Bilan carbone restaurant : énergie, déchets et Scope 3
Appliquer le bilan carbone à la restauration : poids des achats alimentaires (Scope 3), énergie de cuisine, biodéchets et gaspillage, avec les postes comptables qui alimentent le calcul.
Note de l'expert : Cet article a été rédigé par notre cabinet d'expertise comptable. Les informations sont à jour en 2026. Pour une étude personnalisée de votre situation, contactez-nous.
Réponse rapide. Dans un bilan carbone de restaurant, le poste dominant n'est presque jamais l'énergie : ce sont les achats alimentaires, classés en Scope 3, qui pèsent le plus, souvent plus de la moitié du total. Viennent ensuite l'énergie de cuisine (gaz, électricité), les déchets et le gaspillage alimentaire. La bonne nouvelle : la comptabilité matières et les factures fournissent déjà l'essentiel des données.
Dans la restauration, l'intuition trompe. Beaucoup de restaurateurs croient que leur empreinte carbone se joue sur l'éclairage ou le chauffage de la salle. La réalité est ailleurs : ce qui entre par la porte de la cuisine, les achats alimentaires, représente le poste le plus lourd. Un bilan carbone de restaurant bien construit le montre noir sur blanc et oriente les efforts là où ils comptent.
Ce guide applique la méthode du bilan carbone au secteur CHR (cafés, hôtels, restaurants) : comment se répartissent les émissions entre Scope 1, 2 et 3, pourquoi les achats alimentaires dominent, comment traiter l'énergie de cuisine et les déchets, et quels postes comptables alimentent le calcul.
Les trois scopes appliqués à un restaurant#
La comptabilité carbone répartit les émissions en trois périmètres. Pour un restaurant, la lecture est concrète :
- Scope 1, émissions directes : combustion sur place, notamment le gaz des fourneaux et, le cas échéant, les fluides frigorigènes des chambres froides qui fuient.
- Scope 2, énergie achetée : l'électricité consommée par la cuisine, le froid, l'éclairage et la ventilation.
- Scope 3, émissions indirectes : avant tout les achats alimentaires et boissons, mais aussi les emballages, les déchets, les déplacements et la logistique amont.
La hiérarchie est presque toujours la même : le Scope 3 alimentaire écrase les deux autres. C'est la spécificité du secteur, et c'est ce qui le distingue d'un bureau, où l'énergie et les déplacements dominent. Pour la mécanique générale par scopes, on peut se reporter à la méthode de premier bilan carbone en PME.
Pourquoi les achats alimentaires pèsent autant#
Le poids du Scope 3 vient de la nature des produits. La viande rouge, en particulier le boeuf, porte une empreinte carbone très élevée par kilo, plusieurs fois supérieure à celle de la volaille, et sans commune mesure avec les légumes ou les légumineuses. Les produits laitiers, le transport de denrées importées hors saison et le gaspillage ajoutent encore au total.
Concrètement, dans beaucoup de cartes, quelques plats à base de viande rouge concentrent une part disproportionnée des émissions. Un restaurant peut réduire sensiblement son empreinte sans bouleverser son énergie, simplement en retravaillant la composition de sa carte, l'approvisionnement local et de saison, et la part de plats végétaux. Ce levier est aussi un levier de marge : moins de viande rouge gaspillée, c'est aussi moins de coût matière.
| Poste | Scope | Levier principal |
|---|---|---|
| Achats alimentaires (viande, produits laitiers, importés) | Scope 3 | Carte, saisonnalité, approvisionnement local, part végétale |
| Gaz des fourneaux | Scope 1 | Équipements, conduite des cuissons |
| Électricité (froid, cuisson, éclairage) | Scope 2 | Efficacité énergétique, froid bien entretenu |
| Fluides frigorigènes | Scope 1 | Entretien des installations, étanchéité |
| Déchets et biodéchets | Scope 3 | Réduction du gaspillage, tri et valorisation |
| Emballages, livraison à emporter | Scope 3 | Contenants réemployables, mutualisation |
L'énergie de cuisine : un poste réel mais second#
L'énergie ne disparaît pas du bilan, elle passe simplement après les achats. La cuisine concentre la consommation : pianos, fours, friteuses, et surtout le froid, qui tourne 24 heures sur 24. Un groupe froid mal entretenu, des joints de chambre froide usés ou un dégivrage négligé font grimper la facture comme les émissions.
Pour chiffrer ce poste, on relie les kilowattheures et les mètres cubes de gaz relevés sur les factures aux facteurs d'émission de la Base Empreinte de l'ADEME. Rappel utile : l'électricité française affiche un facteur faible, de l'ordre de 0,05 kg CO2e par kWh, si bien que la cuisine au gaz pèse souvent plus, à consommation comparable, que la cuisine électrique. La sobriété énergétique reste pertinente pour la trésorerie, mais elle ne doit pas masquer le vrai sujet, l'assiette.
Les déchets et le gaspillage alimentaire#
Les déchets sont à la fois un poste d'émissions et un poste réglementaire. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé à tous les producteurs, sans seuil minimal, dans le cadre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. La restauration commerciale comme collective est concernée, quel que soit le volume produit. Auparavant, l'obligation ne visait que les producteurs de plus de 5 tonnes par an.
