Provisions pour dépréciation des stocks : méthode et fiscalité
Quand et comment déprécier un stock obsolète ou à rotation lente : écriture au compte 39, base de calcul et conditions de déduction fiscale à la clôture, vues par notre cabinet.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Une dépréciation de stock se comptabilise au compte 39 pour la différence entre le coût de revient et le cours du jour à la date de l'inventaire (CGI, annexe III, art. 38 decies). Elle n'est déductible que si elle est justifiée, comptabilisée à la clôture et inscrite au tableau 2056 de la liasse.
Pourquoi déprécier un stock change votre résultat 2026#
Votre stock figure au bilan pour son coût d'entrée. Mais une partie de ce stock perd souvent de la valeur avant d'être vendue : articles démodés, références à rotation lente, produits abîmés, fin de collection. Tant que cette perte de valeur n'est pas constatée, votre bilan surévalue un actif et votre résultat est artificiellement gonflé.
La dépréciation des stocks corrige cet écart. Comptablement, elle traduit le principe de prudence du Plan Comptable Général : un actif doit être ramené à sa valeur réelle dès qu'elle devient inférieure à sa valeur comptable. Fiscalement, une dépréciation bien justifiée réduit votre base imposable de l'exercice, donc votre impôt.
L'enjeu n'est pas marginal pour les entreprises qui portent du stock. Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés, chaque euro de dépréciation déductible économise de l'impôt au taux applicable, soit 15 % sur la fraction de bénéfice jusqu'à 42 500 euros, puis 25 % au-delà. Encore faut-il que la provision passe l'épreuve du contrôle. C'est là que beaucoup de dossiers pèchent.
Qu'est-ce qu'une dépréciation de stock, et en quoi diffère-t-elle d'une provision pour risques ?#
Une dépréciation de stock est une dépréciation d'actif : elle constate la perte de valeur d'un bien que vous détenez (vos marchandises, vos matières premières, vos en-cours). Elle s'oppose aux provisions pour risques et charges au passif, qui couvrent une dette ou une charge future probable (litige, garantie, restructuration). Nous renvoyons sur ce point à notre analyse des provisions pour risques et charges au passif, dont la mécanique et la base légale diffèrent.
La dépréciation de stock ne se confond pas non plus avec la mécanique de la variation de stock à l'inventaire, qui ajuste simplement le compte de résultat entre stock initial et stock final. La variation enregistre une quantité ; la dépréciation enregistre une perte de valeur sur le stock présent à la clôture.
Le Plan Comptable Général encadre cette évaluation à son article 214-22 : les stocks sont évalués unité par unité ou catégorie par catégorie, et le prix comme les perspectives de vente sont pris en compte pour juger d'une éventuelle dépréciation. Si la valeur actuelle d'inventaire descend sous le coût d'entrée, une dépréciation s'impose.
Quel compte utiliser pour comptabiliser une dépréciation de stock ?#
Le compte dédié est le compte 39, intitulé « Dépréciations des stocks et en-cours » dans le Plan Comptable Général issu du règlement ANC 2014-03. Il se subdivise selon la nature du stock concerné.
| Compte | Intitulé | Stock concerné |
|---|---|---|
| 391 | Dépréciations des matières premières et fournitures | Matières, approvisionnements |
| 393 | Dépréciations des en-cours de production de biens | Production en cours |
| 395 | Dépréciations des stocks de produits | Produits finis et intermédiaires |
| 397 | Dépréciations des stocks de marchandises | Marchandises achetées pour revente |
L'écriture de dotation se passe au débit du compte 6817 (« Dotations pour dépréciation des actifs circulants ») par le crédit du compte 39 correspondant. À la clôture suivante, si la dépréciation diminue ou disparaît, on enregistre une reprise au crédit du compte 7817, qui constitue un produit imposable.
Point pratique souvent oublié : la dépréciation ne modifie pas le compte de stock lui-même (compte 31, 35 ou 37). Le stock reste inscrit à son coût d'entrée, et le compte 39 vient en déduction au bilan, en valeur nette. Cette présentation permet de retrouver à tout moment la valeur brute et la perte constatée.
