Apport en industrie : statuts et parts de société
Apporter son savoir-faire plutôt que de l'argent : ce que l'apport en industrie change pour le capital, les parts, le vote et la rédaction de vos statuts.
Ce sujet relève de notre mission
Création d'entreprise à Paris | Statut, INPI, fiscalitéNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. L'apport en industrie consiste à mettre son travail, son savoir-faire ou ses services à disposition de la société. Il ne concourt pas à la formation du capital social (article 1843-2 du Code civil) et ne donne donc pas de parts de capital, mais des parts spécifiques ouvrant droit aux bénéfices et au vote. Il est interdit dans la société anonyme.
Un associé veut entrer au capital, mais il n'a ni argent ni bien à mettre sur la table. Ce qu'il apporte, c'est sa compétence : un carnet d'adresses, une expertise technique, un temps de travail. La tentation est forte d'inscrire ces talents au capital comme on inscrirait un virement. C'est juridiquement impossible. L'apport en industrie répond précisément à ce besoin, à condition de le traduire correctement dans les statuts.
Dans les dossiers de création que nous accompagnons, ce montage revient souvent entre un porteur de projet sans trésorerie et un investisseur, ou entre deux fondateurs aux contributions très différentes. Mal rédigé, il fragilise la répartition du pouvoir et des résultats pour toute la vie de la société.
Qu'est-ce qu'un apport en industrie ?#
L'apport en industrie est, pour un associé, la mise à disposition de la société de son travail, de son savoir-faire, de ses connaissances techniques ou de ses services. Il constitue l'un des trois types d'apports possibles, aux côtés de l'apport en numéraire (de l'argent) et de l'apport en nature (un bien, par exemple un fonds de commerce ou du matériel).
La différence est fondamentale. Le numéraire et la nature sont des biens évaluables qui rejoignent le patrimoine de la société. L'industrie, elle, n'est pas un bien : c'est une prestation continue, attachée à la personne qui la fournit. On ne peut pas la saisir, la revendre ni la transmettre comme un actif.
Concrètement, l'apporteur en industrie s'engage à exercer une activité au profit de la société, dans la durée. Un développeur qui code la plateforme, un dirigeant opérationnel qui pilote l'exploitation, un consultant qui apporte sa méthode et son réseau : tous peuvent devenir associés par cette voie, sans débourser un euro de capital.
L'apport en industrie donne-t-il des parts ?#
Oui, mais pas des parts de capital. C'est le point le plus souvent mal compris. L'article 1843-2, alinéa 2, du Code civil énonce que les apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital social. Le capital reste donc formé des seuls apports en numéraire et en nature.
En contrepartie de son industrie, l'apporteur reçoit des parts en industrie spécifiques. Ces parts lui ouvrent trois droits et lui imposent une charge :
- le droit au partage des bénéfices et de l'actif net ;
- le droit de vote dans les assemblées ;
- l'obligation de contribuer aux pertes.
Autrement dit, l'apporteur en industrie est un associé à part entière sur le plan politique et économique, même s'il ne pèse pas dans le capital. Il vote, il touche sa quote-part de résultat, et il supporte sa part des pertes comme les autres.
Capital, bénéfices, vote : qui détient quoi ?#
| Élément | Apport en numéraire / nature | Apport en industrie |
|---|---|---|
| Concourt au capital social | Oui | Non (art. 1843-2 C. civ.) |
| Donne des parts | Parts de capital | Parts en industrie spécifiques |
| Droit aux bénéfices | Oui | Oui |
| Droit de vote | Oui | Oui |
| Contribution aux pertes | Oui | Oui |
| Cessible / transmissible | Oui (selon clauses) | Non, attachée à la personne |
| Droits d'enregistrement | Selon le cas | Sans objet (l'industrie n'entre pas au capital) |
Quelles sociétés acceptent l'apport en industrie ?#
Toutes les formes sociales ne l'autorisent pas. La règle dépend de la structure choisie, et elle conditionne souvent l'arbitrage entre SAS et SA, ou entre SARL et structure par actions.
