangères, notre expertise comptable des dossiers internationaux et le régime des impatriés complètent utilement cette lecture.
Sources officielles#
- Légifrance - Décret 96-222 publiant la convention France-USA du 31 août 1994
- BOFiP BOI-INT-CVB-USA-10 - Convention fiscale France-États-Unis
- impots.gouv.fr - Particulier international et double imposition
- Légifrance - CGI article 119 bis
- Légifrance - CGI article 219 (taux de l'IS)
- impots.gouv.fr - Formulaire 2047

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Legifrance - Decret 96-222 publiant la convention fiscale France-USA du 31 aout 1994
- BOFiP BOI-INT-CVB-USA-10 - Convention fiscale entre la France et les États-Unis
- Impôts.gouv.fr, imposition des revenus de source étrangère et double imposition
- Legifrance - CGI article 119 bis (retenue a la source)
- Légifrance - CGI article 219 (taux de l'impôt sur les sociétés)
- impots.gouv.fr - Formulaire 2047, déclaration des revenus encaissés à l'étranger
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