Fiscalité du LBO : déduction des intérêts et amendement Charasse
Comment fonctionne la déduction des intérêts d'acquisition dans un LBO, et trois limites qui peuvent neutraliser le levier fiscal : amendement Charasse, rabot ATAD, taux plafond entre entreprises liées.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La fiscalité du LBO repose sur la déduction des intérêts de la dette d'acquisition, que l'intégration fiscale (CGI article 223 A) fait absorber par les bénéfices de la cible. Trois limites encadrent ce levier : l'amendement Charasse contre le rachat à soi-même, le rabot ATAD (30 % de l'EBITDA fiscal ou 3 M d'euros), et le taux plafond entre entreprises liées.
Vous montez le rachat d'une société via une holding de reprise, et votre banquier comme votre conseil vous parlent du levier fiscal du LBO. L'idée paraît simple : la holding s'endette, elle déduit les intérêts, et l'intégration fiscale fait remonter les bénéfices de la cible pour les compenser. En pratique, la fiscalité du LBO et la déduction des intérêts d'acquisition obéissent à un encadrement strict. Selon qui rachète, à qui, et avec quelle dette, le levier peut être pleinement opérant ou largement neutralisé. Cet article décrit le mécanisme et les trois limites à anticiper avant de signer.
Le levier fiscal du LBO en une phrase#
Dans un LBO (leveraged buy-out), une holding de reprise est créée pour acquérir une société cible. Cette holding s'endette pour financer l'achat des titres. Les intérêts de cette dette d'acquisition sont, en principe, des charges financières déductibles.
Le problème classique : la holding seule n'a pas de chiffre d'affaires, donc pas de bénéfice contre lequel imputer ces intérêts. C'est là qu'intervient l'intégration fiscale (CGI article 223 A). En consolidant le résultat du groupe, elle permet de faire absorber les intérêts de la holding par les bénéfices opérationnels de la cible. Le résultat d'ensemble est diminué d'autant, et l'impôt sur les sociétés du groupe baisse.
C'est le coeur du levier fiscal du LBO. Mais ce mécanisme est précisément celui que le législateur a voulu encadrer, pour éviter qu'il ne serve à des montages purement fiscaux.
Les trois limites à la déduction des intérêts#
Trois dispositifs distincts peuvent réduire, voire annuler, la déduction. Ils se cumulent : passer le premier ne dispense pas des deux autres.
| Limite | Base légale | Ce qu'elle plafonne | Logique |
|---|---|---|---|
| Amendement Charasse | CGI article 223 B | Réintégration d'une fraction des charges financières du groupe | Anti rachat à soi-même |
| Rabot ATAD | CGI article 212 bis | Charges financières nettes : 30 % de l'EBITDA fiscal, ou 3 M d'euros si supérieur | Anti sous-capitalisation |
| Taux plafond entreprises liées | CGI articles 39-1-3 et 212-I | Intérêts servis aux associés ou sociétés liées : limités à un taux plafond | Anti taux excessif |
1. L'amendement Charasse : l'anti rachat à soi-même#
L'amendement Charasse (CGI article 223 B) vise une situation précise : une société rachète, à des personnes qui la contrôlent (ou à des sociétés contrôlées par ces mêmes personnes), les titres d'une société qui rejoint ensuite le même groupe intégré. Dans ce cas, une fraction des charges financières du groupe est réintégrée au résultat d'ensemble.
L'objectif est limpide : empêcher un dirigeant de se vendre à lui-même sa propre société, via une holding endettée, pour déduire les intérêts d'un emprunt qui finance en réalité sa propre sortie de cash. Le Trésor ne veut pas financer, par l'économie d'impôt, une opération sans changement réel d'actionnariat.
La réintégration s'applique sur l'exercice d'acquisition et les huit exercices suivants, soit neuf exercices au total. C'est une durée longue, qui pèse sur la rentabilité du montage bien au-delà de l'année du rachat.
Le montant réintégré chaque année se calcule ainsi :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Point de départ | Charges financières déduites par le groupe |
| Coefficient | Prix d'acquisition des titres / montant moyen des dettes du groupe |
| Réintégration | Charges financières déduites x coefficient |
| Durée | Exercice d'acquisition + 8 exercices suivants |
Autrement dit, plus le prix payé pour les titres rachetés à soi-même est élevé par rapport à l'endettement total du groupe, plus la part réintégrée est importante.