L'apport en industrie est interdit dans la société anonyme (SA) et dans la société en commandite par actions. Il est autorisé, sous réserve que les statuts en fixent les modalités, dans la SARL (article L223-7, alinéa 2, du Code de commerce), l'EURL, la SAS et la SASU (par renvoi de l'article L227-1 du Code de commerce), la société en nom collectif et les sociétés civiles.
| Forme sociale | Apport en industrie | Base / condition |
|---|---|---|
| SARL | Autorisé | Art. L223-7 al. 2 C. com., si les statuts le prévoient |
| EURL | Autorisé | Régime SARL, via les statuts |
| SAS | Autorisé | Renvoi art. L227-1 C. com., via les statuts |
| SASU | Autorisé | Régime SAS, via les statuts |
| SNC | Autorisé | Sociétés de personnes |
| Société civile | Autorisé | Statuts |
| SA | Interdit | Exclu par les textes |
| Société en commandite par actions | Interdit | Exclu par les textes |
Notre lecture. Pour un projet où un fondateur entre par son seul savoir-faire, la SAS et la SASU offrent le cadre le plus souple : liberté statutaire forte, possibilité de moduler finement les droits attachés aux parts en industrie. La SARL fonctionne aussi mais avec un formalisme plus encadré. Si vous envisagiez une SA, sachez que l'apport en industrie y est tout simplement fermé. Pour le choix de forme, nous renvoyons à notre procédure de création d'une SAS et à notre guide complet de la création d'entreprise.
Comment évaluer un apport en industrie ?#
Il n'y a pas d'évaluation au sens d'une mise au capital, puisque l'industrie ne rejoint pas le capital. La vraie question n'est pas « combien vaut ce savoir-faire en euros » mais « quelle quote-part de bénéfices, de pertes et de votes les statuts lui attribuent ».
L'article 1844-1, alinéa 1, du Code civil pose la règle. La quote-part de l'apporteur en industrie dans les bénéfices, dans les pertes et dans les droits de vote est fixée librement par les statuts. À défaut de stipulation, sa part est égale à celle de l'associé qui a le moins apporté en numéraire ou en nature.
Cette règle supplétive est un piège fréquent. Si vous ne dites rien dans les statuts, c'est le plus petit apporteur en capital qui sert de référence pour calibrer les droits de l'apporteur en industrie. Le résultat est rarement celui que les fondateurs avaient en tête lors des discussions.
Comment l'intégrer aux statuts : les étapes#
- Vérifiez que la forme sociale choisie autorise l'apport en industrie (SARL, EURL, SAS, SASU, SNC, société civile ; jamais en SA).
- Décrivez précisément l'objet de l'apport : nature de l'activité, du savoir-faire ou des services apportés, et durée d'engagement.
- Fixez la quote-part de l'apporteur dans les bénéfices, dans les pertes et dans les droits de vote, sans laisser jouer la règle supplétive par défaut.
- Prévoyez les modalités de souscription des parts en industrie et leur sort en cas de cessation de l'activité par l'apporteur.
- Encadrez l'obligation de non-concurrence et de reversement des gains, conformément à l'article 1843-3 du Code civil.
- Faites relire l'ensemble par votre conseil avant signature, pour aligner la rédaction sur l'intention réelle des associés.
Les obligations de l'apporteur en industrie#
L'apport en industrie n'est pas un statut passif. L'article 1843-3, dernier alinéa, du Code civil impose à l'apporteur deux obligations fortes : il doit à la société tous les gains réalisés par l'activité faisant l'objet de son apport, et il s'interdit toute activité concurrente.
| Droit de l'apporteur | Obligation de l'apporteur |
|---|---|
| Partage des bénéfices et de l'actif net | Fournir effectivement et durablement son industrie |
| Droit de vote en assemblée | Reverser à la société les gains de l'activité apportée |
| Quote-part fixée par les statuts | S'interdire toute activité concurrente |
| Qualité d'associé à part entière | Contribuer aux pertes |
Le risque sous-estimé. Les parts en industrie sont inaliénables et intransmissibles : elles sont attachées à la personne de l'apporteur et s'éteignent lorsqu'il cesse de fournir son industrie. Si l'apporteur quitte la société, tombe malade durablement ou décède, ses parts ne se transmettent pas à un repreneur ni à ses héritiers. Beaucoup de fondateurs découvrent cette extinction au plus mauvais moment. Il faut donc anticiper statutairement ce qui se passe le jour où l'industrie cesse.
