Prévoyance collective obligatoire : la cotisation 1,50 % cadres et les pièges
Depuis 1947, toute entreprise employant des cadres doit les couvrir par une assurance prévoyance. Cotisation 1,50 % tranche 1 (ex-tranche A) à la charge exclusive de l'employeur, et rien d'équivalent pour les non cadres, dont la prévoyance dépend de la convention collective. Sanction en cas de décès non assuré : 3 × PASS 2026 = 144 180 €. Vérifiez votre couverture immédiatement.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Depuis 1947, toute entreprise employant des cadres doit les couvrir par une assurance prévoyance collective. L'obligation porte sur une cotisation à la charge exclusive de l'employeur, fixée à 1,50 % de la portion de salaire inférieure au plafond mensuel de la sécurité sociale (PMSS 2026 = 4 005 €). L'article 1er de l'accord national interprofessionnel (ANI) du 17 novembre 2017, étendu par arrêté du 27 juillet 2018, impose d'affecter cette cotisation par priorité au risque décès, sans fixer aucun taux : le minimum de 0,76 point partout cité relève de la doctrine paritaire, pas du texte. En cas d'absence de couverture et de décès du cadre, l'employeur doit verser aux ayants droit une somme égale à 3 fois le plafond annuel de la sécurité sociale en vigueur lors du décès (soit 3 × 48 060 € = 144 180 € en 2026). Les salariés non cadres, eux, ne sont visés par aucune obligation interprofessionnelle de prévoyance : c'est leur convention collective de branche qui peut en créer une.
Contexte 2026 : une obligation décennale, pas une nouveauté#
L'obligation de prévoyance pour les cadres n'est pas née hier. Elle provient de l'article 7 de la Convention collective nationale des cadres du 14 mars 1947, texte fondateur du droit français des cadres. Lors de la fusion de l'AGIRC et de l'ARRCO au 1er janvier 2019, cette convention collective a disparu en tant que texte autonome. L'accord national interprofessionnel (ANI) du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres a pris le relais : son préambule indique qu'il modernise les dispositions de prévoyance de l'article 7 de la CCN de 1947 et pérennise le taux de 1,50 %. L'obligation figure donc aujourd'hui à l'article 1er de l'ANI du 17 novembre 2017, et non à un « article 7 » qui n'a plus d'existence propre.
Une précision juridique s'impose, presque toujours omise : un ANI est un accord entre partenaires sociaux, pas une loi. Ce qui le rend opposable à tous les employeurs de son champ, c'est son extension par l'arrêté du 27 juillet 2018 (Journal officiel du 14 août 2018), pris sur le fondement des articles L. 911-3 et L. 911-4 du code de la sécurité sociale. Il s'agit donc d'une obligation conventionnelle étendue : ni facultative, ni contournable au motif que la convention de 1947 aurait disparu.
La raison de cette obligation ? Protéger les salariés cadres et leurs ayants droit face aux risques de maladie grave, invalidité et décès. À l'époque (1947), c'était une innovation majeure. Aujourd'hui, en 2026, c'est une obligation banale mais redoutable en cas de manquement.
Qu'est-ce que la cotisation 1,50 % en tranche 1 (ex-tranche A) ?#
Définition et assiette de calcul#
La cotisation obligatoire est calculée sur la fraction de rémunération inférieure au plafond de la sécurité sociale : historiquement la « tranche A », devenue la tranche 1 depuis la fusion AGIRC-ARRCO du 1er janvier 2019. C'est la part du salaire brut comprise entre 0 € et le plafond mensuel. En 2026, le PMSS s'établit à 4 005 €/mois, soit un PASS (plafond annuel) de 48 060 €.
Exemple concret :
- Cadre 1 : salaire brut 3 000 €/mois → base prévoyance = 3 000 € → cotisation due = 3 000 × 1,50 % = 45 €
- Cadre 2 : salaire brut 5 000 €/mois → base prévoyance = 4 005 € (plafonné) → cotisation due = 4 005 × 1,50 % = 60,08 €
- Cadre 3 : salaire brut 10 000 €/mois → base prévoyance = 4 005 € (plafonné) → cotisation due = 4 005 × 1,50 % = 60,08 €
Charge exclusive de l'employeur#
Contrairement à la cotisation de sécurité sociale, qui est partagée entre employeur et salarié, la cotisation prévoyance 1,50 % est intégralement à la charge de l'employeur. Elle ne peut en aucun cas être répercutée sur le salaire net du cadre, ni déduite de sa paie.