Le gaspillage alimentaire est un double gisement : chaque kilo d'aliment jeté a été produit, transporté et préparé, donc il porte déjà son empreinte, à laquelle s'ajoute le traitement du déchet. Réduire le gaspillage, c'est diminuer les émissions et le coût matière en même temps. Peser les pertes en cuisine et en salle pendant quelques semaines suffit souvent à révéler des marges de progrès importantes.
Les postes comptables qui alimentent le calcul#
La force du restaurateur, c'est que ses données carbone sont déjà dans ses comptes. Les achats de denrées figurent dans la comptabilité matières ; l'énergie dans les comptes de fournitures ; les déchets dans les contrats de collecte. Construire le bilan carbone en s'appuyant sur ces écritures évite les doubles saisies et fiabilise les chiffres. C'est tout l'intérêt de relier le bilan à la tenue et la révision comptable du restaurant, et plus largement à l'accompagnement d'un expert-comptable spécialisé en restauration.
Notre lecture#
Pour un restaurant, le bilan carbone n'est utile que s'il débouche sur des décisions de carte et d'approvisionnement, pas sur une plaquette. Nous conseillons de commencer simple : un bilan qui répartit correctement les achats par grandes familles (viande rouge, viande blanche, poisson, produits laitiers, végétaux, boissons) en dit déjà plus qu'un calcul ultra-précis sur l'éclairage. Le but est de voir où sont les tonnes, puis d'agir sur la carte, le local et de saison, et la lutte contre le gaspillage.
La dimension commerciale compte aussi : une clientèle et des plateformes de livraison de plus en plus attentives à l'empreinte valorisent un restaurant qui sait expliquer sa démarche. Le bilan carbone devient alors un argument, à condition qu'il soit sincère et chiffré, pas un simple affichage.
Cas fréquent#
Un restaurant de 60 couverts établit son premier bilan sur 12 mois. L'énergie, gaz et électricité confondus, ressort comme un poste modeste. Les achats alimentaires, eux, concentrent l'essentiel des émissions, et à l'intérieur de ce poste, trois plats à base de boeuf pèsent à eux seuls une part disproportionnée. La pesée des déchets sur 3 semaines révèle plusieurs kilos de pertes par service. Le plan d'action est limpide : rééquilibrer la carte vers davantage de plats de saison et végétaux, sécuriser l'approvisionnement local, et réduire le gaspillage. Résultat attendu : moins d'émissions, mais aussi un coût matière allégé, sans rien retirer à la qualité.
Questions fréquentes
Quel est le poste le plus important dans le bilan carbone d'un restaurant ?+
Les achats alimentaires, classés en Scope 3, sont presque toujours le poste dominant, souvent plus de la moitié du total. La viande rouge en particulier porte une empreinte par kilo très supérieure aux autres aliments. L'énergie de cuisine vient ensuite.
Un restaurant est-il obligé de faire un bilan carbone ?+
Le bilan carbone réglementaire (BEGES) vise les grandes structures. La plupart des restaurants ne sont pas soumis à cette obligation, mais beaucoup le réalisent volontairement, pour piloter leurs coûts, répondre aux attentes clients et préparer d'éventuelles exigences de donneurs d'ordre ou de plateformes.
Comment réduire l'empreinte carbone d'un restaurant ?+
Le levier principal est la carte : davantage de plats de saison et végétaux, moins de viande rouge, un approvisionnement local et la lutte contre le gaspillage. L'efficacité énergétique de la cuisine (froid bien entretenu, équipements sobres) et le tri des biodéchets complètent la démarche.
Le tri des biodéchets est-il obligatoire pour les restaurants ?+
Oui. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé à tous les producteurs, sans seuil de volume, dans le cadre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. La restauration commerciale et collective est concernée quelle que soit la quantité produite.
Où trouver les données pour calculer le bilan ?+
Dans la comptabilité du restaurant : achats de denrées (comptabilité matières), factures d'énergie, contrats de collecte de déchets. Ces données d'activité sont ensuite multipliées par les facteurs d'émission de la Base Empreinte de l'ADEME pour obtenir les tonnes de CO2 équivalent.
À retenir#
- Dans un restaurant, les achats alimentaires (Scope 3) dominent le bilan carbone, souvent plus de la moitié du total.
- La viande rouge concentre une part disproportionnée des émissions : la carte est le premier levier d'action.
- L'énergie de cuisine (gaz, électricité, froid) est un poste réel mais second, à chiffrer via les factures.
- Depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est obligatoire pour tous les restaurants, sans seuil.
- Réduire le gaspillage diminue à la fois les émissions et le coût matière.
- Les données du bilan sont déjà dans la comptabilité du restaurant : la mobiliser fiabilise le calcul.
Cet article est publié par le cabinet Hayot Expertise, inscrit à l'Ordre des experts-comptables d'Île-de-France. Il a une portée informative et ne remplace pas une analyse de votre situation au regard des règles en vigueur.

Article rédigé par Samuel HAYOT
Expert-Comptable diplômé, inscrit au Tableau de l'Ordre des Experts-Comptables.
Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes base a Paris 8, pense pour accompagner des entreprises partout en France avec une approche digitale et orientee decision.
Sources du dossier
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