Facteurs d'émission ADEME : utiliser la Base Empreinte pour son bilan carbone
Mode d'emploi de la Base Empreinte de l'ADEME : relier chaque donnée d'activité au bon facteur d'émission, choisir données physiques ou monétaires et fiabiliser un bilan carbone, vu côté expert-comptable.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Un facteur d'émission ADEME convertit une donnée d'activité (kilowattheures, litres de carburant, kilomètres, euros d'achat) en kilos de CO2 équivalent. La Base Empreinte est la base publique officielle qui regroupe ces facteurs. La méthode tient en une multiplication : donnée d'activité multipliée par le facteur d'émission égale les émissions en tCO2e. Tout l'enjeu est de choisir le bon facteur, avec le bon périmètre et la bonne unité.
Un bilan carbone n'est pas un exercice mystérieux : c'est une suite de multiplications. Pour chaque poste (énergie, carburant, achats, déplacements, fret, déchets), on prend une donnée d'activité et on la multiplie par un facteur d'émission. La difficulté n'est pas le calcul, c'est le choix du bon facteur d'émission et la qualité de la donnée d'entrée. C'est là que la Base Empreinte de l'ADEME et la comptabilité de l'entreprise se rejoignent.
Ce mode d'emploi explique comment utiliser la Base Empreinte pour relier chaque donnée d'activité au bon facteur d'émission, comment arbitrer entre données physiques et données monétaires, et pourquoi l'expert-comptable, qui détient déjà les factures et les écritures, occupe une position idéale pour fiabiliser un bilan carbone.
Qu'est-ce que la Base Empreinte de l'ADEME#
La Base Empreinte est la base de données publique de référence de l'ADEME. Elle regroupe les facteurs d'émission (anciennement réunis dans la Base Carbone) et les données d'inventaire nécessaires aux exercices de comptabilité carbone et à l'affichage environnemental. Concrètement, elle indique combien de kilos de CO2 équivalent émet une unité d'activité donnée : un kilowattheure d'électricité, un litre de gazole, un kilomètre parcouru, un repas servi, une tonne de papier.
La consultation en ligne est gratuite. La base est mise à jour régulièrement, généralement une fois par an, et chaque facteur porte une valeur, une unité de référence et un périmètre précis. Retenir la version utilisée fait partie de la rigueur de l'exercice : deux bilans calculés avec des versions différentes ne sont pas directement comparables.
Le principe : donnée d'activité multipliée par facteur d'émission#
La formule universelle du bilan carbone est simple :
Émissions (kg CO2e) = donnée d'activité multipliée par facteur d'émission.
La donnée d'activité décrit ce que l'entreprise a réellement consommé ou acheté. Le facteur d'émission traduit cette consommation en gaz à effet de serre. Le résultat s'exprime en kilos puis en tonnes de CO2 équivalent (tCO2e), l'unité commune qui agrège tous les gaz.
| Donnée d'activité | Facteur d'émission (ordre de grandeur) | Résultat indicatif |
|---|---|---|
| 10 000 kWh d'électricité (mix France) | environ 0,05 kg CO2e par kWh | environ 0,5 tonne CO2e |
| 1 000 litres de gazole | environ 3 kg CO2e par litre (combustion et amont) | environ 3 tonnes CO2e |
| 20 000 km en voiture thermique | facteur au km selon le véhicule | à calculer poste par poste |
| Achats de papier (en tonnes) | facteur par tonne de papier | selon le tonnage acheté |
Les ordres de grandeur ci-dessus sont indicatifs et dépendent de la version de la Base Empreinte : la valeur exacte doit toujours être relevée dans la base au moment du calcul. L'électricité française affiche un facteur particulièrement bas, de l'ordre de 0,05 kg CO2e par kWh, parce que le mix est très majoritairement nucléaire et renouvelable. À l'inverse, les carburants fossiles concentrent l'essentiel des émissions directes d'une PME.
Étape par étape : relier ses données au bon facteur#
- Définir le périmètre et collecter les données d'activité. Recensez les postes (énergie, carburants, achats, déplacements, fret, déchets) et réunissez les kilowattheures, litres, kilomètres et tonnes correspondants, en grande partie depuis la comptabilité et les factures.
- Identifier la catégorie de chaque donnée. Disposez-vous d'une donnée physique (10 000 kWh) ou seulement d'un montant en euros ? La donnée physique donne un facteur plus précis.
- Rechercher le facteur dans la Base Empreinte. Sur base-empreinte.ademe.fr, trouvez l'élément correspondant et relevez sa valeur, son unité et son identifiant.
- Vérifier le périmètre et l'unité. Combustion seule ou combustion plus amont ? Unité en kWh, litre ou kilogramme ? Une erreur ici fausse tout.
- Multiplier la donnée par le facteur. Donnée multipliée par facteur égale les kg CO2e, divisés par 1 000 pour obtenir des tonnes, additionnés ensuite par scope 1, 2 et 3.
- Documenter la source et la version. Tracez l'identifiant, la valeur, l'unité et la version de la base, pour comparer les exercices et justifier les chiffres.
Cette logique pas à pas s'articule directement avec la méthode de premier bilan carbone en PME, qui pose la répartition par scopes 1, 2 et 3.
Données physiques ou monétaires : choisir le bon ratio#
La Base Empreinte propose deux familles de facteurs. Les facteurs physiques rapportent les émissions à une quantité concrète : un litre, un kilowattheure, un kilogramme. Les facteurs monétaires rapportent les émissions à un montant dépensé : tant de kg CO2e par euro d'achat dans une catégorie de produits.