Qui est considéré comme « cadre » au sens de l'ANI 2017 ?#
Le terme « cadre » n'est pas univoque. L'ANI 2017 définit deux catégories de bénéficiaires, complétées par un mécanisme d'extension :
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Ingénieurs et cadres (article 2.1) : les ingénieurs et cadres définis par les arrêtés de mise en ordre des salaires, mais aussi les représentants de commerce qui remplissent l'un des trois critères posés par l'accord (formation technique, administrative ou commerciale équivalente à celle des cadres, autorité sur d'autres représentants, ou fonctions d'initiative et de responsabilité), les dirigeants non visés par ailleurs et assimilés salariés au regard de la sécurité sociale, les médecins salariés, ainsi que les conseils juridiques agréés et les directeurs d'usine. Le rattachement ne dépend donc pas du seul « titre » de cadre porté sur le contrat.
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Assimilés (article 2.2) : les employés, techniciens et agents de maîtrise assimilés aux ingénieurs et cadres lorsqu'ils occupent des fonctions classées à une cote hiérarchique brute au moins égale à 300, ou à une position équivalente dans les classifications qui ont succédé aux arrêtés de mise en ordre des salaires. C'est un critère de classification, et non une appréciation libre des fonctions ni un accord de branche.
Un troisième mécanisme, souvent oublié, subsiste : l'ancien « article 36 » de l'annexe I de la CCN 1947, repris en annexe de l'ANI 2017 sous la forme de la délibération D20 de l'AGIRC. Il permet d'étendre le régime, par convention ou accord conclu au plan national ou régional (les accords d'entreprise en sont exclus), aux titulaires de postes classés à une cote hiérarchique brute au moins égale à 200.
Depuis le décret n° 2021-1002 du 30 juillet 2021, applicable au 1er janvier 2022, la référence aux articles 4, 4 bis et 36 de la CCN 1947 a disparu du droit de la protection sociale complémentaire : c'est désormais l'article R. 242-1-1 du code de la sécurité sociale qui renvoie aux articles 2.1 et 2.2 de l'ANI pour définir les catégories objectives, une catégorie plus large devant résulter d'un accord de branche étendu ou d'un agrément. Le réflexe 2026 consiste donc à lire d'abord la classification appliquée au salarié, puis l'acte qui institue le régime dans l'entreprise.
C'est une distinction capitale : un employeur ne peut pas contourner l'obligation en refusant le titre de « cadre » à un salarié que sa classification place dans le champ de l'accord.
L'affectation prioritaire au risque décès : que vaut le 0,76 point ?#
L'ANI n'impose pas de concentrer la cotisation de 1,50 % sur le seul risque décès. Son article 1er prévoit qu'elle est « affectée par priorité à la couverture d'avantages en cas de décès », sans fixer aucun taux. Le seuil de 0,76 point, soit plus de la moitié des 1,50 %, ne figure dans aucun texte publié : il procède de l'interprétation paritaire historique de l'AGIRC, suivie en pratique par les organismes assureurs et les branches. Nous le présentons donc pour ce qu'il est, une doctrine de place très largement appliquée, et non comme une règle de droit opposable.