Comment déprécier un stock obsolète : la méthode étape par étape#
Déprécier un stock ne s'improvise pas. Voici la démarche que nous appliquons dans les dossiers de commerce et d'industrie à chaque clôture.
- Réaliser l'inventaire physique et identifier les références concernées : invendus, fins de série, articles endommagés, péremption proche, références sans mouvement depuis plusieurs mois.
- Déterminer le coût d'entrée de chaque ligne ou catégorie, conformément au coût de revient défini à l'article 38 nonies de l'annexe III du CGI.
- Estimer la valeur actuelle, c'est-à-dire le cours du jour ou le prix de vente probable net des frais de commercialisation, à la date de l'inventaire (art. 38 decies de l'annexe III du CGI).
- Calculer la dépréciation ligne à ligne ou catégorie par catégorie : différence entre coût d'entrée et valeur actuelle lorsque celle-ci est inférieure.
- Documenter la justification : démarques effectives, devis de destruction, absence de débouché, baisse de marché, ancienneté en stock. C'est cette documentation qui rend la provision déductible.
- Comptabiliser la dotation au 6817 par le 39, puis reporter la provision sur le relevé des provisions de la liasse fiscale (tableau 2056).
La logique est toujours la même : on ne déprécie pas un stock parce qu'il dort, mais parce que des faits rendent probable une vente à perte ou une absence de vente. La justification précède le chiffre.
La dépréciation de stock est-elle déductible fiscalement ?#
Oui, sous conditions. La dépréciation de stock relève des provisions déductibles au sens de l'article 39-1 5° du CGI. Trois conditions de fond et de forme doivent être réunies.
| Condition | Exigence | Référence |
|---|---|---|
| Perte nettement précisée | La perte de valeur doit être individualisée par produit ou catégorie, pas globale | CGI art. 39-1 5° |
| Probabilité de la perte | Des événements en cours (démarque, obsolescence, marché) doivent la rendre probable à la clôture | BOI-BIC-PROV-40-20 |
| Comptabilisation et inscription | Dotation passée dans les écritures de l'exercice et reportée au relevé des provisions | CGI annexe III, art. 38 |
La base déductible est plafonnée : elle correspond à la différence entre le coût de revient (art. 38 nonies) et le cours du jour à la date de l'inventaire (art. 38 decies). Une dépréciation supérieure à cet écart serait partiellement réintégrée. À l'inverse, une simple anticipation de marge perdue, sans baisse réelle de valeur d'inventaire, n'est pas déductible.
Sécuriser la déductibilité fiscale d'une dépréciation suppose donc une cohérence entre l'écriture comptable, la documentation et la liasse. C'est exactement le travail que nous menons lors de la révision et de la préparation du résultat fiscal de l'entreprise.
Ce que l'administration regarde dans un contrôle#
La doctrine est claire : une provision calculée par un simple pourcentage forfaitaire appliqué globalement à l'ensemble du stock n'est pas admise. La doctrine BOFiP (BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-20) rejette les abattements arbitraires sans lien avec la probabilité réelle de perte.
En revanche, l'administration admet les méthodes statistiques différenciées : taux distincts par catégorie de produits selon l'ancienneté en stock, abattements alignés sur des lots similaires correctement évalués, à condition qu'ils présentent une approximation suffisante. La nuance est décisive. Un taux unique de 30 % sur tout le stock sera contesté ; une grille « 0 % avant 12 mois, 25 % de 12 à 24 mois, 50 % au-delà » construite sur l'historique réel de mévente sera, elle, défendable.
L'administration vérifie aussi la cohérence entre bilans successifs. Une dépréciation qui apparaît brutalement à une clôture, puis disparaît sans reprise, attire l'attention. La traçabilité des reprises est aussi importante que celle des dotations.
Cas particuliers#
Entreprise au régime micro-BIC. Le micro fonctionne par abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires : il n'y a ni bilan ni provision, donc pas de dépréciation de stock possible. La question ne se pose qu'au régime réel.
