Livraison à soi-même : la TVA en construction d'immeuble
Quand une entreprise construit un immeuble pour ses propres besoins, la livraison à soi-même peut déclencher une TVA. Mécanisme, base imposable, cas obligatoire et déclaration, expliqués pas à pas.
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Fiscalité holding à Paris | IS, mère-fille, apport-cessionNote de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. La livraison à soi-même (LASM) est l'opération par laquelle un assujetti affecte aux besoins de son entreprise un bien qu'il a produit ou construit (article 257, II du CGI). Pour un immeuble construit, elle devient imposable quand le bien sert une activité n'ouvrant pas droit à déduction complète : la TVA est alors collectée sur le prix de revient.
Vous avez décidé de construire vous-même un bâtiment pour votre activité : un local, des bureaux, un entrepôt, parfois des logements. Pendant le chantier, vos fournisseurs vous facturent de la TVA que vous récupérez au fil des situations de travaux. Tout semble neutre. Puis vient l'achèvement, et avec lui une question que beaucoup de dirigeants découvrent tard : devez-vous, sur ce bien que vous n'avez ni acheté ni revendu, déclarer une TVA « à vous-même » ?
C'est tout l'objet de la livraison à soi-même. Ce mécanisme, technique mais structurant, vise à rétablir la neutralité de la TVA lorsqu'une entreprise produit un bien pour son propre usage plutôt que de l'acheter sur le marché. Nous voyons ici dans quels cas il s'applique réellement aux immeubles, comment se calcule la base imposable et comment la déclaration s'organise, sans céder aux idées reçues issues de l'ancien régime d'avant 2010.
Qu'est-ce qu'une livraison à soi-même en TVA ?#
La livraison à soi-même est l'opération par laquelle un assujetti obtient, à partir de biens ou d'éléments lui appartenant, un bien qu'il affecte ensuite aux besoins de son entreprise. L'article 257, II du CGI assimile cette opération à une livraison de bien effectuée à titre onéreux. Concrètement, l'entreprise se vend le bien à elle-même au regard de la TVA, et collecte une « TVA à soi-même ».
L'idée de fond tient en une phrase : la TVA ne doit pas avantager celui qui produit en interne par rapport à celui qui achète à l'extérieur. Si une entreprise pouvait construire un bien en récupérant toute la TVA d'amont, puis l'affecter à une activité exonérée sans jamais collecter de TVA en sortie, elle bénéficierait d'un avantage que n'aurait pas son concurrent acheteur. La LASM corrige précisément cette distorsion.
Elle concerne d'abord les biens que l'entreprise a produits, construits, extraits, fabriqués ou transformés, mais aussi, dans certaines situations, des biens achetés ou importés. Pour un immeuble, le « bien produit » est l'ouvrage construit à partir d'un terrain, de matériaux et de travaux.
LASM, autoliquidation, autoconsommation : ne pas confondre#
Le vocabulaire prête à confusion. La LASM n'est pas l'autoliquidation classique de TVA (où le client redevable acquitte la taxe à la place du fournisseur). Elle n'est pas non plus une simple écriture comptable sans portée fiscale. C'est une opération imposable autonome, avec sa base, son fait générateur et sa ligne sur la déclaration. Pour le mécanisme général d'autoliquidation, le sujet est distinct et mérite un traitement à part.
Quand la LASM est-elle obligatoire pour un immeuble construit ?#
C'est le point décisif, et celui qui a le plus évolué. La livraison à soi-même d'un immeuble construit est imposable lorsque le bien est utilisé pour des opérations n'ouvrant pas droit à déduction complète de la TVA d'amont (article 257, II du CGI). Autrement dit, le déclencheur n'est pas la construction en elle-même, mais l'affectation du bien à une activité qui ne permet pas de tout récupérer.
Trois situations typiques relèvent de ce cas :
- l'entreprise est un assujetti partiel ou un redevable partiel, dont seule une fraction de l'activité ouvre droit à déduction ;
- l'immeuble est affecté à un secteur d'activité exonéré de TVA (par exemple certaines locations nues, des activités médicales ou financières exonérées) ;
- l'immeuble relève de certaines opérations de logement social soumises à un régime particulier.