Le solde peut financer d'autres garanties de prévoyance : indemnités journalières en cas d'incapacité de travail, rente d'invalidité, rentes de conjoint ou d'éducation. C'est ce que les contrats appellent « prévoyance complémentaire ». L'imputation de frais de santé sur ce 1,50 % est en revanche un point discuté, sur lequel l'ANI est muet : ne la retenez pas sans confirmation écrite de votre organisme assureur.
| Répartition | Risque décès | Autres risques | Total | Lecture paritaire du « par priorité » |
|---|---|---|---|---|
| Exemple 1 | 0,85 % | 0,65 % | 1,50 % | ✓ Décès majoritaire |
| Exemple 2 | 0,80 % | 0,70 % | 1,50 % | ✓ Décès majoritaire |
| Exemple 3 | 0,60 % | 0,90 % | 1,50 % | ✗ Décès minoritaire |
| Exemple 4 | 0,50 % | 1,00 % | 1,50 % | ✗ Décès minoritaire |
Les sanctions en cas de défaut : le piège mortel#
C'est ici que réside le danger majeur. Si un employeur ne souscrit pas de contrat de prévoyance, ou ne paie pas ses cotisations, et qu'un cadre décède, les conséquences financières sont drastiques.
Montant de la sanction#
En cas de décès du cadre non couvert, l'employeur est tenu de verser aux ayants droit du défunt une somme égale à 3 fois le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS) en vigueur lors du décès. Cette précision d'assiette est décisive : le plafond retenu n'est ni celui de l'année d'embauche, ni celui de l'année où la cotisation a été omise, mais celui applicable au jour du décès.
En 2026, le PASS est fixé à 48 060 €. La somme due = 3 × 48 060 = 144 180 €.
C'est une somme énorme pour une PME. Et elle s'ajoute à :
- Les frais de remplacement du cadre décédé (recrutement, intérim, formation)
- Les risques de litige avec les héritiers (demande de dommages-intérêts supplémentaires)
- Le risque de redressement URSSAF : les contributions patronales de protection sociale complémentaire n'échappent à l'assiette des cotisations que si le régime remplit les conditions posées par le code de la sécurité sociale ; à défaut, elles y sont réintégrées
- La mise en cause de la responsabilité civile de l'employeur envers les ayants droit
Le caractère incontournable de cette sanction#
Ce versement aux ayants droit n'est pas une amende administrative : c'est une obligation conventionnelle étendue, née de l'article 1er de l'ANI rendu opposable par l'arrêté du 27 juillet 2018. Les ayants droit peuvent la réclamer par simple courrier, puis devant le juge. La prescription n'est pas pour autant illimitée : à défaut de règle spéciale, l'action relève de la prescription de droit commun de cinq ans de l'article 2224 du code civil, qui court du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. Un délai plus court peut être discuté selon le fondement invoqué : ne comptez pas sur l'écoulement du temps comme ligne de défense.
Cas particuliers : qui est vraiment obligé ?#
Micro-entreprises et auto-entrepreneurs#
Une entreprise au régime micro peut parfaitement être employeur. Les seuils 2026 du régime micro sont de 203 100 € HT pour la vente de marchandises et la fourniture de logement, et de 83 600 € HT pour les prestations de services BIC comme pour les activités libérales BNC : ne les confondez pas avec les seuils de la franchise en base de TVA, qui obéissent à d'autres montants. Si cette entreprise emploie ne serait-ce qu'un cadre, l'obligation s'applique, pour 60,08 € par mois au niveau du plafond. Un cadre reste un cadre, y compris dans une micro-structure.
Cadres en part-time ou stage#
- Un cadre à temps partiel (25 h par semaine) reste un cadre. La cotisation porte sur la rémunération effectivement versée, dans la limite du plafond : ce n'est pas la cotisation qui est proratisée, mais le cas échéant le plafond, selon les règles de proratisation propres à la sécurité sociale.
- Un stagiaire cadre : s'il est suivi par un contrat de stage, il n'est pas un salarié au sens du droit du travail ; l'obligation ne s'applique théoriquement pas. Mais si c'est un CDI avec titre de « cadre », l'obligation s'applique dès le premier jour.
Cette absence de statut salarié ne fait pas disparaître toute obligation financière pour l'entreprise d'accueil, qui peut devoir verser une gratification minimale obéissant à ses propres règles de calcul et à son propre régime de cotisations. Avant de raisonner comme pour un cadre en poste, mieux vaut vérifier le seuil de gratification de stage 2026 et son calcul en paie, qui précise quand la gratification est obligatoire et ce qui est exonéré.
Cadres en télétravail ou expatriés#
- Télétravail : aucun impact. Dès que le contrat dit « cadre », l'obligation prévoyance s'applique.