E-commerce et marketplaces. Les stocks de e-commerce cumulent souvent de nombreuses références à faible rotation et un risque d'obsolescence rapide. Une grille de dépréciation par ancienneté, alimentée par les données de votre logiciel de gestion, est ici particulièrement adaptée et défendable.
Stocks à péremption (alimentaire, cosmétique, pharmacie). La date de péremption fournit une justification objective et datée. La dépréciation se cale sur les lots dont la date approche, ce qui facilite grandement la preuve.
Marchandises destinées à la destruction. Lorsque le stock est invendable et voué à la destruction, la dépréciation totale est admise, mais elle gagne à être appuyée par un procès-verbal de destruction ou un bon d'enlèvement. La destruction effective sécurise la sortie d'actif définitive.
Points de vigilance 2026#
- Provision globale forfaitaire : c'est le motif de redressement numéro un sur les stocks. Travaillez par catégorie ou par ancienneté.
- Absence de reprise : oublier de reprendre une dépréciation devenue sans objet fausse le résultat et fragilise l'ensemble.
- Documentation manquante : sans pièces justificatives à la date de clôture, la dépréciation est indéfendable, même si le stock est réellement déprécié.
- Confusion avec une perte définitive : un stock détruit ou jeté n'est pas une dépréciation mais une sortie de stock (mise au rebut), avec un traitement comptable distinct.
Notre analyse d'expert-comptable#
Notre lecture#
La dépréciation de stock est l'un des rares leviers comptables à la fois prudents, légitimes et fiscalement efficaces, à condition d'être traité comme un travail d'analyse et non comme un ajustement de fin d'année. Dans les dossiers que nous suivons, la valeur ajoutée ne tient pas au taux choisi, mais à la qualité de la justification adossée à chaque catégorie.
Le risque sous-estimé#
Récemment, un dirigeant de négoce d'équipement nous a sollicités après une proposition de rectification portant sur trois exercices. Il dépréciait son stock à 20 % « par prudence », chaque année, sans grille ni inventaire détaillé. L'administration a réintégré la quasi-totalité de la provision : non parce que le stock n'était pas déprécié, mais parce que la méthode était forfaitaire et non documentée. Nous avons reconstruit une grille par ancienneté à partir de l'historique de mévente, qui aurait sécurisé l'essentiel de la déduction si elle avait existé dès l'origine.
C'est le risque sous-estimé : ce n'est pas l'existence de la dépréciation qui est contestée, c'est sa méthode. Un stock réellement déprécié peut être redressé pour défaut de justification.
Arbitrage#
Faut-il déprécier finement chaque référence ou raisonner par catégorie ? Pour un stock concentré et de forte valeur unitaire, l'analyse ligne à ligne s'impose et se défend sans difficulté. Pour un stock très éclaté (e-commerce, distribution), une grille par catégorie et ancienneté est plus opérationnelle et reste admise si elle repose sur des données réelles. Notre recommandation : caler la finesse de la méthode sur la matérialité du stock, et l'écrire dans une note de méthode jointe au dossier de révision.
Parce que nous sommes inscrits à l'Ordre des experts-comptables et exerçons aussi le commissariat aux comptes, nous abordons ces provisions avec la même exigence de preuve que celle attendue lors d'un audit. C'est cette discipline qui fait tenir la déduction face à un contrôle.
Conseil Hayot Expertise. Construisez une note de méthode de dépréciation des stocks une fois, puis appliquez-la chaque année de façon cohérente. Adossez chaque taux à une donnée objective (ancienneté, démarque, péremption). Conservez les justificatifs à la date de clôture. Une provision documentée et stable dans sa logique est la meilleure protection en cas de contrôle.
Questions fréquentes
Comment déprécier un stock obsolète ?+
Identifiez les références concernées lors de l'inventaire, estimez leur valeur actuelle (cours du jour ou prix de vente probable net de frais) à la date de clôture, puis comptabilisez la différence avec le coût d'entrée au compte 39. Documentez la justification : démarque, absence de débouché, ancienneté en stock.