À l'inverse, si l'immeuble construit est entièrement affecté à une activité taxable ouvrant droit à déduction intégrale, la LASM ne crée aucune charge nette : la TVA collectée est neutralisée par une déduction de même montant. Beaucoup d'entreprises pleinement assujetties n'ont donc, en pratique, pas de coût final, ce qui explique que le sujet passe souvent inaperçu jusqu'au contrôle.
| Situation de l'immeuble construit | LASM imposable ? | Effet réel |
|---|---|---|
| Affecté à une activité 100 % taxable, déduction intégrale | Oui sur le principe, neutre | TVA collectée puis déduite, charge nette nulle |
| Affecté à une activité exonérée (sans droit à déduction) | Oui | TVA collectée non déductible, charge définitive |
| Entreprise assujettie partielle, usage mixte | Oui | TVA collectée déduite au coefficient réel |
| Immeuble revendu rapidement dans le cadre d'une activité taxable | Selon le régime de l'opération | Régime de la vente, pas forcément LASM |
Le risque sous-estimé#
Le piège le plus courant ne tient pas à la déclaration elle-même, mais au changement d'affectation. Une entreprise construit un local qu'elle destine à une activité taxable, récupère toute la TVA d'amont, puis affecte finalement le bien à une activité exonérée. Cette bascule peut entraîner une régularisation, dont la LASM est l'un des vecteurs. Documenter l'usage prévu dès l'ouverture du chantier, puis tracer tout changement, fait partie des réflexes que nous recommandons.
Comment fonctionne le mécanisme, étape par étape#
La logique se déroule sur deux temps : la phase de construction, puis l'achèvement.
Pendant la construction, la TVA facturée par les architectes, les entreprises de travaux et les fournisseurs de matériaux est en principe déductible, dans les conditions de droit commun. L'entreprise récupère donc la taxe d'amont au fur et à mesure.
À l'achèvement, la LASM intervient : l'entreprise collecte la TVA « à soi-même » sur le bien construit. La déduction de cette TVA collectée suit alors le coefficient de déduction réel de l'entreprise pour ce bien :
- coefficient de déduction de 1 (activité taxable) : la TVA collectée est intégralement déductible, l'opération est neutre ;
- coefficient partiel : seule une fraction est déductible, le solde reste une charge ;
- coefficient nul (activité exonérée) : aucune déduction, la TVA collectée devient un coût définitif.
| Étape | Ce qui se passe en TVA |
|---|---|
| Phase de chantier | TVA d'amont des fournisseurs déductible au fil des situations |
| Achèvement, fait générateur de la LASM | Collecte de la TVA sur le prix de revient du bien |
| Déduction de la LASM | Selon le coefficient de déduction réel du bien |
| Activité exonérée | TVA collectée non déductible, charge définitive figée |
C'est cette mécanique qui « fige » la TVA au niveau réel d'utilisation du bien : l'entreprise ne peut pas récupérer plus que ce que son activité justifie.
Quelle est la base imposable d'une LASM ?#
La base d'imposition de la livraison à soi-même d'un immeuble construit est le prix de revient du bien, c'est-à-dire son coût de production. Ce coût agrège l'ensemble des éléments qui ont concouru à la construction :
- le terrain (sa valeur ou son coût d'acquisition, selon le cas) ;
- les matériaux et fournitures incorporés à l'ouvrage ;
- les travaux facturés par les entreprises intervenantes ;
- les frais directement liés à la construction (honoraires de maîtrise d'œuvre, études, raccordements).
Il ne s'agit donc pas d'un prix de marché ou d'une valeur vénale estimée, mais d'une addition de coûts réels et justifiés. La qualité de la comptabilité analytique du chantier devient ici décisive : une base mal documentée est un terrain d'ajustement lors d'un contrôle.
Ce que l'administration regarde#
Sur ce type de dossier, l'attention se porte souvent sur trois points : l'exhaustivité du prix de revient (rien ne doit avoir été oublié dans la base), la cohérence entre la TVA d'amont déduite pendant le chantier et l'affectation finale du bien, et la date du fait générateur, qui détermine la déclaration concernée. Conserver les marchés de travaux, les situations, les factures de matériaux et le détail des coûts internes est la meilleure protection.
Comment déclarer une LASM d'immeuble : la procédure#
La déclaration suit une logique précise. Voici les étapes que nous appliquons sur un dossier de construction.
- Qualifier l'affectation du bien. Déterminez si l'immeuble sert une activité taxable, exonérée ou mixte. C'est cette qualification qui dit si la LASM aura un coût ou restera neutre.