- Salariés à l'étranger : le raccourci « payé par une entité française, donc couvert » ne tient pas. Ce qui compte d'abord est l'affiliation au régime français de sécurité sociale, par exemple pour un salarié détaché qui y reste rattaché. Un salarié expatrié affilié à un régime étranger sort de cette logique : faites qualifier la situation avant de conclure.
Entreprises sans cadres#
Si une PME n'emploie que des non cadres (ouvriers, employés, techniciens), aucune obligation prévoyance 1,50 %.
Prévoyance des non cadres : que dit la convention collective ?#
Réponse directe. Aucune obligation interprofessionnelle de prévoyance ne pèse sur les salariés non cadres : l'ANI du 17 novembre 2017 ne vise que les catégories définies à ses articles 2.1 et 2.2. En revanche, de nombreuses conventions collectives de branche instituent, elles, un régime de prévoyance pour les non cadres (incapacité de travail, invalidité, décès), avec leur propre taux et leur propre répartition entre employeur et salarié. De nombreuses conventions collectives de branche instaurent un régime de prévoyance pour les non cadres. Autrement dit : rien à faire du côté de l'ANI, tout à vérifier du côté de la branche.
Où vérifier, dans l'ordre. (1) L'IDCC applicable à l'entreprise, porté sur les bulletins de paie ; (2) le texte de la convention collective et ses avenants de prévoyance, sur Légifrance ; (3) l'acte qui institue le régime dans l'entreprise (décision unilatérale, accord collectif ou référendum), qui doit décrire les catégories couvertes ; (4) l'appel de cotisations de l'organisme assureur, pour confirmer que les non cadres y figurent réellement. Une branche peut imposer un taux, une répartition, un socle de garanties, voire un organisme recommandé : ces quatre lectures se font ensemble, jamais l'une sans les autres.
Ne confondez pas trois obligations distinctes. La prévoyance des cadres relève de l'ANI 2017 étendu : 1,50 % de la tranche 1, à la charge exclusive de l'employeur. La complémentaire santé, dite mutuelle d'entreprise, relève de la loi n° 2013-504 du 14 juin 2013 et l'article L. 911-7 du code de la sécurité sociale et concerne tous les salariés, cadres et non cadres, avec un financement patronal d'au moins 50 %. La prévoyance des non cadres, enfin, ne relève ni de l'une ni de l'autre : elle dépend de la branche. Une entreprise peut donc être parfaitement en règle sur la mutuelle et totalement à découvert sur la prévoyance de ses non cadres, ou l'inverse.
Le cas le plus fréquent : un effectif mixte. L'entreprise qui emploie à la fois des cadres et des non cadres cumule les deux logiques, le 1,50 % de la tranche 1 pour les premiers, le régime de branche éventuel pour les seconds. Un contrat unique peut couvrir les deux populations, à condition que l'acte instituant le régime distingue clairement les catégories : c'est cette description en catégories objectives, au sens de l'article R. 242-1-1 du code de la sécurité sociale, qui conditionne le traitement social des contributions patronales.
Pièges courants et points de contrôle#
Piège 1 : Confondre prévoyance et mutuelle. La confusion la plus fréquente consiste à penser qu'une mutuelle santé collective satisfait l'obligation de prévoyance. C'est faux : les deux obligations n'ont ni la même source, ni le même objet, ni les mêmes bénéficiaires. La mutuelle couvre les frais médicaux. La prévoyance couvre incapacité de travail, invalidité, décès.
Piège 2 : Négliger la mise à jour des contrats. Un contrat de prévoyance souscrit en 2015 peut n'affecter au décès qu'une part minoritaire du 1,50 % (0,60 point, par exemple), en deçà de la lecture paritaire de 0,76 point. L'employeur pense « c'est réglé » et ne rouvre jamais le tableau de garanties.
Piège 3 : Oublier de lister les cadres. Certains employeurs souscrivent un contrat prévoyance, mais omettent d'y déclarer plusieurs cadres.
Piège 4 : Déclarer des salaires incomplets. Une entreprise paie 50 k€/an à un cadre, mais ne déclare que 35 k€ à la prévoyance (en classant les 15 k€ restants comme « variable non assurable »).