Points de vigilance 2026#
Quelques erreurs reviennent régulièrement dans les dossiers que nous reprenons après une création faite sans conseil.
- Inscrire l'apport en industrie au capital social. C'est impossible : il ne concourt pas à la formation du capital (art. 1843-2 C. civ.).
- Tenter un apport en industrie dans une SA. La forme l'interdit ; il faut changer de structure.
- Oublier de fixer la quote-part dans les statuts et laisser jouer la règle supplétive de l'article 1844-1.
- Confondre apport en industrie et simple contrat de travail ou de prestation : l'apporteur est associé, pas salarié au titre de cet apport.
- Négliger la clause de non-concurrence et l'obligation de reversement des gains.
- Ignorer l'extinction des parts en cas de départ, qui peut déséquilibrer brutalement la répartition du pouvoir.
Cas particulier : l'associé technique sans apport financier#
Prenons une situation que nous croisons souvent. Deux personnes lancent une SAS. La première investit de la trésorerie et constitue le capital. La seconde n'a pas d'argent disponible mais maîtrise toute la partie technique du produit et y consacrera son temps plein.
Sans apport en industrie, l'associé technique resterait soit un simple salarié, soit dépendant d'un prêt pour libérer du capital. Avec un apport en industrie correctement rédigé, il devient associé : il vote, il partage les bénéfices et l'actif net, il contribue aux pertes. Les statuts fixent sa quote-part, par exemple un partage des résultats déconnecté de la part de capital de l'autre associé.
Le point de vigilance est la sortie. Les parts en industrie de l'associé technique s'éteignent s'il cesse son activité. Les statuts doivent donc prévoir, en amont, l'effet de ce départ sur la gouvernance et la répartition, faute de quoi l'associé en capital se retrouve seul maître à bord du jour au lendemain.
Et fiscalement ?#
L'apport en industrie n'étant pas un apport au capital, il ne donne pas lieu aux droits d'enregistrement proportionnels qui frappent les apports en numéraire ou en nature. Sur ce plan, le montage est neutre au moment de la constitution. En revanche, les revenus que l'apporteur tire ensuite de la société (dividendes, rémunérations) suivent leur régime propre, qu'il faut anticiper avec votre cabinet d'expertise comptable à Paris. Le sujet rejoint plus largement le coût réel de la création d'une société.
Notre analyse d'expert-comptable#
L'apport en industrie est un outil précieux et sous-utilisé. Il permet d'associer un homme-clé sans le forcer à libérer un capital qu'il n'a pas, et de récompenser une compétence à sa juste contribution au projet. Mais c'est aussi un montage dont toute la valeur tient à la rédaction des statuts.
Dans notre pratique, les conflits naissent presque toujours d'un point laissé en blanc : la quote-part non fixée, la sortie non anticipée, la frontière floue entre l'apport et un contrat de travail. En tant que commissaire aux comptes et expert-comptable inscrit à l'Ordre, nous voyons régulièrement des sociétés où l'esprit de l'accord initial n'a jamais été couché dans les statuts. Pour les holdings animatrices et les montages plus complexes, ce travail rejoint nos réflexions sur la création d'une holding.
Conseil Hayot Expertise. Si un de vos futurs associés apporte son savoir-faire plutôt que de l'argent, ne traitez pas l'apport en industrie comme une formalité. Faites définir noir sur blanc sa quote-part de bénéfices, de pertes et de votes, ainsi que le sort de ses parts le jour où il partira. Nous combinons l'accompagnement à la création d'entreprise et le conseil juridique pour rédiger les statuts afin de sécuriser ce montage dès le départ.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un apport en industrie ?+
C'est la mise à disposition de la société, par un associé, de son travail, de son savoir-faire, de ses connaissances techniques ou de ses services. C'est l'un des trois types d'apports avec l'apport en numéraire et l'apport en nature. L'apporteur devient associé sans verser d'argent ni transférer de bien.