- Identifier le fait générateur. Pour un immeuble construit, il se situe en principe à l'achèvement de l'ouvrage. C'est lui qui rattache la LASM à une période de déclaration.
- Reconstituer le prix de revient. Additionnez terrain, matériaux, travaux et frais de construction pour bâtir la base imposable, pièces à l'appui.
- Calculer la TVA collectée. Appliquez le taux applicable au bien à cette base. Le taux dépend de la nature de l'immeuble et de l'opération, et doit être vérifié au cas par cas.
- Déterminer la déduction. Appliquez le coefficient de déduction réel pour savoir quelle part de la TVA collectée est récupérable.
- Reporter sur la déclaration de TVA. Mentionnez la TVA collectée au titre de la LASM et la déduction correspondante sur la déclaration de la période du fait générateur.
- Documenter le dossier. Conservez un dossier complet (prix de revient détaillé, justificatifs d'affectation, calcul du coefficient) pour sécuriser l'opération dans la durée.
Cette procédure paraît mécanique, mais chacune de ses étapes appelle un arbitrage technique. Le taux, le coefficient et la date d'achèvement sont des paramètres à valider, jamais à présumer.
Cas particuliers et héritage de la réforme de 2010#
Une grande partie de la confusion vient d'un réflexe ancien. Avant la réforme de la TVA immobilière de 2010, la livraison à soi-même des immeubles neufs non revendus dans un certain délai était largement systématique. Cette LASM générale des immeubles neufs a été largement supprimée par cette réforme.
Aujourd'hui, la LASM des immeubles construits demeure surtout dans deux familles de situations : les biens affectés à une activité exonérée ou mixte (le cas central traité ici) et certaines opérations de logement social soumises à un régime propre, parfois à taux réduit. Hors de ces cas, un dirigeant qui construit pour une activité taxable ne supporte en général pas de charge nette de TVA au titre de la LASM.
En pratique : un exemple anonymisé#
Une entreprise assujettie pour partie seulement à la TVA fait construire un bâtiment qu'elle destine à une activité exonérée. Pendant le chantier, ses fournisseurs lui facturent une TVA qu'elle déduit. À l'achèvement, parce que le bien sert une activité sans droit à déduction, elle doit déclarer une LASM : elle collecte la TVA sur le prix de revient du bâtiment (terrain, matériaux, travaux, frais), sans pouvoir la déduire. Cette TVA collectée devient une charge définitive. Si elle avait ignoré la LASM, la déduction de la TVA d'amont pendant le chantier aurait été indue, ce qu'un contrôle aurait corrigé avec intérêts et pénalités. Anticiper l'opération dès le permis de construire lui aurait permis de budgéter ce coût et d'arbitrer entre construire et acheter.
Notre lecture#
La livraison à soi-même n'est pas une niche poussiéreuse : c'est un point de contrôle classique sur les opérations immobilières des entreprises partiellement assujetties. Notre conviction, dans les dossiers de construction, est qu'il faut trancher l'affectation du bien le plus tôt possible, idéalement avant la première facture de travaux. C'est cette décision qui commande la déductibilité de la TVA d'amont, le déclenchement de la LASM et son coût.
Le sujet est aussi un bon révélateur de la qualité du suivi. Une comptabilité analytique de chantier rigoureuse, un dossier d'affectation clair et un calcul de coefficient documenté transforment une opération à risque en simple formalité.
Points de vigilance 2026#
Depuis le 1er septembre 2026, les dispositions TVA du CGI sont recodifiées dans le Code des impositions sur les biens et services (CIBS), Livre II, à droit constant. La règle de fond ne change pas : seule la numérotation évolue. Les références au CGI, dont l'article 257, restent juridiquement valables jusqu'au 31 décembre 2027. Vous pouvez donc continuer à raisonner sur les principes décrits ici, en gardant à l'esprit que les références d'articles seront progressivement actualisées.
Sur le fond, restez attentif à toute évolution d'affectation de vos immeubles : c'est le changement d'usage, plus que la construction, qui crée le risque.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une livraison à soi-même en TVA ?+
C'est l'opération par laquelle un assujetti affecte aux besoins de son entreprise un bien qu'il a produit ou construit (article 257, II du CGI). Elle est assimilée à une livraison à titre onéreux : l'entreprise collecte une TVA « à elle-même » pour préserver la neutralité de la taxe entre production interne et achat externe.