Piège 5 : Croire qu'une rupture efface le passé. Un employeur emploie un cadre sans couverture de prévoyance, puis rompt le contrat. L'employeur suppose alors qu'il n'a plus aucune responsabilité. C'est inexact : l'obligation a couru pendant toute la période d'emploi, et c'est cette période qui sera examinée, cotisations omises comprises.
Notre analyse d'expert-comptable#
Cette obligation a une particularité redoutable : elle est invisible tant qu'aucun sinistre ne survient. Une entreprise peut employer des cadres pendant des années sans contrat de prévoyance sans que rien ne le signale, ni sur le bulletin de paie, ni au bilan, jusqu'au jour où un décès rend la question irréversible. C'est pourquoi ce point se vérifie dès l'embauche d'un premier cadre, au même titre que la déclaration préalable à l'embauche ou l'affiliation à la complémentaire santé.
La méthode tient en quatre vérifications, toutes documentables. Un : l'acte qui institue le régime existe (décision unilatérale, accord collectif ou référendum) et vise une catégorie objective régulière au sens de l'article R. 242-1-1 du code de la sécurité sociale. Deux : le tableau de garanties fait apparaître la part de la cotisation affectée au décès. Trois : la liste des assurés transmise à l'organisme correspond à l'effectif réellement payé, salaires déclarés compris. Quatre : la cotisation figure effectivement au débit de l'entreprise, mois après mois, et pas seulement dans un contrat signé puis oublié.
L'arbitrage économique, lui, se pose en une ligne : 60,08 € par mois pour un cadre rémunéré au niveau du plafond, contre 144 180 € exigibles en 2026 si un cadre décède sans couverture. Ce n'est pas un poste de charge à optimiser, c'est une exposition à fermer.
Conseil Hayot Expertise. Avant d'embaucher votre premier cadre, ou dans le mois qui suit si vous l'avez déjà fait, vérifiez deux choses : (1) Avez-vous un contrat de prévoyance dont la part affectée au décès représente la majorité du 1,50 % de la tranche 1, soit 0,76 point dans la lecture paritaire usuelle ? (2) Tous vos cadres, y compris les assimilés, sont-ils déclarés à l'assureur avec leur salaire réel ? Si la réponse est non à l'une ou l'autre, rapprochez-vous de votre organisme assureur ou de votre courtier pour régulariser par avenant ou par un nouveau contrat, et conservez la trace écrite de la date d'effet. Les frais de mise en place varient selon l'organisme ; ils restent sans commune mesure avec les 144 180 € exigibles en 2026 en cas de décès d'un cadre non couvert.
Questions fréquentes
Peut-on considérer un cadre supérieur comme non-cadre pour éviter la prévoyance ?+
Non. La qualification de cadre relève de la classification sectorielle ou conventionnelle, pas de la volonté de l'employeur. Un ingénieur est un cadre, même si l'employeur le rémunère comme un technicien. Un juge qualifierait l'emploi et imposerait les cotisations rétroactives.
La cotisation est-elle perdue s'il n'y a aucun sinistre ?+
La cotisation reste due tous les mois, pour chaque cadre employé, qu'un sinistre survienne ou non : c'est la couverture qui est financée, pas une épargne. Seule la prestation dépend du sinistre. Si le cadre quitte l'entreprise ou part en retraite sans sinistre, aucune indemnité n'est due et rien n'est restitué à l'employeur.
Un contrat de prévoyance peut-il être arrêté puis relancé au gré de l'employeur ?+
Non. Tant que l'entreprise emploie un cadre, l'obligation de verser la cotisation de 1,50 % est permanente : interrompre le contrat n'est pas une option imprudente, c'est un manquement à l'article 1er de l'ANI étendu. Un décès survenu pendant la période sans couverture expose immédiatement au versement de 3 fois le PASS en vigueur lors du décès.