Quel compte pour une dépréciation de stock ?+
Le compte 39 « Dépréciations des stocks et en-cours », subdivisé selon le stock : 391 matières premières, 393 en-cours, 395 produits, 397 marchandises. La dotation se passe au débit du 6817 par le crédit du 39. Le compte de stock d'origine reste inchangé, la dépréciation venant en déduction au bilan.
La dépréciation de stock est-elle déductible ?+
Oui, si elle remplit les conditions de l'article 39-1 5° du CGI : perte nettement précisée par catégorie, probable à la clôture, comptabilisée et inscrite au relevé des provisions de la liasse. La base déductible est limitée à l'écart entre coût de revient et cours du jour à la date de l'inventaire.
Comment justifier une provision sur stock ?+
Par des éléments objectifs et datés à la clôture : démarques effectives, baisse de marché, absence de vente sur plusieurs mois, péremption proche, devis ou procès-verbal de destruction. Une grille de taux par catégorie ou ancienneté, construite sur l'historique réel de mévente, est admise ; un pourcentage forfaitaire global est rejeté.
Peut-on déprécier un stock à rotation lente sans le vendre à perte ?+
La rotation lente seule ne suffit pas. Il faut démontrer que la valeur d'inventaire est devenue inférieure au coût d'entrée, par exemple via une démarque, une obsolescence avérée ou un historique de mévente. Une grille par ancienneté appuyée sur des données réelles matérialise cette perte probable de valeur.
Que se passe-t-il à la clôture suivante si le stock se vend mieux ?+
Vous devez réestimer la dépréciation chaque année. Si la valeur d'inventaire remonte, la provision est reprise pour le montant devenu sans objet, au crédit du compte 7817. Cette reprise constitue un produit imposable de l'exercice. Oublier la reprise fausse le résultat et fragilise vos provisions.
Une entreprise au micro-BIC peut-elle déprécier ses stocks ?+
Non. Le régime micro applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires et ne tient pas de bilan : il n'y a donc ni stock comptabilisé ni provision possible. La dépréciation de stock ne concerne que les entreprises au régime réel d'imposition, simplifié ou normal.
À retenir#
- La dépréciation de stock se comptabilise au compte 39 et vient en déduction de la valeur brute au bilan, sans modifier le compte de stock d'origine.
- La base fiscale déductible est l'écart entre le coût de revient (CGI annexe III, art. 38 nonies) et le cours du jour à la date de l'inventaire (art. 38 decies).
- La déductibilité suppose une perte nettement précisée, probable, comptabilisée et inscrite au tableau 2056 (CGI art. 39-1 5° et art. 38 de l'annexe III).
- Une provision forfaitaire globale est rejetée ; une grille par catégorie ou ancienneté documentée est admise.
- Chaque clôture impose une nouvelle estimation, avec reprise imposable si la valeur remonte.
Sources officielles#
- BOFiP, dépréciation des stocks et en cours (BOI-BIC-PROV-40-20)
- BOFiP, produits et stocks, dépréciation des stocks (BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-20)
- Légifrance, Code général des impôts, article 39
- ANC, Plan Comptable Général consolidé (article 214-22)
- BOFiP, conditions de forme des provisions et inscription au tableau (BOI-BIC-PROV-20-20)
- impots.gouv.fr, impôt sur les sociétés : taux et liquidation

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- BOFiP, BIC - Provisions pour dépréciation - Stocks et en cours et créances douteuses (BOI-BIC-PROV-40-20)
- BOFiP, BIC - Produits et stocks - Dépréciation des stocks (BOI-BIC-PDSTK-20-20-10-20)
- Légifrance, Code général des impôts, article 39
- ANC, Plan Comptable Général consolidé (règlement ANC 2014-03), article 214-22
- BOFiP, BIC - Provisions - Conditions de constitution - Conditions de forme (inscription au tableau, BOI-BIC-PROV-20-20)
- impots.gouv.fr, Impôt sur les sociétés : taux et liquidation
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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