Quand la LASM est-elle obligatoire pour un immeuble ?+
La LASM d'un immeuble construit est imposable lorsque le bien sert des opérations n'ouvrant pas droit à déduction complète de la TVA d'amont (article 257, II du CGI) : assujetti partiel, secteur exonéré, certaines opérations de logement social. Affecté à une activité 100 % taxable, l'opération reste neutre.
Quelle est la base imposable d'une LASM ?+
La base est le prix de revient de l'immeuble construit, c'est-à-dire son coût de production. Elle agrège le terrain, les matériaux, les travaux et les frais directement liés à la construction. Il s'agit de coûts réels justifiés, et non d'une valeur de marché ou d'une estimation vénale.
Comment déclarer une LASM d'immeuble ?+
Vous qualifiez l'affectation du bien, identifiez le fait générateur (l'achèvement), reconstituez le prix de revient, calculez la TVA collectée puis la déduction selon votre coefficient réel, et reportez le tout sur la déclaration de TVA de la période. Conservez un dossier justificatif complet.
La LASM concerne-t-elle encore les immeubles neufs ?+
La LASM systématique des immeubles neufs non revendus dans un certain délai a été largement supprimée par la réforme de la TVA immobilière de 2010. Elle subsiste surtout pour les biens affectés à une activité exonérée ou mixte et pour certaines opérations de logement social à régime particulier.
Une LASM a-t-elle toujours un coût ?+
Non. Si l'immeuble sert une activité ouvrant droit à déduction intégrale, la TVA collectée au titre de la LASM est immédiatement déductible : l'opération est neutre. Le coût n'apparaît que lorsque l'activité est exonérée ou partielle, car la déduction est alors limitée ou nulle.
Faut-il déclarer une LASM si l'activité est entièrement taxable ?+
Le principe d'imposition demeure, mais sans charge nette : la TVA collectée est compensée par une déduction de même montant. La traçabilité reste importante, car un changement d'affectation ultérieur vers une activité exonérée peut déclencher une régularisation que ce suivi facilite.
À retenir#
- La LASM (article 257, II du CGI) assimile à une livraison taxable le bien qu'une entreprise produit ou construit pour ses propres besoins.
- Pour un immeuble construit, elle devient imposable quand le bien sert une activité n'ouvrant pas droit à déduction complète (assujetti partiel, secteur exonéré).
- La base imposable est le prix de revient : terrain, matériaux, travaux et frais de construction.
- La déduction de la TVA collectée suit le coefficient de déduction réel : intégrale si activité taxable, partielle ou nulle sinon.
- La LASM systématique des immeubles neufs d'avant 2010 a été largement supprimée ; le cas central est aujourd'hui l'activité exonérée ou mixte.
- Depuis le 1er septembre 2026, la recodification dans le CIBS se fait à droit constant ; les références au CGI restent valables jusqu'au 31 décembre 2027.
Construire un immeuble pour vos besoins propres mérite un cadrage TVA en amont du chantier. Notre cabinet, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France, examine l'affectation du bien, sécurise la base imposable et la déclaration de votre livraison à soi-même. Chaque taux et chaque date d'achèvement doivent être vérifiés au cas par cas : cet article informe, il ne remplace pas l'analyse de votre situation. Pour en discuter, contactez notre cabinet d'expertise comptable à Paris 8e ou notre équipe de conseil juridique. Les opérations immobilières en société relèvent souvent de structures dédiées : voyez nos pages fiscalité de la holding et immobilier, SCI et LMNP, ainsi que nos analyses sur la taxe sur les actifs des holdings et les mesures clés du 1er janvier 2026.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
- Article 257 du CGI, opérations imposables et livraisons à soi-même (Légifrance)
- TVA, livraisons à soi-même de biens, champ d'application (BOFiP, BOI-TVA-CHAMP-10-20-20)
- TVA immobilière, opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles (BOFiP, BOI-TVA-IMM)
- TVA, base d'imposition des livraisons à soi-même (BOFiP, BOI-TVA-BASE-10-20)
- La taxe sur la valeur ajoutée (TVA), présentation générale (impots.gouv.fr)
- Code des impositions sur les biens et services (CIBS), Livre II (Légifrance)
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