2. Le rabot général ATAD#
Indépendamment de Charasse, le rabot général des charges financières (CGI article 212 bis, transposition de la directive ATAD) plafonne la déduction des charges financières nettes du groupe. Le plafond est le plus élevé de ces deux montants :
- 30 % de l'EBITDA fiscal ;
- ou 3 millions d'euros.
Ce rabot s'applique à tous, pas seulement aux LBO. Mais un LBO, par construction fortement endetté, est typiquement l'opération où ce plafond mord. Une cible dont l'EBITDA fiscal se contracte (mauvaise année, investissement lourd) voit mécaniquement son enveloppe déductible se réduire.
3. Le taux plafond entre entreprises liées#
Lorsque les intérêts sont servis aux associés ou à des sociétés liées (CGI articles 39-1-3 et 212-I), ils ne sont déductibles que dans la limite d'un taux plafond. Au-delà, la fraction excédentaire est non déductible. Ce point concerne notamment les comptes courants d'associés et les financements intragroupe, fréquents dans les structures de reprise.
Notre lecture#
Dans les dossiers de reprise que nous accompagnons, le réflexe est souvent de raisonner d'abord financement bancaire, puis fiscalité. C'est l'inverse qu'il faut faire sur un point précis : la qualification Charasse se décide au moment où l'on choisit qui vend les titres. Si le cédant est, directement ou indirectement, la personne qui contrôlera la holding de reprise, le levier fiscal peut être amputé pendant neuf ans. Cela ne rend pas l'opération impossible, mais cela change le calcul de rentabilité.
Le risque sous-estimé, c'est de découvrir l'amendement Charasse une fois la structure figée. Réorganiser un actionnariat après coup coûte cher et expose à d'autres frottements fiscaux. La fiscalité du LBO se cadre avant la signature, pas après.
En pratique : sécuriser la déduction des intérêts#
Avant de valider un montage, nous vérifions systématiquement la chaîne suivante :
- Qui vend ? Identifier si le cédant contrôle, ou contrôlera, la société acheteuse. C'est le déclencheur Charasse.
- Périmètre d'intégration. Confirmer que la cible peut rejoindre le groupe intégré (conditions de détention, options à formaliser dans les délais).
- Capacité d'absorption. Estimer l'EBITDA fiscal prévisionnel de la cible pour tester le rabot des 30 % / 3 M d'euros sur plusieurs exercices, pas seulement la première année.
- Financement intragroupe. Vérifier le taux des comptes courants et des prêts liés au regard du taux plafond.
- Documentation. Conserver les justificatifs du prix d'acquisition, des dettes du groupe et du calcul de réintégration éventuelle.
Ce cadrage se mène avec votre expert-comptable pour le chiffrage et le suivi, et avec un avocat fiscaliste pour la sécurisation du montage juridique et de l'acte de cession.
Cas particuliers#
Quelques configurations méritent une attention renforcée :
- Reprise par le dirigeant en place (MBO). Le management buy-out, où l'équipe dirigeante rachète l'entreprise qu'elle gère, est la zone de vigilance Charasse par excellence si les cédants conservent le contrôle de la holding de reprise. Chaque cas se qualifie individuellement.
- OBO (owner buy-out). Le dirigeant vend sa société à une holding qu'il contrôle pour récupérer une partie de la valeur tout en restant aux commandes. Par construction, c'est le schéma que l'amendement Charasse vise en premier. La déductibilité des intérêts y est rarement intégrale.
- Cible déjà endettée ou à EBITDA volatil. Le rabot ATAD peut mordre dès qu'un exercice se dégrade, même hors problématique Charasse.
- Financement mixte banque plus compte courant. Le cumul d'une dette bancaire et d'apports en compte courant d'associé suppose de surveiller à la fois le rabot global et le taux plafond entre entreprises liées.
Aucune de ces situations ne se traite par une règle automatique : la structuration précise (qui rachète, à qui, avec quelle dette) détermine la déductibilité réelle.
Ce qu'il faut surveiller en 2026#
Le LBO reste un outil de reprise puissant, mais très encadré. Trois points concentrent l'essentiel du risque fiscal :
- la qualification Charasse, qui dépend de l'identité du vendeur et peut courir sur neuf exercices ;
- le rabot ATAD, qui suit la santé de l'EBITDA fiscal de la cible ;
- le taux des financements liés, à documenter dès l'origine.
Un montage qui semble séduisant sur le papier peut perdre une grande partie de son intérêt fiscal une fois ces trois filtres appliqués. D'où l'intérêt de tester le levier réel, et pas seulement théorique, avant d'engager le financement.