La règle est simple : privilégier la donnée physique chaque fois qu'elle est disponible, car elle reflète la consommation réelle. La donnée monétaire est une solution de repli utile pour les achats diffus (fournitures, prestations, services) que l'on ne peut pas détailler poste par poste. Elle a l'avantage d'être directement tirée de la comptabilité, mais elle reste moins précise : deux fournisseurs au même prix n'ont pas forcément la même empreinte.
En pratique, un premier bilan combine souvent les deux : données physiques pour l'énergie et les carburants, ratios monétaires pour une partie des achats du scope 3. L'objectif d'un exercice à l'autre est de remplacer progressivement les ratios monétaires par des données physiques, plus fiables.
Notre lecture#
Le réflexe que nous voyons le plus souvent, c'est de chercher la précision parfaite dès le premier bilan. C'est contre-productif. Mieux vaut un bilan complet, couvrant tous les postes avec quelques ratios monétaires, qu'un bilan partiel calé sur quelques facteurs physiques. La valeur d'un bilan carbone tient d'abord à sa capacité à identifier les postes dominants, pas à la troisième décimale d'un facteur.
L'autre point que nous soulignons : la donnée comptable est la matière première du bilan carbone. Les factures d'énergie, les relevés de carburant, les comptes d'achats, les notes de frais de déplacement contiennent déjà l'essentiel des données d'activité. C'est pourquoi le bilan carbone gagne à être construit en lien avec la tenue et la révision comptable plutôt qu'en parallèle, sur un fichier isolé.
Cas fréquent#
Une PME de services veut son premier bilan. Côté énergie, elle relève 10 000 kWh d'électricité sur 12 mois : multipliés par un facteur de l'ordre de 0,05 kg CO2e par kWh, cela donne environ 0,5 tonne CO2e, soit un poste modeste grâce au mix français. Côté déplacements, le parc consomme 1 000 litres de gazole : avec un facteur de l'ordre de 3 kg CO2e par litre incluant l'amont, on obtient près de 3 tonnes CO2e, déjà six fois plus que l'électricité. Côté achats, faute de données physiques, l'entreprise applique des ratios monétaires aux montants comptabilisés. Conclusion immédiate : ce ne sont pas les bureaux qui pèsent, mais la mobilité et les achats. Le plan d'action se concentre là où sont les tonnes.
Les pièges à éviter#
- Confondre les unités. Un facteur exprimé par kWh PCI ne s'applique pas à une donnée en kWh PCS sans correction ; un facteur au litre ne s'applique pas à des kilos.
- Oublier l'amont. Pour les carburants, le facteur combustion seule sous-estime les émissions ; il faut souvent retenir le facteur incluant l'amont (extraction, raffinage, transport).
- Mélanger les versions. Comparer un bilan calculé avec une ancienne version et un autre avec une version récente fausse l'analyse de tendance.
- Tout passer en monétaire. Les ratios monétaires sont commodes mais grossiers : les réserver aux postes que l'on ne peut pas détailler physiquement.
- Ne pas tracer ses sources. Sans identifiant ni version notés, un bilan n'est ni reproductible ni auditable.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un facteur d'émission ?+
C'est un coefficient qui convertit une donnée d'activité en émissions de gaz à effet de serre, exprimées en kg CO2 équivalent par unité (par kWh, par litre, par kilomètre, par euro). Multiplié par la donnée d'activité, il donne les émissions du poste concerné.
Où trouver les facteurs d'émission officiels en France ?+
Dans la Base Empreinte de l'ADEME, accessible gratuitement en ligne sur base-empreinte.ademe.fr. Elle regroupe les facteurs auparavant publiés dans la Base Carbone et constitue la référence publique pour la comptabilité carbone des organisations.
Faut-il utiliser des données physiques ou monétaires ?+
Privilégiez les données physiques (kWh, litres, kilomètres, tonnes) chaque fois qu'elles existent, car elles reflètent la consommation réelle. Les ratios monétaires (kg CO2e par euro dépensé) servent de repli pour les achats diffus impossibles à détailler, au prix d'une précision moindre.
Pourquoi le facteur de l'électricité française est-il si bas ?+
Parce que le mix électrique français est très majoritairement nucléaire et renouvelable, son facteur d'émission est de l'ordre de 0,05 kg CO2e par kWh, l'un des plus faibles d'Europe. La valeur exacte doit toujours être relevée dans la version en vigueur de la Base Empreinte.
L'expert-comptable peut-il aider à construire le bilan carbone ?+
Oui. Les données d'activité (énergie, carburants, achats, déplacements) proviennent en grande partie des factures et des écritures comptables. L'expert-comptable, qui détient déjà cette matière, est bien placé pour collecter, fiabiliser et tracer les données, en lien avec un accompagnement RSE et reporting.
À retenir#
- Un bilan carbone est une suite de multiplications : donnée d'activité multipliée par facteur d'émission égale les émissions en tCO2e.
- La Base Empreinte de l'ADEME est la base publique de référence des facteurs d'émission, gratuite et mise à jour régulièrement.
- Privilégier les données physiques (kWh, litres, km) et réserver les ratios monétaires aux postes que l'on ne peut pas détailler.
- Vérifier systématiquement l'unité et le périmètre (combustion seule ou amont inclus) avant d'appliquer un facteur.
- Tracer l'identifiant et la version du facteur pour rendre le bilan reproductible et auditable.
- La comptabilité fournit l'essentiel des données d'activité : construire le bilan en lien avec elle.
Cet article est publié par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Il a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation au regard des données et des règles en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
Sources officielles et de reference citees pour cette page.
Ce sujet relève de notre mission RSE & CSRD | Reporting ESG pour PME et ETI
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