L'assurance prévoyance cadres couvre-t-elle le suicide ?+
L'article L. 132-7 du code des assurances encadre strictement l'exclusion : l'assurance en cas de décès est de nul effet si l'assuré se donne volontairement la mort au cours de la première année du contrat, et elle doit couvrir le risque de suicide à compter de la deuxième année. Les délais de 12 à 24 mois parfois annoncés n'ont donc pas de fondement légal. Le même article prévoit des règles particulières pour certaines assurances de groupe : faites confirmer par écrit le régime applicable à votre contrat.
Si un cadre décède en télétravail, l'employeur est-il responsable ?+
L'obligation prévoyance n'a rien à voir avec le lieu de travail. Si le contrat était actif au moment du décès, il joue, où que soit le cadre.
Peut-on mutualiser les cotisations prévoyance entre plusieurs PME (groupement) ?+
Oui. Les groupements d'employeurs ou les associations d'employeurs peuvent souscrire un contrat prévoyance collectif unique pour couvrir tous les cadres de tous les membres.
La prévoyance est-elle obligatoire pour les salariés non cadres ?+
Aucune obligation interprofessionnelle ne l'impose : l'ANI du 17 novembre 2017 ne vise que les cadres et assimilés de ses articles 2.1 et 2.2. En revanche, de nombreuses conventions collectives de branche instituent un régime de prévoyance pour les non cadres, avec leur propre taux et leur propre répartition. Vérifiez l'IDCC applicable, le texte de la branche, puis l'acte qui institue le régime dans l'entreprise.
À retenir#
- Toute entreprise employant au moins un cadre doit souscrire une couverture de prévoyance (article 1er de l'ANI du 17 novembre 2017, étendu par arrêté du 27 juillet 2018, qui pérennise l'obligation de l'article 7 de la CCN du 14 mars 1947).
- La cotisation est fixée à 1,50 % de la tranche 1, ex-tranche A (salaire brut jusqu'au PMSS 2026 = 4 005 €/mois).
- Cette cotisation est intégralement à la charge de l'employeur, non répercutable sur le cadre.
- L'affectation au risque décès est prioritaire ; le minimum de 0,76 point relève de la doctrine paritaire et non d'un texte, le solde finançant l'incapacité, l'invalidité ou les rentes.
- En cas d'absence de couverture et de décès d'un cadre, l'employeur doit verser aux ayants droit 3 × PASS en vigueur lors du décès (144 180 € en 2026).
- Les salariés non cadres ne sont visés par aucune obligation interprofessionnelle de 1,50 % : c'est la convention collective de branche qu'il faut lire pour eux.
- Vérifiez chaque année : acte instituant le régime, part affectée au décès, liste des assurés, salaires déclarés et paiement effectif des cotisations.
Sources officielles#
- Accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres, texte de base
- ANI du 17 novembre 2017, article 2.1 (ingénieurs et cadres)
- ANI du 17 novembre 2017, article 2.2 (assimilés)
- Arrêté du 27 juillet 2018 portant extension de l'ANI du 17 novembre 2017
- Code de la sécurité sociale, article R. 242-1-1 (catégories objectives)
- Code de la sécurité sociale, article R. 242-1-2 (prestations décès de l'ANI 2017)
- Code des assurances, article L. 132-7 (suicide)
- Code civil, article 2224 (prescription de cinq ans)
- Arrêté du 22 décembre 2025 fixant le PASS 2026 à 48 060 €

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables. Formateur certifié Pennylane.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes basé à Paris 8, pensé pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientée décision.
Sources du dossier
Sources officielles et de référence citées pour cette page.
- Légifrance - Accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres
- Arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026
- Légifrance - ANI du 17 novembre 2017, article 2.1 (ingénieurs et cadres)
- Légifrance - ANI du 17 novembre 2017, article 2.2 (assimilés)
- Légifrance - Arrêté du 27 juillet 2018 portant extension de l'ANI du 17 novembre 2017 relatif à la prévoyance des cadres
- Légifrance - Code de la sécurité sociale, article R. 242-1-1 (catégories objectives)
- Légifrance - Code de la sécurité sociale, article R. 242-1-2 (prestations décès de l'ANI 2017)
- Légifrance - Code des assurances, article L. 132-7 (suicide)
- Légifrance - Code civil, article 2224 (prescription quinquennale)
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