L'apport en industrie compte-t-il dans le capital social ?+
Non. L'article 1843-2, alinéa 2, du Code civil prévoit que l'apport en industrie ne concourt pas à la formation du capital social. Le capital reste formé des seuls apports en numéraire et en nature. L'apporteur en industrie reçoit en échange des parts spécifiques, dites parts en industrie, et non des parts de capital.
L'apport en industrie donne-t-il des parts ?+
Oui, des parts en industrie spécifiques. Elles ouvrent droit au partage des bénéfices et de l'actif net, donnent un droit de vote et obligent l'apporteur à contribuer aux pertes. Ces parts sont inaliénables et intransmissibles, attachées à la personne de l'apporteur, et s'éteignent lorsqu'il cesse de fournir son industrie.
Peut-on faire un apport en industrie en SAS ?+
Oui. La SAS et la SASU l'autorisent par renvoi de l'article L227-1 du Code de commerce, à condition que les statuts en fixent les modalités. La SARL, l'EURL, la SNC et les sociétés civiles le permettent également. L'apport en industrie est en revanche interdit dans la société anonyme et la société en commandite par actions.
Comment évaluer un apport en industrie ?+
On ne le valorise pas au capital, puisqu'il n'y entre pas. Les statuts fixent librement la quote-part de l'apporteur dans les bénéfices, les pertes et les droits de vote. À défaut de stipulation, l'article 1844-1 du Code civil prévoit que sa part est égale à celle de l'associé qui a le moins apporté en numéraire ou en nature.
Quelles obligations a l'apporteur en industrie ?+
Il doit fournir effectivement et durablement son industrie. L'article 1843-3, dernier alinéa, du Code civil l'oblige à reverser à la société tous les gains réalisés par l'activité apportée et lui interdit toute activité concurrente. Comme tout associé, il contribue aussi aux pertes de la société.
L'apport en industrie est-il taxé à la constitution ?+
Non. N'étant pas un apport au capital, l'apport en industrie ne donne pas lieu aux droits d'enregistrement proportionnels qui frappent les apports en numéraire ou en nature. Le montage est neutre sur ce point au moment de la constitution. Les revenus tirés ensuite de la société suivent leur propre régime fiscal.
À retenir#
- L'apport en industrie, c'est apporter son travail ou son savoir-faire, pas de l'argent ni un bien.
- Il ne concourt pas au capital social (art. 1843-2 C. civ.) mais donne des parts spécifiques.
- Ces parts ouvrent droit aux bénéfices, au vote et obligent à contribuer aux pertes.
- Autorisé en SARL, EURL, SAS, SASU, SNC et sociétés civiles ; interdit en SA.
- À défaut de clause statutaire, la quote-part s'aligne sur le plus petit apporteur en capital (art. 1844-1).
- Les parts en industrie sont inaliénables, intransmissibles et s'éteignent au départ de l'apporteur.
Sources officielles#
- Code civil, article 1843-2 (apports et formation du capital), Legifrance
- Code civil, article 1843-3 (objet et obligations de l'apporteur), Legifrance
- Code civil, article 1844-1 (part dans les bénéfices et les pertes), Legifrance
- Code de commerce, article L223-7 (apport en industrie en SARL), Legifrance
- Code de commerce, article L227-1 (régime de la SAS), Legifrance
- Les apports en société, Entreprendre, Service-Public

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Code civil, article 1843-2 (apports et formation du capital) - Legifrance
- Code civil, article 1843-3 (objet et obligations de l'apporteur) - Legifrance
- Code civil, article 1844-1 (part dans les benefices et les pertes) - Legifrance
- Code de commerce, article L223-7 (apport en industrie en SARL) - Legifrance
- Code de commerce, article L227-1 (regime de la SAS) - Legifrance
- Les apports en societe - Entreprendre, Service-Public
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