Pour approfondir le volet financement et structuration, voyez nos analyses sur les critères du financement bancaire d'un LBO, sur ce que les banques regardent dans une reprise en LBO et sur l'intérêt de créer une holding de reprise. Côté financement intragroupe, notre guide sur la fiscalité du compte courant d'associé détaille le taux plafond. Pour le suivi comptable du groupe intégré, voyez nos missions de tenue et révision comptable à Paris et de DAF externalisé pour PME.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le levier fiscal d'un LBO ?+
C'est le mécanisme par lequel la holding de reprise déduit les intérêts de sa dette d'acquisition, et par lequel l'intégration fiscale (CGI article 223 A) fait absorber ces intérêts par les bénéfices de la cible. Le résultat d'ensemble du groupe diminue, et l'impôt sur les sociétés baisse d'autant.
Qu'est-ce que l'amendement Charasse ?+
L'amendement Charasse (CGI article 223 B) est un dispositif anti rachat à soi-même. Lorsqu'une société rachète à des personnes qui la contrôlent les titres d'une société rejoignant le même groupe intégré, une fraction des charges financières du groupe est réintégrée au résultat d'ensemble, sur l'exercice d'acquisition et les huit suivants.
Comment se calcule la réintégration Charasse ?+
Le montant réintégré est égal aux charges financières déduites par le groupe, multipliées par le rapport entre le prix d'acquisition des titres et le montant moyen des dettes du groupe. Ce calcul s'applique chaque année pendant neuf exercices au total.
Quel est le plafond du rabot ATAD ?+
Les charges financières nettes ne sont déductibles que dans la limite de 30 % de l'EBITDA fiscal, ou de 3 millions d'euros si ce montant est supérieur (CGI article 212 bis). C'est le plus élevé des deux montants qui s'applique.
Les intérêts versés aux associés sont-ils toujours déductibles ?+
Non. Les intérêts servis aux associés ou aux sociétés liées (CGI articles 39-1-3 et 212-I) ne sont déductibles que dans la limite d'un taux plafond. La fraction qui dépasse ce taux n'est pas déductible.
L'amendement Charasse s'applique-t-il à toutes les reprises ?+
Non. Il vise spécifiquement les rachats faits à des personnes qui contrôlent la société acheteuse, ou à des sociétés qu'elles contrôlent. Une reprise auprès d'un cédant indépendant n'est pas concernée par ce dispositif, mais reste soumise au rabot ATAD et au taux plafond.
Faut-il un expert-comptable ou un avocat pour un LBO ?+
Les deux interviennent. L'expert-comptable cadre le chiffrage de la déductibilité, l'intégration fiscale et le suivi du groupe. Le montage juridique de la holding et l'acte de cession relèvent de l'avocat fiscaliste. Chaque opération se qualifie au cas par cas.
À retenir#
- La fiscalité du LBO repose sur la déduction des intérêts d'acquisition, absorbés par l'intégration fiscale (CGI article 223 A).
- L'amendement Charasse (CGI article 223 B) réintègre une fraction des charges financières en cas de rachat à soi-même, sur neuf exercices.
- Le rabot ATAD (CGI article 212 bis) plafonne les charges financières nettes à 30 % de l'EBITDA fiscal ou 3 millions d'euros.
- Les intérêts entre entreprises liées sont bornés par un taux plafond (CGI articles 39-1-3 et 212-I).
- La structuration (qui rachète, à qui, avec quelle dette) détermine la déductibilité réelle : elle se cadre avant la signature.
Article publié par le cabinet Hayot Expertise, expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. À jour des dispositions du Code général des impôts citées (articles 223 A, 223 B, 212 bis, 39-1-3, 212-I). Ce contenu informe et ne remplace pas une étude de votre situation : le chiffrage de la déductibilité s'examine au cas par cas avec votre expert-comptable, et le montage juridique du LBO relève de l'avocat fiscaliste.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Legifrance - CGI, article 223 B (amendement Charasse, resultat d'ensemble)
- BOFiP - IS, amendement Charasse, portee du dispositif (BOI-IS-GPE-20-20-80-20)
- BOFiP - IS, plafonnement de la deduction des charges financieres nettes (BOI-IS-BASE-35-40)
- Legifrance - CGI, article 212 bis (rabot des charges financieres nettes, ATAD)
Ce sujet relève de notre mission Tenue comptable à Paris | Révision, clôture, liasse
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